LE PRÉSENT DU PASSÉ : Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique (2)

Entrevue EXCLUSIVE avec
Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique
Dernière partie

« Le Saint-Père n'oblige jamais. Il est très respectueux de la conscience de chacun. Pour lui, la liberté est très importante. »

Par Benoît Voyer

Régulièrement, les catholiques canadiens sont informes de la nomination de nouveaux évêques pour diriger les diocèses du pays. Avant l'annonce publique, il aura fallu au nonce apostolique, le représentant de Benoît XVI chez nous, entre six et douze mois d'enquête discrète sur les prospects à l'épiscopat. Dans cette deuxième partie d'une entrevue exclusive qu'il a accordée à la Revue Sainte-Anne, Mgr Luigi Ventura parle de cette délicate mission qui lui est confiée.

RSA — Comment se déroule le processus de nomination d'un évêque ?

L.V. - Je veux commencer par souligner que ce n'est pas moi qui décide qu'un tel ou tel prêtre deviendra évêque ! Mon rôle est plutôt de recueillir des informations sur le prospect à l'épiscopat afin que le Saint-Père puisse faire un choix éclairé.

RSA — Néanmoins, on dit que vous avez une bonne influence !

L.V. - Disons que je fais des recommandations, mais je ne suis pas le seul à le faire ! J'effectue un travail qu'on ne voit pas publiquement. Je dois, notamment, recueillir toute une brochette d'informations sur le candidat, dont son histoire personnelle. Je procede de manière discrète par respect pour la personne.

RSA - De quelle manière trouvez-vous un bon prospect ?

L.V. – Des noms de candidats me sont suggérés par les évêques d'ici. Par la suite, la nonciature apostolique fait une enquête pour vérifier s'ils ont les qualités et la dignité requises.

Lorsque nous avons une provision de candidats pour un diocèse, nous demandons la collaboration de beaucoup d'évêques, de prêtres, de religieux et de religieuses et de laïcs pour connaître l'état du diocèse pour lequel nous cherchons un prélat. Nous voulons connaître les problématiques et les besoins.

Sur la base de cette synthèse, nous demandons des suggestions de noms aptes à devenir évêques. Lors de cette consultation, nous voyons émerger jusqu'à 50 et 60 noms de personnes suggérées. Nous faisons donc la sélection d'un candidat qui répondra aux besoins exprimés et aux propositions. Ce n'est donc pas un choix personnel que je fais !

Par la suite, avec mon équipe, je dois présenter trois noms qui soient aptes pour porter la charge d'évêque. Tout cela fait un dossier très long et parfois un peu compliqué qui prend souvent plusieurs mois à traiter ... quand tout va bien. Parfois, il faut jusqu'à une année quand ça se complique !

Lorsque toute la procédure est terminée, on envoie les trois dossiers complétés à la Congrégation pour les évêques au Vatican. Ce dicastère regroupe des cardinaux qui sont nommés par le Saint-Père. Ils se réunissent habituellement le jeudi de chaque semaine ou aux deux semaines, selon la disponibilité de tous. La Congrégation examine les dossiers de prospects qui ont été acheminés par les nonces apostoliques. Ils vérifient si la procédure a été respectée et le contenu des dossiers des candidats. Enfin, ils discutent et votent pour un candidat qu'ils recommanderont au Saint-Père. Le préfet de la congrégation rencontre le pape une fois par semaine.

RSA - À quel moment rencontrez-vous le candidat pour lui annoncer qu'il a été nommé évêque ?

L.V. – Dès que le pape a nommé officiellement un candidat, le Vatican m'informe de la nomination. Par la suite, je dois rencontrer le nouvel évêque pour lui demander s'il accepte le poste. Parfois, il me demandera quelques jours de réflexion. Lorsque j'obtiens sa réponse, nous fixons la date de la publication. C'est habituellement le journal du midi, à Rome, qui en fait la première annonce. C'est donc la salle de presse du Vatican qui diffuse la nouvelle en premier. Entretemps, la Conférence des évêques canadiens est informée de la nouvelle.

RSA - Est-ce qu'il y a des candidats qui refusent ? Est-ce qu'on est obligé d'accepter une telle nomination ?

L.V. – Le Saint-Père n'oblige jamais. Il est très respectueux de la conscience de chacun. Pour lui, la liberté est très importante. Cependant, depuis que je suis nonce apostolique, il y a très peu de candidats qui ont refusé de devenir évêque.

RSA - Quelles sont les qualités que le Saint-Père recherche chez un futur évêque ?

L.V. – Il doit être un bon chrétien et un bon prêtre qui a une santé suffisante pour prendre la responsabilité d'évêque. Il doit aussi avoir une culture suffisante et que toute sa vie soit consacrée à l'Église. En plus, il doit avoir des aptitudes de direction, d'animation et d'administration.

Vous savez, lorsque je fais la compilation et l'analyse de toutes les recommandations qui me sont faites, je me dis souvent que si je trouve ce candidat idéal, avec toutes les qualités espérées, je débuterai en même temps son procès de canonisation ! (rires)

Mgr Luigi Ventura
Nonciature apostolique au Canada
724, avenue Manor
Ottawa, Ontario, Canada
K1M OE3
(613) 746-4914
Téléc. : (613) 746-4786

(Revue Sainte Anne, février 2006, p. 57)