SAINTS ET SAINTES : Mgr Ignace Bourget

Mgr Ignace Bourget*
Mgr Ignace Bourget

Par Benoit Voyer

7 juin 2026

Le 30 octobre 1799, à Lévis, qu’on appelait à cette époque Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy, naît Ignace Bourget. En 1811, il entre au Séminaire de Québec en vue de devenir prêtre. Il sera évêque de Montréal de 1840 à 1876.

Un découvreur de saintes
Ignace Bourget a un flair pour détecter les personnes qui vivent leur foi chrétienne de manière exemplaire. De plus, il est inspiré par la création de grandes œuvres. Plusieurs marqueront l'histoire du Canada.

À la suite de sa rencontre avec Eulalie Durocher, Ignace Bourget fonde avec elle les Sœurs de Jésus-Marie, vouées à l’enseignement. Eulalie deviendra la bienheureuse Marie-Rose Durocher. Elle repose dans la cathédrale Saint-Antoine-de-Padoue, à Longueuil.

Il en va de même pour Émilie Tavernier, la veuve de Jean-Baptiste Gamelin. Au fait des œuvres de charité de la dame Gamelin, Ignace Bourget veut en assurer la permanence en fondant une communauté religieuse. Ainsi, en 1843, naît la Congrégation des Sœurs de la Providence. Émilie en deviendra la première religieuse et une future bienheureuse de la chrétienté.

Il en va de même avec Rosalie Cadron-Jetté. Elle fondera les sœurs de la Miséricorde qui s'occuperont des filles-mères montréalaises et de leurs poupons nés hors mariage. Déclarée vénérable, elle repose dans la crypte de la cathédrale catholique de Montréal.

L’affaire Guibord
En 1875, l'évêque catholique de Montréal, Mgr Ignace Bourget, maudit le petit coin du cimetière Notre-Dame-des-Neiges où est enterré Joseph Guibord, un imprimeur de Montréal, excommunié du catholicisme à cause de son appartenance à l'Institut canadien. Ainsi chassé du royaume des ressuscités, Guibord est condamné à errer en enfer, au pays des damnés.

L'affaire Guibord est la plus grande saga qui a marqué l'histoire du cimetière du chemin de la Côte-des-Neiges.

L'histoire débute en 1844. Cette année-là, environ 200 jeunes fondent l'Institut canadien. Cet organisme défendait les principes démocratiques et républicains : souveraineté du peuple, suffrage universel, séparation de l'Église et de l'État, instruction publique laïque, abolition de la classe seigneuriale, réformes constitutionnelles et judiciaires.

La bibliothèque de l'institut fut rapidement la cible des attaques de Mgr Bourget. Dans cette bibliothèque publique, la seule ouverte gratuitement aux citoyens montréalais, il était possible de consulter 9000 ouvrages et des publications de partout sur la planète. Le clergé estimait que cette collection de bouquins contenait des ouvrages immoraux. Pourtant, il s'agissait des œuvres des grands écrivains de l'époque.

Prenant de plus en plus de place au Québec, car il y avait des noyaux de l'organisme dans plusieurs régions de la province, les autorités catholiques décidèrent d'en finir avec l'institut. Ils tentèrent même de créer, avec l'aide des Jésuites et des Sulpiciens, des mouvements parallèles, mais rien ne levait.

Le clergé fit donc circuler une pétition demandant la démission en bloc des membres de l'institut. Sous la pression populaire, 150 des 700 membres se retirèrent pour fonder l'Institut canadien-français, sous l'autorité de l'Église.

Ayant épuisé toutes ses ressources, Ignace Bourget décide de trancher. Il condamne d'excommunication tous ceux qui demeurent dans le regroupement. Ceux qui restent sont condamnés à finir leur existence à brûler en enfer.

Comble de malchance, Joseph Guibord décède le 18 novembre 1869. Le curé de la paroisse refuse de l'inhumer, sauf dans la partie réservée aux criminels. L'épouse de Guibord, Henrietta Brown, s'objecte. Le corps est déposé au cimetière protestant et des procédures judiciaires débutent. L'affaire finit sa course à Londres. L'ordonnance du 28 novembre 1874 somme l'Église catholique d'inhumer l'imprimeur dans la partie honorable du cimetière.

Les funérailles sont fixées au 2 septembre 1875, sans la présence de la femme de Guibord décédée deux ans plus tôt. Ayant été exhortés à la messe du dimanche à ne pas laisser le cimetière se profaner, des manifestants catholiques armés de revolvers, de bâtons et de cailloux empêchent la dépouille d'entrer. Les obsèques sont remises au 16 novembre. Cette fois-ci, des centaines de policiers et des milliers de soldats empêchent les manifestants de s'opposer à l'ordonnance royale.

Le 8 septembre 1875, dans une lettre pastorale, Mgr Bourget informe ses ouailles que la partie du cimetière où sera enterré Guibord est maudite et qu'elle ne fait plus officiellement partie de l'endroit.

La tombe de Joseph Guibord fut insérée dans du béton, car des fanatiques menaçaient d'enlever le corps. Quelques jours après l'enterrement, la tombe est fracassée à coups de masse. La légende raconte que c'est là l'œuvre de Satan qui est venu chercher son disciple.

Décès
Mgr Ignace Bourget décède, à Montréal, le 8 juin 1885. De nos jours, il repose dans la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal. Il est possible de se rendre auprès de son sarcophage.

Le diocèse catholique montréalais songe sérieusement à le proposer comme un modèle de vie chrétienne. Son histoire est inspirante pour l'Église d'aujourd'hui.

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*Toile de Mgr Ignace Bourget au Musée des Hospitalière de l'Hôtel-Dieu de Montréal.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Entrevue EXCLUSIVE avec Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique (1)

Entrevue EXCLUSIVE avec Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique

« Les jeunes sont prêts à se donner des causes nobles, mais il faut que la barre soit haute. Il ne faut pas réduire l'idéal de l'Évangile à la contingente des opinions. C'est dur de vivre le christianisme ! »

Par Benoît Voyer


OTTAWA – Mgr Luigi Ventura, le nonce apostolique au Canada, accorde peu d'interviews. Il y a peu de temps, dans l'intimité de la nonciature apostolique à Ottawa, il a accepté de rencontrer la Revue Sainte Anne. Dans cet entretien, il se livre avec simplicité et parle de son travail de représentant du pape Benoît XVI au Canada.

REVUE SAINTE ANNE – Excellence, quel âge avez-vous ? Depuis combien de temps êtes-vous nonce apostolique ? Depuis combien d'années êtes-vous en fonction au Canada ? Pour combien de temps êtes-vous nommé ? Avez-vous déjà été nonce apostolique d'autres pays ?

LUIGI VENTURA – Mon âge ? Je viens d'entrer dans la soixantaine. Au Canada, je suis un jeune prêtre ! (Rires) Je suis dans ma quatrième année au Canada, donc au cœur de mon cinquième hiver au pays. Ma nomination au Canada est pour un temps indéterminé. C'est le Saint-Père qui décide. Un de mes prédécesseurs a été ici près de quinze ans. Le Canada est ma troisième affectation. J'ai été nonce apostolique pendant 4 ans en Côte-d'Ivoire et 2 ans au Chili.

RSA – Avez-vous hâte de rentrer à la maison en Italie ?

L.V. – J'y vais chaque année durant mes vacances ! Je suis très attaché à l'Italie. Il y a en moi la sève de l'origine. On a tous besoin de retourner sur le lieu de ses origines.

RSA – Comment devient-on nonce apostolique ? Faut-il être italien ?

L.V. – Cette fonction n'est pas réservée aux Italiens même s'il y a toujours une prédominance de gens de mon pays. Cela s'explique ! La colline du Vatican, l'endroit de résidence du Saint-Père, est à Rome et Rome est en Italie ! Dans le monde, nous sommes 103 nonces de 22 nationalités. Nous sommes seulement 55 Italiens ! Malheureusement, il n'y a plus de Canadiens, mais par chance il y en a deux qui travaillent dans la diplomatie du Vatican.

On devient nonce apostolique parce qu'on se donne une formation à l'Académie pontificale ecclésiastique à Rome. J'ai fréquenté cette école ! J'y ai appris quelques aspects techniques comme le droit international et le droit canon.

On m'a demandé de trouver quelques candidats du Canada, mais je n'en trouve pas. Le Vatican cherche de jeunes prêtres afin qu'ils puissent faire les études. Si vous trouvez un prospect, envoyez-le-moi sans tarder !

RSA – Cette splendide résidence de la rue Manor, qui a une vue féerique sur l'Outaouais québécois, est-ce qu'on appelle l'ambassade du Vatican au Canada ?

L.V. – Le vrai terme est « nonciature apostolique ». Celle-ci a une mission qui est similaire à celle d'une ambassade. Le terme évoque une nature spéciale.

RSA – Quelle est la mission – ou nature, pour reprendre votre expression – de la nonciature apostolique ?

L.V. – Ce lieu ne représente pas un État Il en est de même pour mon rôle. Je ne suis pas l'ambassadeur du Vatican au Canada. Le nonce apostolique, qui est le chef de la mission et qui utilise un langage diplomatique, est le représentant de Benoît XVI, pasteur universel de l'Église. Je suis donc l'ambassadeur d'un pouvoir qui est spirituel.

RSA – En pénétrant sur la propriété de la nonciature, on a l'impression d'entrer sur un territoire qui a une immunité diplomatique…

L.V. – Vous dites vrai. Les lois internationales reconnaissent à la nonciature une nature diplomatique.

RSA – Vous n'êtes donc pas le représentant du « roi du Vatican ».

L.V. – (II sourit en entendant l'expression). Je suis le représentant du successeur des apôtres et du chef de l'Église. Celui-ci représente environ 1,2 milliard de personnes qui lui reconnaissent une autorité de protecteur de l'unité de la foi et de la charité.

RSA – Concrètement, quel est le travail d'un nonce apostolique ? Quel rôle jouez-vous au sein de l'Église d'ici et de la nation canadienne ?

L.V. – Mon rôle est d'être une expression, mais pas la seule expression (!), surtout sur le plan ecclésial – de relations entre le cœur de la vie de l'Église qui est à Rome et de l'Église locale. Cela permet au Saint-Père d'être présent quotidiennement au Canada. En d'autres termes, mon rôle est d'établir des relations entre le siège de l'Église et l'Église du Canada et vice-versa. C'est une fonction double. J'ai aussi une mission qui est essentiellement diplomatique, mais c'est une très petite partie de mon emploi du temps. Je ne travaille pas seul. Je le fais avec l'épiscopat canadien en communion avec le pape. Au jour le jour, je fais un travail d'accompagnement.

Pour le droit canon, le nonce apostolique représente le pape auprès de l'Église locale et des autorités publiques afin de rendre plus solides et efficaces les liens d'unité entre le siège apostolique et les Églises locales. Le nonce doit : informer sur les conditions de vie de l'Église ; accompagner avec son Conseil, s'il est nécessaire, les évêques ; promouvoir les fréquentes relations avec la conférence épiscopale ; intervenir dans le dossier de la nomination des évêques et procéder à des enquêtes de candidats pressentis à l'épiscopat ; veiller au progrès des peuples ; coopérer avec les évêques à favoriser des liens entre les communautés ecclésiales et les religions non chrétiennes ; et défendre la mission de l'Église.

RSA – Vous êtes seul pour faire tout faire cela ?

L.V. – Nous sommes huit à la nonciature apostolique ! Ce n'est pas beaucoup de gens pour l'importance de la mission qui nous est confiée.

RSA – Puisque vous êtes un ambassadeur, vous êtes donc invité à tous les rassemblements diplomatiques qu'il y a dans la capitale du pays ?

L.V. – Quand il y a des actes officiels, je suis invité. Je me fais un devoir d'être présent. Je fais partie du corps diplomatique. Toutefois, cela n'arrive pas tous les jours.

RSA – Est-ce que vous êtes la « police du pape » au Canada ?

L.V. – Pas du tout ! (Il sourit. Cette méfiance à l'égard de la nonciature apostolique vient d'un manque de connaissances. Quand on en manque, on projette des soupçons… L'autorité est souvent perçue négativement. Pour l'Église, l'autorité est plutôt le symbole d'une paternité.

RSA – Le Canada célèbre sa fête nationale le 1ᵉʳ juillet. Est-ce que le Vatican, qui est un État, a une fête nationale ?

L.V. – Oui ! Cette fête a lieu le jour de l'anniversaire de l'élection du Saint-Père. En 2006, elle aura lieu le 19 avril, jour du premier anniversaire de l'élection de Benoît XVI. Sous Jean-Paul II, elle avait lieu le 16 octobre. Chaque année, à Ottawa, on fait une réception. On invite le corps diplomatique, les autorités du gouvernement, bien des religieux et des religieuses et les prêtres et les évêques qui ne sont pas trop loin de la capitale ou de passage.

RSA – Face aux autres évêques du pays, êtes-vous hiérarchiquement plus élevé ?

L.V. – Non ! Nous sommes tous évêques ! Mais il y a une préséance de protocole. Ainsi le nonce apostolique, puisqu'il est le représentant du Saint-Père, a un droit de préséance sur tous les archevêques et les évêques, mais après les cardinaux, car ils sont les sénateurs du Saint-Père. Ces derniers sont ses conseillers les plus proches.

RSA – Comment percevez-vous la crise qui se vit actuellement dans l'Église francophone du Québec ?

L.V. – Je ne suis pas le plus expert pour nommer les causes de cette crise. Cependant, le problème est évident.

On parle toujours des aspects négatifs, mais vous savez qu'il y a plusieurs éléments qui sont positifs dans cette crise. En exemple, au Québec, plus de 80 % des gens reconnaissent appartenir à la tradition catholique. Cela est une réalité fort positive.

RSA – Les Québécois reconnaissent cette appartenance, mais dans les faits, ils sont absents des communautés chrétiennes et ils contestent l'autorité du pape !

L.V. – À ce chapitre, il y a du travail à faire. C'est vrai qu'ils reconnaissent difficilement l'autorité du pape. Il y a, à mon avis, un manque de connaissances de qui il est. Ses discours passent toujours par le filtre médiatique, donc de l'interprétation.

RSA – Est-ce que vous êtes en train de dire que les médias rapportent mal ses propos ?

L.V. – C'est souvent le cas. En exemple, si Benoît XVI parle des droits de la personne selon une vision anthropologique chrétienne, les journalistes ne l'acceptent pas. Il y a une certaine idéologie qui domine sur la planète en ce moment et celle-ci n'accepte pas une autorité morale qui promeut une vérité objective.

RSA – Est-ce qu'il y a un avenir pour l'Église catholique au Québec ?

L.V. – Je crois fermement que oui. Pour cela, il faut qu'il y ait des témoins de la foi qui ont le courage d'annoncer l'Évangile. De plus, les jeunes sont prêts à se donner des causes nobles, mais il faut que la barre soit haute. Il ne faut pas réduire l'idéal de l'Évangile à la contingente des opinions. C'est dur de vivre le christianisme ! C'est un grand idéal !

(La deuxième partie de cet entretien sera publiée dans notre prochaine édition)

Mgr Luigi Ventura
Nonciature apostolique au Canada
724, avenue Manor
Ottawa, Ontario, Canada
K1M 0E3
(613) 746-4914
(613) 746-4786 – Télécopieur


(Revue Sainte-Anne, janvier 2006, pp. 9 et 14)