TOURISME ESTIVAL : La Chapelle de la Scala Santa

La Chapelle de la Scala Santa

Par Benoit Voyer

6 juin 2026

Dans le boisé du Sanctuaire du Sacré-Cœur, à Montréal, mieux connu sous le nom de chapelle de la Réparation, vous retrouverez au fond du jardin la chapelle de la Scala Santa. Il s’agit d’une œuvre d’architecture que vous retrouverez peu ailleurs au Canada.

C’est en 1905, à la mi-chemin du Chemin de la croix, qu’on a fait construire cette Scala Santa ou escalier saint pour commémorer l'escalier qu’a dût gravir le Jésus lors de sa passion afin d'accéder au palais de Ponce Pilate.

Cet édifice, dessiné par l’architecte Joseph-Arthur Godin, est de style byzantin et a été un des premiers bâtiments au Québec à être construit en béton armé. Le style byzantin est le plus ancien des styles connus dans la construction d'églises chrétiennes et est toujours couramment utilisé dans les églises orthodoxes grecques et russes.

La Scala Santa est un édifice à « plan centré » sur lequel trône une coupole hémisphérique contrebuté sur six exèdres semi-circulaires surmontés de demi-coupoles. La grande coupole est surmontée d'un bulbe byzantin portant une croix. La toiture est recouverte de tôle galvanisée et percée de huit lucarnes en forme de rosace, décoration reprise à la hauteur des exèdres. Les fenêtres basses et le portail d'entrée se présentent en ouverture terminée en plein cintre.

Un vaste escalier, sur le modèle de la Scala Santa de Rome, donne accès à la partie supérieure de l'édifice.

En 1905, lors de l'incendie de la première chapelle on a utilisé la Scala Santa pendant cinq ans comme chapelle.

Enfin, quelques mots sur l’architecte Joseph-Arthur Godin. Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, « Godin est né en 1879. Il aurait fait ses études en architecture à l'école des beaux-arts de Paris. Il est admis à l'Association des architectes de la province de Québec en 1898. Godin se démarque des architectes nord-américains du début du XXᵉ siècle par son utilisation du béton armé comme matériau pour la construction de bâtiments résidentiels, religieux et commerciaux. Il réalise, notamment, l'église de Sainte-Famille d'Aumond (en 1908-1909), l'église du Très-Saint-Sacrement à Howick (en 1909 et 1910), l'église Saint-Paul à Montréal (en 1910 et 1911) et le théâtre des Variétés, à Montréal. Outre ces réalisations, il construit plusieurs bâtiments résidentiels de style Art nouveau à Montréal, dont le Saint-Jacques, les appartements Riga et un immeuble à appartements portant aujourd'hui son nom. » Joseph-Arthur Godin est décédé en 1949.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Pierre Gagnon, homme d’affaires à la retraite

Pierre Gagnon,
homme d’affaires à la retraite

« Pourquoi je penserais à la mort ? De toute manière, elle va passer sans que j'y pense ! »

Benoît Voyer

JOLIETTE – Dieu a tout fait pour Pierre Gagnon. Il n'a pas peur de le dire. Il l'a vu. Il lʼa connu. Il a goûté sa présence. Quelques mois avant son départ, l'abbé Roland Leclerc écrivait à son propos : « Pierre s'émerveille. Il ne cesse de s'amouracher de la vie qu'il célèbre comme un aveugle qui voit pour la première fois. [...] Poète et mystique [...] Il est épris de foi. Il est jeune, toujours jeune, jouant de cette candeur qui rend grâce : merci, Seigneur, d'avoir révélé cela aux tout-petits… comme moi ! » Né en 1931, Pierre Gagnon a été un homme d'affaires et un planificateur financier bien en vue. À la fin 2003, les Éditions Anne Sigier publiaient son livre « Sentinelles du matin », un hommage à la création.

REVUE SAINTE ANNE – Pierre Gagnon, à qui ou à quoi ressemble l'enfant en vous ? Votre « enfant intérieur » est rendu à un âge vénérable !

PIERRE GAGNON – Si on tient compte de l'immortalité, on donne à l'infini une importance et on diminue celle du temps. J'ai déjà passé mes 73 ans de vie, mais sur le plan de l'immortalité, il me semble que c'est un clin d'œil.

Le cœur d'enfant que je rencontre dans l'œil de mes arrière-petits-enfants, je souhaite que d'autres le rencontrent dans mes yeux de bon vieillard.

RSA – Êtes-vous un vieillard ou un enfant ?

P.G. – Je me sens plutôt enfant. Selon moi, toutes les expériences de vie – avec l'aide de Dieu, bien entendu (!) – nous ramènent à ce que nous étions dans sa pensée parce qu'on y retourne finalement après toutes nos années d'existence terrestre. C'est d'ailleurs Jésus qui le disait : « Si vous ne devenez pas comme eux autres, vous êtes foutus, les boys. » (!) Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous ne pénétrerez pas dans le Royaume des cieux. »

RSA - Comment redevient-on enfant?

P.G. – En sachant s'émerveiller de ce que Dieu fait de beau au cœur de sa création et, encore bien plus, au cœur de ses créatures.

RSA – De quelle manière décrivez-vous l'enfant en vous ?

P.G. – J'ai l'impression que je fais encore rire un peu, à moins que les gens soient très polis à mon égard… (rires) J'espère que non. Sérieusement, je dois avouer que je retrouve en moi l'optimisme de l'enfant. Lorsque je menais une vie de dévergondé – à plein nez dans le péché –, j'étais fort pessimiste. J'ai appris que tout ce qui me bloque dans mon rapport avec l'infini, c'est-à-dire avec Dieu, me fait craindre l'avenir. Et bien plus ! J'avais peur de mon aujourd'hui, de mon présent. Le cœur d'enfant que j'ai découvert et que j'apprivoise ramène en moi l'optimisme.

Je crois que l'humanité vit un temps de conversion parce que l'humain a la nausée. Il n'a même plus le courage de dire qu'il est heureux. Il en a marre de ne jamais être contenté parce qu'il ne goûte jamais réellement à ce qu'il souhaite foncièrement en lui, c'est-à-dire au cœur de Dieu.

RSA – Est-ce que vous êtes en train d'affirmer que l'humain a soif de Dieu, mais ne l'avoue pas ?

P.G. - Effectivement! Je suis cependant plein d'espérance. J'aime employer cette image : c'est comme lorsqu'on fait cuire du gruau. A un moment donné, ça fait des bulles Plouf! Plouf! Lorsque ça chauffe au cœur de la substance pâteuse, elle se transforme et le meilleur en sort.

Je vois des gens s'impliquer dans des chemins de lumière, c'est-à-dire dans des sentiers de conversion. Je n'ai pas encore rencontré de réel converti, car selon moi ce n'est que quinze minutes après qu'un membre de la faculté de médecine décrète la mort clinique que la réelle conversion apparaît. Ce n'est qu'au moment du passage vers l'autre étape de la vie – celle qui vient après la mort terrestre – qu'il y a, par les mérites de Jésus, une véritable conversion. Malgré ce fait, je vois le chemin de plusieurs vers la lumière. Cela me rassure.

RSA – Vous écrivez dans votre livre : « La vie d'ici-bas coule de plus en l'affection des autres, savoir plus lentement. » C'est vrai ?


P.G. – Je ne peux pas expliquer ce qui se passe entre les étapes de la transformation de la chenille en papillon, mais je sais qu'il y a mort d'une part et qu'il y a naissance d'autre part.

À 73 ans, la vie commence! Et le Seigneur, dans sa bonté, nous fait connaître mille petites morts afin de s'habituer au grand passage. Il y en a qui sont bien pessimistes en ne parlant que de la déchéance du corps humain. Voyons plus loin que cela! Dieu multiplie les rides au même rythme qu'il multiplie les vertus. Il y a une compensation. Rien ne se perd! Même pour un vieillard de 90 ans ! En lui habite la jeunesse parce qu'il prépare un nouveau départ, une nouvelle naissance en Dieu.

RSA - Qu'est-ce que la vieillesse change en soi?

P.G. – On s'enrichit des désirs que l'on a moins ou que l'on n'a plus. On caresse l'expérience de sagesse - qui est un trésor accumulé dans l'histoire de l'univers - des générations qui nous ont précédés. On ne croit plus qu'on a tout inventé (!). À 30 ans, on croit souvent que le monde est né peu de temps avant sa propre naissance. Mais plus à mon âge ! Le monde naît et renaît. Il y a un trésor de sagesse que l'humanité a accumulé Il suffit de s'y abreuver.

RSA – Dans un travail de philosophie qu'il a remis à son professeur de cégep, un étudiant que je connais écrit « qu'en vieillissant on perd ses illusions ». C'est vrai qu'on rêve moins ?


P.G. - Lorsqu'il est question des œuvres, le cynisme et le désabusement peuvent facilement nous submerger. Un humaniste ne peut pas penser autrement. Cependant, pour un humaniste chrétien, il y a tout un couloir qui, après ses déceptions, ses désillusions et ses désespérances, conduit à la lumière. Pour lui, il y a autre chose de plus grand que l'humain.

RSA – Avec l'âge qui avance, qu'est-ce que l'expérience vous dit de la vie ? Qu'est-ce que l'essentiel ?

P.G. – Croire en Dieu.

RSA – Juste ça ?!

P.G. – C'est l'essentiel ! Mais cet essentiel est aussi de savoir accueillir l’affection des autres, de savoir accueillir Dieu en soi et de savoir accueillir l'autre. Je crois à travers mes limites, mes insuffisances, mes ignorances.

RSA – Et s'il ne vous restait qu'une seule journée à vivre… À quoi ressemblerait-elle ?

P.G. - J'en voudrais une comme aujourd'hui ! Et puisqu'en ce moment il est 16 h, il ne me resterait que 8 heures d'attente avant de rentrer chez moi. Chez moi, ce n'est pas ici ! J'ai hâte de retourner à la maison ! Pas vous ?

RSA - Vous ne vous sentez pas chez vous ici ?

P.G. - Il me manquera toujours quelque chose. Je suis un inassouvi. Je suis comme la samaritaine. Je bois de l'eau... J'ai encore soif! Je mange... J'ai encore soif! Je fais la fête... J'ai encore soif! Il y a toujours quelque chose qui manque! Et ce qui me manque c'est Dieu!

RSA - Vous n'avez pas peur de mourir ?

P.G. – Pas du tout ! (Il fait un long silence) « Mais ça m'énerve! »

RSA - Vous êtes prêt !?

P.G. - Dieu me prépare. Il me montre chaque jour la gratuité de son amour.

RSA - Votre ami Roland Leclerc est décédé, il y a quelques mois. Comment avez-vous vécu son départ?

P.G. - C'était une journée de grande joie pour moi. C'était un prêtre très pur. Il dégageait quelque chose d'infiniment propre. J'ai regretté son départ, mais je me suis consolé très rapidement. Aujourd'hui, je le prie. Je dois beaucoup à Roland. Il m'a fait grandir en moi. De plus, il m'a poussé à écrire et à

RSA - Est-ce qu'il vous arrive de penser à la mort ?

P.G. - Pourquoi je penserais à la mort? De toute manière, elle va passer sans que j'y pense!

RSA - Lorsque vous regardez votre vie, quel est votre plus grand regret ?

R.G. - Tous les « Je t'aime » que j'ai dits et qui n'étaient pas purs comme ceux que je dis aujourd'hui. C'étaient des « Je t'aime » qui étaient plutôt des « Je m'aime ». Ils étaient vides. Aujourd'hui, je fais un peu mieux, mais j'en suis encore au jardin de l'enfance de l'amour. J'ai encore tant à apprendre.

RSA - Apprendre à aimer est le travail d'une vie!

R.G. - Je dirais plutôt se laisser imbiber par Dieu pendant toute une vie parce qu'il me semble que je n'ai pas beaucoup travaillé. C'est plutôt lui qui a tout fait pour moi.

Pierre Gagnon
85, rue Jean-Duceppe
Joliette (Québec) J6E 7Y8
(450) 759-8945


(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2005, pp. 297 et 308)