Dans un article paru dans Le Figaro, le 28 février 2026 [1], à l’occasion de la publication, en français, de son livre « La Supériorité morale » (Éditions Arpa), Jonathan Haidt, psychologue social, qui a connu un succès mondial avec son précédent essai, « Génération Anxieuse », livre qui nous éclaire sur le danger que représentent les réseaux sociaux pour la santé mentale de la jeunesse, explique qu'« un enfant moyen passe environ cinq heures par jour sur les réseaux sociaux (Youtube inclus) et trois à cinq heures supplémentaires sur son téléphone. Avec le sommeil et l’école, il ne reste presque rien pour le reste. Sont évincés : le sommeil (en baisse de trente minutes en moyenne, parfois de deux à trois heures) ; l’exposition au soleil ; l’exercice physique ; le jeu libre, non supervisé, physique et en groupe (essentiel pour tous les mammifères) ; la lecture ; le contact physique. Sur les réseaux, ce n’est pas du jeu, c’est de la performance et de la gestion de marque. L’ennui aussi disparaît : le cerveau a besoin d’absorber des patterns puis de moments sans stimulation. Les meilleurs patterns viennent de la vraie vie, de la littérature ou de récits longs. Or les enfants consomment, sur ces plateformes, des fragments de cinq à trente secondes. L’enfance téléphonique se noie sous le divertissement, mais évince le vrai plaisir et les histoires qui forment un adulte culturellement compétent à terme. »
Il ajoute : « Chaque plateforme a ses mécanismes spécifiques. Chez les membres les plus âgés de la génération Z (nés entre 1997 et 2012, NDLR), l’explosion de dépressions, d’anxiétés et d’automutilations chez les filles coïncide avec l’arrivée de la puberté. Les enquêtes montrent que les adolescentes associent Instagram à une anxiété accrue. Instagram, lancé en 2010 comme site de photos, était peu utilisé par les enfants. En 2012, Facebook a racheté ce réseau social et en a fait massivement sa publicité, c’est l’année où les filles s’y sont précipitées. Leur vie sociale passe alors des conversations, des ragots et des appels téléphoniques, bénéfiques pour leur développement, à la publication permanente, à la surveillance des likes et des non-likes. Elles deviennent des gestionnaires de leur marque personnelle 24 heures sur 24. C’est exactement en 2012 que les indicateurs de santé mentale s’effondrent. Instagram en porte la responsabilité principale au sein de cette frange de la population. TikTok est, à terme, plus destructeur. Il est extrêmement addictif et détruit la capacité d’attention chez les garçons comme chez les filles. Si Instagram a surtout généré de l’anxiété et accentué la dépression chez les filles, TikTok, lui, provoque une addiction massive. Beaucoup de mes étudiants à l’université de New York passent six à neuf heures par jour sur TikTok, au détriment de toute autre forme de loisir. Ils peinent à lire un livre. Dès qu’une phrase les ennuie, ils retournent sur TikTok. Cette plateforme forme des esprits impitoyables. Au bout de huit secondes, si le contenu n’est pas captivant, ils « swipent ». C’est la principale cause du déclin des scores aux tests cognitifs et au déclin de l’attention en général. »
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[1] Ronan Planchon. « Instagram porte la responsabilité principale de l’effondrement de la santé mentale des adolescentes », Le Figaro, 28 février 2026, p. 18. https://www.pressreader.com/france/le-figaro/20260228/page/18
[1] Ronan Planchon. « Instagram porte la responsabilité principale de l’effondrement de la santé mentale des adolescentes », Le Figaro, 28 février 2026, p. 18. https://www.pressreader.com/france/le-figaro/20260228/page/18
