MONTRÉAL - Le Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, qui fêtera son 150e anniversaire en 2004, multiplie ses efforts pour changer la perception populaire de la mort. Il y a quelques années, la direction a mis en place des moyens pour changer la vision de ce qu'est un cimetière. « Ce n'est pas si lugubre que ça! »
« À Notre-Dame-des-Neiges, nous travaillons à démystifier la mort afin de la rendre plus sympathique. Ici on vient apprendre des choses ... C'est un musée à ciel ouvert. Et ça ne coûte rien pour le visiter! », dit Yoland Tremblay, directeur général du cimetière au représentant de la Revue Sainte Anne.
Le premier travail a été la recension de tous les personnages importants inhumés en ce lieu. Rapidement, un guide à l'intention des visiteurs a été publié. Plus de 320 noms ont été identifiés. Parmi eux figurent des Pères de la Confédération canadienne, des gouverneurs généraux, des premiers ministres du Canada et du Québec, des artistes, des athlètes et des gens de plusieurs milieux importants de la société. Le cimetière s'est révélé comme étant le Montmartre de Montréal.
« On a aussi créé une bonne interactivité pour faire connaître la personne moins célèbre qui repose ici et qui est importante pour sa famille. La journée de l'anniversaire de son décès, on va voir sa photo à la une de la borne et on raconte qui il a été », spécifie M.Tremblay.
De plus, quatre fois par année, la revue Dialogue permet de garder le contact avec les familles des personnes inhumées. En plus des articles de fond sur des problématiques autour du deuil, elle les invite à des rendez-vous pour les aider à vivre leur deuil.
Puisqu'il s'agit toujours d'un cimetière catholique, il offre aux familles des repères spirituels. Pour les catholiques, des messes commémoratives sont célébrées à chaque mois.
« Et après on les invite à se promener dans les jardins. On offre même des visites guidées adaptées aux intérêts des gens », ajoute Yoland Tremblay.
Enfin, parce qu'on veut vraiment s'occuper de ceux qui restent, un congrès sur le deuil est organisé à chaque année. La 9e édition aura lieu en septembre. Ce rassemblement qui est ouvert à tous est sous la responsabilité de Johanne De Montigny, psychologue spécialisée en suivis de deuil. Elle réunit autour d'elle des spécialistes de la question. Le cimetière assure tous les frais afin de permettre à ceux qui ont vécu la blessure du départ d'un être cher de trouver des clés pour passer à travers leur épreuve.
En plus de créer des activités spéciales, d'offrir des ressources et de démontrer qu'un cimetière est un grand parc-jardin, ce cimetière travaille à changer le langage mortuaire. Aujourd'hui, on « célèbre une vie » et on se « commémore celle-ci. Aussi, on ne parle plus d'un « défunt », mais de «la perte d'un être cher ».
Tout comme il n'est plus question d'« enterrer » quelqu'un, mais plutôt de l’ « inhumer ». Chaque époque a son vocabulaire. Celui d'aujourd'hui a pour but de dédramatiser cette de la vie qui est souvent considérée comme un tabou qu'il faut fuir.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, avril 2003, pages 156)
