MUSIQUE : Ma maison, c'est toi (Salebarbes)

Salebarbes
Ma maison, c’est toi

Par Benoit Voyer

9 juin 2026

Salebarbes est un groupe de musique traditionnelle acadienne. Il est composé de Jean-François Breau, Jonathan Painchaud, Éloi Painchaud, Kevin McIntyre et George Belliveau.

Il s'est formé en 2019. Au départ, il s’agissait d’un projet sans ambition qui avait pour but la sauvegarde de chansons traditionnelles acadiennes et cadiennes. Ils connaissent un succès auquel ils ne s’attendaient vraiment pas.

En 2025, Salebarbes nous offrait « Ma maison, c’est toi ». Une magnifique pièce enregistrée en collaboration avec l’Orchestre symphonique de Montréal.



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LE PRÉSENT DU PASSÉ : François Garon, l'ex-mooniste devenu franciscain de l'Emmanuel

François Garon
l'ex-mooniste devenu franciscain de l'Emmanuel

« Ce matin-là, après trois ans aux États-Unis dans l'Église de l'unification, j'ai compris ce que Hitler écrivait : « Si tu veux faire croire un mensonge, il faut que tu ailles jusqu'au bout. » J'ai compris que Moon n'est qu'un menteur. Je me suis dit : « Je n'aurais jamais cru qu'on puisse mentir de cette manière ! »

Benoit Voyer

MONTRÉAL – À 19 ans, après avoir abandonné sa vie de délinquance et le monde de la drogue, François Garon décide d'aller rejoindre des amis qui vivent au Pérou. Le jeune adulte part avec 100 $ en poche en se disant « On verra ! Si ça ne fonctionne pas, je reviendrai ici ! » Il décide de faire une première escale à Los Angeles, aux États-Unis, car il peut profiter d'un voyage de trois jours en automobile. Son père doit se rendre dans cette région pour son travail.

Il a beaucoup lu ces derniers mois. Il s'est forgé une philosophie simple et personnelle : le bien est ce qui unifie ; le mal est ce qui divise.

Dans la grande ville américaine, il rencontre des membres de l'Église de l'unification, c'est-à-dire des disciples de Moon. On lui raconte qu'ils essaient de rassembler les gens et travaillent à trouver des solutions aux problèmes du monde actuel. « Ça semblait très cool ! » Un peu naïf, François pense qu'il ne s'agit que d'un mouvement de pensée.

« Je sortais d'une adolescence constituée d'une suite de déboires. J'avais absolument besoin de trouver un idéal de vie. C'était vital ! Ça faisait partie de moi comme pour plusieurs jeunes. Tous les jeunes ont une soif d'absolu ! J'avais déjà réfléchi à certaines choses, mais pas encore assez pour en arriver à vivre une foi chrétienne. « J'étais donc très vulnérable aux nouveaux groupes religieux sectaires », raconte l'homme qui a maintenant 45 ans.

Intéressé par leur philosophie, il se rend à leur centre. Les membres du groupe parlent de Dieu, mais d'une manière qui ne ressemble guère à celle des grandes Églises chrétiennes. Il est question de ce Dieu qui existe et qui est présent.

Durant un mois, il vit la vie communautaire dans les magnifiques montagnes de la Californie où se tiennent fièrement des arbres géants au cœur d'une forêt où chantent de beaux oiseaux. Tout est féerique. « On était là. On parlait de Dieu. On échangeait sur plein de sujets. C'était vraiment intéressant… », se souvient-il.

Le temps de l'engagement est finalement arrivé. « On nous disait : « Vous voyez, nous sommes maintenant en train de mettre en place le Royaume de Dieu dans ce monde. Cependant, pour y arriver, nous avons besoin de fonds. » On nous explique tout ce qu'il y a à bâtir et on nous demande de collaborer. Il nous fallait faire du commerce pour ramasser le plus d'argent possible pour rendre ce monde réel.

Il faut bâtir le Royaume de Dieu
Pour son Église, qui croit que Moon est le Messie, il travaille 16 heures par jour. Il n'arrête pas. « Quand tu es jeune, il faut que ton idéal aboutisse à quelque chose de concret ! » Et puis, lorsque Dieu appelle à une mission, cela ne le surprend pas qu'il faille aller au bout de soi.

Habillé d'une chemise blanche et d'une cravate, il vend de tout : chocolat, bijoux, fleurs, etc. Et partout où il peut, notamment dans les restaurants et les bars, le jour et la nuit.

Son accent francophone lui donne une grande facilité pour la vente de fleurs dans les restaurants chics : « Lorsque je travaillais dans la région de Washington D.C., la capitale américaine où vivent un grand nombre de fonctionnaires, j'étais à mon meilleur dans la vente de belles fleurs, surtout au crépuscule ! Élégamment vêtu, avec mon accent français, je proposais aux messieurs accompagnés durant leur repas dans de chics restaurants : « The flower for the lady? » Dans la capitale, le français était prisé… On vendait jusqu'à deux heures du matin et on se levait cinq heures plus tard pour recommencer une autre journée de travail. Je rapportais beaucoup d'argent. »

À travers ce travail, il a l'impression de donner sa vie pour l'avancement du Royaume de Dieu et pour Dieu. Il se croit même en profonde communion avec lui.

Chez les riches comme chez les pauvres
François Garon ne fait pas uniquement du commerce chez les personnes aisées. Il visite aussi les bars de basse classe à Baltimore, à Washington et à Philadelphie. Il voyage beaucoup. Dans les milieux malfamés, ce sont les bijoux qui ont le plus de succès.

Il se rappelle : « On voyait plein de gens dans la grande misère. De mon côté, ça ne me dérangeait pas. J'avais connu ce monde durant mon adolescence. C'est donc avec compassion que je les abordais. »

Le soir de Noël 1980, il voit tout ce monde dans les bars. Il prie en silence : « Seigneur, je suis content d'être ici un soir de Noël afin d'être avec ces gens et dans les lieux les plus bas et pauvres. Je suis content de t'offrir tout ce que je vois et je vis ici. »

Tout en besognant, il réfléchit : « Si Dieu existe, Dieu est miséricorde. Si moi, un être humain, je suis capable de comprendre la misère des gens les plus défaits, comment Dieu qui est amour ne pourrait-il pas les comprendre beaucoup plus que moi ? » Pour la première fois, il nomme Dieu. Il l'appelle Miséricorde.

Il fait bande à part. Dans sa communauté mooniste, les pauvres et les miséreux sont de « la scrape », pour reprendre l'expression de François. Ils sont des moins que rien.

Visite de Jean-Paul II
À l'automne 1979, le pape Jean-Paul II se rend en visite pastorale à Washington. Le nouveau pape, élu quelques mois plus tôt, impressionne François Garon.

Durant la visite du chef catholique, les disciples de Moon vendent des médailles… de Jean-Paul II. « De toute manière, on vendait n'importe quoi ! L'important était de faire de l'argent ! »

Durant le discours du Souverain Pontife, le roi du Vatican, François, cesse de vendre et écoute ce qu'il dit : « Son discours m'a énormément impressionné. Il parlait des mêmes valeurs que les Moonistes. Toutefois, ce qui me rejoignait le plus était la douceur de la voix du pape. Tout le contraire de Moon ! Lorsque ce dernier donne des conférences, ça sonne comme s'il s'agissait d'un tyran. Il n'est pas capable d'être doux… »

En entrant à la maison, il ne peut pas cacher son enthousiasme. On lui reproche sévèrement d'avoir délaissé son travail de vendeur. On lui dit qu'il était là pour faire de l'argent et non pour écouter le discours : « Ce n'est pas correct ce que tu as fait ! C'est comme si tu avais mis Jean-Paul II au-dessus de Moon ! » lui lance-t-on sans aucune délicatesse.

Dans les mois qui suivent, tout devient objet de conflit entre lui et le groupe. On dit quelque chose. Il n'est pas en accord et ne se gêne pas pour s'exprimer.

Il est tellement en conflit avec les membres de l'Église de l'unification qu'il réfléchit : « Ça n'a plus de bon sens ! Il faut que j'étudie pour voir ce qui ne va pas… »

Il décide d'écrire directement à Moon, en geste de foi : « Je prendrai les prochains mois pour étudier très fort. Je lirai tous les livres d'études afin de mieux comprendre. [ ... ] Je vous demande de prier pour moi. » Et il ajoute dans sa conclusion : « Si je découvre que ce n'est pas la vérité, je quitterai l'Église sans réserve. »

Très tôt un matin d'octobre 1981, il prend ses livres moonistes et une Bible que sa mère lui a fait parvenir et se rend dans un café afin de lire.

Au fil des pages, un détail passe sous ses yeux : « Ben voyons ! Ça n'a pas d'allure, ça ! » Instantanément, tout s'écroule : « Ça ne se peut pas ! C'est tout du mensonge ! »

François est encore sous le choc : « Après trois ans aux États-Unis, dans l'Église de l'unification, j'ai compris ce que Hitler écrivait : « Si tu veux faire croire un mensonge, il faut que tu ailles jusqu'au bout. J'ai compris que Moon n'est qu'un menteur. Je me suis dit : « Je n'aurais jamais cru qu'on puisse mentir de cette manière ! »

Il se lève sans tarder. Il ferme ses livres. Il se rend boire une gorgée d'eau et revient à sa table. « Qu'est-ce que je fais ? », se dit-il. Il ne tarde pas à prendre le téléphone pour parler à sa mère au Canada : « Achète-moi un billet d'avion, je reviens… Peux-tu faire ça pour moi ? » Elle lui demande quelques heures pour rassembler l'argent nécessaire.

Pendant ce temps, il se rend chez lui : « Qu'est-ce que tu fais ici ? « Tu n'es pas parti travailler ? », questionne-t-on. Il répond tout de go : « Non ! Non ! Non ! C'est fini ! Je fais mes bagages et je pars ! » « Tu ne peux pas partir comme ça ! Il faut que tu t'expliques au commandeur et à la communauté ! Comment vont-ils se sentir ? », lui répond la femme du patron de la place, une Japonaise fort gentille. « D'accord ! Je vais rester deux jours. Pas plus ! » répond-il.

Il téléphone à sa mère :

— Maman, je reste encore deux jours.

- Non! Non ! Non ! Ne fais pas ça ! François ! S.V.P. ! Prends l'avion tout de suite !

— Non, maman ! Dans deux jours !

— Ne fais pas ça, François !

— Maman, dans deux jours !

Elle est découragée.

Le lendemain matin, la femme du commandeur prend la parole lors du déjeuner : « François s'en va ! Il aimerait nous parler et expliquer pourquoi. » Il se lève et s'adresse à eux : « C'est très simple… Je vais vous dire franchement : je ne crois pas du tout en l'Église de l'unification. De plus, je ne crois pas que Moon soit le Messie. Je crois en Jésus-Christ ! Je rejette donc tout l'enseignement de l'Église de l'unification et je reprends celui de Jésus-Christ. » Le groupe est furieux contre lui. Dans les heures qui suivent, il s'explique au commandeur. Celui-ci n'arrive pas à donner des explications au passage qui a allumé François. Après l'échange, il lui donne 10 $ pour prendre un taxi jusqu'à l'aéroport afin qu'il rentre à Montréal.

Pendant cinq ans, il lit tout ce qu'il trouve sur l'histoire de l'Église catholique, sur la théologie et la philosophie et s'intéresse aux écrits des saints et mystiques. « J'en suis arrivé à la conclusion que l'Église catholique est vraiment celle fondée par Jésus. « En elle se trouve son véritable enseignement et l'assurance de la vérité », raconte-t-il à la Revue Sainte Anne.

Depuis 1985, François Garon est franciscain de l'Emmanuel. « C'est dans la spiritualité franciscaine que j'ai vraiment comblé ma soif de l'absolu. « La pauvreté est une forme d'ouverture totale à celle-ci ! », lance-t-il. Il porte maintenant une longue barbe et la soutane grise. Avec les membres de sa fraternité, il se consacre aux gens dans le besoin de l'arrondissement Verdun à Montréal. Pour lui, c'est bien meilleur que le Pérou, qu'il n'a pourtant pas encore visité.

Frère François-Marie Garon
Franciscains de l'Emmanuel
4155, rue Wellington
arrondissement Verdun, Montréal,
Québec, Canada
H4G 1V8
(514) 762-4049

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(Revue Sainte Anne, septembre 2005, pp. 345 et 350)