LE PRÉSENT DU PASSÉ : Benoit Voyer, journaliste (2)
Dieu est vivant ! Jésus est ressuscité !
« Notre silence a assez duré. Je suis venu à ta rencontre pour te demander de rentrer à la maison. Si tu acceptes, dans peu de temps je te convierai à un grand banquet d'amour. Nous ferons une grande fête pour souligner ton retour. D'ici ce jour, je viendrai te rencontrer régulièrement afin que nos cœurs vibrent au même diapason. Myriam a bien hâte de te revoir. Chaque jour, elle me parle de toi. »
Benoît Voyer
MONTRÉAL – Journaliste spécialisé dans les affaires culturelles et religieuses depuis 1987, Benoît Voyer, collaborateur à la Revue Sainte Anne depuis 1996, est un communicateur fort connu au sein de l'Église catholique francophone du Canada. Né le 22 novembre 1966 à Granby, cité du célèbre jardin zoologique, il a signé, depuis le début de sa carrière de journaliste, de nombreux articles dans les médias écrits, a animé et collaboré à plusieurs séries d'émissions à la radio et à la télévision et a fondé un organisme culturel catholique. En février 2000, une crise de vie sévère l'amène à partir en exil, en plein désert urbain, afin de retrouver en lui des forces nouvelles pour vivre et des raisons de croire que Dieu est vivant et que Jésus est ressuscité. Dans ce deuxième article d'une série de deux, il raconte le vendredi saint de son existence, ce temps de souffrances qui l'a conduit à un nouveau matin de Pâques pour sa vie, un temps de lumière et d'espérance.
***
De septembre 2000 à avril 2002, il m'est permis de vivre une aventure intellectuelle, hors de l'ordinaire, à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) où je suis inscrit à des cours. Je bois chacune des paroles de mes professeurs et j'ai un plaisir fou à lire tout ce qui me passe sous le nez.
Je suis fasciné par l'intelligence et la sagesse de Louis Rousseau (voir la Revue Sainte-Anne, mai 2001, page 199). Paul-André Comeau (voir la Revue Sainte-Anne, septembre 2001, page 343) me rassure sur mes talents de communicateur. La méthode pédagogique de Jocelyn Coulon m'impressionne… Pendant de longs mois, à travers les propos de mes professeurs, je me ressource.
Je passe d'un programme universitaire à l'autre à la recherche de ma voie. J'espère tant retrouver la passion d'antan et le calme dans mes angoisses. Je passe de l'enseignement des religions au journalisme, et de l'anglais langue seconde au certificat en français écrit.
De janvier 2002 à janvier 2003, tout en poursuivant mes cours, je reprends le chemin du marché du travail. J'obtiens des contrats au sein d'entreprises médiatiques et au département des communications de l'UQAM, afin d'aider Jocelyn Coulon au cours Informations internationales.
Je fais mon travail sans plaisir et sans intérêt. Au fil des mois, il devient évident pour moi que le journalisme n'est plus ma voie. Les expériences m'amènent vers un ailleurs que je saisis difficilement.
« C'est Jésus qui me poursuivait ! »
Un soir d'octobre 2002, alors que je marche dans les rues de Châteauguay où nous habitons, je me sens poursuivi par quelqu'un. Je marche plus vite. Je me sens vraiment épié. Je me retourne souvent. Pourtant, il n'y a personne derrière moi. Pendant soixante minutes, je marche vite, très vite, afin d'échapper à… Je ne sais pas trop qui.
Avant d'entrer à la maison, je m'assois sur un banc du parc de Cambray, face à notre édifice à logements. Le ciel est magnifique. Il est dégagé, sans nuage… On voit la lune luire à l'est.
Après quelques minutes, quelqu'un s'approche de moi. « Qui es-tu ? C'est toi mon ange ? » dis-je à haute voix. Je vois son sourire. Je le reconnais.
— Bonsoir Benoît ! Je peux m'asseoir avec toi ?
— Tiens ! Tiens ! Voilà le Monsieur Jésus qui se pointe ! Tu sais bien que tu peux t'asseoir ! Malheureusement, je n'ai pas grand-chose à te dire. Il y a tant de temps que tu te fais discret…
— Tu m'en veux ?
- Oui ! Tu ne peux pas savoir à quel point tu m'as manqué. Ce désert de ma vie aurait pu être évité si tu avais été là lorsque j'avais besoin de toi.
— Je te demande pardon. Papa et moi en avons longuement parlé. Nous avons difficilement convenu qu'il serait bénéfique pour toi que tu marches ton chemin sans nous, pour quelque temps. Nous t'avons laissé aux soins de ton ange gardien. Il avait la mission de te guider. Cependant, nous n'étions pas très loin. À plusieurs intersections de ta vie, j'étais caché et je t'observais.
— Et pourquoi es-tu ici aujourd'hui ?
— Notre silence a assez duré. Je suis venu à ta rencontre pour te demander de rentrer à la maison. Si tu acceptes, dans peu de temps, je te convierai à un grand banquet d'amour. Nous ferons une grande fête pour souligner ton retour. D'ici ce jour, je viendrai te rencontrer régulièrement afin que nos cœurs vibrent au même diapason. Myriam a bien hâte de te revoir. Chaque jour, elle me parle de toi. Est-ce que tu acceptes l'invitation ?
Je ne sais plus combien de temps a duré cette rencontre. Je suis rentré chez moi positivement ébranlé avec une certitude en moi : Jésus est vivant ! Je ne peux plus douter. Je l'ai vu. Il m'a parlé. Je lui ai touché.
Rencontre de l'abbé Éric
Quelques mois plus tôt, à cause de mon travail à la radio, j'ai rencontré un prêtre exceptionnel. Il s'agit de l'abbé Éric Nicolai (voir les éditions d'octobre et de novembre 2003 de la Revue Sainte Anne). Rapidement, nous sommes devenus des amis. Il a toujours respecté mon cheminement, malgré mes doutes et ma distance du christianisme.
D'une rencontre à l'autre, au restaurant autour d'une bonne bouffe ou au salon de la résidence pour étudiants Riverview ou chez moi ou dans son bureau, en plus d'échanger sur nos travaux et sur la vie, je lui partage mes doutes et il me parle de son grand amour pour Dieu, pour le Christ et pour l'Église. Il m'impressionne, surtout pour son don total et son choix radical pour le Christ à travers l'Opus Dei. Je cherche une note antiévangélique dans sa vie… Il n'y a rien. C'est un homme intègre.
Ses paroles ne contredisent pas ses actions du quotidien. La sainteté de ce prêtre de 39 ans est évidente. Si je repense aux paroles de Jean-Paul II, je ne me trompe pas : « La sainteté émerveille ! [...] Elle fait penser, convainc et, Dieu voulant, convertit. […] Quiconque rencontre Jésus ressent une manière particulière d'être heureux, une joie de vivre différente basée non pas sur l'avoir et l'apparaître, mais sur l'être. › (Audience du 1ᵉʳ février 2003)
En décembre 2002, je manifeste à l'abbé Éric mon appel intérieur. Il m'accompagne. Pendant plusieurs semaines, je rencontre Jésus dans la prière, le silence et la lecture spirituelle, particulièrement à travers le livre Amis de Dieu qui contient plusieurs homélies de saint Josémaria Escriva, un ouvrage que m'a donné le religieux lors d'un dîner et qui est longtemps resté dans l'indifférence sur ma table de travail. Dans ses écrits, le fondateur de l'Opus Dei lance de riches interpellations qui me préparent au grand banquet de l'amour, la fête du ciel.
Durant ces mois, je m'arrête souvent au Sanctuaire Kateri Tekakwitha, à Kanawake, pour m'entretenir avec Dieu et avec la bienheureuse Amérindienne. Son désir intense de vivre en présence de Dieu me touche. Je ne porte plus les doutes que je vivais le 25 juin 2001 (voir la Revue Sainte Anne, mars 2002, page 130). Ma prière est maintenant une certitude ! « Kateri, merci de veiller sur ma vie et ma famille ! »
Le 30 janvier 2003, l'abbé Éric me reçoit dans le silence de son bureau pour célébrer avec moi, à travers le sacrement du pardon, un grand moment de mon cheminement avec le ressuscité.
Cet après-midi, je choisis le Christ sans condition, malgré les difficultés intérieures qu'il me reste à surmonter. « L'amour de Dieu est jaloux ; il ne lui plaît pas que l'on vienne à son rendez-vous en posant des conditions : il attend avec impatience le moment où nous nous donnerons totalement, où nous ne garderons plus dans notre cœur de recoins obscurs, fermés à la joie et à l'allégresse de la grâce et des dons surnaturels. » (Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, n. 28)
À chacun sa mission
En plus de découvrir la grandeur de la Trinité, je découvre une nouvelle mission pour ma vie. Ces semaines de janvier et février 2003 sont importantes.
Après avoir été un observateur de la société canadienne et de l'évolution de l'Église à travers ma carrière de journaliste et après avoir joué un rôle important dans la diffusion de la culture religieuse d'ici à cause de mon travail de directeur général d'un organisme de la région de Granby, une autre voie se dessine devant moi.
Suite à cette rencontre avec Jésus sur le banc du parc de Cambray et surtout suite à ce retour à ma foi baptismale à travers les sacrements du pardon et de l'eucharistie, tout s'éclaire en moi. Mes prochaines années se passeront dans le monde de la santé.
À la fin de janvier 2003, je m'inscris à une formation de préposé aux bénéficiaires et, du 10 au 14 février, je complète un stage en milieu de travail afin de peaufiner concrètement ce que j'ai théoriquement appris. Dès les premières minutes du cours, et encore plus lors du stage dans un centre d'accueil de l'arrondissement Saint-Lambert, à Longueuil, mon intuition se confirme.
Le stage d'intégration n'est même pas terminé que je suis convoqué à des entrevues. Quelques jours plus tard, je suis embauché dans un centre de la santé de la région de Montréal.
Dieu est bon !
Est-ce que je quitterai définitivement l'univers passionnant des communications, milieu professionnel qui m'a vu évoluer depuis 1987 ? Seul Dieu le sait ! Afin de réfléchir à la question, je suis présentement en année sabbatique. Je laisse mon ange gardien me guider.
Mon cheminement de foi se poursuit. Tout n'est pas accompli. Avec sa grâce, Dieu m'amène vers un bonheur sans faille. De jour en jour, je recherche sa présence, car je le désire comme il me désire. Auprès de lui, j'apprends comment devenir un artisan de la nouvelle civilisation de l'amour. Dieu est vivant ! Jésus est ressuscité ! J'en ai la certitude parce qu'il s'est révélé à moi. J'en ai la certitude, car la joie du banquet de l'amour s'est installée en moi.
Consultez le site Internet de Benoît Voyer :
www.benoitvoyer.com
(Revue Sainte Anne, avril 2004, pp. 153 et 164)
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