OTTAWA – L'Église du Québec traverse une crise sévère. Ce n'est plus un secret. Le sujet n'est pas nouveau et il a été traité abondamment par les médias et un grand nombre de spécialistes. La question qui est maintenant sur toutes les lèvres est : l'Église du Québec va-t-elle survivre à la crise ?
Pour Normand Prochencher, professeur à l'Université Saint-Paul à Ottawa et auteur du livre « Trop tard ? L'avenir de l'Église », édité par Novalis, cette crise institutionnelle n'est pas comme les autres qu'il y a eu au fil de l'histoire. Elle n'en est pas une de croissance ou causée par certaines circonstances. Le malaise est beaucoup plus profond. Le problème en est une d'attitude : de quelle manière l'Église doit-elle vivre dans la modernité et la postmodernité ?
« Nous sommes dans un nouveau monde. Celui-ci ne veut pas dire seulement l'avènement de nouvelles technologies. C'est une nouvelle façon de penser qui est née. Elle est venue très vite. On peut dire qu'elle commence avec le 18ᵉ siècle, mais on admettra qu'elle est surtout présente depuis la deuxième moitié du 20ᵉ siècle. Le monde a beaucoup changé. Je ne suis pas sûr que l'Église du Québec va se sortir de cette crise majeure. Entre 2007 et 2010, l'effondrement devrait se prononcer davantage », explique le théologien et spécialiste de la modernité à la Revue Sainte Anne.
Le problème est que l'Église actuelle, qui vit sur le modèle de la Réforme grégorienne, a bien de la difficulté à s'adapter à ce changement radical de l'humain.
Normand Provencher ne veut pas jouer au prophète de malheur. Il se dit réaliste. Il argumente son point de vue sur certaines données sociologiques. Parmi celles-ci figure le fait que, actuellement, 80 % des prêtres actifs dans le diocèse de Montréal prendront leur retraite dans quatre ou cinq ans et que les remplaçants se comptent sur les doigts de la main. Comme il l'écrit dans son essai, il y a autant d'évêques qu'il y a de séminaristes au pays. Il cite aussi les données sur la pratique religieuse et un ensemble d'autres faits.
Le professeur insiste : « Je ne dis pas que l'Église d'ici va disparaître ! Ce sera plutôt un effondrement majeur. Je me répète ! Je ne dis pas que c'est la fin de l'Église d'ici ! C'est plutôt la fin d'un système. Le problème est que nous vivrons cela comme une mort. » Le drame de l'Église du Québec n'est pas unique. Le phénomène s'observe aussi en France, en Irlande et en Belgique.
Malgré tout l’espérance
Il y a tout de même de l'espérance, car le modèle d'Église qui naît et qui vient remplacer celui en place est plus près de la réalité de la culture postmoderniste. « L'Église sera plus modeste, mais prophétique. Les gens deviennent de plus en plus des nomades et des pèlerins. Pour combler leur soif de spiritualité, ils vont de plus en plus à différents endroits… de temps en temps », explique-t-il.
Dans « Mon testament spirituel », paru il y a quelques mois chez Novalis, le regretté Claude Ryan en appelle à l'espérance : « La situation actuelle invite chaque chrétien à une plus grande humilité et surtout à la conversion intérieure. Les gens se rapprocheront de l'Église quand ils constateront que ceux qui s'identifient à elle, autant les clercs que les laïcs, vivent réellement leur foi et ont un souci agissant du prochain. Le chrétien doit éviter, à mon avis, de verser dans l'angoisse. Il doit faire un effort honnête pour être vrai, pour accorder sa vie et son discours […] ».
L'expérience qui se vit en ce moment est nouvelle et inédite puisque l'histoire offre peu de repères. La seule chose qui importe est de la vivre au présent. Pour qu'elle se régénère, il faut aussi que les gens d'un âge certain qui sont impliqués au sein de l'Église laissent une grande place aux jeunes et aux marginaux, même si parfois cela est déstabilisant. Bientôt, « l'Église va redécouvrir sa mission qui est d'évangéliser », conclut Normand Provencher.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, juillet-aout 2006, p. 314)
