SOCIÉTÉ : L'ère du cyberbang est arrivée
Par Benoit Voyer
2 juillet 2026
Le travail, au sens traditionnel du mot, tend à disparaître. Nous besognons de moins en moins. « Pourquoi continuer à appeler de ce nom cette occupation qui demande de nous une présence régulière, bientôt facultative d'ailleurs, en un lieu collectif où se tiennent des réunions et des échanges de messages et où s'accumulent des papiers qu'il faut remplir sous peine de fautes juridiques ou d'exclusion sociale ? »[1] questionne le philosophe Michel Serres, ancien membre de l'Académie française, un des responsables de l'acceptation des nouveaux mots de la langue française.
Son interrogation se fonde sur les critères qui, selon lui, donnent du sens au mot travail.
Cinq sens du mot travail
Le travail est d'abord une force en déplacement. Traditionnellement, travailler voulait dire : creuser, hisser et frapper.
Il implique une lutte contre l'entropie, contre l'absence d'espoir, c'est-à-dire qu'il va à l'encontre de la nature humaine.
Il produit des outils qui ont une fin. Il y a des lunes, l'homme taillait du silex pour chasser. Tailler avait une finalité comme le reste des gestes qu'il accomplissait.
« Le travail demande un emploi du temps défini pour déplacer des forces, lutter contre l'entropie croissante, l'absence de l'effort, et, quelquefois, pour façonner des objets. Il demande donc une certaine souffrance », dit Michel Serres.
Enfin, il suppose d'être à l'œuvre.
Suivant la logique de ces cinq sens, jadis l'humain travaillait. La majorité des métiers qui impliquent ces éléments ont disparu ou sont sur le point de ne plus faire partie du paysage.
Qui aurait cru ! Des femmes au volant…
« Je me souviens, […] combien conduire un poids lourd demandait de la force et du courage, car l'inertie de la cargaison l'emportait quelquefois sur les capacités de la machine au freinage et à l'entraînement sur des chemins en relief. Aujourd'hui, les commandes assistées demandent beaucoup moins de puissance. Il faut juste de l'habilité. Qui aurait cru, lorsque j'étais jeune, que des femmes piloteraient des monstres de plus de cinquante tonnes !», raconte l'homme aux longs sourcils blancs.
Aujourd'hui, les grues et les outillages mécaniques effectuent le travail à leur place. Quelle force déplace le journalier contemporain ? Il produit toujours « autant d'énergie, mais seulement en salle de conditionnement physique ! », blaguait-il.
Jadis et naguère, l'humain définissait sa fierté et son honneur en travaillant. Si le travail disparaît, en quels lieux l'humain retrouvera-t-il un sens à ce qu'il réalise au fil des jours ?
L’ère du « cyber-bang »
La révolution du virtuel est bel et bien installée et ça ne fait que commencer ! Nous sommes à l’ère du « cyber-bang »[2]. Les bienfaits et les conséquences économiques, sociales, culturelles et politiques sont incalculables. Les effets de cette nouvelle civilisation sont énormes et on n'a encore rien vu !
La société a vu poindre les nouvelles technologies de l'immatériel et du virtuel. La révolution que nous visons se compare, à sa base, à la révolution de la Renaissance et de la Réforme, au début du XVIᵉ siècle.
Comme l’écrivait Maurice Harvey dans son livre Pour une société en apprentissage : « Nous sommes entrés dans une société où, pour la première fois, le fait de gagner son pain n'implique pas de sueur au front… »[3] Tout un contraste avec la pédagogie de la Torah (Ancien Testament) où le Créateur, au moment de la chute d'Adam et Ève, a lancé à l'homme : « À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain… »[4]
Pour bien vivre dans ce nouveau monde, la matière grise est essentielle. Comme l’écrivait Pixar : « Omniprésente, inépuisable comme la lumière du soleil, elle est la forme de richesse la plus fiable, et de loin la plus prometteuse pour l'avenir. » « L'exploitation, enfin, de la ressource humaine peut déboucher sur une nouvelle renaissance, un nouvel ordre économique, sur une nouvelle culture. »[5]
Avouons-le, ce passage d'une époque à une autre n’est pas toujours facile. L'ordre établi est perturbé. Et cela est encore plus marqué avec la démocratisation de l’intelligence artificielle. Combien d'emplois ont été éliminés ces dernières années et combien seront supprimés encore ? Il y en aura encore des millions et des millions sous le déguisement de restructurations d'entreprises.
Des types d'emplois disparaissent, des nouveaux apparaissent.
L'importance du savoir
Dans cette nouvelle civilisation, le savoir est essentiel. Il faut être en constante formation intellectuelle.
C’est ce qu’annonçait Maurice Harvey en 1997 [6] : « Dans cette société du savoir, de plus en plus de connaissances des plus avancées seront requises bien avant l'âge habituel de scolarisation et, on peut s'y attendre, par des processus éducatifs qui ne sont plus forcément centrés sur les formes d'acquisition traditionnelles. »
En ce moment et pour l’avenir, le système d’éducation doit se transformer. Il n’est pas question de détruire le système scolaire actuel, mais il faut modifier sa pédagogie. L'enseignement ne doit plus être non seulement « éducation », mais doit devenir « apprentissage ». Et puisque l'apprentissage est la question de toute une vie, il faut réinventer le concept d'école pour en faire des cités éducatives. En ce sens, nous allons vers une individualisation de l'enseignement. Les cours magistraux sont appelés à devenir de plus en plus rares au primaire et au secondaire. Les professeurs auront de plus en plus la fonction d'accompagnateur. L'élève cheminera à son rythme, selon ses intérêts. Pour bien traverser l’ère du « cyber-bang », il est important de se donner une bonne formation intellectuelle. Cela débute dès l'enfance et se poursuit jusqu'à son dernier souffle.
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[1] Cf. Benoit Voyer. « Nous travaillons de moins en moins », Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 358.
[2] Cf. Benoit Voyer. « Nous sommes en train de bâtir un monde que nous ne connaissons pas encore. C'est le « cyber-bang ! », Revue Sainte Anne, novembre 2000, page 452.
[3] Maurice Harvey. « Pour une société de l’apprentissage », Presses de l’Université Laval, 1997.
[4] Gn 3, 19
[5] Pixar. « La Ressource humaine », 1983.
[6] Maurice Harvey. « Pour une société de l’apprentissage », Presses de l’Université Laval, 1997.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Signes et témoins du royaume
En 1971, le père Jean-Paul Regimbal écrivait le document « Signes et témoins du royaume », une référence pour mieux comprendre le renouveau charismatique chez les Catholiques
Par Benoit Voyer
2 juillet 2026
En mai 1971, Jean-Paul Regimbal publie « Signes et témoins du royaume – Sous la mouvance de l’Esprit, le renouveau charismatique dans l’Église catholique »[1].
Dans ce document, il fait un survol de la place de l’Esprit saint, troisième personne de la Trinité, et de ses manifestations dans notre monde à travers les textes du Nouveau Testament, surnommé la « Nouvelle Alliance » ou la « Bonne Nouvelle », les pères de l’Église et les déclarations du concile Vatican II. Il s’agit d’un document de référence pour mieux comprendre le renouveau charismatique dans l’Église catholique. Le Trinitaire utilisera celui-ci pendant de nombreuses années afin de rassurer les gens qu’il rencontre.
Dans sa préface, il écrit : « Je présente ce travail sans la moindre prétention littéraire ou théologique, mais dans le but de servir comme instrument de travail à ceux qui désirent connaître davantage sur quoi se fonde le renouveau charismatique. Les expériences que j'ai vécues au cours de mon ministère aux États-Unis, au Danemark, en Hollande, en Espagne, en Italie et au Canada, peuvent être éclairées par une confrontation suffisante avec la Bible, la théologie et l'enseignement conciliaire pour apprécier toujours davantage les réalités du baptême et de la confirmation devenues plus conscientes. »[2]
Jean-Paul Regimbal présente le renouveau charismatique comme étant une réponse aux maux du monde moderne. D’ailleurs, on sent un certain pessimisme à son égard. Il écrit :
« En jetant un regard attentif sur le monde contemporain, on ne semble voir que la haine de l'homme pour son semblable : guerres, chaudes ou froides, révolutions de toutes sortes, crises politiques, sociales, religieuses. Tout semble à un tel point d'ébullition qu'on a nettement l'impression d'être sur un volcan en pleine activité. Or, toutes ces crises – crises de pouvoir, crises d'autorité, crises d'identité, crises économiques, crises de culture, crises de foi – sont autant de symptômes qui manifestent le degré d'exaspération d'une civilisation en voie d'écroulement. La civilisation occidentale craque de toutes parts et ce que nous voyons chaque jour à la télévision, dans la presse et sur l'écran ne sont que les derniers soubresauts, les hoquets fatidiques, d'une civilisation moribonde qui râle ses derniers râlements. LA GRANDE CIVILISATION OCCIDENTALE A VÉCU… L'humanité est en train de récolter la triste moisson de son propre égoïsme et les nombreuses malédictions de ses propres idoles : matérialisme, athéisme, rationalisme, industrialisme, capitalisme, communisme, etc. »
Il ajoute : « C'est un peu le drame de Babel qui se répète. Autrefois, on ambitionnait de construire une tour qui touchât les cieux. Aujourd'hui, on ambitionne de vaincre l'espace, la vieillesse et la mort. Mais, dans les deux cas, l'ambition et l'orgueil de l'homme se dressent fièrement contre Dieu. Avec les sciences et les techniques modernes, l'homme prétend se passer de Dieu, voire […] établir scientifiquement que Dieu n'existe nulle part ailleurs que dans l'imagination créatrice de l'homme complexé. Ainsi, Dieu est déclaré "MORT" ; il est mis au rancart avec les autres "mythes" des civilisations dépassées. Puis, on le remplace par de nouveaux dieux de fabrication humaine ».
Jean-Paul Regimbal soutient que derrière ce monde en déchéance, la grâce de Dieu prépare un mouvement parallèle : « Pour celui qui sait voir au-delà des apparences, il se produit, en effet, un parallèle à celui de la décadence sociale et de la déchéance morale. Mais ce mouvement de spiritualité passe encore inaperçu aux yeux de la multitude. Le Seigneur est en train de préparer toute une génération d'hommes et de femmes à devenir "SIGNES ET TÉMOINS DES RÉALITÉS DU ROYAUME DE DIEU" en leur accordant de pénétrer un peu plus dans le Mystère ineffable de la très Sainte Trinité : LE DIEU VIVANT, LE DIEU-AMOUR, révélé par Jésus-Christ. Cette spiritualité se fonde sur une expérience vécue du DIEU VIVANT dans le cadre d'une RELATION INTERPERSONNELLE AVEC LE CHRIST JÉSUS RESSUSCITÉ. En effet, Dieu se manifeste de plus en plus à des gens de tous âges, conditions, races, couleurs et religions. Il diffuse, avec une abondance jusqu'ici inégalée, son Saint-Esprit d'Amour, sous la forme d'une expérience religieuse qu'il est convenu d'appeler, selon les termes mêmes du Nouveau Testament : "LE BAPTÊME DANS L'ESPRIT-SAINT", qui consiste essentiellement en une prise de conscience en profondeur du Christ ressuscité, de l'inhabitation du Saint-Esprit dans l'âme du baptisé et surtout une entière soumission à l'action de l'Esprit-Saint en cette âme. La découverte « expérimentale et existentielle » de Jésus ressuscité comme SEIGNEUR et SAUVEUR s'épanouit progressivement en une relation intime et personnelle avec le Fils de Dieu fait homme. Sous l'action de l'Esprit-Saint, il se produit une compréhension plus profonde des réalités de la foi et des vérités de la Révélation au point que le sujet qui en fait l'expérience vit dans un commerce admirable avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit qui demeurent en lui. »
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[1] Jean-Paul Regimbal. « Signes et témoins du royaume – Sous la mouvance de l’Esprit, le renouveau charismatique dans l’Église catholique », Ralliement pour le Christ, 1971. BANQ (en traitement). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/06/document-signes-et-temoins-du-royaume.html
[2] Jean-Paul Regimbal. « Signes et témoins du royaume – Sous la mouvance de l’Esprit, le renouveau charismatique dans l’Église catholique », Ralliement pour le Christ, 1971. BANQ (en traitement). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/06/document-signes-et-temoins-du-royaume.html
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