PSYCHOLOGIE : La psychodynamique intérieure de l’humain
Par Benoit Voyer
18 juin 2026
À l’intérieur de soi, il y a des dimensions d’ombre et de lumière. Au fil des siècles, ces termes ont eu des noms différents ou des figures visuelles devenues étranges, mais en fait c’est toujours la même réalité dont on parle.
Jadis, pour parler de l’ombre, on parlait des démons ou du diable, et pour la lumière, de Dieu En fait, c’était l’image de la lutte en soi entre le mal et le bien. Comme disait un vieux slogan politique : « Le ciel est bleu, l’enfer est rouge. »
Plus près de nous, Freud parlera du « ça » et du « surmoi » toujours en lutte et du « moi », qui doit composer entre les deux.
Dans son livre « Nueva Vida »[1], Florence K. écrit que “Freud peut sembler un peu dépassé aux yeux de certains, mais sa triade ‘moi, ça, surmoi' reflète parfaitement les méandres de ce que nous sommes, les humains.”
Le « ça », c’est la partie sombre de l’intériorité de la personne. C’est le lieu où bouillonnent de façon désorganisée les pulsions les plus pressantes, inconscientes ou non, au milieu des flammes de la passion et du plaisir. C’est le lieu des émotions refoulées. Le « ça » est en constante guerre avec le « surmoi », le lieu qui dicte la bonne conscience.
« Notre « ça » refuse la contradiction. D’ailleurs, il ne la connait pas. Il cherche à tout prix à cracher ce qui menace de déborder », explique Florence K.
Elle ajoute : « Les rêves font partie du royaume du “ça” ; désorganisés, fous, ils ne connaissent aucune limite de temps, aucune frontière, aucun interdit, aucun gardien pour les remettre à l’ordre. Ils sont libres et nous permettent de laisser respirer le temps d’une nuit les pulsions étouffées ».
Lorsqu’on fait des mauvais rêves, on se réveille avec d’étranges sensations : « Dans nos rêves, on peut frapper, on peut tuer, on peut ressusciter, on peut faire l’amour à qui l’on veut, on peut être milliardaire, sauver le monde ou détruire des châteaux. On peut s’abreuver à la fontaine de Jouvence et se retrouver dans le passé, jouer à saute-mouton et visiter l’avenir, renouer avec nos ex, épouser nos fantasmes. On y fait tout ce que le « ça » rêverait d’exprimer […] et de voir prendre vie consciemment, dans la réalité du moi », explique Florence K.
Elle dit encore : « Mais le moi, lorsqu’il est solide, ne cède pas à toutes les pressions du « ça » et arrive généralement à maintenir notre stabilité, notre homéostasie psychique, un équilibre entre plaisir et devoir, grâce entre autres au surmoi, la voix intériorisée des interdits parentaux, la voix de la morale, de la loi, de la culpabilité. Le moi est pris en sandwich entre le « ça » insistant qui veut voir ses fantasmes devenir plaisirs dans le monde externe et le surmoi moralisateur, qui, lui, tape sur les doigts dès qu’il est trop près de laisser passer une fantaisie qui n’aurait pas sa place dans le vrai monde. »
Le « ça », le « moi » et le « surmoi » font partie de la psychodynamique intérieure de l’humain. Celle-ci est normale, mais ils doivent être en équilibre. Comme on disait jadis dans un autre langage, il y a en soi une lutte entre le diable et Dieu ou encore « le diable est aux vaches ».
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[1] Florence K. «Nueva Vida», Libre Expresión, 2021, pp. 146 à 148 (BANQ 927.862165K111n 2021)
RÉFLEXION : Notre père
Par Benoit Voyer
18 juin 2026
Je me souviendrai toujours d’une longue conversation que j’ai jadis eue avec Jérôme Saint-Pierre, qui a longtemps dirigé le café chrétien centre-sud sur la rue Sainte-Catherine, à Montréal. Il me disait : « L'enfant dit de son père : "Est-ce que je vaux quelque chose ?" » Pour moi, la question élémentaire c'est la valeur de la personne. La mère ne peut pas pleinement répondre à cette question. Seul le père peut le faire. C'est pour cela que le phénomène des pères qui abandonnent leurs enfants est très problématique. L'abandon dit à l'enfant : Je ne veux rien savoir de toi. […] Le père confirme comme Dieu le Père confirme. D'ailleurs Jésus parle en ces mots : il dit toujours que le Père confirme ce qu'il dit et ce qu'il fait. Le père donne la vie de façon bien différente de la mère. Sa façon de faire est vitale, surtout pour la petite fille. […] Un père, c'est quelqu'un qui m'appuie et qui m'aime comme je suis inconditionnellement. »[1] Ainsi en est-il du divin père auquel croient, comme moi, tant de gens.
Lorsque je dis la prière du Notre Père parce que je ne trouve pas les mots justes pour parler à Dieu, je repense à ce que disait saint Alfred Bessette, le fondateur de l’oratoire Saint-Joseph, à Montréal : « Le Bon Dieu n’est pas loin de vous. Il est proche de vous. Chaque fois que vous dites Notre Père, il a l’oreille collée à votre bouche ». Alfred, qui est devenu orphelin de père en bas âge, avait trouvé dans la paternité divine un père adoptif. Bien plus ! Il a trouvé celui qui l’aime inconditionnellement et sur qui il peut s’appuyer.
De son côté, sainte Marie-Léonie Paradis disait : « Vous ne pouvez dire et redire assez souvent, pendant la journée, le Notre Père, en allant, en venant, en travaillant sans cesse, car Dieu est pour nous le plus tendre des pères et jamais nous ne pourrons assez lui marquer notre profonde reconnaissance. » […] « Ayez confiance au bon Dieu comme à un bon père N’allez pas croire que le bon Dieu vous perdra si vous mettez toute votre confiance en Lui. Tenez-vous en paix, quoi qu’il arrive ! »
Le père Jean-Paul Regimbal [2] expliquait que « Tout ce que ce terme de Père renferme de bonté, de fécondité, de tendresse et d'amour, Jésus l'a transporté sur le plan divin afin de nous faire saisir un peu plus le secret de celui qui est son Père et notre Père. Mais il a toujours pris la précaution de rectifier nos idées en nous faisant remarquer que si ces caractéristiques de la paternité se trouvaient chez les pères de la terre, combien plus devaient-elles se trouver chez votre Père qui est dans les cieux. »
Il ajoutait : « Peu avant sa mort, le Christ clôt le cycle de la révélation trinitaire en enseignant clairement l'existence et le rôle d'une troisième personne en Dieu : celle du Saint-Esprit. Il insiste sur sa procession du Père et du Fils et fait comprendre qu'il est le lien d'amour qui unit le Père au Fils et le Fils au Père. Il le désigne d'abord vaguement sous l'image d'un vent très doux pour préciser de plus en plus cette notion vers l'idée d'un souffle d'amour. Saint Paul complète cette doctrine en disant que l'Esprit-Saint n'est autre que l'Esprit de filiation par lequel nous crions : Abba ! Père ! »
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[1] Benoit Voyer. « Le plus fort c’est mon père », Revue Sainte-Anne, octobre 1998, pages 396 à 398. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-le-plus-fort-cest.html
[2] Jean-Paul Regimbal. « La Trinité dans ma vie de famille », Trinitas, janvier-février 1960, pp. 9 à 11. Cette revue est conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.
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