RÉFLEXION : Notre père

Notre père

Par Benoit Voyer

18 juin 2026

Je me souviendrai toujours d’une longue conversation que j’ai jadis eue avec Jérôme Saint-Pierre, qui a longtemps dirigé le café chrétien centre-sud sur la rue Sainte-Catherine, à Montréal. Il me disait : « L'enfant dit de son père : "Est-ce que je vaux quelque chose ?" » Pour moi, la question élémentaire c'est la valeur de la personne. La mère ne peut pas pleinement répondre à cette question. Seul le père peut le faire. C'est pour cela que le phénomène des pères qui abandonnent leurs enfants est très problématique. L'abandon dit à l'enfant : Je ne veux rien savoir de toi. […] Le père confirme comme Dieu le Père confirme. D'ailleurs Jésus parle en ces mots : il dit toujours que le Père confirme ce qu'il dit et ce qu'il fait. Le père donne la vie de façon bien différente de la mère. Sa façon de faire est vitale, surtout pour la petite fille. […] Un père, c'est quelqu'un qui m'appuie et qui m'aime comme je suis inconditionnellement. »[1] Ainsi en est-il du divin père auquel croient, comme moi, tant de gens.

Lorsque je dis la prière du Notre Père parce que je ne trouve pas les mots justes pour parler à Dieu, je repense à ce que disait saint Alfred Bessette, le fondateur de l’oratoire Saint-Joseph, à Montréal : « Le Bon Dieu n’est pas loin de vous. Il est proche de vous. Chaque fois que vous dites Notre Père, il a l’oreille collée à votre bouche ». Alfred, qui est devenu orphelin de père en bas âge, avait trouvé dans la paternité divine un père adoptif. Bien plus ! Il a trouvé celui qui l’aime inconditionnellement et sur qui il peut s’appuyer.

De son côté, sainte Marie-Léonie Paradis disait : « Vous ne pouvez dire et redire assez souvent, pendant la journée, le Notre Père, en allant, en venant, en travaillant sans cesse, car Dieu est pour nous le plus tendre des pères et jamais nous ne pourrons assez lui marquer notre profonde reconnaissance. » […] « Ayez confiance au bon Dieu comme à un bon père N’allez pas croire que le bon Dieu vous perdra si vous mettez toute votre confiance en Lui. Tenez-vous en paix, quoi qu’il arrive ! »

Le père Jean-Paul Regimbal [2] expliquait que « Tout ce que ce terme de Père renferme de bonté, de fécondité, de tendresse et d'amour, Jésus l'a transporté sur le plan divin afin de nous faire saisir un peu plus le secret de celui qui est son Père et notre Père. Mais il a toujours pris la précaution de rectifier nos idées en nous faisant remarquer que si ces caractéristiques de la paternité se trouvaient chez les pères de la terre, combien plus devaient-elles se trouver chez votre Père qui est dans les cieux. »

Il ajoutait : « Peu avant sa mort, le Christ clôt le cycle de la révélation trinitaire en enseignant clairement l'existence et le rôle d'une troisième personne en Dieu : celle du Saint-Esprit. Il insiste sur sa procession du Père et du Fils et fait comprendre qu'il est le lien d'amour qui unit le Père au Fils et le Fils au Père. Il le désigne d'abord vaguement sous l'image d'un vent très doux pour préciser de plus en plus cette notion vers l'idée d'un souffle d'amour. Saint Paul complète cette doctrine en disant que l'Esprit-Saint n'est autre que l'Esprit de filiation par lequel nous crions : Abba ! Père ! »

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[1] Benoit Voyer. « Le plus fort c’est mon père », Revue Sainte-Anne, octobre 1998, pages 396 à 398. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-le-plus-fort-cest.html
[2] Jean-Paul Regimbal. « La Trinité dans ma vie de famille », Trinitas, janvier-février 1960, pp. 9 à 11. Cette revue est conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

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