ROMAN HISTORIQUE : Les étrangères de Saint-Michel
Par Benoit Voyer
17 juin 2026
En 1759, à Saint-Michel-de-Bellechasse, sur la rive sud du Saint-Laurent, comme partout en Nouvelle-France, le curé Joseph Dufour, du haut de sa chaire, rappelle à ses ouailles qu’ils doivent porter allégeance au roi de France, Louis XV, et à la mère patrie.
Dans ce village, Marie Blanchard et Gabriel Chamberland mènent une vie simple et heureuse. Ils forment un couple d’amoureux comme on en trouve rarement à cette époque.
Malheureusement, leur bonheur tranquille est menacé au mois de mai par les troupes anglaises dirigées par l’officier général James Wolfe. Les Britanniques attaquent les villages au long de leur passage sur le fleuve. Ses hommes incendient des maisons et infligent sans scrupule des sévices à la population.
Au nom du roi, Gabriel ira combattre les Anglais, à Québec. Il laissera sa femme seule à Saint-Michel.
Un jour, le major Gregory Hunter agrippe la femme originaire de Nantes, la brutalise et la viole sans pitié.
Plus loin, Gabriel perd la vie au combat.
Comble de malheurs, Marie tombe enceinte. Un vif combat moral s’exerce en elle, dans lequel s’enchaînent des troubles mentaux passagers. La femme tente même l’avortement. Il n’y a rien à faire. Le fœtus ne bouge pas. Il reste bien accroché dans son utérus.
Marie Chamberland donne ainsi la vie à une petite fille qu’elle n’a jamais désirée. En voyant son poupon, c’est le coup de foudre. Cet enfant est pour elle une véritable bénédiction qui guérit ses blessures intérieures et donne un nouveau sens à sa vie. Elle l’appelle Bénédict.
Le curé Dufour devient leur protecteur. Afin de leur assurer l’essentiel pour vivre, Marie devient sa ménagère et femme de confiance.
L’histoire que raconte Stéphanie Martin, journaliste au Journal de Québec, est riche en rebondissements et en émotions. L’autrice « écrit carré », pour reprendre une vieille expression. Ses phrases sont courtes et elle ne s’attarde pas à des détails inutiles. Elle va droit à l’essentiel. Ce qui crée un récit vivant. Par moments, on a l’impression d’être dans un scénario écrit pour le cinéma. D’ailleurs, les deux tomes de cette saga pourraient devenir un succès au box-office.
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| Stéphanie Martin |
Ce récit vous fera verser quelques larmes. Même les yeux secs, comme les miens, finissent par succomber. Le roman « Les Étrangères de Saint-Michel » de Stéphanie Martin est inoubliable. Il restera longtemps dans ma mémoire.
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[1] Stéphanie Martin. « Les Étrangères de Saint-Michel », tome 2, Guy Saint-Jean éditeur, p. 109.
[1] Stéphanie Martin. « Les Étrangères de Saint-Michel », tome 2, Guy Saint-Jean éditeur, p. 109.
SAINTS ET SAINTES : La vénérable Jeanne Mance
Par Benoit Voyer
17 juin 2026
Jeanne Mance naît à Langres, en France, le 12 novembre 1606.
Deuxième d’une famille de douze enfants, elle doit très jeune remplacer sa mère morte prématurément et s’occuper de ses frères et sœurs.
Très jeune, elle veut donner sa vie à Dieu et ressent un appel missionnaire pour le Canada. « Je sais que Dieu me veut en Canada, mais je ne sais ni où, ni pour quelle mission, je m’abandonne entièrement à sa volonté. »
À La Rochelle, où Jérôme Le Royer prépare l'embarquement pour Montréal [1], que le père jésuite Charles Lalemant, procureur des missions du Canada, lui présentera Jeanne Mance. Jérôme Le Royer découvre en Jeanne Mance « un présent du ciel », une personne « toute de grâce » choisie par Dieu et qui arrive en temps opportun. Il l'invite à se joindre à l'expédition. Après discernement, elle part avec Paul de Chomedey et une recrue d’hommes. Elle opte pour le risque. La voilà mêlée à l'aventure héroïque des fondateurs de Montréal.
30 mai 1640, à l’âge de 34 ans, Jeanne Mance quitte sa ville natale.
Elle embarquera à La Rochelle, en direction de la Nouvelle-France, le 9 mai 1641 et arrivera dans sa nouvelle cité, le 17 mai 1642 afin d’établir Ville-Marie. Ainsi, elle devient la cofondatrice de la colonie.
Avec l’aide financière de madame de Bullion, Jeanne Mance fonde l’Hôtel-Dieu et soigne les blessés et les malades, tant français qu’amérindiens, et prépare la venue des Hospitalières de Saint-Joseph.
En 1659, connaissant les desseins du fondateur Jérôme Le Royer, Jeanne Mance revient de France avec les trois premières Hospitalières. Alors commence l’histoire de la grande collaboration entre les Hospitalières de Saint-Joseph et cette femme qui restera laïque, jusqu’à sa mort, le 18 juin 1673.
Le 8 novembre 2014, elle a été déclarée vénérable.
Ses restes reposent dans la crypte de l’Hôtel-Dieu de Montréal à travers d’anciens ossements des religieuses. On peut y accéder durant une visite guidée au musée des Hospitalières de L'Hôtel-Dieu.
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[1] Cf. Benoit Voyer. « Jérôme Le Royer sur la voie de la béatification ». Revue Sainte-Anne, octobre 2007, p. 398. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/04/le-present-du-passe-jerome-le-royer-sur.html
En 1659, connaissant les desseins du fondateur Jérôme Le Royer, Jeanne Mance revient de France avec les trois premières Hospitalières. Alors commence l’histoire de la grande collaboration entre les Hospitalières de Saint-Joseph et cette femme qui restera laïque, jusqu’à sa mort, le 18 juin 1673.
Le 8 novembre 2014, elle a été déclarée vénérable.
Ses restes reposent dans la crypte de l’Hôtel-Dieu de Montréal à travers d’anciens ossements des religieuses. On peut y accéder durant une visite guidée au musée des Hospitalières de L'Hôtel-Dieu.
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[1] Cf. Benoit Voyer. « Jérôme Le Royer sur la voie de la béatification ». Revue Sainte-Anne, octobre 2007, p. 398. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/04/le-present-du-passe-jerome-le-royer-sur.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Dr. François Lehmann Médecin de famille et diacre permanent
Médecin de famille et diacre permanent
Benoit Voyer
MONTRÉAL – La spiritualité aurait des vertus thérapeutiques, raconte une croyance populaire. On dit aussi que la prière a le pouvoir de guérir la maladie et que des pardons non accordés peuvent provoquer des cancers. Qu'en est-il exactement ? Est-ce que la foi peut remplacer la médecine ? Est-ce que la médecine moderne peut se passer de la spiritualité ?
Le Dr François Lehmann nous ouvre la porte de son cabinet, situé à la Clinique de médecine familiale du Centre hospitalier de Verdun, un centre affilié à l'Université de Montréal, où il reçoit les patients sur rendez-vous. Il répond à quelques-unes de nos questions.
Il y a déjà plusieurs années que le Dr François Lehmann est médecin de famille. En 1968, il termine son cours de médecine à l'université McGill. Par la suite, il complète son internat dans un hôpital du réseau de l'Université de Montréal. À partir de 1969, en plus de pratiquer la médecine, il s'implique dans l'enseignement universitaire et établit sa pratique dans ce qui devint le prototype des CLSC du Québec.
En 1984, après avoir été professeur adjoint à l'université McGill, il se joint à l'équipe des enseignants de la faculté de médecine de l'université de Montréal. Il accepte la direction d'une unité de médecine familiale en 1992, et celle du programme prégradué en 1997. En novembre 2001, il est nommé directeur du département. À l'Université de Montréal, il donne le cours « Santé et spiritualité » destiné aux étudiants à la maîtrise.
En 1987, suite à une formation en théologie, il est ordonné diacre permanent au service de l'archidiocèse de Montréal. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait parmi ses patients de nombreux membres du clergé catholique.
Son épouse est directrice des services professionnels et responsable des soins infirmiers dans un CLSC. Ils ont donné naissance à deux enfants.
REVUE SAINTE ANNE – Est-ce que la foi en Dieu peut contribuer à une meilleure santé physique ?
LEHMANN – Depuis longtemps, je suis personnellement convaincu qu'effectivement la foi contribue à une meilleure santé physique. Mes expériences de vie et de médecin me démontrent que les personnes qui ont une foi profonde sont généralement plus détendues, plus en paix avec elles-mêmes et, à cause de cela, leurs problèmes de santé sont abordés de façon plus positive.
Cependant, je ne dis pas que c'est parce qu'on a la foi qu'on n'a pas de problèmes de santé ! J'affirme seulement que le croyant vit les siens de manière différente.
RSA – Est-ce que la médecine s'intéresse à la spiritualité ?
LEHMANN – Il y a une littérature scientifique intéressante qui établit un lien entre la spiritualité, la vie religieuse (c'est-à-dire aller à l'église), la prière personnelle et la santé. Celle-ci provient surtout des États-Unis.
Il y a aussi énormément de livres qui ont été écrits depuis environ quinze ans sur la guérison et la prière, la guérison et la spiritualité. La plupart de ces ouvrages ne sont pas scientifiques. Ils se basent sur l'opinion d'un auteur ou sur quelques personnes. Je pense qu'on doit se méfier de ces livres-là. Mais il y a, à travers cela, des articles scientifiques bien documentés qui ont regardé sérieusement le lien possible entre la prière et la bonne santé physique.
RSA – Qu'est-ce que la littérature scientifique divulgue ?
LEHMANN – Bien des choses. Voici quelques exemples.
On remarque que les gens qui ont une vie spirituelle profonde fument moins. Il y a peut-être d'autres raisons qui expliquent ce phénomène. Évidemment, les gens qui fument moins ont moins d'infarctus. Est-ce que c'est parce que les gens qui ont une vie religieuse et qui vont à l'église ont une vie sociale qui les supporte ? C'est peut-être le cas. Ils seraient moins isolés. De cette manière, ils auraient moins besoin de fumer. Ce qui a pour résultat qu'ils auraient moins d'infarctus ! On voit donc qu'il y a un lien, mais on ne peut pas affirmer qu'il y a un lien de cause à effet.
On a pu aussi démontrer qu'il y a un lien entre le temps de guérison d'une dépression et la vie spirituelle. Aussi que les gens qui ont des problèmes d'alcool s'en sortent mieux s'ils ont une vie intérieure développée. C'est peut-être parce qu'ils sont moins isolés.
Une étude menée en 1998 à l'université Duke, en Caroline du Nord, auprès de quelque 4000 personnes, stipule que les gens qui prient chaque jour font moins d'hypertension que les autres. Elles font aussi moins de pneumonies et de crises cardiaques. La prière accompagne habituellement une série de changements physiologiques antistress.
RSA – Est-ce que la prière est une force qui peut aider directement une personne à guérir ?
LEHMANN – Malheureusement, les études démontrent que ça ne fonctionne pas.
En exemple, l'étude de 1998 révèle que le taux de mortalité demeure exactement le même et le temps d'hospitalisation et de soins intensifs n'est pas plus court et pas plus long pour qui ont prié pour eux ou ne prie pas. La science n'est pas convaincue que la prière à distance a un effet bénéfique dans le cas de maladie coronarienne.
RSA – Est-ce que vous êtes en train d'affirmer qu'il ne sert absolument à rien de prier pour le rétablissement des personnes qui sont malades ?
LEHMANN – Ce n'est pas ce que je dis ! Je vous explique que scientifiquement on n'a pas pu démontrer l'efficacité de la prière.
Quand on prie pour quelqu'un qui est malade, je pense que c'est surtout soi-même que ça aide ! Cette prière nous stimule à être davantage présents auprès du malade, comme individu et comme communauté.
Ce qui est efficace auprès du malade, c'est une prière à ses intentions qui s'accompagne d'une carte de bons souhaits et/ou d'une visite à l'hôpital. C'est plutôt cet ensemble qui est le plus bénéfique pour le malade.
La prière nous aide à réfléchir à notre propre humanité et à notre relation avec Dieu. Quand on pense à celui qui est malade, on pense surtout à sa propre fragilité.
RSA – La prière n'a donc rien de magique…
LEHMANN – Est-ce qu'il y a des miracles ? Il doit sûrement y en avoir de temps en temps. Est-ce que j'en ai vus ? Non. Est-ce que j'ai vu des gens aidés par la prière et par la foi ? Oui Est-ce que j'encourage les gens à prier ? Oui. Est-ce que j'encourage mes patients à remplacer une chimiothérapie par la prière ? Non. Il faut utiliser tout ce que l'on connaît sur le plan médical pour guérir et, si on a la foi, ajouter sa prière aux traitements. De cette manière, la prière peut trouver une grande efficacité et favoriser la guérison physique.
RSA – Est-ce qu'on meurt mieux lorsqu'on a la foi ? Est-ce qu'on décède moins bien lorsqu'on n'a pas la foi ? Est-ce que la foi contribue à une bonne mort ? Est-ce qu'elle n'est là que pour mieux nous aider à réaliser l'ultime passage ?
LEHMANN – Pendant douze ans, j'ai travaillé dans le domaine des soins palliatifs au Centre hospitalier de Verdun. J'ai vu beaucoup, vraiment beaucoup (!), de gens mourir. J'ai aussi pris soin de ces gens-là et je les ai assistés jusque dans la mort.
Une personne qui est intérieurement en paix souffre moins. Et la pire des souffrances est celle du questionnement. Et c'est toujours les mêmes questions qu'on se pose à la veille de la mort : Est-ce que je suis aimé ? Est-ce que je suis pardonné ? Est-ce que j'ai pardonné ? Tout tourne autour de l'amour et du pardon. Lorsqu'on est convaincu qu'on est aimé et pardonné, si on comprend sa relation avec Dieu, on comprend qui est Dieu, de sorte qu'on se sent non seulement aimé, mais pardonné. À ce moment-là on se sent en paix. Et si l'on est capable de recevoir le pardon de Dieu, on est ensuite capable de pardonner aux autres qui nous ont fait du tort. Donc on meurt paisiblement se sachant aimé.
RSA - Et si le malade en phase terminale ne croit pas en Dieu?
LEHMANN – Je connais des gens qui ne semblent pas religieux du tout, ne semblent pas, à ma connaissance, avoir une vie spirituelle, et qui ont, avec leurs proches et leur famille, des relations qui sont joyeuses, paisibles et harmonieuses. Est-ce que sans être religieux et sans avoir la foi on peut aimer et être aimé, pardonner et être pardonné ? Bien entendu ! Et quand on aime et on pardonne, on fait quelque chose de divin ! On ne peut pas mettre l'amour et le pardon en prison en disant qu'ils sont réservés aux chrétiens.
RSA – On associe souvent le pardon au cancer. On raconte que des pardons non accordés peuvent contribuer au développement de maladies oncologiques. Qu'en pensez-vous ?
LEHMANN – À ma connaissance, il n'y a aucune preuve de cette théorie. Néanmoins, on voit souvent des gens qui ont des émotions négatives importantes développer, peu après, des cancers. Je prends l'exemple d'un couple très uni. Lorsqu'un des deux éléments meurt, peu après, l'autre, suite aux émotions négatives qu'il vit, développe une maladie importante. Dans ce cas, il est difficile de croire qu'il n'y ait pas une relation entre les souffrances émotives et le développement d'une maladie.
RSA – Est-ce qu'il y a un lien entre malaise psychosomatique et malaise physique ?
LEHMANN – Je vois que vous reprenez la question de manière différente. Je répète : il n'y a pas d'effet direct entre tous les malaises psychosomatiques et ceux physiques. Cette théorie n'est pas prouvée. Les causes des maladies humaines sont multifactorielles.
D'abord, il faut être prédisposé génétiquement. Si votre père est mort d'une crise cardiaque à 45 ans et votre mère en a aussi fait une et que les deux avaient le diabète, quelle que soit votre foi ou votre intériorité, vous avez beaucoup plus de risques que d'autres personnes d'avoir les mêmes problèmes.
Ensuite viennent les facteurs environnementaux. Si vous demeurez dans une grande ville où il y a plein de pollution, vos poumons vont être affectés quels que soient votre foi et vos gênes.
Il y a aussi le stress de nos relations avec nos amis et nos proches… et notre relation avec Dieu ou l'absence de relation avec Dieu.
Vous voyez, les causes des maladies humaines sont donc multifactorielles.
Lorsque tous les facteurs sont présents, les problèmes physiques apparaissent rapidement.
En exemple, une personne qui est prédisposée à avoir des maladies pulmonaires, qui fume la cigarette et qui demeure dans une ville polluée, en plus, si elle est malheureuse parce qu'elle vit un divorce et que ses enfants ne veulent plus lui parler, tous les facteurs contribuent à faire en sorte qu'une maladie apparaisse chez elle.
Les émotions peuvent donc avoir un effet si, et seulement si, des prédispositions physiques et/ou génétiques sont présentes en même temps.
RSA – Merci Docteur !
Dr. François Lehmann, médecin de famille
Clinique de médecine familiale
Centre hospitalier de Verdun
3922, boul. Lasalle (arrondissement Verdun)
Montréal, Québec, Canada
H4G 2A3
(514) 765-7325
francois.lehmann@umontreal.ca
www.chverdun.qc.ca
Vous connaissez une personne exceptionnelle qui mériterait un reportage ou une interview dans la Revue Sainte Anne ? Écrivez-nous quelques mots pour nous la faire connaître ! revuesainteanne@benoitvoyer.com
(Revue Sainte-Anne, septembre 2004, pp. 345 et 350)
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