Par Benoit Voyer
MONTRÉAL – De passage à Montréal, Mgr Vincent Cadieux, évêque catholique de Moosonee, participait, il y a quelques semaines, à quelques activités de l'Assemblée des évêques du Québec. La Revue Sainte-Anne l'a rencontré afin de mieux faire connaître ce diocèse méconnu des Canadiens et des Canadiennes. Il préside l'association des sept diocèses du nord canadien qui couvrent les 2/3 du territoire canadien.
REVUE SAINTE ANNE – Mgr Vincent Cadieux, votre diocèse est situé à l'extrême nord de l'Ontario et du Québec. Pourriez-vous mieux nous situer le territoire que vous couvrez ?
VINCENT CADIEUX – Le diocèse de Moosonee couvre les deux côtés de la baie d'Hudson et le côté est de la Baie-James jusqu'à LG4, environ. L'évêché est situé à Moosonee, qui est du côté ontarien dans le bas de la baie. Le territoire couvre environ 1 100 000 de kilomètres carrés au nord des diocèses de Timmins et de Hearst.
Le territoire est surtout constitué d'autochtones Cris et « Ottibwés ». Il y a aussi un très petit nombre d'Inuits.
RSA – Vous êtes l'évêque de combien de catholiques ?
VC – Dans le diocèse de Moosonee, il y a un peu plus de 25 000 personnes, dont un peu plus de 6 000 catholiques. Pour vous, au sud, ça représente à peu près la moitié de la population d'une grosse paroisse.
RSA – Quelle est la principale difficulté d'être évêque d'un diocèse comme le vôtre ?
C’est surtout la dispersion des communautés chrétiennes catholiques. Dans Moosonee, nous avons surtout de petites communautés dispersées. Le principal groupe est à Moosonee.
RSA – Quelle est la langue d'usage ?
VC – Du côté ontarien, on parle l'anglais et quelques langues amérindiennes. Du côté de la Baie James, avec le développement des centrales électriques, le français y est plus présent depuis 1975.
RSA – Quelles religions côtoient les catholiques ?
VC – Au début, c'était surtout les anglicans. En ce moment, on voit apparaître des groupes protestants évangéliques. Il ne faut pas oublier tout le développement des cultures autochtones.
RSA – Vous avez affaire à plusieurs religions autochtones ?
VC – Il y a toujours eu des autochtones qui ont pratiqué certains rites propres à leur culture. De là à dire qu'il s'agit de « religions autochtones », je pense qu'il faut faire attention aux termes utilisés. Il faut parler d'une « spiritualité autochtone » ou de « rites autochtones ».
Les gens ont pratiqué ces rites jusqu'à un certain degré. Peut-être moins que dans l'Ouest du pays ou aux États-Unis où les gens ont développé davantage une forme de spiritualité à cause de leur mode de vie. Les Amérindiens qui vivaient dans le diocèse de Moosonee, par exemple, étaient des chasseurs et des trappeurs. Cela forçait les gens à vivre la moitié de leur vie dispersée dans la forêt. Et à cause de cela, ils avaient moins de chances de développer une spiritualité commune ou des rites.
RSA – Est-ce que les Amérindiens ont un attrait pour les spiritualités chrétiennes ? Est-ce qu'il est possible de jumeler les traditions amérindiennes aux spiritualités chrétiennes ?
VC – Ils ont un attrait. Les autochtones sont des gens très religieux. Ils vivent près de la nature. Ils ont une relation à Dieu qui est un peu particulière. Les gens aiment prier, passer du temps à l’église et dans la forêt à prier. Lorsque les missionnaires sont arrivés sur ce territoire, ils ne passaient pas l'année avec les autochtones. Ils passaient 2 à 4 semaines dans chaque communauté. Pendant qu'ils étaient là, ils instruisaient les gens et montraient quelques prières et chants. Par la suite, les Amérindiens se dispersaient dans la forêt pour l'hiver et se servaient de ces prières et chants.
RSA – Quel est le portrait pastoral de votre diocèse ?
VC – L'équipe diocésaine est constituée de quatre prêtres, dont trois Oblats de Marie Immaculée (les pères Rodrigue Vézinas, Serge Allard et Maurice Provencher) et l'abbé Pierre Bernier, un prêtre du diocèse de Saint-Hyacinthe. Ce dernier dessert une partie du côté québécois, dans la région de Radisson. Se joint à nous un prêtre de Thunder Bay et quelques diacres, religieuses et agents et agentes de pastorale.
À l'évêché, nous sommes trois personnes : un administrateur diocésain, une religieuse de la Providence de Kingston et moi.
RSA – Quels sont les défis que vous avez à relever dans les diocèses du nord ?
VC – Notre plus grand défi est la formation religieuse des autochtones et la préparation à leur propre prise en charge de leurs communautés chrétiennes ?
Mgr Vincent Cadieux, o.m.i., évêque
Diocèse catholique de Moosonee
2 Bay Road
C. P. 40
Moosonee, Ontario, Canada
POL 1Y0
(705) 336-2908
(La Revue Sainte Anne, juin 2006, p. 249)
