POLITIQUE : Pont au-dessus de la rivière Saguenay

représentation fictive
Pression sur les partis politiques à la veille des élections

Par Benoit Voyer

10 juillet 2026

Les communautés innues et la Coalition Union 138 demandent aux partis politiques d’inscrire la construction du pont du Saguenay dans leurs programmes électoraux. Ils veulent aussi qu’ils annoncent un échéancier de réalisation, qu’ils précisent le mode de financement et qu’ils lancent les prochaines étapes du projet dès le début du prochain mandat.

Le 9 juillet, à la suite d’une conférence de presse qu’ils ont tenue dans la capitale québécoise, ils ont lancé une campagne de mobilisation qui se terminera le 5 octobre, jour du scrutin au Québec. D’ailleurs, ils souhaitent que ce projet devienne un enjeu national.[1]

À Québec, le 26 mars 2025, Joël Arsenault, député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, a présenté au Salon rouge une motion afin « que l’Assemblée nationale reconnaisse que la Côte-Nord est géographiquement enclavée et que la construction d’un pont est nécessaire pour son désenclavement ; qu'elle prenne acte du large consensus et de la mobilisation citoyenne autour de ce projet ; qu'elle demande au gouvernement de dévoiler l’étude d’opportunité qu’il a en sa possession ; que l’Assemblée nationale demande par conséquent au gouvernement de s’engager à construire un pont sur le Saguenay. »

Cette motion a été déposée conjointement avec Marie-Claude Nichols du Parti libéral du Québec. Sur les 125 députés, 105 ont voté en faveur, le député indépendant de Saint-Jérôme, Éric Chassin, s’est abstenu et 19 étaient absents de la Chambre.

En ce qui concerne l'unanimité, il est important de préciser qu'elle représente une reconnaissance de l'importance de ce pont, mais elle ne reflète en rien l'importance que chacun lui accorde.

Critique
Comme je l’écrivais le 22 mai 2026, j’ai toujours été en faveur de la construction d’un pont sur la route 138 au-dessus de la rivière Saguenay entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac.

Cependant, à la suite de la lecture du « Mémoire : Analyse des risques critiques du projet de pont sur la rivière Saguenay – Entre urgence hydrique et aberration financière »[2] de Nathalie Maynard, une thèse bien documentée qui compte une vingtaine de pages, ma certitude est partie.

L’auteure est principalement contre le projet d’un pont dans la région et souhaite la poursuite des activités des traversiers pour des raisons environnementales. De mon côté, ce sont les coûts qui m’ont étonné.

Selon le ministère des Transports du Québec, le projet du pont est estimé à plus de 4,2 G$. Le chiffre est conservateur. Les dépassements risquent de faire grimper le coût réel à 6 ou 7 G$ (peut-être plus !). À cela s'ajouteront les intérêts sur la dette et l’entretien annuel de l’infrastructure. Cette estimation ne prend pas en compte les problématiques qu’il faudra résoudre par la suite – car il y en aura.

À un taux d’intérêts très conservateur de 4 % sur les intérêts annuels, on parle d’une facture de 260 M$. Ce sont les chiffres de 2025.

L’auteure du mémoire écrit qu'« en additionnant les intérêts de la dette et les frais de maintenance préventive (estimés à 50 M$), la facture récurrente pour les contribuables s’élèverait à 310 M$. » Ce montant est cinq fois le coût annuel de la traverse actuelle.

Ces chiffres évolueront très probablement vers le haut avec la fluctuation des taux d’intérêts et l’inflation. La construction d’un tel pont me semble pour l’instant une folie budgétaire. L’argent qu’on mettra dans ce nouvel ouvrage, on l'enlèvera pour les urgents besoins de mise à niveau des infrastructures partout au Québec.

Autres trucs…

La construction d’un pont au-dessus du Saguenay et la modernisation du réseau routier que ce projet amènera inévitablement (on parle de 13 kilomètres de tunnels et d’échangeurs routiers) nécessiteront des milliers de tonnes de béton et d’acier. La nature fragile de l’écosystème du fjord est donc menacée.

Enfin, les risques environnementaux évoqués par Nathalie Maynard sont justes et à considérer. En exemple, « le forage prévu […] change radicalement la nature du risque. Contrairement au dynamitage de surface, l’excavation en profondeur intercepte directement les nappes phréatiques. En agissant comme un drain géant, ces tunnels risquent de détourner les veines d’eau et d'en assécher d’autres. L’approvisionnement en eau des habitants de la région qui est menacé. Si cela arrivait, ce sont d’autres milliards de dollars qu’il faudrait encore injecter pour permettre aux gens du coin d’avoir accès à de l’eau potable.

Je pense qu’il faut arrêter le projet de la construction de ce pont et tout simplement mettre au goût du jour les infrastructures maritimes déjà en place.

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[1] Johannie Gaudreault. « Pont sur le Saguenay : l’heure des engagements a sonné », Le Manic, 9 juillet 2026. https://www.lemanic.ca/2026/07/09/pont-sur-le-saguenay-lheure-des-engagements-a-sonne/
[2] Nathalie Maynard. « Mémoire : Analyse des risques critiques du projet de pont sur la rivière Saguenay – Entre urgence hydrique et aberration financière », Comité des citoyens de Tadoussac, 27 avril 2026.