HOMÉLIE : Se centrer sur l'essentiel

Messe du 2 juin 2026 chez les Servantes de Jésus Marie, à Gatineau
Homélie du Mgr Paul-André Durocher, archevêque catholique de Gatineau
chez les Servantes de Jésus Marie
à Gatineau, le 2 juin 2026,
à l’occasion de la messe du jour

Il y a des politiciens qui se servent de cette phrase de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ils se servent de cette phrase-là pour dire qu'il ne faut pas mélanger la religion pis la politique. Alors, nous, nous occupons de la politique. Vous autres les gens religieux, mêlez-vous de ce qui vous regarde. Puis ils vont dire : Jésus vous l'a dit. Et c'est une fausse compréhension de ce que Jésus est en train de dire. Ils ne saisissent pas du tout…

Une fois, je me suis retrouvé à un banquet assis à côté d'une sénatrice et nous étions en train de parler, puis elle me dit ça. Elle dit : "Tu sais, il ne faut pas mêler la religion avec la politique." J'ai dit : il faut être clair là. Mais qu'est-ce que vous voulez dire par ça ? Parce que toute loi qu'un gouvernement parle, c'est basé sur des valeurs. Toute loi incarne des valeurs. Quelle valeur est-ce que les lois incarnent ? Ça, c'est la question. Et quand on se pose des questions de valeur, on est en train de se poser des questions qui sont liées à la religion et à la foi. Alors, ne dites pas : il ne faut pas que la religion s'en mêle. Il va toujours avoir des questions morales profondes dans les choix que font les politiciens. La question c'est quelle morale ?

Récemment encore, le pape Léon parlait à propos de l'injustice, de la guerre, de l'importance du dialogue, de rechercher la paix. Puis là, un politicien américain dit : "Il devrait s'occuper juste de la morale." Comme si des questions de guerre, de justice, de paix n'étaient pas des questions morales. Pour lui, morale ça veut dire sexualité. C'est terrible !

Jésus n'est pas en train de dire qu'il y a deux mondes. Il y a le monde de la politique puis le monde de la religion. Ce n’est pas ça ce que Jésus est en train de dire. Qu'est-ce que Jésus est en train de dire ? Faut se rappeler du contexte, ici. Eux, ils cherchent à attraper Jésus. Dans quel sens ? Ils espèrent que si Jésus dit oui, il faut payer l'impôt, alors il va cesser d'être populaire avec les gens ordinaires qui trouvent que l'impôt est injuste. C'est l'impôt d'un pays conquérant. De toute façon, c'est de l'argent qui s'en va aux Romains, ça!

Alors, si Jésus dit : "Oui, faut payer l'impôt". Ben là, les gens ordinaires ne suivront plus Jésus. Ils n'aimeront plus Jésus. Et par contre, s’il dit : « Non, il ne faut pas payer l'impôt », il est coupable de trahison, puis on va aller le dire aux Romains, puis ils vont l'arrêter. Voyez, ils se disent : on va le cerner comme il faut. On va le pogner! Et Jésus, il est sage. Il ne répond pas à leur question.

« Une pièce d'argent… Montrez-moi un denier, là. Ils sortent le denier. Puis lui montre. C'est l'image de qui, ça ? C'est l'image de César. Ben, si c'est l'image de César, donnez à César ce qui revient à César. Occupez-vous des choses de Dieu. C'est ça ce qu'il dit. Vous êtes en train de vous occuper de choses secondaires. Vous vous battez à propos de choses secondaires. Il y a des choses essentielles. C'est pratiquement comme si Jésus disait : "Les ballons, là, donnez-les aux enfants pour qu'ils jouent. Vous autres, occupez-vous des choses sérieuses, les choses de Dieu. Vous vous battez à savoir s'il faut payer l'impôt. Alors que la question fondamentale, c'est : où est Dieu dans ma vie ?

Ça me fait penser à des conseils de fabrique qui se posent la question : est-ce qu'il faut mettre notre argent pour refaire l'asphalte dans la cour ou bien faudrait-il peindre le clocher? alors que l'église est vide… La question fondamentale n'est pas la question de l'asphalte ou du clocher. La question fondamentale, c'est celle de l'évangélisation. Et c'est ça que Jésus est en train de dire. Les choses de César, laissez César s'en occuper. Vous, êtes-vous en train de vous occuper des choses de Dieu ?

Il est en train de dire un peu comme il a dit à Marthe, tu sais, qui est en train de préparer le repas, puis qui est tout affairée. Marie est en train d'écouter. Jésus et Marthe se plaignent : « Marie, elle ne me donne pas un coup de main ». « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes pour bien des choses. Une seule est importante. Une seule est importante ».

Et ailleurs dans le discours sur la montagne, qu'est-ce que Jésus dit ? Cherchez d'abord le royaume et sa justice. Tout le reste suivra.

Dans notre vie spirituelle, c'est un peu la même chose. Parfois dans notre vie spirituelle, on devient tellement préoccupé par des questions de détails, des questions secondaires. Ou, même en liturgie, des fois, je le vois, là, tu sais. « Oh, le prêtre n’a pas dit la phrase qui est exactement dans le missel ». Ah ben voyons, ce sont des détails, tu sais. C'est l'essentiel : est-ce qu'on est en train de louer le Seigneur de tout notre cœur ? Oui ou non ? Voilà l'essentiel.

Une fois, il y a quelqu'un qui m'est arrivé avec le lavement des pieds. Il y avait des filles dans le lavement des pieds. Puis dans le missel, c'est écrit : ce sont des hommes… J'ai dit : ben là, je m'excuse, tu es en train de manquer le bateau, là. C'est l'essentiel ici. C'est le message de servir, le message d'être au service les uns des autres, comme Jésus était au service de ses apôtres.

Est-ce qu'on a saisi ? [Recherchons] l'essentiel pour notre vie spirituelle…

C'est la « scrupulosité », hein ! On reste pris avec des petites choses. Vous savez d’où vient le mot « scrupule » ? « Scrupolum » ? Vous savez ce que c'est un « scrupolum » ? En latin, un « scropolum », là, c'est la petite pierre qui se glisse entre ton bas et puis ton soulier, là, puis qui descend… puis chaque fois que tu marches là, tu sens cette petite pierre-là. Ça vous est déjà arrivé, ça ? Puis là ça devient tellement tannant qu'à un moment donné, il faut que tu enlèves ton soulier pour enlever la petite pierre parce que cette petite pierre-là, elle n’arrête pas puis elle t'empêche de voir la beauté du monde autour de toi parce qu'il y a un petit « scrupolum » qui est là, qui occupe toute ton attention. Un « scrupule », c'est ça! C'est une chose mineure… mineure, mineure… mais qui occupe toute notre attention dans la vie spirituelle. 

Faudrait se poser des questions. Quand on s'inquiète dans la vie, est-ce qu'on s'inquiète des choses vraiment sérieuses, hein ! Dans le fond, c'est ça chercher la volonté de Dieu, chercher le royaume et sa justice. Tout le reste viendra par surcroît… Rendez à César ce qui appartient à César. Vous, rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu.