Par Benoit Voyer
2 juin 2026
Autrefois, lorsqu’une personne prenait de l’âge, on disait qu’elle devenait « sénile ». Plus tard, on utilisera le terme « démence ». Aujourd’hui, on parle de troubles neurocognitifs (TNC). Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [1], il s’agit d’une des causes principales de handicap et de dépendance parmi les personnes âgées dans le monde et que celui-ci n’est pas une composante normale du vieillissement.
Comme l’expliquait le Dr Claude Patry, omnipraticien, dans le magazine Profession santé [2], destiné aux professionnels de la santé du Québec, « on veut éviter d’utiliser le mot démence. Il a une connotation très négative ». La Dre Laurence Villeneuve, psychologue spécialisée en gérontologie, abonde dans la même direction : « On parle plutôt de trouble neurocognitif et on explique concrètement ce que cela signifie pour la personne ».
Les symptômes varient d’une personne à l’autre. Une seule constance : le syndrome est habituellement évolutif et affecte la dimension cognitive.
Au début, l’entourage ne percevra probablement pas les premiers signes, mais ils sont là et s’intensifient peu à peu. À terme, la démence provoquera une perte totale de l’autonomie.
Les premiers signes sont des pertes de mémoire, de la désorientation, même dans des endroits familiers, et la perte de la notion de temps.
Et puis apparaitront peu à peu : a) des pertes de mémoire sévères : difficulté à se souvenir du nom des gens ou d’événements récents ; b) de la difficulté à effectuer des tâches de la vie quotidienne comme manger, se laver ou aller aux toilettes ; c) des problèmes dans l’utilisation du langage ; d) une importante désorientation.
Puis, finalement : a) une perte totale d’autonomie ; b) un changement de personnalité ; c) de l’agressivité ; d) des difficultés à se mouvoir ; e) une perte de la notion de temps et de lieu ; f) et, une impossibilité à se souvenir des proches et événements passés.
Il y a diverses formes.[3]
Habituellement, avec l’âge qui avance, on observe surtout la forme dégénérative.
La « fronto-temporale » se caractérise par une modification de la personnalité, une négligence physique, un comportement inapproprié et un désintérêt pour les proches. Elle peut conduire à l’amnésie, c’est-à-dire à l’impossibilité d’apprendre de nouvelles informations ou de se souvenir du passé.
Puis, tous connaissent la maladie d’Alzheimer. Elle se caractérise par des pertes de mémoire, une désorientation, un changement de comportement et des difficultés dans l’expression orale et écrite.
Enfin, la moins fréquente est le trouble à corps de Lewy. Celle-ci provoque notamment des hallucinations, des troubles moteurs, des troubles de l’humeur et du comportement. Elle est souvent associée à l’alcoolisme.
Diagnostic
Habituellement, la personne affectée par un trouble neurocognitif ne remarque pas trop les symptômes de celui-ci. C’est souvent son entourage qui alerte le médecin traitant.
Le médecin de famille "fait passer" un questionnaire à son patient et effectue le test Mini-Cog pour évaluer la mémoire et les fonctions exécutives grâce à la mémorisation de trois mots et au dessin d’une horloge.
Dans un article paru dans Profession santé [4], magazine destiné aux professionnels de la santé, on explique que « si ces tests pointent vers un trouble neurocognitif, [l’omnipraticien] demande à ce que des prises de sang soient effectuées afin d’éliminer la présence d’autres problèmes de santé, comme une hypothyroïdie sévère, qui peut causer des symptômes cognitifs et neuropsychiatriques similaires à ceux de la maladie d’Alzheimer ou d’autre TNC. Il dirige ensuite le patient vers l’infirmière clinicienne qui effectue deux tests supplémentaires : le test de Folstein (Mini Mental State Examination, ou MMSE), pour évaluer l’orientation, la mémoire, l’attention, le langage et les fonctions motrices, ainsi que le MoCC (Montreal Cognitive Assessment) pour détecter de façon précise et précoce les troubles cognitifs légers Le [médecin] revoit alors le patient, avec ses antécédents familiaux, ses prises de sang et son évaluation cognitive complète. Il lui annonce alors éventuellement le diagnostic de TNC ».
Il arrive souvent que le médecin de famille fasse appel à l’expertise de gériatre pour se faire confirmer le diagnostic parce que certains cas sont plus difficiles que d’autres à évaluer.
« Parfois, les personnes qui souffrent d’un TNC développent des troubles de comportement, que ce soit de la paranoïa, de l’agitation ou de la dépression, qui peuvent rendre les cas beaucoup plus compliqués »[5].
Médication
Il arrive que le clinicien qui a diagnostiqué le TNC propose des médicaments. Cependant, « la médication, ça demeure plutôt décevant […] Certains médicaments vont agir sur l’acétylcholine, et ralentir un peu le déclin cognitif, sans pour autant le renverser, et encore moins guérir la maladie. […] Ces molécules ralentissent les pertes fonctionnelles pendant un à trois ans en moyenne, ce qui permet aux patients de conserver leurs facultés plus longtemps. [Il est à noter que] certains médicaments, par exemple les benzodiazépines utilisées comme somnifères, peuvent en effet affecter la cognition. »[6]
Malgré les limites de la médication disponible en ce moment, il y a de l’espoir à l’horizon. La recherche a permis plusieurs avancées. « Des nouveaux médicaments, tels que le lécanémad, traitent l’accumulation de la protéine amyloïde, qui cause notamment l’Alzheimer »[7].
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[1] Cf. Organisation mondiale de la santé. « Projet de plan mondial d’action de santé publique contre la démence », 3 avril 2017. https://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/WHA70/A70_28-fr.pdf
[2] Florence Dujoux, Geoffrey Dirat et Leila Jolin-Dahel. « Troubles neurocognitifs : l’art délicat d’annoncer le diagnostic », Profession santé, mars-avril 2026, pp. 12 et 13.
[3] Cf. Camille Moreau. « Démence : reconnaître les premiers signes », 6 novembre 2024. www.passeportsante.net/fr/psychologie/Fiche.aspx?doc=demence-reconnaitre-premiers-signes
[4] Florence Dujoux, Geoffrey Dirat et Leila Jolin-Dahel. « Les étapes typiques d’un diagnostic en GMF », Profession santé, mars-avril 2026. P. 8.
[5] Florence Dujoux, Geoffrey Dirat et Leila Jolin-Dahel. « Troubles neurocognitifs – Le casse-tête des cliniciens », Profession santé, mars-avril 2026, pp. 6 à 10.
[6] Florence Dujoux, Geoffrey Dirat et Leila Jolin-Dahel. « Troubles neurocognitifs – Le casse-tête des cliniciens », Profession santé, mars-avril 2026, pp. 6 à 10.
[7] Florence Dujoux, Geoffrey Dirat et Leila Jolin-Dahel. « La recherche, élément essentiel pour se préparer à la vague », Profession santé, mars-avril 2026, p. 11.
