On n’y va pas pour se « célébrer soi-même »
Par Benoit Voyer
5 juin 2026
Jésus était audacieux en disant aux gens de son temps qui le suivaient sur les routes de la Galilée et de la Judée : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Avec raison, si on prend cette phrase au sens littéral, il a assurément passé pour un illuminé. De nos jours, on remettrait assurément en question sa santé mentale. Cependant, c’est au sens figuré qu’il faut entendre ce propos, ou au sens figuré, voire spirituel. En disant cela, Jésus met la table à ce qui deviendra le sacrement de l’eucharistie.
Justement, en parlant de la messe ou, en d’autres termes, de la liturgie eucharistique, je lisais dernièrement une entrevue fort intéressante qu’accordait le cardinal Robert Sarah au quotidien Le Figaro [1]. Il y disait :
« La liturgie, aujourd’hui, est parfois abîmée et trop bruyante. Comme si on se célébrait nous-mêmes. La messe, ce n’est pas de la « convivialité ». […] Le pape Benoît XVI l’a souvent répété : la liturgie, c’est opus trinitatis, c’est l’œuvre de la Trinité et l’œuvre de Dieu, opus dei. Ce n’est pas une création humaine. Elle doit être belle, adorante, sacrée. Ce n’est pas pour nous rendre heureux entre nous, c’est pour louer Dieu. Et quand Dieu répond à notre liturgie, il nous sanctifie. La liturgie doit nous sanctifier. […] »
Et il ajoutait : « L’accompagnement des fidèles passe par une liturgie et une homélie soignées. Si on ne parle pas de Dieu ni de l’Évangile, on ne peut former ceux qui viennent une fois par semaine. Une homélie de cinq minutes ne nourrit pas la foi. Comme à l’école ou à l’université, il faut du temps et de la profondeur pour éduquer. L’homélie du dimanche doit former, enseigner et nourrir véritablement l’âme des chrétiens. »
Ne l’oublions pas : la messe n’est pas un spectacle. On n’y va pas pour se « célébrer soi-même ». C’est un acte qui implique la pleine participation de chacun. Elle a pour mission la sanctification de ce que nous sommes. En communiant au pain et à la Parole, Jésus demeure chaque fois un peu plus « en moi, et moi, je demeure en lui », un peu plus à chaque fois.
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[1] Robert Sarah. « Cardinal Robert Sarah : L’homme occidental à la nostalgie de Dieu et cherche à le retrouver », propos recueillis par Eugénie Bastié, Espérance de Monspey et Guillaume Tabard, Le Figaro, 4 avril 2026, p. 16.
