31 juillet 2026


POLITIQUE : Ce jour où « Maurice » devint premier ministre du Québec

Maurice Duplessis, en 1936
Ce jour où « Maurice » devint premier ministre du Québec

Par Benoit Voyer

16 août 2025

Le 17 août 1936 est une chaude journée d’été. Le ciel du Québec est bleu. Il n’est pas question ici de jeu de mots, car il n’y avait vraiment pas de nuages à l’horizon [1].

A Trois-Rivières, en ce jour d’élections au Québec, la photographie de « Maurice » est dans de nombreuses vitrines de la ville et les électeurs se dirigent en grand nombre aux urnes.

En soirée, Maurice Duplessis est chez sa sœur. Elle habite près de la Cathédrale de l’Assomption, au centre-ville. Il attend les résultats…

Aujourd’hui, 76 candidats sont élus sous la bannière de l’Union nationale (UN) avec 57,5 % du vote populaire et 14 pour le Parti libéral du Québec (PLQ) avec 41 % . Pour le premier ministre sortant, Adélard Godbout, c’est un échec monumental. Il n’est même pas réélu dans la circonscription de l’Islet.

À Trois-Rivières, l’UN obtient 3113 votes de plus que Philippe Bigué du PLQ. Pourtant, en 1931, ils étaient nez à nez. Duplessis devenait député avec seulement 41 votes de plus que lui.

Ce soir, la joie est sur toutes les lèvres. Le nouveau leader de la province ne tarde pas à exiger qu’on appose un scellé aux documents du Trésor public afin d’empêcher les libéraux de les détruire. Une enquête publique est demandée.

La campagne électorale
Dans la population québécoise, les espoirs de renouveau étaient évidents durant les derniers jours de la campagne électorale. Partout, la foule était là en masse pour entendre et acclamer Duplessis.

Le 12 août, notamment, Maurice Duplessis et l’Union nationale réunissent plus de 30 000 personnes au Stade de Montréal. Les propos du chef sont un échange de questions et de réponses avec la foule survoltée, concernant particulièrement des dénonciations du Parti libéral et de la vision de l’UN. Naturellement, les plaisanteries sont au rendez-vous.

Le lendemain, dans le journal La Patrie [2], on écrira que Duplessis « a tenu […] une des plus grandes assemblées politiques qui ne se soient jamais vues à Montréal et dans la province de Québec ».

Et puis, le 14 août, à Victoriaville, « devant une foule très considérable réunie dans la cour du Collège des Frères, le chef de l’Union nationale prononce l’un des derniers discours de sa campagne électorale » [3]. En fait, il y a près de 20 000 partisans vont a sa rencontre.

C’est chez lui, à Trois-Rivières, qu’il termine sa tournée de la province. Il n’y avait pas mis les pieds durant la campagne électorale. Dans la plus grande ville de la Mauricie, durant les deux derniers rassemblements, il n’est plus question de « Monsieur Duplessis », mais simplement de « Maurice ». Les électeurs trifluviens sont fiers de lui. Pour eux, « leur homme « est une bouffée d’air frais. Il répond à leurs attentes. Il y a longtemps que la région souffre de l’aristocratie de la ville de Québec et de la monstruosité commerciale et de l’angoisse montréalaise. À leurs yeux, « Maurice » est un héros.

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[1] Benoit Voyer. « Il y a 60 ans, Duplessis devenait premier ministre », L’Hebdo journal, 21 juillet 1996, p. 3.
[2] « Montréal acclame Duplessis », La Patrie, 13 août 1936, pp. 2 et 6.
[3] « M. Maurice Duplessis s’est fait entendre hier à Victoriaville », Le Nouvelliste, 15 août 1936, pp. 3 et 13.

SAINTS ET SAINTES : Le père Eugène Prévost

Le père Eugène Prévost

Par Benoit Voyer

31 juillet 2026

Eugène Prévost est né le 24 août 1860 à Saint-Jérôme. Il est le fils du docteur Jules-Édouard Prévost (1828-1903) et d'Edwidge Prévost (1829-1906). Sa fratrie compte 14 enfants.

Il reçoit sa formation à l’école du village, au Séminaire de Sainte-Thérèse (devenu le Cégep Lionel-Groulx) et, plus tard, au Séminaire de Montréal.

Dans ses mémoires, il raconte que dans sa jeunesse tout était propice à la fête, musique et bonheur dans sa famille. À 13 ans, pensionnaire au collège, il s'ennuie. Pour s’amuser, il se mêle à un groupe d'élèves turbulents. Il n'est pas méchant, mais dissipé.

Le jour de la rentrée, en septembre 1877, comme c'est la coutume, Eugène choisit une place au dortoir. Le surveillant veut lui supprimer ce droit. Il ne porte pas plainte au directeur. Il voit plutôt cela comme un signe de Dieu. Il s’intériorise : « Pourquoi mal commencer l'année ? » À partir de cet instant, il décide de mener une vie studieuse, disciplinée, sérieuse. Dans ses vieux jours, à 82 ans, il dira : « Jésus m'a arrêté… c'est Jésus qui a fait cela. » C’était à ses yeux un jour de conversion. À 17 ans, il décide de consacrer sa vie à Dieu en devenant prêtre.

En 1881, il entre au noviciat de la Société du Très-Saint-Sacrement, à Bruxelles, communauté religieuse fondée par saint Pierre-Julien Eymard, afin de devenir prêtre catholique. À Rome, il étudie à l'université grégorienne. Il reçoit le sacrement de l’ordre le 4 juin 1887.

Sans tarder, on le nomme directeur de l'Œuvre des Prêtres-Adorateurs, à Paris. Sous son impulsion, elle prend un essor considérable. Il se donne à fond pour le service des prêtres. Il souhaite les voir saints. À travers ses responsabilités, il perçoit les besoins urgents de ceux-ci. Il veut fonder une œuvre pour leur venir en aide et un tiers-ordre féminin, comme le voulait le fondateur de sa communauté. Ses supérieurs ne veulent rien entendre de ses idées. Bien plus, en décembre 1899, il est envoyé à Montréal sans ministère précis.

En attendant son départ pour le Canada, il séjourne une quinzaine de jours à Sarcelles, près de Paris. Sans l’avoir prévu, il vécut une expérience spirituelle intense. Sa vie spirituelle se revêt de nouvelles couleurs. Sa mission se dessine…

En février 1901, grâce à une permission du pape Léon XIII, il fondera la Fraternité sacerdotale et les Oblates de Béthanie. Bien entendu, il doit quitter les religieux du Saint-Sacrement. La mission de la Fraternité est le soutien matériel et spirituel des prêtres. Celle des religieuses est l’adoration eucharistique. Entre 1901 et 1946, l’œuvre s'implante dans trois pays : la France, l’Italie et le Canada.

Le père Eugène Prévost consacre beaucoup de temps à l’écriture. Les Oblates de Béthanie les secondent en imprimant et en distribuant livres, brochures, feuillets et images par milliers. Dans son œuvre littéraire, il traite principalement de Jésus-Prêtre et de dévotion eucharistique.

Eugène Prévost décède le 1ᵉʳ août 1946. On conserve son cœur dans un reliquaire et ses restes sont inhumés. Quinze ans plus tard, on les exhume afin de les transférer à Pointe-du-Lac, devenu un secteur de Trois-Rivières. Le cimetière où il repose est situé dans un boisé enclavé qui est difficilement accessible. Le moyen le plus simple est de passer par « les sentiers du Grand boisé de Pointe-du-Lac » et de passer par-dessus la petite clôture.

Sa cause, en vue d’une béatification et d'une canonisation, est à l’étude au Vatican.

EN LIBERTÉ: Miracle au Sanctuaire Notre Dame du Cap en 1974


DOCUMENT : Mes divins rapports avec Jésus (Réflexion spirituelle d'Eugène Prévost)


Mes divins rapports avec Jésus

Jésus, nom de suavité et d’amour


Unissons-nous aux anges et aux saints du paradis, aux justes de la terre ; unissons-nous spécialement à l’auguste Vierge Marie et à son époux, saint Joseph, pour chanter le nom de Jésus, lui rendre nos hommages, l’adorer, l’aimer, le louer comme il le mérite.

Jésus ! C’est le chant éternel de la Patrie : les anges et les saints modulent sans cesse ce nom béni qui remplit l’immensité des cieux. Le nom de Jésus est le cri de foi, d’espérance et d’amour de l’humanité croyante, souffrante et militante. Le nom de Jésus est la terreur des démons dans l’enfer.

Tout lui rend hommage : et la sainteté et la misère, et les pécheurs et les justes, et ceux qui peinent ici-bas et ceux qui jouissent dans la Patrie. Tout ce qui a voix au ciel et sur la terre chante le nom de Jésus. C’est le thème perpétuel de la foi de ceux qui croient, de l’espérance de ceux qui attendent, de l’amour de ceux qui aiment.

Quand on prononce le nom de Jésus, on est illuminé, on est pacifié, on est fortifié, on est consolé, on est embrasé, on est souverainement heureux car Jésus est la source de tout ce qui est beau, de tout ce qui est bon, de tout ce qui est grand, de tout ce qui est saint, de tout ce qui parle de bonheur, de paix et d’amour.

***

Jésus ! C’est plus qu’un monde, c’est le ciel ! On passerait sa vie à prononcer ce nom adorable, que la vie serait pleine et sanctifiante ! On passera son ciel à le répéter sans fin, et les délices de la Patrie se renouvelleront sans cesse dans ces chants d’amour et de louange.

Jésus ! Je ne connais pas de nom plus doux, plus suave, plus enivrant ! Quand j’ai dit Jésus, j’ai dit la sainteté infinie de mon Dieu ; quand j’ai prononcé le nom de Jésus, j’ai purifié mes lèvres et elles peuvent chanter à l’unisson des anges et des saints dans leurs concerts éternels.

Quand j’ai laissé le nom adorable de Jésus illuminer mon esprit, je me suis plongé dans la lumière et la vérité ; quand j’ai laissé le nom adorable de Jésus pénétrer et embraser mon cœur, je me suis senti consumé d’un amour inconnu me poussant à tous les sacrifices et à tous les héroïsmes ; quand j’ai appelé Jésus à mon secours, ma volonté s’est fortifiée et j’ai connu des courages que j’ignorais.

Quand le nom de Jésus a soufflé au milieu des tempêtes et des orages qui m’agitent, j’ai senti le calme renaître et la paix m’inonder à flots.

Oh ! oui, Jésus est tout au ciel et sur la terre. Il domine l’œuvre sortie de ses mains, il répand à flots la lumière « en tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9). Il éclaire les intelligences, il pacifie les cœurs, il fortifie les volontés, il embrase de la folie de son amour les âmes qui le prennent en partage et veulent se contenter de lui.

***

Jésus ! Depuis que ce nom divin s’est fait entendre ici-bas, l’exil est devenu la Patrie, parce que la terre est son royaume où il veut être connu, adoré, aimé, servi comme il l’est au ciel !

Avec ce nom béni, les âmes de foi transportent les montagnes [cf. Mt 17,20], commandent aux éléments, guérissent tous les maux, précipitent les démons en enfer, arrachent les âmes à leurs ennemis infernaux. Avec le nom de Jésus sur les lèvres et son amour dans le cœur, les phalanges des élus se sont multipliées, des armées de martyrs ont versé leur sang, les déserts se sont peuplés, les pécheurs ont abandonné leur voie perverse, les saints ont constellé le firmament de l’Église, les vierges ont rempli les cloîtres, les prêtres ont couvert le monde !

Avec le nom de Jésus sur les lèvres et son amour dans le cœur, les âmes ont goûté des joies ineffables jusque-là inconnues à la terre, elles se sont plongées dans des délices enivrantes où, détachées de toute affection terrestre, elles n’ont plus connu que les amours du ciel…

C’est le nom de Jésus qui accompagne, vivifie, purifie, sanctifie l’humanité dans sa marche vers l’éternelle Patrie. Depuis que Jésus est venu sur la terre, il s’est emparé des esprits et des cœurs, il a subjugué les volontés, il a régné sur les nations, il a gagné l’amour de l’humanité, il est devenu l’idéal que les âmes poursuivent du berceau à la tombe…

Personne n’a jamais été autant aimé, autant chanté que Jésus, notre adorable et ineffable Jésus ! Son nom est sur toutes les lèvres, on en entend les échos en tous lieux, la terre et le ciel se le renvoient sans cesse, les âmes commencent à le chanter dans l’exil pour continuer à le chanter éternellement dans la Patrie…

Avec Jésus devant les yeux et son amour dans le cœur, les âmes s’en vont joyeuses, fortes et généreuses dans les sentiers épineux de la vertu ; elles se chargent avec bonheur de leurs croix [cf. Mt 11, 29], montent au Calvaire et meurent avec Jésus dans d’ineffables jouissances !

Vivre, souffrir, mourir d’amour pour Jésus, est-il un bonheur comparable à celui-là ?

Oh ! Vivons pour connaître Jésus, pour chanter les louanges de Jésus, pour brûler d’amour pour Jésus, pour nous immoler dans l’allégresse avec Jésus !

Jésus est un triomphateur qui nous attire et nous conduit au combat [cf. Jn 16, 33]. En luttant à ses côtés, en marchant sous sa bannière, en nous laissant éblouir par sa lumière, fasciner par son amour, nous sommes sûrs d’aller de victoires en victoires.

***

Jésus ! Quand ce nom adorable de Jésus a été prononcé une première fois dans le ciel, il a été un nom d’adoration et de combat. Les mauvais anges n’ont pas voulu prononcer avec foi et amour ce nom béni et c’est pourquoi ils devront le maudire éternellement dans la haine.

Quand ce nom adorable de Jésus a été prononcé pour la première fois sur la terre, il a été entendu par la créature la plus pure sortie des mains du Créateur. Au seul nom de Jésus que lui annonça l’Ange de l’Incarnation, Marie a été éclairée, embrasée, plongée dans l’adoration et l’amour, et elle s’est abîmée dans l’humilité la plus profonde pour accomplir les desseins de Jésus qui venait sauver le monde. Ecce ancilla Domini! [Lc 1, 38]

Quand le nom de Jésus était prononcé pendant sa vie terrestre, c’était comme un courant électrique qui touchait et ravissait les âmes. Ou il fallait aller à Lui et s’abandonner à son amour, ou il fallait Le fuir et Le maudire. Jésus : ou tout, ou rien !

Quand les démons entendaient de nouveau ce nom qui les avait précipités dans les enfers, ils étaient terrassés et ils suppliaient Jésus de ne point les tourmenter [cf. Mc 5, 7].

La dernière fois que le nom adorable et divin de Jésus a été offert en adoration à l’humanité coupable, ce fut en lettres de sang. Sur la croix de Jésus mourant, le nom de Jésus de Nazareth domine le monde et reste suspendu entre le ciel et la terre [cf. Jn 19, 19] comme un étendard de sang et de feu, à la suite duquel les nations devront accourir pour vaincre l’enfer et recouvrer leurs droits au Paradis. Depuis lors, le nom adorable et divin de Jésus est gravé dans tous les cœurs et personne ne pourra jamais effacer ce nom béni qui doit être la joie de la terre et la félicité éternelle de la Patrie.

***

Jésus ! Ce nom adorable et divin est non seulement gravé sur la pierre et le marbre de nos temples, mais Il est vivant dans tous les tabernacles du monde. Celui qui le porte est toujours avec nous : c’est sa beauté que nous contemplons, c’est sa voix que nous entendons, c’est son amour qui nous presse, ce sont ses délices qui nous enivrent !

Jésus-Eucharistie est pour nous sur la terre, comme pour les élus dans le ciel, l’Agneau toujours immolé, Celui au nom duquel tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers ! [Ph 2, 10]

Ô Jésus ! Je veux passer ma vie à Vous louer et à Vous chanter, je veux ne jamais me rassasier de Vous prononcer, je veux trouver mon bonheur et mes délices à Vous répéter sans cesse, je veux Vous jeter à tous les échos, Vous graver dans tous les cœurs ! Je me servirai de vous comme d’une lumière éclatante et d’un feu consumant pour m’illuminer et m’enflammer moi-même, et ensuite pour éclairer et embraser tous les cœurs !

Ô Jésus ! Jésus toujours ! Jésus sans fin ! Je veux me taire pour ne plus prononcer que votre seul nom, je veux fermer les yeux à toutes les choses de la terre pour ne plus voir que Vous seul, je ne veux plus connaître d’autre affection que votre amour souverain, je veux me laisser fasciner par vos charmes irrésistibles et m’épuiser à Vous adorer, à Vous bénir, à Vous contempler, à Vous aimer sans mesure et sans fin.

***

Jésus ! Jésus ! Prenons l’habitude d’appeler par son nom le Dieu qui nous a rachetés et qui demeure nuit et jour auprès de nous au Sacrement de son amour.

C’est le nom de Jésus que nous avons balbutié sur les genoux de notre mère. C’est le nom de Jésus que nous avons mêlé à nos premières prières. C’est le nom de Jésus que nous avons chanté dans notre enfance. C’est le nom de Jésus que nous avons invoqué dans notre jeunesse. C’est le nom de Jésus qui met de la force et du courage dans l’âme, qui charme la vie et console dans la mort.

Oh ! prononçons sans cesse ce nom divin ; et quand nous ne pourrons plus le prononcer sur la terre, mourons pour aller le chanter dans la Patrie. Jésus ! Jésus seul !

Père Eugène Prévost, c.f.s.