Leader mondial du renouveau charismatique
« C'était tellement beau ! Il y avait une telle intimité avec Dieu… C'était proche de lui. Je me suis dit: c'est ça que je veux ! »
Benoit Voyer
OTTAWA – Au Canada, le renouveau charismatique, sous le leadership du père Jean-Paul Regimbal, connaît une expansion fort rapide. Tout va si vite que les évêques du pays publient, le 28 avril 1975, un message important sur le sujet : « Vous n'êtes pas sans savoir qu'elle a provoqué des réactions diverses. Ici, c'est l'enthousiasme ; là, la prudence ; ailleurs, l'inquiétude et parfois même la méfiance. Les interrogations abondent à propos de ce courant spirituel. « Les débats se multiplient à son sujet », introduit le message pastoral.
Durant cette année sainte, Henri Lemay, enseignant au secondaire et conseiller en orientation de la région de la capitale canadienne, vit, à travers ce courant spirituel, une expérience qui transforme sa vie. Bien qu'il publie cette année-là « Les danses de la jungle », un petit document édité par l'Association des Scouts du Canada du district d'Ottawa contenant la parade de la jungle, la danse de Baloo et celle de Bagheera et plusieurs autres inspirées du Livre de la jungle, ce qui l'attend n'a rien de sauvage.
Henri Lemay est un leader mondial du renouveau charismatique catholique. En plus d'être le fondateur, Jésus rassemble son peuple, qui est à l'origine de plusieurs initiatives pastorales d'importance. Il a été membre, pendant huit ans, du Comité international du renouveau charismatique catholique, dont le siège est à Rome, à quelques pas du Vatican.
REVUE SAINTE ANNE – Comment allait votre vie en 1975 ?
HENRI LEMAY – Mon mariage avec Bonny a très bien commencé parce que nous nous étions entendus, durant nos fréquentations, sur toutes les grandes questions de la vie conjugale : l'argent, la place de nos parents et de nos beaux-parents, le désir d'avoir des enfants et l'éducation de ceux-ci, la sexualité, la religion, etc. Nous étions en accord sur tout et assez proches l'un de l'autre.
RSA – Votre vie spirituelle était-elle en santé ?
HL – Même si j'allais à la messe plusieurs fois par semaine, sans manquer le dimanche, et même si je lisais régulièrement ma Bible, j'avais très peu de puissance dans ma vie. Je me suis donc retrouvé avec des problèmes, notamment avec la pornographie. Je vivais toujours cela en cachette… évidemment ! Je manquais de paix à l'intérieur de moi. Puisque je travaillais en counselling, j'ai entendu parler de la méditation transcendantale. J'ai donc suivi un cours. Comme on me le montrait, j'en suis venu à réciter un mantra deux fois par jour. Bonny, mon épouse, a également suivi le cours, mais elle n'était pas capable de réciter un mantra. Chaque fois qu'elle commençait, elle finissait toujours par dire Jésus, Jésus, Jésus… ou Marie, Marie, Marie… Elle ne voulait pas dire le mot en sanskrit qu'on nous avait donné.
RSA – La méditation transcendantale vous a vraiment aidés ?
HL – La méditation transcendantale nous a joué de mauvais tours… Comme tous les couples, nous avions de petites disputes à l'occasion. J'en étais venu, lors de nos conflits, à ne plus m'asseoir avec mon épouse pour régler nos litiges et trouver un terrain d'entente. Je finissais plutôt par me retirer, seul, pour réciter un mantra. Et après vingt minutes j'étais bien ! Le calme était revenu ! Je continuais ma vie, mais du côté de Bonny, il n'y avait rien de réglé. Bien égoïstement, je me disais que cela était son problème. La méditation transcendantale rend l'humain très centré sur lui-même et très cassant envers les autres.
On se séparait donc de plus en plus. Elle avait ses intérêts et j'avais les miens. Après 10 ans, notre mariage s'en allait vers un échec. Ce qui me rendait le plus triste, c'est que nous avions eu deux enfants : Chantal et François. En 1975, Chantal avait deux ans et nous venions juste d'avoir François. Je ne savais vraiment pas quoi faire pour améliorer la situation.
RSA – Que s'est-il passé ?
HL – Le curé de notre paroisse, pour qui nous avions une grande admiration, venait juste d'être nommé répondant diocésain du renouveau charismatique. Il nous a donc invités à nous joindre à son groupe de prière.
Il y avait là une douzaine de personnes. Je n'en revenais pas ! Ils parlaient à Jésus comme s'il était présent. Il n'y avait que des prières spontanées ! Cela m'a grandement impressionné parce que, à l'église, nous n'avions que des prières liturgiques toutes faites et écrites par des spécialistes.
Ils ne faisaient pas que lui parler ! Ils racontaient aussi des événements qui étaient survenus la semaine même, des expériences de Dieu. Il avait exaucé une prière et une autre. Il y avait aussi des alléluias ! On chantait ! J'ai dit : wow ! C'était tellement beau ! Il y avait une telle intimité avec Dieu… C'était proche de lui. Je me suis dit : c'est ça que je veux !
Ce soir-là, on a annoncé qu'il y aurait un séminaire de la vie dans l'Esprit qui débuterait en septembre 1975. J'en ai parlé avec mon épouse et nous avons décidé de nous inscrire.
RSA – Ce fut un grand événement !
HL – Et pas le seul ! Cet été-là, je suis allé passer deux semaines dans la ville de Québec à l'occasion d'un échange bilingue. Je suis parti avec 24 élèves anglophones d'Ottawa.
Un soir, ne pouvant pas dormir, je suis allé marcher, très longtemps. Habituellement, je dors très bien, mais là je n'y arrivais pas. Je n'avais que le goût de marcher.
Pendant cette promenade, j'ai revu toute ma vie comme dans un film. J'ai revu ma période d'adolescence et toutes les promesses que j'avais faites à Dieu et les prières que j'avais écrites et, aussi, mes demandes à Dieu.
J'ai aussi revu tout ce que je voulais pour ma vie. J'étais enseignant et je m'occupais de scoutisme… Deux choses excellentes ! Mais je trouvais que je passais tellement de temps à regarder la télévision. De plus, j'étais devenu presque un professionnel des jeux d'échecs. Je jouais même dans des tournois. Je ramassais de l'argent et je le dépensais : j'allais voir des films, des spectacles… Ma vie était toute tournée vers mes plaisirs égoïstes. J'étais au centre de mon existence et je m'occupais de moi.
En même temps, je voyais mon mariage qui disparaissait. Il y avait mes deux beaux enfants. Je ne savais pas ce qui était pour m'arriver avec eux.
Je me suis dit : à l'âge de 17 ans, Dieu m'a permis de reprendre ma vie en main et j'en ai fait un désastre. Ce n'est pas ce que je veux ! Je veux que ma vie appartienne à Dieu et je veux servir Dieu. Tout m'avait éloigné de lui, surtout l'argent.
RSA – Qu'est-ce que vous avez vécu, quelques mois plus tard, au séminaire de la vie dans l'Esprit ?
HL – La première semaine, quand on nous a dit que Dieu nous aime, je le savais ! Je n'en doutais pas. Dieu est amour !
La deuxième semaine, quand on nous a dit que Jésus nous a sauvés, je le savais, qu'il est sauveur ! Il nous a sauvés de nos péchés et je savais que j'en ai beaucoup !
La troisième semaine, Dieu nous appelle à une vie nouvelle dans son royaume, une vie où il est intime avec nous. Dieu nous donne sa force et sa lumière. On peut marcher avec lui ! C'est ce que je voulais.
La quatrième semaine, il a été question des obstacles à cette vie nouvelle avec Dieu : il faut renoncer au péché, aux sciences occultes, à Satan… Et on m'a dit que la méditation transcendantale n'est pas bonne et que je devais y renoncer. Et j'étais prêt à ça (!) même si je ne comprenais pas pourquoi ! Enfin, il faut pardonner. J'ai donc fait une liste de gens à qui j'en voulais et j'ai pardonné à chacun, un après l'autre.
La cinquième semaine, c'était le temps de dire sa prière ! On allait nous imposer les mains pour que nous soyons baptisés dans l'Esprit Saint. La prière était très simple… Il s'agissait de la promesse du baptême : je renonce au péché et à ce qui conduit à lui, je renonce à Satan, j'accepte le Père de Jésus comme étant mon père, j'accepte Jésus comme mon Seigneur et mon Sauveur, je veux que l'Esprit Saint habite en moi. Je demande à Jésus de me baptiser dans l'Esprit Saint, de faire qu'en moi éclatent tous les charismes pour que je puisse servir Dieu dans l'Église et dans le monde. C'était exactement ce que je voulais ! J'ai dit ma prière avec force, avec détermination…
RSA – Lorsqu'on vous a imposé les mains, est-ce que vous avez vécu des manifestations particulières ?
HL – Absolument rien ! Et puis, de toute façon, je ne m'attendais absolument à rien ! Cependant, à partir de ce moment, les choses ont changé dans mon quotidien : j'ai détruit toute une collection de Playboy et de Penthouse ; j'ai arrêté tous mes exercices de méditation transcendantale ; j'ai remplacé le mot de mon mantra par le nom de Jésus. Aussi, j'ai commencé à sentir Dieu présent avec moi. Enfin, ce fut le début du service du Seigneur à travers le renouveau charismatique catholique, surtout à l'intérieur du groupe de prière que je fréquentais.
RSA – Vous n'avez pas vécu de manifestation de l'Esprit comme il s'en vit habituellement chez les charismatiques ?
HL – Jusqu'à ce moment-là, je n'ai pas vécu d'expériences particulières. Dieu m'a juste aidé à reprendre ma vie en main, surtout au chapitre de la moralité. Peu de temps après, il y a eu une rencontre avec des prêtres à la cathédrale d'Ottawa. J'y suis allé. À la fin, on a invité les gens présents à descendre au sous-sol de la cathédrale pour se faire imposer les mains.
Deux membres de notre groupe de prière sont présents. Je m'assois sur la chaise, près d'eux. Le père Gaston Croteau me demande : « Henri, veux-tu qu'on prie pour quelque chose en particulier ? » Je dis : « Non, non ! » Ils mettent les mains sur moi. J'éclate en sanglots. Je pleure et je pleure. Après quelques minutes, Gaston me demande : « Henri, pourquoi ces larmes ? » Je lui réponds : « Je ne sais pas ! » Agathe me dit : « Henri, le Seigneur est en train de te guérir d'une blessure que tu as reçue alors que tu étais dans le sein de ta mère. »
De retour à la maison, je me sentais très mal. Le lendemain, je me sentais encore tout à l'envers. Le troisième jour encore pire !!! C'est comme si on avait arraché quelque chose en moi. Je me suis dit : « Les charismatiques sont dangereux ! Je dois faire attention à ces gens-là ! »
Le quatrième jour, tout a changé. Le cinquième jour, je me sentais très bien. C'est comme si j'avais été opéré par le bon Dieu. Ça m'a donc pris quelques jours de récupération.
Je me suis donc rappelé les paroles d'Agathe. Je suis allé voir ma mère : « Maman, qu'est-ce qui m'est arrivé avant ma naissance ? » Elle me demande : « Pourquoi veux-tu savoir cela ? » Je lui raconte ce qui m'est arrivé. Elle m'a expliqué… Je suis le deuxième enfant de la famille. Mon frère aîné était un enfant terrible ! Maman était une nouvelle mère et c'était son premier. Elle était jeune et ne savait pas trop quoi faire.
Un jour, mon frère Jacques a volé les allumettes de papa. Il les a cachées dans son lit de bébé. Il n'avait qu'un an, pas plus ! Lorsque ma mère l'a laissé pour dormir, il a allumé un feu. Il a mis le feu à son lit ! Il n'était pas capable d'en sortir. Il était pris ! Il criait et hurlait !!!
C'était l'époque où le docteur Spock disait : « Si les enfants pleurent, laissez-les faire, ils vont s'endormir. Touchez-les pas trop! » C'était une bien drôle de psychologie, mais c'était celle qui régnait à l'époque. Alors ma mère n'osait pas monter à l'étage, mais mon frère pleurait encore plus fort (!). Elle s'est finalement dit qu'elle ne pouvait pas le laisser pleurer ainsi. Elle est montée et a vu le feu. Elle a sorti mon frère du lit et a éteint le début d'incendie. Elle a eu très peur !
Quelque temps après, quelqu'un vient cogner à la porte. Elle dit : « Oui, bonjour! » C'était un homme, un étranger. Il dit : ! « Madame, savez-vous ce qui se passe au deuxième étage ? » Elle dit : « Non ! » Il dit : « Venez voir ! » Elle sort de la maison et se rend sur le trottoir. Mon frère Jacques avait poussé la moustiquaire. Il l'a fait tomber et est sorti par la fenêtre. Il y avait là un niveau en ciment, une sorte de décoration. Il était debout sur cela et il regardait autour.
Maman a eu encore une fois très peur et s'est dit : « Je n'en veux plus d'enfant !!!! » Et pendant ce temps, elle était enceinte de moi. Évidemment, au creux de son sein, j'ai vécu cela comme un profond rejet.
La grande consolation de ma mère est que j'étais bien différent de mon frère. Autant il était fou brac, autant j'étais l'enfant le plus sage qu'on puisse trouver. Lorsque maman disait : « Henri, assieds-toi ici jusqu'à ce que je revienne », je ne bougeais pas ! Je ne savais pas, mais j'avais une peur morbide du rejet.
Plus tard, lorsque j'avais des chicanes avec Bonny, dès qu'il y avait le moindre signe qu'elle voulait me rejeter, j'en avais des sueurs froides. Je paniquais. Je perdais toutes mes idées. Je n'avais plus rien à dire parce que mon cerveau arrêtait de fonctionner.
À partir de ce moment, tout a changé dans ma vie. Une expérience d'évangélisation inédite a commencé pour moi : animation d'une émission à la télévision régionale d'Ottawa, organisation de grands rassemblements d'évangélisation, fondation de Jésus rassemble son peuple et d'une série d'initiatives apostoliques, présidence du Conseil canadien du Renouveau charismatique (CCRC) et présence au Comité international du renouveau charismatique à Rome… Mais le plus important est que j'ai vécu et je vis encore une merveilleuse aventure avec Bonny, mon épouse. Nous sommes proches l'un de l'autre. Dieu est bon !
Henri Lemay
1433, rue Leblanc (arrondissement Orléans)
Ottawa, Ontario, Canada
(613) 837-3702 ou (613) 837-2274
henri.lemay@sympatico.ca
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(Revue Sainte Anne, avril 2005, pp. 153 et 164)
