Claude Paradis


Claude Paradis

L'abbé Claude Paradis, animateur de pastorale au Centre hospitalier de Verdun, s'est joint à la communauté de l'Arche, à Montréal. Il est aussi membre du conseil d'administration de la Fédération des Arches au Québec. Il fait partie de l'équipe de l'émission de télévision Évangélisation 2000, diffusée aux réseaux TVA et TQS.

Article publié en mai 2004.

«La mort est quelque chose de grand!»

La mort est un sujet tabou, qui met bien des personnes mal à l'aise. Pourtant, nul ne peut y échapper, trépasser est notre destin. Un jour ou l'autre, même si nous tentons de l'éviter, la mort nous rattrape et nous devons entrer dans cette expérience ultime.

Chaque jour, l'abbé Claude Paradis rencontre les patients en soins palliatifs, au Centre hospitalier de Verdun, pour les préparer à entrer dans le couloir de la mort. Avec le malade et ses proches, il tente de trouver un sens à ce passage vivifiant parce que, pour lui, la mort n'est qu'une autre étape de la vie humaine. La mort n'est pas une finalité.

L'abbé Claude Paradis est né le 7 août 1955, à Sainte-Anne-des Monts, en Gaspésie. Après avoir travaillé comme infirmier, du 27 septembre 1982 au 31 août 1989, à l'Hôpital Brome-Missisquoi Perkins, à Cowansville, il a été ordonné prêtre au service du diocèse de Montréal, le 26 septembre 1997, en la fête des saints martyrs canadiens, connus aux États-Unis sous le vocable des saints martyrs d'Amérique.

BENOÎT VOYER - Claude Paradis, qu'est-ce que la mort?

CLAUDE PARADIS - Pour moi, la mort est quelque chose de grand. En y pensant rapidement, je dirais que c'est un passage. Cependant, plus j'y pense, c'est bien plus que cela. Ce n'est pas juste la fin. C'est un commencement ou une continuité, mais dans un autre état ou une autre dimension ou une autre perspective. La mort, c'est la rencontre face à face avec Dieu. C'est le lieu où tout ce qui n'est pas «christifié» en soi le devient.

B.V. - Dans la vie, quel est le sens de la mort?

C.P. C'est justement la mort qui donne un sens à ma vie parce que, s'il n'y avait pas la mort, il y a beaucoup de choses que j'ai le goût de faire aujourd'hui que je ne ferais même pas. Chaque jour, j'essaie d'entretenir des relations importantes avec les autres parce que je ne sais jamais si demain je serai encore en vie. C'est la réalité de ma mort, qui viendra un jour ou l'autre, qui va faire que je vais essayer de vivre ma journée à plein. Je ne peux pas dire que la mort me fait peur parce que, pour moi, elle a un sens...

B.V. - À la lumière de la mort, quel est le sens de la vie?

C.P. C'est une grande question que vous me lancez. Elle est très importante! S'il n'y avait pas la mort, il n'y aurait pas de vie. Les deux sont indissociables. C'est l'idée de ma finitude qui me fait vivre pleinement ma vie. Et puis, je crois en ce que Jésus nous a dit! La vie ne s'arrête pas à la mort. Elle nous fait plutôt entrer dans une nouvelle expérience de vie, une nouvelle vie. C'est ce qu'il appelle la résurrection.

B.V. - A quoi ressemble cet au-delà?

C.P. Nous vivrons avec un corps glorifié, c'est-à-dire avec un corps qui ne vivra plus de souffrances. De plus, nous retrouverons ceux que nous avons connus et aimés. Comme le Christ dit, ça va être un grand jour. Il y aura un festin! Ça va être un perpétuel jour de noce!

B.V. - Soyez plus précis, quel est le sens de la vie?

C.P. C'est de découvrir Dieu - Je veux voir Dieu! - et de me découvrir à travers mes journées et ma vie. À travers les autres que je rencontre, j'apprends justement à me connaître et à le rencontrer!

B.V. Alors, s'il s'agit d'un si grand moment de l'histoire de chaque personne, pourquoi est-ce que la mort est un sujet quasi interdit pour nos contemporains?

C.P. - C'est peut-être à cause de l'inconnu qu'il y a cette peur. De plus en plus, je me rends compte que les gens ont davantage peur de souffrir que de mourir. Ils ont peur de la souffrance. La société fait en sorte que nous essayons de l'éliminer. Il ne faut pas se le cacher, la mort nous ramène en soi, à notre finitude. Durant la journée de la mort, qu'elle soit la sienne ou celle d'un proche, on doit faire plusieurs deuils. C'est une démarche normale du processus.

B.V. - Comment apprivoiser la mort?

C.P. - Je dis souvent aux gens en fin de vie: Prends le temps de prendre du temps». Le temps nous permet de nous recentrer, de nous resituer et d'apprivoiser cette mort.

B.V. - De quelle manière surmonter la peur de la mort?

C.P. - Quelle question difficile... D'un côté la mort fait peur, de l'autre elle fascine. Une journée, elle nous apparaît comme étant un état de vie extraordinaire. Le lendemain, devant elle, on se dit: «Et s'il n'y avait rien après...»

B.V. Tout est affaire de foi!

C.P. La foi est ce qui fait toute la différence. Il y a une plus grande sérénité chez les gens en phase terminale qui ont la foi en Dieu.

B.V. - Qu'est-ce que Jésus dit à propos de la mort?

C.P. La première chose qui me revient à l'esprit est qu'il nous lance: «Je suis le chemin, la vérité et la vie». Et Jésus, comme chaque être humain, a vécu la mort... Il a vécu des deuils, comme nous! Pour en arriver à la plénitude de sa mission, il a fallu qu'il en fasse plusieurs. Il a notamment dû quitter ses parents et ses amis.

B.V. Et il dit aussi: «Laissez les morts enterrer leur mort!» N'est-ce pas une invitation à ne pas trop se préoccuper de la mort? (Mt 8,22)

C.P. - Laissez les morts enterrer leur mort. Quel propos «songé»! Jésus nous invite donc à ne pas avoir peur de la mort.

B.V. - «Songé?» Je ne trouve pas!

C.P. - Pensez-y bien! Il nous dit de laisser les morts s'occuper de leur mort. C'est une invitation à cesser de craindre la mort! C'est une invitation à les laisser mourir en paix. Ce qui fait le plus mal dans la mort de l'autre, c'est l'absence qui suit le départ. C'est de cela que nous avons peur. Bien qu'il s'agisse d'une continuité de la vie, la mort est le moment de la rupture d'une proximité physique.

B.V. Est-ce qu'il est possible de rencontrer Dieu au moment de la mort et d'arriver à la certitude qu'il existe vraiment?

C.P. - Un jour, il n'y a pas longtemps, quelqu'un me disait: «Vous savez, lorsque je suis entré ici, à l'hôpital, je ne croyais pas du tout en Dieu. C'est dans ma solitude et ma souffrance, et en voyant les infirmières et les préposés aux bénéficiaires travailler, que je me suis dit: il se peut que Dieu soit ici!» Chacun à sa façon peut être un outil pour montrer Dieu! Il passe même par les professionnels de la santé!

Il y a aussi plusieurs personnes que j'accompagne qui me parlent de Dieu sans le nommer. Peut-être seulement parce qu'elles n'ont pas appris à le faire! Sans trop le savoir, plusieurs me font vivre des pages d'Évangile.

Lorsque l'humain est confronté au silence qui survient dans la souffrance, il y a une recherche intérieure qui se fait. Je trouve cela fort malheureux qu'il faille se retrouver au cœur de celle-ci pour se dire: Et si c'était vrai?

B.V. - Chez les gens que vous accompagnez dans le couloir de la mort, qu'est-ce qui vous étonne le plus?

C.P. Ce sont les mourants qui offrent leurs souffrances pour d'autres personnes qui sont en santé. Leurs souffrances deviennent une source de salut pour les autres. Il y a une grande noblesse dans cette attitude.

B.V. - Comment annoncer à quelqu'un que son ange viendra bientôt le conduire à Dieu? Quels mots dire?

C.P. - C'est toujours délicat. On ne s'habitue jamais à annoncer à quelqu'un qu'il va mourir.

B.V. - Quels mots dire?

C.P. Avant tout, il faut s'assurer d'une présence et beaucoup d'écoute. Parce que, assez rapidement, la personne va avoir besoin de parler. Vous savez, c'est lorsqu'on les «laisse se dire» que les personnes en viennent à nommer Dieu parce que cela va ensemble. De plus, durant cette relecture de vie qui s'amorce, il y a de nombreux pardons qui se font. Ces moments de miséricorde sont d'intenses instants de joie pour le mourant et ses proches.

B.V. - Vous ne répondez pas à la question! Quels mots dire?

C.P. - Je ne sais pas. (Il fait un long silence. Il s'intériorise. Il cherche en lui, comme s'il n'y avait pas de réponse satisfaisante... Et il lâche un grand soupir en haussant les épaules... puis tente une réponse.) Il faut dire la vérité. C'est un moment trop précieux pour se taire. Personnellement, j'aimerais mieux le savoir le plus rapidement possible afin de pouvoir vivre intensément ces moments avec mes proches.

B.V. - Et lorsque la personne sait et qu' « elle se raconte », qu'est-ce qu'il faut dire? Qu'est-ce qu'il faut lui répondre?

C.P. La personne qui va mourir a peut-être juste le goût de parler de ce qui lui arrive. J'entends souvent le patient en soins palliatifs dire qu'il trouve cela désolant de ne pas pouvoir parler du sujet de sa mort avec sa famille. «Je sens une gêne. Je les sens mal à l'aise. Mais j'aimerais tant parler avec eux de ma mort!» dit-il de différentes manières.

Il y a, dans plusieurs familles, une «non-acceptation» de la mort de leur proche. On refuse donc d'aborder la question en lançant des platitudes comme: «Voyons! Tu vas guérir!» C'est une forme de déni. Lorsqu'un médecin a annoncé au patient que c'est la fin, il ne faut pas entretenir avec ce dernier de faux espoirs, car cela devient une forme de mensonge. Donc, pour répondre à votre question, il faut juste être présent et répondre à leurs questions, avec simplicité, et être le plus vrai possible.

B.V. - Avez-vous personnellement vécu une expérience de mort?

C.P. - Oui.

B.V. Comment cela s'est-il passé et qu'est-ce que l'expérience a changé dans votre vie?

C.P. - C'est cette expérience de la mort qui m'a donné la certitude que Dieu existe vraiment. J'ai fait, il y a quelques années, un arrêt respiratoire. On m'a réanimé. Durant ce moment, il s'est passé quelque chose en moi. Ça a été un déclencheur. Suite à l'expérience, je me suis mis en recherche. Je ne savais pas quoi, mais je cherchais vraiment. Je vous évite le récit de toutes mes démarches et tentatives, mais je suis finalement devenu prêtre catholique.

B.V. - Et quelles sont les conclusions de votre expérience?

C.P. - Je découvre dans mon sacerdoce et, surtout, à travers la mort des autres, ce que j'ai longtemps cherché. Je cherchais la dignité de la personne humaine. En réalité, c'est ma propre dignité que je cherchais! Et je ne savais pas où la trouver. L'avais perdu la mienne à travers mes excès de boisson et d'expériences sexuelles. Je la cherchais dans toutes les directions. À travers l'expérience de la mort, j'apprivoise ma propre vulnérabilité.

Toute personne meurt de la même façon. Qu'importe la vie qu'elle a eue! La promesse de la vie éternelle est la même pour tous. C'est là notre seule dignité. Même si dans la vie nous nous sommes tenus à l'écart de Dieu, c'est indéniable, la mort nous ramène à lui.

Chaque jour, j'accompagne des gens dans le couloir de la mort dans le cadre de mon travail d'animateur de pastorale en milieu de la santé. C'est tellement grand ce qui se passe dans cette expérience! Il y a quelque chose qui se passe dans la chambre du mourant, qui est vraiment plus grand que l'humain. Cette expérience est vraiment difficile à exprimer avec des mots, puisqu'une description juste est impossible. Cependant, je vous affirme que c'est une expérience extraordinaire! J'espère ne jamais m'habituer à cela!

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.145 à 151. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 6 avril 2025

Le bottin téléphonique en 1986

Raymond Beaugrand-Champagne


Raymond Beaugrand-Champagne

Raymond Beaugrand-Champagne est un retraité de la Société Radio-Canada. Il a été réalisateur à la télévision. Par la suite, il a animé, pendant quelques années, l'émission Rencontre spirituelle à l'antenne de Radio Ville-Marie, qu'il est possible de réécouter sur le site www.dieu-parmi-nous.com. Il collabore au Nouvel informateur catholique (NIC) et donne des conférences sur les Croisades, l'Inquisition, l'Eucharistie et nombre d'autres sujets.

Article paru en septembre 1999.

Notre société a besoin de témoins et de saints

«Souvent, quand je rentre de la cathédrale, le samedi soir, j'ai l'impression que le Christ doit pleurer en voyant ce que j'aperçois, rue Sainte-Catherine. C'est comme si je l'entendais gémir», dit Raymond Beaugrand-Champagne. «Je vois tous ces gens, semblables à des fourmis que l'on aperçoit lorsque nous soulevons une grosse pierre. Ils s'en vont dans toutes les directions. Et on ne sait pas où ils vont, ni vers quoi ils vont. Les gens semblent ne pas le savoir! Plusieurs ne font que passer le temps de façon insignifiante, alors qu'il y avait la cathédrale qui les appelait à l'Eucharistie... Les gens ne savent même plus, bien que catholiques, que les choses les plus admirables se déroulent dans les églises! »

« L'amour n'est pas aimé », s'écriait saint François d'Assise. Comment peut-on vivre à ce point dans le vide, l'impiété, l'hypersexualité et le matérialisme? Est-il possible que la société continue ainsi sa course sans se rendre compte? On constate heureusement que la nausée s'empare de plus en plus des gens. La nausée peut sans doute conduire parfois au suicide, à l'alcoolisme, à la toxicomanie, à la violence et à la dégradation de l'être humain. Or, il faut crier à l'urgence! Il faut que des témoins de la foi se lèvent pour clamer leur joie de vivre. Il faut surtout des témoins vivants des valeurs de l'Évangile, des témoins pleinement engagés jusqu'à la plus petite fibre de leur être.

C'est pour cela que ce Montréalais qui habite à deux pas du Musée des beaux-arts de Montréal, rue Sherbrooke, consacre sa retraite à tenter de donner le goût de vivre dans l'intimité de Dieu. Il s'inspire des saints pour propager son message à la radio. Ces témoins vivants de la présence de Dieu parmi nous sont des modèles inspirants à imiter.

C'est son espérance en l'avenir qui le fait demeurer positif au creux de cette crise de la foi que les Québécois traversent: «On vivra bientôt un grand renouveau. Nous allons voir des choses sublimes qui vont surgir dans une Église réduite. Il y aura sans doute beaucoup moins de monde dans les églises, mais ce sera une Église qui rayonnera dans sa charité de façon phénoménale.

Il y aura de plus en plus de saints!» Une génération de nouveaux bienheureux est en train de naître au Québec.

Prendre la parole
Je ne m'attendais jamais à prendre la parole à la radio au nom de ma foi. Cela s'est présenté à l'ouverture de Radio Ville-Marie. À quelques jours d'avis, le vendredi, je reçois un coup de téléphone de René Barbin, fondateur de la station et directeur de la programmation. Il me demande d'animer une émission d'une heure, le lundi suivant, parce qu'il n'y avait personne d'assigné de 11 h à midi. «On voudrait quelqu'un qui parlera cinq jours par semaine de la vie des saints», m'a-t-il dit. J'ai aussitôt accepté. J'ai donc débuté le 1er mai 1995, jour de l'ouverture de la station», raconte-t-il.

Néanmoins, Raymond Beaugrand-Champagne a une passion pour la Parole de Dieu depuis sa petite enfance. Celle-ci fait partie de l'héritage laissé par sa mère. Il se souvient des visites à l'église en sa compagnie, alors qu'il avait à peine quatre ou cinq ans.

Il s'intéresse tôt à l'enseignement religieux. Il fait sa première communion à six ans et devient rapidement servant de messes à l'église Sainte-Madeleine d'Outremont. Vers l'âge de 12 ans, il rêve déjà de devenir moine et d'entrer à l'Abbaye Saint-Benoît-du-Lac, mais il doit attendre ses 18 ans pour réaliser son désir. Au collège, il est bon premier en apologétique, en religion et en français. «Je n'aspirais qu'à me donner à Dieu!»

Mais la Providence voulait qu'il soit ailleurs. Il doit quitter l'ordre des Bénédictins à 20 ans et terminer ses études en obtenant une licence en philosophie à l'Université de Montréal. N'ayant pu trouver un monastère en France qui ne soit pas glacial en hiver, il devient bibliothécaire au Grand Séminaire. En 1956, il entre à Radio-Canada comme chef de comités de lecture au Service des textes, et passe, en 1960, au secteur des émissions religieuses de Radio-Canada en tant que réalisateur. Il travaillera sur de nombreux projets dont la série Rencontres qu'il réalisera de 1970 à 1990. Cette série lui a permis de présenter 750 interviews avec les grands témoins de la foi de notre siècle à travers le monde. «J’ai rencontré des saints vivants!», dit-il le regard rempli de lumière.

Un saint marquant
Durant cette série, il sera particulièrement marqué par le père Jean Tyszkiewicz, ermite élu abbé cistercien d'Aiguebelle, en France, de 1977 à 1983. Cet homme, né le 23 février 1917 et décédé le 17 octobre 1986 à la suite d'un cancer, avait un véritable don pour scruter les cœurs.

«Ce Polonais a vécu une expérience tragique! Il a été capturé à 20 ans par les Russes qui l'ont amené dans une prison près de Moscou. Il a été traduit devant un peloton d'exécution à 4 h du matin. Comme il était d'une très grande famille qui possédait autrefois de riches possessions en Pologne et en Russie, c'était délicat! Au lieu de donner le signal "Feu", le commandant crie "À demain!". Le peloton d'exécution répète cela le lendemain. Subir un tel drame à 20 ans l'a marqué pour la vie! C'est étonnant qu'il n'en ait pas perdu la raison!» dit-il.

La guerre terminée, le père Jean aboutit à Paris avec sa famille très fortunée. Il se lance dans le commerce. Un jour, à 36 ans, il part pour l'Algérie avec une femme, sa voiture et des amis... Un soir de voyage, alors qu'il a bu, il lance: «J'en ai assez de cette vie! Demain, je vais entrer à la Trappe pour me faire moine!» Comme il l'avait dit, il entre dans l'ordre des Cisterciens de la stricte observance en Algérie, au monastère où ont malheureusement été assassinés par des islamistes sept Trappistes, il y a quelques mois.

«Cette expérience qu'il me racontait m'a fasciné. Ce moine heureux avait un tel regard! Je voyais devant moi un homme arraché au péché... Il était tellement rayonnant qu'il avait le don de recevoir à Aiguebelle de nombreux prêtres des diverses régions de la France. Ils venaient parler à ce Trappiste pour lui confier leurs difficultés et souvent leur désir de quitter la prêtrise. Ils repartaient les larmes aux yeux, consolés et plus décidés que jamais à demeurer fidèles! Il avait le don de poser des questions tout doucement, de scruter ses interlocuteurs. Il l'a d'ailleurs fait dans les entrevues qu'il nous a accordées! Ses réponses se transformaient parfois en question! Il scrutait l'interviewer, l'abbé Marcel Brisebois. Mon confrère de travail s'est même senti obligé après l'interview de lui dire: «Je suis moi-même prêtre! Je suis même aumônier chez des Clarisses au Québec!» Cet homme m'a saisi du fait d'être si habité par Dieu, un peu comme petite sœur Annie que nous avons interviewée à Rome. Elle respirait la présence de Dieu!» ajoute Raymond Beaugrand-Champagne.

Le frère André Barbeau, successeur du père Jean à l'Abbaye d'Aiguebelle se souvient: «Ces émissions de Radio-Canada, diffusées, si ma mémoire est bonne, dans le cadre de la série Rencontres, m'avaient aussi beaucoup impressionné à l'époque. Québécois d'origine, j'étais alors jeune moine à l'Abbaye cistercienne Notre-Dame-du-Lac (La Trappe d'Oka), près de Montréal, et j'étais bien loin de me douter qu'un jour je succéderais comme abbé à cet homme remarquable que je n'ai malheureusement pas connu de son vivant», m'écrivait-il dans un courriel.


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.187 à 191. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

Psaume 150

En ce 4 avril 2025


Paix

Par Benoit Voyer
4 avril 2025

Un soir d'octobre 1995, dans l'obscurité de ma chambre, je traverse un grand moment de solitude. C'est un peu normal de se retrouver ainsi après une séparation conjugale: Il faut retrouver l'équilibre et réapprendre à vivre avec sa solitude.

Ces instants furent plus pénibles à traverser que je l'avais envisagé, Dans ces jours sombres, j'ai souvent pleuré en secret.

N'en pouvant plus, exténué, je fis une prière:

« Seigneur, au cœur de ce désert, je veux te remercier pour ta présence.

Malgré le silence que j'ai à ton égard, j'ai la certitude que tu es là. Je ne te vois pas.

Pourtant, je ne m'inquiète pas car je sais que tu me portes sur tes épaules. Pourquoi je le sais? C'est simple. Seigneur! Dans le sable de ma zone désertique, il n'y a qu'une trace de pas. Ces empreintes de pieds ne sont pas les miennes. La pointure est bien trop grande! Il n'y a que toi qui peut porter des souliers de cette grandeur.

Je veux aussi te demander pardon, depuis plusieurs jours, je suis un peu comme Thomas. Ce soir, comme lui, j'ai l'occasion de te toucher.

J’ai juste une p'tite chose à te demander: Donne-moi la paix... Pacifie-moi dans mon tourment... guéris-moi par la force de la tendresse. »

De jour en jour, j'ai senti une grande paix m'habiter. N'est-ce pas lui Jésus qui disait: « Je vous laisse ma paix... J'étais prêt pour un nouveau départ.

Cette humble rencontre spirituelle m'a appris qu'il ne faut pas se laisser aller à la dépression et douter comme Thomas.

Il faut plutôt s'arrêter et prendre le temps d'aller sincèrement au fond de soi et dire à Dieu: « Donne-moi la paix, guéris-moi, transforme-moi... et dans la tendresse renouvelle mon être.

Dieu ne peut que nous exaucer. II est un Dieu de paix. Il n'y a rien de magique là-dedans: Il nous aime d'un amour fou

Benoit Voyer

La vénérable Rosalie Cadron-Jetté

La vénérable Rosalie Cadron-Jetté

Par Benoit Voyer

4 avril 2025

Le 27 janvier 1794 à Lavaltrie naît Rosalie Cadron, fille d’Antoine Gratton et Rosalie Roy.

Le 7 octobre 1811, elle épouse Jean-Marie Jetté. Le couple Jetté-Cadron donnera naissance à onze enfants entre 1812 et 1832, dont cinq mourront en bas âge.

Le 14 juin 1832, le cholera emporte dans la mort Jean-Marie. A 38 ans, avec la charge de sept enfants, Rosalie devient veuve.

Lorsque des mères célibataires se confient à lui, l’évêque catholique de Montréal, Mgr Ignace Bourget fait appel à Rosalie. Entre 1840 et 1845, elle place plus de vingt-cinq femmes enceintes chez des personnes acceptant de les recevoir en secret.

Elle s’implique aussi dans le suivi de chacune de ces grossesses, naissances et rétablissements.

Ses enfants devenus des adultes bien établis sont souvent mis à contribution.

A chaque naissance, c’est elle qui se rend à la basilique Notre-Dame afin que les nouveaux rejetons reçoivent le baptême comme le veut la tradition catholique. A chaque fois, elle devient la marraine de l’enfant.

En 1845, l’évêque lui demande son aide afin de fonder une communauté religieuse ayant pour mission d’aider les mères célibataires.

En 1848, à l’âge de 53 ans, Rosalie Cadron-Jetté entourée de sept autres femmes deviennent les premières religieuses de l’Institut des Sœurs de Miséricorde.

Elle décède le 5 avril 1864.

Le 9 décembre 2013, le Pape François la déclare vénérable, première étape de trois vers la canonisation.

Tombe de la vénérable Rosalie Cadron-Jetté dans la crypte de la Cathédrale catholique Marie-Reine-du-Monde, a Montréal


En ce 3 avril 2025


Une belle journée de congé

Benoit Voyer
3 avril 2025

Hier, à l'occasion de ma journée de congé, j'ai passé la journée sur la route.

Au petit matin, j'ai fait quelques arrêts à Saint-Hyacinthe afin de faire une petite tournée des cimetières.

J'ai d'abord trouvé le cimetière des Soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, une communauté religieuse fondée par le bienheureux Louis-Zéphirin Moreau, le 4e évêque de Saint-Hyacinthe, et la vénérable Élisabeth Bergeron. Il y a longtemps que je voulais l'explorer. Au fil de ma vie, plusieurs nonnes de cette congrégation ont croisé le chemin de mon existence. Plusieurs d'entre elles sont passées de la mort à la vie éternelle.

Soeur Marie-Reine Beaudry (1918-2014), après avoir enseigné les sciences, a longtemps été animatrice de pastorale à la paroisse catholique Notre-Dame, à Granby. Avec quelques personnes, elle a fondé le Partage Notre-Dame, une soupe populaire pour les moins fortunés de la cité granbyenne.

Soeur Georgette Saint-Laurent (1921-2022) a passé ses vieux jours à la maison des Trinitaires, sur le boulevard Robert. Elle était réceptionniste. Elle résidait avec sœurs Armande Robert (1930-), Gisèle Bernier (1932-), Lucille Gazaille (1914-1997), Francoise Bergeron (1918-2011) et Graziella dont le nom m'échappe. Bien que quelques-unes soient encore de ce monde, j'ai croisé leurs obélisques funéraires.

Autrefois situé en pleine campagne, le cimetière est devenu un lieu urbain enclavé entre des maisons familiales et des immeubles commerciaux. situé entre le boul. Casavant Ouest, le boul. Laframboise, la rue Derome et l'avenue Sainte-Catherine. On accède à l'endroit par la cour du la Place de l'Orme, sur le boul. Laframboise.

Plongé dans mes souvenirs, j'ai marché à travers toutes les rangées.

Et puis, je suis arrêté quelques minutes à la tombe du père Jean-Charles Voyer, mieux connu sous le nom de père Raymond Voyer, au cimetière Notre-Dame du Rosaire sur la rue Girouard Est. Il est inhumé dans la section des Dominicains. Jean-Charles était le frère de mon grand-père Edgar et de Rosario, Armand, Louis-Philippe et quelques autres qui ont trépassé dans les premières années de leur existence.

Enfin, je suis allé marcher dans le cimetière de Sainte-Rosalie afin de voir quelques traces de parenté. En vain.

A Sainte-Cécile-de-Milton, j'ai fait un arrêt à la Cidrerie Milton afin de faire quelques emplettes. Bien entendu, j'ai acheté du cidre et du moût de pommes, mais aussi des cornichons sucrés (je les adore!), des betteraves marinées, un délicieux pain aux pommes, un sac de pommes et une petite gâterie, un morceau de carré aux dattes (j'ai un faible pour les dattes).

A Granby, au cimetière Mgr Pelletier, je suis allé voir mon père quelques minutes. Il n'était pas très "jasant". Après quelques minutes à me souvenir de sa vie et de la mienne avec la sienne, je suis reparti.

A la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, j'ai consacré quelques heures à la recherche dans mon vieux fonds d'archives.

Enfin, j'ai passé l'après-midi avec ma mère qui aura 92 ans en septembre et mon frère aîné. Bien que nous n'ayons pas les mêmes idées politiques, j'aime beaucoup me retrouver avec ce dernier pour échanger.

Puisque c'était l'heure de pointe à Montréal lors de mon départ de Granby, je suis rentré dans Lanaudière par le traversier de Sorel.

Ce fut une belle journée!

Cimetière de Soeurs de Saint-Joseph, a Saint-Hyacinthe

Tombe de soeur Marie-Reine Beaudry, fondatrice du Partage Notre-Dame, a Granby, dans le cimetière de Soeurs de Saint-Joseph, a Saint-Hyacinthe


Tombe du père Louis-Charles Voyer, Dominicain, dans le cimetière Notre-Dame-du-Rosaire, a Saint-Hyacinthe. Il est le frère de mon grand-père Edgar. Il était connu sous le nom de père Raymond Voyer.


Une petite visite au cimetière Mgr Pelletier, a Granby, sur le tombe de mon père.



En ce 2 avril 1966


Le Québec de 1966

Par Benoit Voyer

2 avril 2025

En 1966, l'année de ma naissance, la société canadienne poursuit sa transformation. La révolution dite tranquille bat son plein.

En voici le bilan publié dans La voix de l'Est du mercredi 11 janvier 1967 (page 2): « Le taux des naissances et de la fertilité a baissé au Canada en 1966, jusqu’à atteindre le chiffre le plus bas enregistré jusqu’ici, du moins en ce qui concerne les naissances. On est évidemment tout de suite porté à attribuer ce phénomène à la ‘‘pilule’’, ce célèbre contraceptif qui gagne de plus en plus de popularité. Les experts sont d’avis que, si la pilule a eu un rôle à jouer dans cette diminution des naissances, il ne faut pas exagérer son importance. Pour le moment, personne n'a encore entrepris l’enquête gigantesque qui démontrerait de façon rationnelle jusqu'à quel point la pilule joue un rôle primordial dans la vie du pays. »

Et puis : « Le taux de naissances, sur 1,000 personnes, a été de 20 en 1966, alors qu’à la fin de la dépression, en 1937, il était de 20,1. Lorsque l’économie commença à se relever de la dépression, le taux des naissances remonta lentement, jusqu’à 24,3 à la fin de la guerre. Les mariages et les retours de guerre causèrent une recrudescence en 1947, alors que le taux des naissances s’éleva jusqu’à 28,5. Ce taux est demeuré relativement stable jusqu’en 1957, alors qu’il commença à décliner. Depuis 1960, les taux de natalité et le nombre global de naissances ont baissé de façon continuelle, chaque année au pays ».

Plus près de moi, dans mon patelin, selon La Voix de l’Est du 21 janvier 1967 (page 6) : A Granby, « Les statistiques dans les neuf paroisses catholiques de langue française de Granby montrent que l’année 1966 a subi une baisse en ce qui a trait aux naissances, aux mariages et aux sépultures. En effet, les derniers 12 mois indiquent qu’il y eut 852 baptêmes, 286 mariages et 207 sépultures comparativement à 864 baptêmes, 292 mariages et 219 sépultures, en 1965. La paroisse St-Eugène, qui l’an dernier avait nettement fait sa marque dans le domaine des naissances avec 180, a quelque peu perdu du terrain en 1966 et se fait maintenant donner le pion par la paroisse St-Joseph. Cependant avec un chiffre de 148 baptêmes, la paroisse St-Eugene se maintient au sommet des paroisses. […] Dans le domaine des mariages, la paroisse St-Eugène l’emporte haut la main avec un total de 53, soit sept de plus que sa plus proche concurrente, la paroisse St-Joseph. Cependant, le plus grand nombre de sépultures pour l’année 1966 va à la paroisse Notre-Dame, avec un total de 57 ».

Enfin, « Compte tenu de sa population, la paroisse St-Eugène vient en tête pour ce qui est des baptêmes avec 148, soit 81 garçons et 67 filles. Mais c’est cependant inférieur au nombre de 1965, qui avait atteint le chiffre record de 180 baptêmes. Pour ce qui est des mariages, la paroisse St-Eugène se classe aussi première avec 53 mariages, soit 20 de plus que 1965. Les sépultures sont demeurées sensiblement au même point: 32 en 1966 et 31 en 65. »

Un Québec catholique
En1966, le Québec est encore profondément chrétien, mais on sent que les choses commencent à changer.

Le 8 décembre 1965, l’Église catholique termine les travaux du grand concile œcuménique Vatican II débutés le 11 octobre 1962.

Lancé par le saint pape Jean XXIII, celui-ci, sans trop le savoir encore, transformerait l’Église catholique en le tirant vers ses origines en faveur des pauvres et des exclus. Ainsi donc, l’histoire d’une Église triomphante et ami des rois, des reines et des puissants prendrait fin peu à peu. Comme Jésus le souhaitait, après de millénaires d’errance, l’Église sera maintenant au service des pauvres et avec les plus pauvres.

Un extrait du la constitution Lumen Gentium signé par le saint pape Paul VI le 21 novembre 1964 montre le côté novateur et, dans le contexte de l’époque, révolutionnaire: « Mais, comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la rédemption, l’Église elle aussi est appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut. Le Christ Jésus « qui était de condition divine s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave » (Ph 2, 6), pour nous « il s’est fait pauvre, de riche qu’il était » (2 Co 8, 9). Ainsi l’Église, qui a cependant besoin pour remplir sa mission de ressources humaines, n’est pas faite pour chercher une gloire terrestre mais pour répandre, par son exemple aussi, l’humilité et l’abnégation. Le Christ a été envoyé par le Père « pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, ... guérir les cœurs meurtris » (Lc 4, 18), « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10) : de même l’Église enveloppe de son amour ceux que l’infirmité humaine afflige, bien plus, dans les pauvres et les souffrants, elle reconnaît l’image de son fondateur pauvre et souffrant, elle s’efforce de soulager leur misère et en eux c’est le Christ qu’elle veut servir. Mais tandis que le Christ saint, innocent, sans tache (He 7, 26) ignore le péché (2 Co 5, 21), venant seulement expier les péchés du peuple (cf. He 2, 17), l’Église, elle, enferme des pécheurs dans son propre sein, elle est donc à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement. »

21e concile œcuménique de l’histoire, Vatican II… « se distingue […] des autres conciles. Ce fut le premier concile à être un événement mondial, tant par la qualité de ses membres – les peuples de toutes les parties du monde y furent représentés -, que par la présence des médias et, notamment, de la télévision. Mais il s’est surtout distingué par son objet : tous les conciles précédents ont traité de questions internes de l’Église, questions théologiques ou questions de discipline dans l’institution – Vatican II est le premier concile qui, ayant pris acte du pluralisme religieux, aborde la place de l’Église dans un monde pluriel : Cela l’amène à s’interroger sur ce qu’est l’Église et à déterminer quels doivent être ses objectifs (les catholiques diront sa mission) pour aujourd’hui. »9

La révolution dite tranquille
Je vis mon enfance au rythme de la révolution dite tranquille. A Granby, comme partout au Québec, on s’ajuste au bouleversement des structure, des manières de vivre et des mentalités.

Pendant mes quinze premières années, je grandirai autour du clocher de l’église Saint-Eugène.

Dans ma ville, c’est la transformation de l’économie industrielle La loi du marché oblige de nouvelles règles économiques.

Depuis 1964, c’est Paul-O. Trépanier qui est le maire de la municipalité. Il le sera jusqu’en 1985. Sous son règne, la ville prend de l’expansion et se modernise. Elle s’endette aussi.

De société conservatrice, le patelin de Granby devient plus “libéral”. Comme partout au Québec, les valeurs éclatent, les églises et les communautés religieuses perdent du terrain. De plus, les femmes et les jeunes prennent la parole et s’impliquent. Ils imposent leurs valeurs.

En ce 1er avril 2025


Mes premiers jours

Par Benoit Voyer

1er avril 2025

Je suis né le 22 novembre 1966, à 3h37, à l’Hôpital Saint-Joseph, à Granby. Ma mère s’appelle Jeannine Jean et mon père est Roméo Voyer. Ils sont nés dans le patelin de Mont Carmel, dans l’arrière-pays du Kamouraska, au Bas Saint-Laurent.

Ainsi donc, je suis né en pleine nuit. Est-ce une prédestination? On dirait qu’il s’agissait d’un premier coup de pratique a la vie qui m’attendait. Dans mon existence, je goûterai à bien des instants de ciel, voire de résurrection, mais aussi a de très longues nuits, au premier et au second degrés du terme.

Le 22 novembre, dans la liturgie catholique, est le jour de la mémoire de sainte Cécile, une martyre qui a vécu au premier siècle de notre ère. Au fil de l’histoire, on lui a donné le titre de patronne des musiciens. Toute ma vie j’aimerai la musique. Est-ce une coïncidence? Et depuis 2003, j’ai surtout travaillé la nuit.

Selon ce que m’a raconté maman, ma naissance était prévue autour du 27 décembre 1966. Je suis donc un prématuré.

Mon dossier médical donne quelques précisions sur les premières heures de ma vie.

Je suis né à 36 semaines de gestation. A ma naissance, je pèse 5 livres, 15 onces et demie. Je mesure 19 pouces et demi et la circonférence de ma tête est de 23 pouces. C’est le Dr. Paul Auger, le médecin de maman, qui a procédé à l’accouchement.

On ne l’indique pas dans les notes médicales de mes premières heures, mais maman a toujours dit que selon la manière de faire à l’époque, elle a été endormie lors de la finale de l’accouchement.

Dans les notes médicales manuscrites on indique à 3h57 la naissance d’un garçon d’apparence physique normale à qui on a ligaturé le cordon ombilical et procédé à une aspiration des sécrétions.

Dans les premières 24 heures, on me donnera souvent de l’oxygène à cause de mes difficultés à respirer. Et puis, durant mes 18 jours d’hospitalisation, je passerai beaucoup de temps en incubateur. A la pouponnière de l’hôpital, j’occuperai le lit no 16.

Ce 22 novembre, on me passe aussi une radiographie pulmonaire afin de s’assurer que tout va bien. Le radiologiste J.P. Dumouchel indique dans son rapport rédigé le 25 novembre: « La radiographie pulmonaire, prise en P.A, a montré un thorax osseux normal avec des diaphragmes lisses et des culs-de-sac clairs des deux côtés. Il n’y a pas d’hypertrophie-hilaire14 visible et pas d’évidence d’infiltration ou condensation parenchymateuse. Le cœur est globuleux, en rotation droite, de même que la tranchée et le médiastin dû à la position du patient. L’ombre cardiaque est dans les limites supérieures de la normale considérant l’âge du bébé. OPINION : Pas d’évidence radiologique probante de lésion organique parenchymateuse ou pleurale ».

Maman a donc quitté l’établissement sans moi. Elle est revenue me voir à chaque jour, mais à cause des règles, le temps en sa compagnie était limité à quelques minutes.

Toujours selon les notes médicales, a la pouponnière, les infirmières m’alimentent au S.M.A., ancêtre de l’Enfalac et du Similac. A partir du 3e jour, on ajoute des gouttes de Nivelar16, un stéroïde ayant des effets sur la prise de poids.

En 1966, il n’y a pas encore d’assurance-maladie gouvernementale. C’est donc l’assurance-hospitalisation de l’usine Esmond, lieu où travaille papa, qui paiera la facture, soit 18 jours à 25,05$ par jour pour un total de 450,90$.

Le 10 décembre 1966, toujours selon la note médicale, à 15h45, après avoir bu mon S.M.A. et avoir été vu une dernière fois par le Dr Paul Auger qui en a profité pour signer mon congé médical, je quitte l’hôpital avec maman afin de rejoindre ma nouvelle famille. A mon départ de la pouponnière, étant rendu à terme, je pèse 6 livres et 9 onces et demie. Toutefois, on note sur le certificat d’enregistrement remis à mon départ: « Bébé boit peu et semble endormi. Cyanose des extrémités. Léger tirage18. Respiration rapide ».

Papa est au travail. Mes parents n'ont pas encore d'auto. C'est donc en taxi que je quitterai le centre hospitalier avec maman.

Mon premier domicile est le 667, rue Saint-François, à Granby, ou ma nouvelle famille habite depuis le mois de mai 1961, mes parents sont propriétaires de la maison.

En cette fin d’après-midi, mes frères et ma sœur Yvon, Pauline et Clément passent leurs premiers moments avec moi. Yvon qui est né le 19 juillet 1955, a 11 ans. Pauline qui est née le 5 mai 1957, a 8 ans. Clément qui est né le 24 mai 1961, a 5 ans. Ce dernier perd son titre de « bébé de famille ». Me pardonnera-t-il un jour?

Mon baptême
Le 11 décembre 1966, je suis baptisé à l’église catholique Saint-Eugène, à Granby, par l’abbé Léon Boivin, vicaire à la paroisse.

Construite en 1941, l’église Saint-Eugène est située au 97, rue Laval, c’est-à-dire au coin des rues Laval et Notre-Dame. D’un côté, on y retrouve l’école primaire Saint-Eugène et en diagonale l’école primaire Sainte-Marie. Je fréquenterai ces lieux d’enseignement dans quelques années.

Un bilan publié au début de l’année 1966 dans le quotidien La Voix de l’Est indique que « le nombre des enfants baptisés dans la paroisse St-Eugène, à Granby, a atteint 149 au cours de l’année 66. (…) Des 149 nouveau-nés qui y furent baptisés, on dénombre 88 garçons et 61 filles. Fait à noter chaque année les nouveau-nés de sexe masculin ont toujours été plus nombreux que ceux de sexe féminin depuis la fondation de la paroisse, il y a maintenant 25 ans. »

Je figure donc dans les 88 petits mâles humains dont il est ici question.

Lors de mon baptême, mon parrain est mon frère Yvon. Il fréquente la 6e année à l’élémentaire à l’école Saint-Eugene. Ma marraine est ma sœur Pauline.

Au sujet de mon prénom
Au registre paroissial sont inscrits les prénoms de Joseph, Alain et Benoit.

Selon la tradition, Joseph est le prénom que me lègue l’Église catholique en souvenir de saint Joseph, le père biologique de Jésus.

Alain est celui que me donne ma mère. C’est d’ailleurs ce prénom qu’elle porte en secret pendant que j’étais dans son ventre.

Benoit est choisi par ma sœur Pauline. Elle aimait bien s’amuser et être en compagnie de Benoit Giroux, un jeune garçon qui habitait la maison voisine.

Benoit devient officiellement mon prénom.

Maman s’opposera toujours à ce qu’on me donne un surnom, un diminutif de mon prénom ou qu’on déforme ce dernier. Ainsi donc, pas de « Ben », de « Ti-Ben » ou de « Benny ».

D’ailleurs, dans la région du Kamouraska d’où sont originaires mes parents, il était commun d’utiliser un surnom ou d’ajouter une « ti » pour « petit » devant un prénom ou un surnom.

En exemple, dans la famille de mon oncle Camille Voyer, sur le 6e rang, à Mont-Carmel, mes cousins Louis et Gilles ont toujours été appelés familièrement et affectueusement « Ti-Louis » et « Ti-Gilles ».

Jadis, maman m’a confié qu’il y a eu, lors de visites familiales au Bas Saint-Laurent, des tentatives de m’appeler « Ti-Ben » ou « Ti-Benoit ». Elle s’est toujours opposée à cette pratique. Dès ma naissance, mon prénom était à ses yeux sacré ou béni. « Béni de Dieu » est d’ailleurs la signification de « Benoit ». En latin, on dit « Benedictus ». En hébreu, « Baroukh ».

Cependant, bien des années plus tard, à l’âge adulte, le surnom « Ben » viendra tout de même sur les lèvres de mes collègues de travail et dans la sphère publique.

En toute intimité
Le 30 octobre 2024, lors d’une visite à ma mère, à Granby, je lui demande si ma naissance était planifiée ou si c’était une surprise parce que j’ai toujours eu le sentiment être un enfant non planifié, voire non désiré, et un éternel sentiment d’être de trop m’habite.

Elle me sourit et répond: « Je m’en souviens très bien. Comme pour les autres, c’était planifié. Vous avez tous été désirés ».

Et je lui demande pourquoi avoir attendu six ans pour un 4e enfants. Sa réponse est venue dans hésitation: « A cause de ma santé, je préférais avoir des maternités espacées ».

Alors d’où vient ce sentiment qui m’habite? Je cherche toujours... Et je pense que je n’aurai jamais de réponse. Comme on dit : Seul Dieu le sait.

En ce 31 mars 2025


Ma relecture de vie (3)

Par Benoit Voyer

31 mars 2025

Mon récit de vie est teinté de ma réalité chrétienne. J’aime ce que le pape François disait, le 3 août 2023 : « Vous n'êtes pas ici par hasard. Le Seigneur vous a appelés, non seulement en ces jours, mais dès le début de votre vie. Il nous a tous appelés depuis le début de notre vie. Oui, il vous a appelé par votre nom. […]  Essayez d'imaginer ces trois mots écrits en grosses lettres ; ensuite pensez qu'ils sont écrits en vous, dans vos cœurs, comme pour former le titre de votre vie, le sens de ce que vous êtes. […]  Aucun d'entre nous n'est chrétien par hasard : nous avons tous été appelés par notre nom. Au début de la trame de la vie, avant les talents que nous avons, avant les ombres et les blessures que nous portons en nous, nous avons été appelés. Nous avons été appelés, pourquoi ? Parce que nous sommes aimés. Nous avons été appelés, parce que nous sommes aimés. Que c’est beau ! Aux yeux de Dieu, nous sommes des enfants précieux qu'Il appelle chaque jour pour les étreindre et les encourager ; pour faire de chacun un chef-d'œuvre unique et original ; chacun d'entre nous est unique, il est original, et la beauté de tout cela, nous ne pouvons pas l’entrevoir. […]

Si Dieu t'appelle par ton nom, cela signifie que, pour Dieu, aucun d'entre nous n'est un numéro, mais un visage, une figure, un cœur. Je voudrais que chacun d’entre vous remarque une chose : beaucoup aujourd'hui connaissent ton nom, mais ne t'appellent pas par ton nom. Ton nom est connu, il apparaît sur les réseaux sociaux, il est traité par des algorithmes qui lui associent des goûts et des préférences. Mais tout cela n’implique pas ton unicité, seulement ton utilité pour les études de marché. Combien de loups se cachent derrière des sourires de fausse bonté qui disent savoir qui tu es mais ne t’aiment pas, insinuent qu'ils croient en toi et te promettent que tu deviendras quelqu'un, pour ensuite te laisser seul quand tu ne les intéresses plus. Ce sont les illusions du virtuel, et nous devons veiller à ne pas nous laisser tromper car aujourd’hui beaucoup de réalités qui nous attirent et nous promettent le bonheur se révèlent ensuite pour ce qu'elles sont : des choses vaines, des bulles de savon, des choses superflues, des choses inutiles et qui nous laissent vides intérieurement. Je vais vous dire une chose : Jésus n’est pas ainsi, il n’est pas ainsi ! Il a confiance en chacun de vous, en chacun de nous parce que, pour Jésus, chacun de nous est important, chacun de vous est important. C’est cela Jésus. […]

Ne vous lassez jamais de poser des questions ! c'est bien, c'est même souvent mieux que de donner des réponses, parce que celui qui pose des questions reste "inquiet", et l'inquiétude est le meilleur remède contre l'habitude, contre cette normalité plate qui anesthésie l'âme. Chacun de nous porte en lui ses propres inquiétudes. Portons ces inquiétudes et portons-les dans le dialogue »

Ma conviction : Je suis aimé
J’ai une conviction : J’ai été et je suis aimé. D’abord par mes parents, mais j’ai appris à découvrir à quel point Dieu m’aime depuis toujours.

Le 3 août 2023, a l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse, le pape François disait : « Vous n'êtes pas ici par hasard. Le Seigneur vous a appelés, non seulement en ces jours, mais dès le début de votre vie. Il nous a tous appelés depuis le début de notre vie. Oui, il vous a appelé par votre nom […]

Essayez d'imaginer ces trois mots écrits en grosses lettres ; ensuite pensez qu'ils sont écrits en vous, dans vos cœurs, comme pour former le titre de votre vie, le sens de ce que vous êtes […]

Aucun d'entre nous n'est chrétien par hasard : nous avons tous été appelés par notre nom. Au début de la trame de la vie, avant les talents que nous avons, avant les ombres et les blessures que nous portons en nous, nous avons été appelés. Nous avons été appelés, pourquoi ? Parce que nous sommes aimés. Nous avons été appelés, parce que nous sommes aimés. Que c’est beau ! Aux yeux de Dieu, nous sommes des enfants précieux qu'Il appelle chaque jour pour les étreindre et les encourager ; pour faire de chacun un chef-d'œuvre unique et original ; chacun d'entre nous est unique, il est original, et la beauté de tout cela, nous ne pouvons pas l’entrevoir. […]

Si Dieu t'appelle par ton nom, cela signifie que, pour Dieu, aucun d'entre nous n'est un numéro, mais un visage, une figure, un cœur. Je voudrais que chacun d’entre vous remarque une chose : beaucoup aujourd'hui connaissent ton nom, mais ne t'appellent pas par ton nom. Ton nom est connu, il apparaît sur les réseaux sociaux, il est traité par des algorithmes qui lui associent des goûts et des préférences. Mais tout cela n’implique pas ton unicité, seulement ton utilité pour les études de marché. Combien de loups se cachent derrière des sourires de fausse bonté qui disent savoir qui tu es mais ne t’aiment pas, insinuent qu'ils croient en toi et te promettent que tu deviendras quelqu'un, pour ensuite te laisser seul quand tu ne les intéresses plus. Ce sont les illusions du virtuel, et nous devons veiller à ne pas nous laisser tromper car aujourd’hui beaucoup de réalités qui nous attirent et nous promettent le bonheur se révèlent ensuite pour ce qu'elles sont : des choses vaines, des bulles de savon, des choses superflues, des choses inutiles et qui nous laissent vides intérieurement. Je vais vous dire une chose : Jésus n’est pas ainsi, il n’est pas ainsi ! Il a confiance en chacun de vous, en chacun de nous parce que, pour Jésus, chacun de nous est important, chacun de vous est important. C’est cela Jésus. »

Ordinaire
J’ai mené une vie bien ordinaire. Dieu (ou la Vie), dans sa grande bonté, a tout disposé pour qu’il en soit ainsi. Et j’apprécie cela…

Un jour, lorsqu’on célébrera mon entrée dans la gloire des bienheureux du ciel, au repos final des vivants, je suggère aux quelques personnes qui ne m’auront pas oublié de relire sans précipitation la belle poésie d’Anita Gagnon. Elle résume en peu de mots l’essentiel de mon bref parcours sur cette terre :

Il était beau, mon arbre,
mais je ne savais pas;
Il était vert, mon arbre,
mais je ne voyais pas;
Il était grand, mon arbre,
mais je ne l’aimais pas.

Il a fallu que l’hiver
parvienne jusqu’à mon seuil,
pour découvrir qu’hier,
sans que j’en porte le deuil’
il me manquait son ombrage.

Les vents ont passé :
une à une se sont envolées
dans la brume ses feuilles mouillées.
Et ses branches frissonnent
en silence l’automne.

Qu’importent les intempéries,
Qu’importent le vent et le gris,
ses racines profondes
ont raison de la nuit
et la sève féconde lui conserve la vie.

Dépouillé de ses feuilles mortes,
transplanté au temps des moissons,
il revit et sa tête monte
et reluit un nouvel horizon.

Dans mon cœur, étonnant de jeunesse.
De fraicheur, débordant de tendresse,
il grandit à chaque saison,
il fleurit pour une autre moisson,
mon arbre.

En ce 30 mars 2025


Ma relecture de vie (2)

Par Benoit Voyer

30 mars 2025

Il y a quelques années que je pense écrire sur ma vie, mais à chaque fois je remets cela a plus tard. Pourquoi avoir tant tardé? Pour une tonne de raisons. Il y en a toujours une bonne pour procrastiner quand la peur nous paralyse. Ainsi donc, la vraie cause est ma peur d’aller dans des coins plus difficiles de ma vie et d’en revivre certaines émotions.

En mai 2023, je me suis dit : Bon! Ça suffit le niaisage! A 56 ans, c’est le temps ou jamais de commencer cette longue réflexion sur moi-même afin de trouver des voies de passage à certaines impasses que je vis en moi, de faire certains deuils et surtout de clore des chapitres de mon existence, quelques-uns heureux, d’autres un peu ou pas mal moins. Au fil des ans, la poussière du passé est retombée, mais elle est encore bien présente dans certains racoins parce que l’humain a l’art de dissimuler la poussière sous le tapis.

Et, je ne me cache pas, ce travail rédactionnel et la recherche que je dois faire pour produire un texte qui me satisfasse, sert à mieux me comprendre, parce que, comme l’écrit Florence K dans un de ses livres, « comprendre, c’est prendre le contrôle. En s’expliquant les choses, on peut les maitriser ». Il me permet aussi de mieux assumer qui je suis réellement.

La finalité de ma relecture de vie
La totalité de mon travail de relecture de vie, n’a pas pour but d’être publié. En revanche, dans le processus de rédaction, j’en publie quelques bribes, notamment à travers mon blogue.

Puisqu’il s’agit d’un style autobiographique, je fais tout pour demeurer le plus objectif possible, tout comme le ferait un biographe, et de documenter certains passages. En revanche, cela m’est totalement impossible parce que ma vie n’est pas terminée et l’objectivité est parfois difficile à atteindre. Qui peut prétendre se connaître soi-même, totalement?

Et puis, comme l’écrivait le biographe Andrès Vazquez de Prada dans l’introduction de sa biographie de saint Josémaria Escriva : « Au sens strict du terme, une biographie est le récit d’une vie singulière; en tant que genre scientifique, elle s’inscrit pleinement dans le cadre de l’histoire. Mais une vie ne se conçoit pas isolément, tel un ilot perdu au milieu de l’océan; le milieu propre de son développement est communautaire. L’individu est rattaché à un lieu, il s’inspire d’une culture déterminée et possède une patrie. En outre, a quelque époque qu’il vive, et quel que soit le pays, il sera marqué dans son existence par les événements qui se produiront, de sorte que l’approche biographique devra dépasser ce qui aura trait uniquement à la personne concernée. Le chercheur, et en dernier lieu le lecteur, doivent tenir compte de beaucoup d’autres éléments, à la fois culturels et sociaux, afin de préciser les faits et d’établir la vérité historique sur des bases solides. »

Ma vie est un long pèlerinage
Je me suis toujours senti en cette vie comme un pèlerin. D’ailleurs, j’aime ce que disait le pape François : « « pèlerins ». C’est un beau mot dont la signification mérite d’être méditée. Il signifie littéralement laisser de côté la routine habituelle et se mettre en chemin avec une intention, en se déplaçant « à travers les champs » ou « au-delà de ses frontières », c’est-à-dire hors de sa zone de confort, vers un horizon de sens. Dans le mot "pèlerin", nous voyons se refléter la condition humaine, parce que chacun est appelé à se confronter à de grandes questions qui n’ont pas de réponse, une réponse simpliste ou immédiate, mais qui invitent à accomplir un voyage, à se dépasser, à aller plus loin. C’est un processus qu’un universitaire comprend bien, car la science naît ainsi. Et ainsi grandit également la recherche spirituelle. Être pèlerin, c’est marcher vers un but ou chercher un but. Il y a toujours le danger de marcher dans un labyrinthe, où il n’y a pas d’objectif. Et même pas de sortie. Méfions-nous des formules préfabriquées – ce sont des labyrinthes – méfions-nous des réponses qui semblent à portée de main, tirées de la manche comme des cartes à jouer truquées ; méfions-nous de ces propositions qui semblent tout donner sans rien demander. Méfions-nous! Cette méfiance est une arme pour pouvoir avancer et ne pas continuer à tourner en rond. » […] « L’imperfection caractérise notre condition de chercheurs et de pèlerins »

Devant Dieu

En ce 29 mars 2025


Ma relecture de vie (1)

Par Benoit Voyer
29 mars 2025

Au départ, le plan de rédaction de ma relecture de vie prévoyait un grand chapitre sur ma préhistoire. Je voulais partir de mes lointains ancêtres européens et remonter le fil du récit de mes arrière-grands-parents jusqu’à moi et de leurs descendants. Ainsi donc, j’aurais pu me pavaner en lançant que je fais partie de la descendance de tel ou tel saint catholique, évêques, seigneur, noble, premiers ministres ou personnages publics importants.

En exemple, grâce à ma filiation maternelle, je suis toujours fier, comme un grand nombre de francophones d’Amérique du Nord, de dire que mes onzièmes arrière-grands-parents sont nul autre que Louis Hébert et Marie Rollet, a l’origine de la première famille française à s’établir définitivement en Amérique du Nord en 1617.

D’autres exemples? L’ancien premier ministre René Lévesque est un arrière-petit-cousin et le père Georges-Henri Lévesque, grand idéateur de la Révolution tranquille québécoise, sont aussi dans mon grand arbre généalogique.

Aussi, je pourrais ajouter les saints et bienheureux catholiques Marie-Léonie Paradis, Dina Bélanger, et Louis-Zéphirin Moreau et plusieurs autres personnages religieux importants dans l’histoire de l’Église, comme Jean-Paul Regimbal.

Lorsque j’ai pris conscience qu’il a fallu au moins 32 466 personnes sur quatorze générations pour faire ce que je suis, j’ai abandonné ce projet parce que chaque personne de mon arbre généalogie mériterait une recherche et un long texte ou un livre à son sujet.

Un Voyer pure laine
Pour faire une histoire courte, comme si nous étions dans un récit biblique...

Je suis le fils de Roméo Voyer et Jeannine Jean.

Du côté de mon père: Roméo est le fils d'Edgar Voyer et Alice Chénard. Edgar est le fils de Louis Voyer et Dorilda Garneau. Louis est le fils de Louis Voyer et Joséphine Bélanger. Louis est le fils de Louis Voyer et Éléonore Pelletier. Louis est le fils de Jean-Baptiste Voyer et Louise Dumais. Jean-Baptiste est le fils d'Étienne Voyer et Magdeleine Dupont.

Du côté de ma mère: Jeannine est la fille de Louis Jean et Claire Beaulieu. Claire est la fille de Joseph Beaulieu et Alvina Lévesque. Alvina est la fille d'Étienne Lévesque et Philomène Lavoie. Philomène est la fille de Antoine Lavoie et Louise Voyer. Louise est le fils de Jean-Baptiste Voyer et Louise Dumais. Jean-Baptiste est le fils d'Étienne Voyer et Magdeleine Dupont.

En conclusion, mes deux parents sont les descendants en ligne directe de René-Étienne Voyer et Magdeleine Dupont.

René-Étienne, mon pas si lointain arrière-grand-père
On ne s’en vante pas, je suis le descendant d’un criminel. Mon 5e arrière-grand-père, René-Étienne Voyer, est un bandit, condamné à la prison à vie ou à la déportation dans les colonies par la justice royale de l’Anjou pour un délit. Son crime? Il a vendu illégalement une petite quantité de sel. En images modernes, c’est comme s’il avait acheté 2 ou 3 caisses de cigarettes dans une réserve amérindienne pour les revendre à quelques membres de son entourage. Mais bon, le roi avait besoin de peupler ses colonies et il avait trouvé ce moyen pour le faire. C’est ainsi que René, un célibataire de 30 ans, a été obligé de quitter bien malgré lui son pays natal, l’Anjou. Il n’a pas choisi de migrer en Amérique a l’été 1744.

Il arrive, au port de Québec, en Nouvelle-France, a l’été 1744. A son débarquement, René ne va pas très bien. La traversée en bateau a été fort difficile. Devant son piètre état, il sera hospitalisé de nombreuses semaines (en juillet et août) à l'Hôtel-Dieu du Précieux sang de Québec. C’est dans le petit hôpital de Québec, a cause d’une mauvaise calligraphie dans le registre des malades ou peut-être aussi parce qu’il roulait ses « R », René devient « Et Renne » ou Étienne.

Finalement, après un bref séjour sur l’île d’Orléans, il s’établira à Sainte-Marie, au cœur de la Beauce. Il défrichera une partie de ce qu’est devenu le centre-ville. De nos jours, l’avenue Marguerite-Bourgeoys, sur toute sa longueur, est au centre de son ancienne propriété.

Membre des premiers bâtisseurs de Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce, on ne se souvient même plus de lui et le cœur de son fief ne porte même pas son nom. On lui a donné le de nom d’une sainte, Marguerite Bourgeoys, qui n’a jamais marché dans les sentiers de cette vieille forêt.

A sa mort, presque tous ses gars, ses filles et leur mère sont partis de ce patelin. Jean-Baptiste a quitté Sainte-Marie, emportant avec lui sa mère, devenue veuve, pour s’établir en Bas Saint-Laurent. Magdeleine Dupont décédera dans le nouveau petit village de Kamouraska, ou elle sera inhumée en 1812. Ne cherchez pas sa pierre tombale, elle n’en a pas, mais elle est bien la, a l'ombre de l'actuel clocher.

En ce 28 mars 2025


Mes sources

Par Benoit Voyer
28 mars 2025

Chaque humain a deux parents, un père et une mère. Il a aussi quatre grands-parents, huit arrière-grands-parents, seize deuxièmes arrière-grands-parents, 32 troisièmes arrière-grands-parents, 64 quatrièmes arrière-grands-parents, 128 cinquièmes arrière-grands-parents, 256 sixièmes arrière-grands-parents, 512 septièmes arrière-grands-parents, 1024 huitièmes arrière-grands-parents, 2048 neuvièmes arrière-grands-parents, 4056 dixièmes arrière-grands-parents, 8112 onzièmes arrière-grands-parents et 16 224 douzièmes arrière-grands-parents. D’une génération à l’autre, le nombre se multiplie toujours par deux.

Sur quatorze générations, il a fallu 32 466 personnes pour faire ce que chacun est.

En Afrique, il y a un proverbe célèbre qui dit qu’il faut un village pour éduquer un enfant. C’est effectivement le cas. Chaque personne est, dans son individualité, un produit collectif.

Je dis souvent que mon individualité est génétiquement parlant le fruit d’une municipalité de taille moyenne.

Ainsi donc, l’humain n’est pas un être isolé. Sur le plan génétique, il est à l’image de ses parents ou des ancêtres de ceux-ci.

Et puis, il est le fruit de la société d’où il évolue. Chacun de nous provient d’une micro-société familiale et dans une société plus grande où nous sommes influencés par des valeurs communes, une histoire et des croyances. Chacun de nous est le résultat d’un collectif humain.

Ainsi donc, physiquement, j’ai hérité d’une génétique qui prend sa source en France, en Maine-et-Loire. En exemple, les Voyer, d’Étienne Voyer, viennent du royaume d’Anjou. Nous sommes des Angevins. Le centre de l’Anjou est la ville d’Angers, en France.

De plus, je suis un enfant de la génération X, dite la génération sacrifiée.

Aussi, je suis un chrétien de tradition catholique qu’on nommera pendant longtemps « un enfant du concile Vatican ». Je suis de la dernière génération québécoise à avoir vu régulièrement des églises catholiques pleines à craquer. Au Québec, durant ma petite enfance, presque tous vont à la messe du dimanche. Il était très facile de savoir quels voisins n’y allaient pas.

Enfin, le Québec des années 1965 à 1985 est majoritairement composée de caucasiens francophones. Jusqu’à la fin de mon primaire, à Granby, je ne connaîtrai qu’une seule famille au teint basané. Elle était originaire d’Haïti.

Depuis ma naissance, le monde a bien changé.

En ce 27 mars 2025

La rivière Chaudière, a Sainte-Marie




René-Étienne Voyer (1715-1785)

Par Benoit Voyer
27 mars 2025

René Voyer nait le 11 novembre 1715 à Beaufort-en-Vallée, en Anjou. Il est le fils de René Voyer, fils de René Voyer et Simonne Thourault, et de Marie Bellanger, fille de Pierre Bellanger et Marie Couet, qui ont uni leurs destinées dans l’église Notre-Dame, à Beaufort-en-Vallée, en Anjou, le 26 juin 1710.

Il est le frère ainé de Marie (née le 27 juin 1717) et Adrien (né le 4 octobre 1721). Adrien épousera Françoise Busque, fille de Jean-François Busque et Michelle Renault, le 23 novembre 1751, à Beaufort-en-Vallée. Il passera sa vie dans son patelin natal et deviendra serrurier. Il y décédera le 19 mai 1794, vers 7h du matin.

Dans certaines régions de France, le prix du sel qu’on utilise pour la conservation des aliments est fort élevé et est l’objet d’une taxe spéciale. René Voyer, comme plusieurs autres, en achète illégalement afin de le revendre dans son milieu. Malheureusement, il se fait prendre la main dans le sac. René est condamné pour trafic de sel par le système judicaire royal. Ainsi donc il est un « faux saulnier ».

Sa condamnation : La prison à vie ou l’extradition permanente dans la colonie de la Nouvelle-France ou il devra se mettre un certain temps au service de “l’habitant” ou de la “milice” avant de retrouver sa pleine liberté.

C’est ainsi que René, un célibataire de 30 ans, est obligé, bien malgré lui, de quitter sa région natale, l’Anjou. Il ne choisit donc pas de migrer en Amérique.

Avec d’autres prisonniers, il est embarqué à La Rochelle. Il part pour un long voyage en bateau de la compagnie de Fonville de la France jusqu’au port de Québec. A bord, l’hygiène et la nourriture seront de piètre qualité.

Le 11 juillet 1744, il arrive à Québec. Lui et plusieurs autres prisonniers débarquent du navire, malades. Sa mauvaise condition physique nécessite des soins urgents.

Sans tarder, il est hospitalisé à l’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang. Il en ressortira le 5 aout. Durant ses semaines de soins, il donne quelques renseignements à son sujet. Ceux-ci seront notés dans le registre des malades. De sa déclaration, on note qu’il s’appelle « Étienne », du moins c’est ce qu’on répétera pendant très longtemps. Malheureusement, la personne qui a écrit la note n’a pas une très bonne calligraphie. En réalité, elle a noté « et Renne ». Ainsi donc, il s’agit de René Voyer, mais, à partir de ce jour, il sera connu du prénom d’Étienne.

En 1744, l’église catholique est dirigée par Mgr de Pontbriand, arrivé à Québec en aout 1741.

Depuis plusieurs années, la population de la Nouvelle-France est en forte croissance. Les dirigeants décident donc d’ouvrir de nouveaux territoires à la colonisation. C’est ainsi que le 23 septembre 1736, le marquis de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France, concède à Thomas-Louis Taschereau, une seigneurie qui couvre une étendue de trois lieus des deux côtés de la rivière Chaudière. Celle-ci est baptisée du nom de Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce et deviendra une mission catholique en 1738 et une paroisse en 1744.

Étienne Voyer et plusieurs habitants de l’île d’Orléans flairent la bonne affaire. Ils s’y établiront.

Le 28 février 1746, le seigneur Tashereau donne un terrain à la fabrique pour la construction d’une petite église catholique. Le voisin de ce terrain est « Voyer ». Ce dernier cultive une propriété de trois arpents de front sur une profondeur de 40 arpents. De nos jours, son terrain est devenu en grande partie la rue Marguerite-Bourgeoys, en plein centre-ville de la municipalité de Sainte-Marie.

Durant ses premiers mois à Sainte-Marie, le travail d’Étienne est principalement de « faire de la terre », c’est-à-dire de défricher la forêt ancestrale. Il fallait jusqu’à trois ans de travail pour rendre une terre cultivable.

En 1748, dans la nouvelle seigneurie de Sainte-Marie, en Nouvelle-Beauce, on ouvre un nouveau cimetière. Il est voisin de la terre d’Étienne.

Le 7 février 1750, Étienne Voyer épouse dans la petite église catholique de Sainte-Marie Magdeleine Dupont. Elle a une quinzaine d’années de moins que lui. Leur convention de mariage sera signée le 20 juin 1750 à la greffe du notaire Claude Barolet.

En 1751, 1752 et 1754, Étienne et Magdeleine donnent naissance à Thérèse, Étienne et Louis.

En 1754, à Sainte-Marie, on construit une première église en bois. Le temple devient voisin de la terre d’Étienne et Magdeleine.

En 1755, le conflit entre les colonies anglaises et françaises est bien amorcé en Nouvelle-France. Durant cet été, l’Hôtel-Dieu de Québec ou a été soigné Étienne a l’été 1744, est la proie des flammes.

En 1756 et 1758, Étienne et Magdeleine donnent naissance à Louis et Julienne.

En juillet 1759 a lieu le siège de Québec. Après d’importants bombardements sur la petite ville de Québec, le 18 septembre 1759 Québec capitule aux mains des Anglais.

Mgr de Pontbriand, l’évêque de la Nouvelle-France, est conciliant avec l’envahisseur britannique. Il demande la même attitude de la part des catholiques. Il veut à tout prix préserver l’Église canadienne et éviter qu’elle devienne anglicane. Il décédera le 8 juin 1760, quelques mois avant la capitulation de Montréal en septembre 1760. Puisque l’envahisseur est hostile au catholicisme, il n’y aura pas d’évêque à Québec jusqu’en 1766.

En 1760, Étienne et Magdeleine donnent naissance à René. Son nom est fort probablement donné en hommage au grand-père d’Étienne.

Le recensement de 1762 permet d’apprendre qu’Étienne et Madeleine comptent 3 “enfants mâles au-dessous de 15 ans” et 3 enfants femelles”. Ils possèdent trois arpents de terre et 9 en semences, un boeuf, deux vaches, deux “taurailles”, etc.

En 1763, année de la fin du Régime français, débuté en 1674, Étienne et Magdeleine donnent naissance à Marie-Madeleine.

En cette année 1763 est signé le Traité de Paris dans lequel la France cède presque l’entièreté de ses possessions territoriales en Amérique du Nord, dont le Canada, aux Britanniques. Londres adopte la Proclamation royale et crée la « Province of Quebec ». C’est la naissance du Régime britannique en Amérique. Les Anglais voudront à partir de ce moment « britanniser » son nouveau territoire par l’immigration et l’assimilation de la population francophone, qui compte environ 60 000 habitants.

Les affaires administratives et religieuses passent ainsi sous la domination de l’Angleterre.

Marie-Claire Fleury de la Gorgendière, devenue seigneuresse à la suite du décès de son mari, procède au règlement de la succession et régularise les titres de propriétés de ses censitaires. Puisqu’Étienne n’avait reçu qu’une concession verbale, on lui concède le lot 52. L’acte est enregistré dans le registre du notaire Pierre Parent le 26 février 1764.

En 1765, Étienne et Magdeleine donnent naissance à des jumeaux : Jean-Baptiste et Jacques-François. Ils décéderont la même année, de même que le petit Étienne.

En 1766 et 1768, Étienne et Magdeleine donnent naissance à Jean-Baptiste et Marguerite.

Le 22 juin 1774, le roi Georges III ratifie l’Acte de Québec. Il sera permis au Canadiens français le droit de conserver leur langue, leur droit civil et la religion catholique.

«Devant la faible immigration britannique dans la « Province of Quebec », « le mécontentement des Canadiens d’origine française et le contexte tendu dans les Treize colonies américaines obligent Londres à faire preuve de réalisme et à écouter les conseils du gouverneur Guy Carleton. Ce dernier recommandait de renoncer au projet d’assimiler les Canadiens pour entretenir l’harmonie et faciliter la gestion de la colonie. Sa position reçut des appuis à Londres, notamment parmi ceux qui ne voulaient pas répéter les erreurs commises en Irlande.

Les mesures importantes instaurées en 1774 sont le rétablissement des lois civiles françaises et du régime seigneurial, l’élargissement considérable de la Province of Quebec et l’abolition du serment du test. Celui-ci, en obligeant les individus à renier l’autorité papale et la transsubstantiation du Christ dans l’Eucharistie, restreignait l’accès des catholiques français aux charges publiques.

Un Conseil législatif, dont les membres sont toutefois nommés par le gouverneur, est aussi instauré par l’Acte de Québec. Des Canadiens français catholiques seront nommés par le gouverneur et vont pouvoir siéger au sein de ce nouveau conseil. […]

Les diverses mesures mises en place par l’Acte de Québec plaisent bien entendu aux élites seigneuriales canadiennes et à l’Église catholique, mais déplaisent en revanche aux marchands britanniques de Montréal et de Québec, qui voient les nouvelles mesures comme une victoire des catholiques français. L’élargissement d’une province « papiste » sur les terres fertiles de l’Ohio crée aussi du mécontentement dans les Treize colonies et contribue à la Révolution américaine.

Si on prend la nation québécoise comme objet d’étude, l’Acte de Québec incarne une forme de renaissance. Évidemment, sur le terrain, l’application de la Proclamation royale était déjà assez souple en réalité. Néanmoins, en 1774, une nation conquise dont le destin était de disparaître se voit tout à coup reconnue par son conquérant, qui renonce officiellement à l’assimiler, lui redonne ses institutions et lui permet de continuer d’exister.

À première vue, cette nation issue de la colonisation française semble ainsi se voir offrir un nouvel horizon des possibles, lui permettant d’espérer et de se projeter dans l’avenir. »[1]

A Sainte-Marie, en 1778, on construit une chapelle en bois consacrée à sainte Anne. Ce lieu de piété a pour but de satisfaire la dévotion envers la grand-mère de Jésus des catholiques de la seigneurie et implorer cette dernière de les préserver des dégâts de inondations.

En 1781, le curé Jean-Marie Verreau et le seigneur Gabriel-Elzéar Taschereau font construire une deuxième église. Celle-ci sera en pierre et remplacera la précédente faite de bois.

Le 30 juillet 1785, la justice ordonne à la seigneurie de Sainte-Marie et ses habitants de procéder aux réparations des ponts sur son territoire et l’élargissement du chemin du roy. La terre de la famille d’Étienne Voyer figure sur la liste des propriétés touchées. Le jugement stipule que les travaux devront être terminés au plus tard le 26 juillet 1786.

Étienne Voyer, ne verra pas la fin des travaux puisque qu’il décède le 8 décembre 1785, à Sainte-Marie. Ses funérailles sont célébrées le 10 décembre dans l’église paroissiale, située juste à côté de sa propriété et il est inhumé dans le cimetière de Sainte-Marie ou on enterre les défunts de la seigneurie depuis 1748. Il y rejoint ses quatre enfants décédés en bas âges.

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[1] Martin Lavallée. « Il y a 250 ans, l’Acte de Québec redonnait vie au Canada francais », Journal de Montréal, 22 juin 2024 www.journaldemontreal.com/2024/06/22/il-y-a-250-ans-lacte-de-quebec-redonnait-vie-au-canada-francais

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