En ce 12 avril 2025

 Ma semaine sainte

Je suis un chrétien de tradition catholique. Je me prépare donc a la montée pascale qui conduira vers la fête de Pâques. Je vous invite a participer avec moi a ce temps riche en spiritualité. Voici ou j'irai me recueillir cette semaine. Si vous me croisez en ces lieux, n'hésitez pas a me dire "bonjour!"

Messe a Sainte-Julienne

En ce 11 avril 2025, j'ai participé a la messe de 16h30, a l'église catholique de Sainte-Julienne, dans Lanaudière, présidée par l'abbé André Chevalier. J'ai lu la première lecture, un extrait du livre de Jérémie.

Vous êtes toujours l'âme de mon âme

Éric Nicolaï



Éric Nicolai

L’abbé Éric Nicolaï est un prêtre de la Prélature de l’Opus Dei, ordonné prêtre en 1994, à Rome. Il est aumônier du Centre Riverview, une résidence d’étudiants située près du campus de l’Université McGill, à Montréal. Il anime des retraites spirituelles et donne des causeries. En 1995, il obtenait un doctorat à l’Université pontificale de la Sainte-Croix, à Rome, avec une thèse sur les Règles exégétiques chez Hugues de Saint-Victor.

Article paru en octobre et novembre 2003


Voici comment et pourquoi
je suis devenu prêtre de l’Opus Dei

Pourquoi Éric Nicolaï a-t-il décidé de devenir prêtre de l’Opus Dei? Ce n’est assurément pas à cause d’un manque de jugement.

L’homme est d’une intelligence au-dessus de la moyenne et possède une solide formation humaine, spirituelle et universitaire. En 1995, après avoir obtenu une maitrise en histoire de l’art de l’Université Laval à Québec avec une thèse portant sur les portrits d’enfants au 19e siècle, il obtient un doctorat en théologie de l’Université pontificales de la Sainte-Croix, à Rome, avec un mémoire ayant pour thème : « Les règles exégétiques de Hugues de Saint-Victor ». Ordonné prêtre le 15 septembre 1994 pour la Prélature de l’Opus Dei, l’homme aujourd’hui âgé de 41 ans est habité par un feu dévorant d’amour pour le Christ. Son parcours de vie est unique.

BENOIT VOYER – Monsieur l’abbé, qu’est-ce qui vous a amené à devenir prêtre de l’Opus Dei?

ÉRIC NICOLAI – C’est une longue histoire. D’abord, j’étais protestant. Donc, avant d’adhérer à l’Opus Dei, j’ai dû demander à être reçu dans l’Église catholique.

B.V.- Alors, commençons par le début. Vous êtes originaire d’où?

É.N.- Je suis né à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal. Mes parents, des immigrants allemands, voulaient que je fréquente une école catholique. Mais de religion protestante, il n’y avait pas de place pour moi. Elle acceptait d’abord les enfants catholiques et, après, s’il restait de la place, les protestants. Il n’y a jamais eu de place pour moi! J’ai donc étudié à l’école protestante du quartier ou j’habitais, à Saint-Lambert. Jusqu’à l’âge de 17 ans, je n’ai pas pratiqué de religion, suivant ainsi les traces de mes parents.

B.V.- Qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie a 17 ans?

É.N.- Je me posais des questions sur le sens de la vie. Il me semblait qu’il devait y en avoir un qui ne soit pas banal. De plus, je me suis rendu compte que je devais répondre à une interrogation fondamentale : « Est-ce que Dieu existe, oui ou non? » Ce n’était pas une simple question intellectuelle, car la réponse donnée a cette interrogation suppose toujours un engagement vital.

Au Cégep, je fréquentais un ami catholique. Nous nous connaissions depuis l’enfance. Mes autres amis étaient protestants, comme moi, mais j’étais non pratiquant. Les protestants étaient très enclins au prosélytisme. Ils m’encourageaient fortement à vivre plus intensément ma foi protestante et surtout à lire la Bible. Chaque fois que je m’exclamais : « Ah! Mon Dieu! Oh! My God », ils disaient : « Tu ne peux pas dire ça!| Tu ne peux pas dire ça! C’est un sacrilège! » (rires). Ils m’ont fait réaliser à quel point je disais souvent « Oh my God! », sans lui donner vraiment toute sa valeur. Leur attitude m’indisposait énormément.

Mon ami catholique, Dwight, était tout le contraire d’eux. S’il avait une difficulté, parce que j’étais son ami, je l’encourageais, je le soutenais. Je ressentais un devoir de l’aider. Par exemple, je l’accompagnais même a la messe, non pas parce que la messe comme telle m’intéressait, mais parce que je l’appréciais et qu’il était content de me voir l’accompagner. Nous parlions de toutes sortes de choses.

Un jour, en marchant vers l’église, il me dit : « Écoute, c’est le seul moment que j’ai pour réciter mon chapelet. Tu devrais m’aider! Sinon, je vais me distraire et je n’aurai pas le temps. » Je lui ai demandé : « Qu’est-ce que le chapelet? » C’est alors qu’il m’a appris la partie du chapelet que je devais dire « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et a l’heure de notre mort. » J’ai donc prié avec lui sans vraiment prier, simplement parce que je voulais lui être utile.

B.V.- Est-ce que Dwight était membre de l’Opus Dei?

É.N.- Non, mais il connaissait un prêtre de la Prélature. Il fréquentait le Centre Riverview, la maison pour les étudiants ou je suis actuellement aumônier. Il s’y rendait occasionnellement pour sa formation spirituelle.

B.V.- D’où lui venait cette ferveur religieuse? C’est rare chez les jeunes!

É.N.- Dwight étant d’une grande sensibilité religieuse, l’Opus Dei l’aidait à mieux comprendre sa foi. Il me parlait de la foi comme on parlait de bien d’autres sujets. Il ne me donnait pas l’impression de vouloir me convaincre comme mes amis protestants. Parfois, je lui exposais mes arguments et on en discutait.

B.V.- Est-ce que vous avez gardé un lien avec Dwight?

É.N.- Nous nous rencontrons assez régulièrement. Après avoir fait des études dans une école culinaire, il est devenu cuisinier. Je continue de lui apporter mon soutien. Il habite Montréal.

B.V.- A quel moment avez-vous décidé de devenir catholique?

É.N.- Un jour, assis dans un autobus, je réfléchissais à mes conversations avec Dwight. Jésus-Christ, l’Évangile, l’histoire de l’Église… « Il serait tout à fait absurde que tout cela soit une pure invention humaine. Qui aurait la folie de dire : On va inventer un paquet d’histoires pour induire les gens dans l’erreur? » C’était clair pour moi que toute cette tradition devait reposer sur une vérité. Ce jour-là, j’ai décidé d’être catholique.

B.V.- Mais vous n’étiez pas baptisé…

É.N.- Mes parents protestants m’avaient fait baptiser dans leur communauté protestante lorsque j’étais enfant, mais je ne savais pas qu’il fallait être reçu dans l’Église, dans la grande Église, pour porter le nom de catholique.

B.V.- De quelle manière avez-vous appris cela?

É.N.- Au Cégep, entre jeunes, un jour que nous parlions de religion, chacun disait quelle était la sienne. « Je suis bouddhiste, moi », puis un autre, « moi, je suis protestant… ». « Et toi, Éric, qu’est-ce que tu es? » J’ai répondu « Je suis catholique! » Il y a eu un silence. Une fille m’a regardé et m’a dit : « Tu n’es pas catholique, toi! » J’ai rétorqué : « Oui, je suis catholique! Je crois tout ce que l’Église enseigne… » Elle ajouta : « Tu penses que tu es catholique… mais tu ne l’es pas! » Sa réponse m’a bouleversé parce que je pensais l’être.

J’ai mentionné à Dwight ce qui m’était arrivé. « Il faut que tu sois accueilli dans une communauté de foi », m’a-t-il répondu. Alors j’étais catholique dans mon cœur, mais baptisé protestant, je n’étais pas en plein communion avec l’Église catholique.

J’ai suivi alors quelques catéchèses initiatiques. Mgr Norbert Lacoste m’a bien expliqué les fondements de la foi catholique. Ensuite, le 14 mars 1982, j’ai fait une profession de foi durant une célébration eucharistique a la paroisse Saint-François-d ’Assise, à Saint-Lambert. J’avais 18 ans. Mes parents ont assisté à la cérémonie.

B.V.- Est-ce qu’ils étaient d’accord avec votre choix?

É.N.- Ils pensèrent surement que cela n’était qu’une étape de mon adolescence et que je m’en sortirais. (Il lance cette phrase sur le ton de la plaisanterie avant de poursuivre plus sérieusement) Toutefois, ils ne se sont pas opposés à mon choix parce qu’ils ont toujours eu un grand respect de la liberté.

B.V.- Pourquoi n’y a-t-il pas eu un nouveau baptême?

É.N.- Vous savez sans doute que l’Église catholique reconnaît la validité du baptême reçu dans certaines communautés protestantes et que l’on ne peut être baptisé deux fois. C’est la raison de ma profession de foi.

B.V.- Quand avez-vous fait votre initiation aux sacrements du pardon et de l’eucharistie?

É.N.- Quelques jours auparavant, Mgr Lacoste avait entendu ma première confession et, a l’occasion de ma profession de foi lors de la célébration eucharistique, j’ai pu faire ma première communion au « corps du Christ ». Cela a été un moment très émouvant pour moi. Des ce jour, j’ai commencé à assister chaque jour à la messe. C’est ainsi que le Seigneur a pris peu à peu une grande place dans mon âme.

B.V.- Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à connaître l’Opus Dei?

É.N.- C’est mon ami Dwight qui m’a fait connaître l’Opus Dei. Un jour, on s’est donné rendez-vous au métro Guy-Concordia, à Montréal. Sans me dire quoi que ce soit, il m’emmène à la résidence Riverview près de l’Université McGill pour me montrer à quel endroit habite son directeur spirituel.

J’entre. Il me présente. Je m’entretiens environ cinq minutes avec un prêtre qui habite l’endroit. « Comment vas-ti, Éric? Est-ce qu’il t’arrive de prier? » Nous bavardons.

L’homme au col romain doit mettre un terme a la conversation afin de descendre à la chapelle pour le salut au Saint-Sacrement. Je n’ai aucune idée de quoi il s’agit. Il m’invite. L’hostie est exposée dans un merveilleux ostensoir. Bien que je ne sache pas trop ce qui se passe, je suis très impressionné. Je savais que je pouvais communier au « corps du Christ », mais je ne savais pas que nous pouvions l’adorer. Ce fut le début d’un grand amour pour le Seigneur dans l’eucharistie.

B.V.- Vous avez commencé à fréquenter l’Opus Dei dès cette journée?

É.N.- Occasionnellement, j’y retournais pour la méditation du vendredi soir. Au mois d’août 1983, ma famille déménageait à Toronto parce que mon père y était muté par son employeur. J’ai donc cessé de fréquenter la résidence universitaire.

A mon départ, on m’a dit : « Tu pourrais appeler le centre de l’Opus Dei à Toronto… » J’ai répondu positivement à l’invitation, mais je ne pensais pas donner suite à cela.

Un mois plus tard, ne connaissant personne à Toronto, j’ai décidé de téléphoner pour bavarder un peu. Une voix répond : « Comment t’appelles-tu? » Je me présente. « Éric, comment ça va? Viens faire un tour! » L’homme au bout du fil est fort gentil. Nous nous donnons rendez-vous. C’est ace moment que j’ai commencé à fréquenter régulièrement la maison de Toronto pour la méditation et pour la direction spirituelle avec le prêtre.

B.V.- Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à adhérer officiellement a l’Opus Dei?

É.N.- Après un certain temps, on m’en a fait la proposition. Un jour, j’ai parlé de l’idée du mariage avec un ami. Par la suite, j’en ai discuté avec mon accompagnateur spirituel. Le prêtre me lance : « Peut-être que dieu te demande PLUS que te marier ». Tout en soulignant que le mariage est un authentique chemin de sainteté, il me dit que l’Église a besoin aussi d’homme qui se consacrent au célibat. Aussitôt que le mot PLUS est tombé de sa bouche, je n’ai pu m’arrêter d’y penser.

B.V.- Pourquoi?

É.N.- Je prenais conscience que ce n’est pas juste moi qui planifie ma vie. Dieu est toujours là pour me demander quelque chose de PLUS. Ce PLUS était pour moi une invitation au célibat apostolique et la possibilité de travailler avec plusieurs personnes, surtout pour faire connaître l’enseignement du Christ et de l’Église. L’idée m’a fait un peu peur, mais, en même temps, elle m’attirait.

Dans une prière, j’ai dit au Seigneur : « Je veux bien te suivre, mais je ne peux pas abandonner ma passion pour la peinture et les arts. » J’ai finalement compris que Dieu ne voulait pas que j’abandonne cet univers et que je pouvais le suivre complètement à l’intérieur de cette profession.

B.V.- Est-ce que vous avez accepté sans trop y penser?

É.N.- C’était le temps de Noel. J’ai donc pris quelques semaines de vacances dans les Cantons-de-l ’Est, au chalet de mes parents. Pendant ces trois semaines, j’ai surtout essayé d’enlever cette idée de mon esprit, mais elle revenait toujours. Le 14 janvier 1984, j’ai écrit une lettre au prélat de l’Opus Dei pour lui signifier mon désir de devenir membre de la prélature a titre de laïc célibataire.

B.V.- A quel moment avez-vous reçu l’invitation à devenir prêtre?

É.N.- En devenant membre de l’Opus Dei, il n’était pas question pour moi de devenir prêtre. On m’a expliqué : « Tu es célibataire. Tu restes laïc. Tu pourrais aussi devenir prêtre si on te le demande, mais tu es libre de dire non. »

J’ai donc terminé une maîtrise à l’Université Laval en histoire de l’art et j’ai commencé à travailler à titre d’assistant à la recherche pour une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal. L’histoire de l’art me passionnait. Le temps passait. Or, un jour, je suis invité à réfléchir sérieusement sur la possibilité d’aller étudier la théologie à Rome. Une fondation montréalaise, la Fondation pour la culture et l’éducation, qui finance les études de séminaristes qui fréquentent l’Université pontificale Sainte-Croix à Rome, m’offre une bourse.

L’idée était de me préparer à être encore PLUS au service de l’Opus Dei, d’approfondir son esprit et d’étudier afin d’être davantage disponible pour des tâches de formation. Ces études seraient pour moi un temps de réflexion sur la possibilité de devenir prêtre. J’ai accepté.

B.V.- Comment vos parents ont-ils réagi à votre projet d’aller étudier à Rome?

É.N.- Au début, ils ont été surpris parce qu’ils s’étaient toujours imaginé que j’allais un jour me marier. Finalement, voyant mon enthousiasme devant ce projet et que j’étais heureux à l’intérieur de l’Opus Dei, ils m’ont encouragé.

B.V.- Est-ce que vous avez travaillé durant ces années en Italie?

É.N.- J’ai travaillé occasionnellement au service de traduction au Vatican, étant donné ma connaissance des langues allemande, espagnole, italienne, française, anglaise et latine. Ce travail m’a permis de rencontrer le Saint-Père et de lui parler personnellement.

Au début de 1994, en plein milieu de ma thèse doctorale, après cinq ans d’études à Rome, on m’a demandé si j’acceptais d’être ordonné prêtre. J’ai accepté cet appel comme un PLUS pour servir Dieu a l’intérieur de l’Opus Dei. J’ai été ordonné le 15 septembre 1994 à la basilique Saint-Eugène, à Rome.

B.V.- Qu’est-ce qu’il y avait d’impressionnant ce jour-là?

É.N.- Nous étions 44 membres de l’Opus Dei à recevoir le sacrement de l’ordre en même temps et la basilique était pleine à craquer! Une trentaine de membres de ma famille qui habitent en Allemagne sont venus et d’autres sont venus du Canada. Tous étaient protestants. Ma mère et ma sœur ont pleuré. Après la célébration, mon père m’a dit être très fier de moi.

B.V.- Quand êtes-vous revenu au Canada et quel a été votre parcours depuis ce temps?

É.N.- Je suis revenu à Montréal a l’été 1995. J’ai travaillé à Toronto comme aumônier d’une résidence de l’Opus Dei. J’ai eu aussi l’occasion d’enseigner dans une école secondaire privée. Depuis quelques années, je suis aumônier du centre universitaire Riverview, situé tout près des universités McGill et Concordia, sur l’avenue du Musée, à Montréal.

En plus de m’occuper du bureau d’information de l’Opus Dei au Canada, j’anime des retraites spirituelles et des ateliers d’études dans des centres de formation confiés à l’Opus Dei.

B.V.- Pourquoi avez-vous choisi de devenir prêtre de l’Opus Dei?

É.N.- Comme saint Josémaria Escriva, je veux devenir un saint en sachant que je serai« un pécheur jusqu’à la fin de mes jours. N’allez pas penser que le saint est une personne parfaite et sans défaut. Mais le saint est celui qui, s’il lui arrive de trébucher, se relève aussitôt, en toute humilité, pour continuer sa route au service des autres. Je veux répondre à cet appel personnel que Dieu m’a fait et je désire être son instrument pour amener les âmes au Christ.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.177 à 185. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 11 avril 2025

Une visite au Zoo de Granby en 1986. Images de Benoit Voyer conservées a la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby.

Dans tout bonheur se mêle un secret effroi

Dorothée Berryman


Dorothée Berryman

Dorothée Berryman est actrice et interprète de jazz. Elle participe à l’enrichissement du paysage culturel du Canada francophone, depuis plus de 30 ans. Elle a joué des rôles marquants au cinéma, a la télévision, au théâtre et elle interprète de grands classiques du jazz sur disque ou sur scène. Chaque samedi et dimanche. De 18h30 a 20h, elle anime une émission de jazz sur les ondes d’Espace musique. La chaine culturelle de Radio-Canada.

Au cinéma. On se souvient de son rôle de Louise dans Le Déclin de l’empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2002) de Denys Arcand. De Bibiane Guérin dans Je n’aime que toi (2003) de Claude Fournier et de sa participation dans Chocolat, crème glacée et autres consolations (2001) de Julie Hivon.

C’est en 1971 qu’elle commence sa carrière. Le metteur en scène Paul Hébert lui confie le rôle d’Élise Doolittle dans la pièce Pygmalion de Georges Bernard Shaw. Elle incarnera ensuite plusieurs rôles au théâtre.
A la télévision, on la retrouvera dans Des dames de cœur (Radio-Canada), ainsi que dans les miniséries Bombardier, Réseaux, Cauchemar d’amour, Rivière-des-Jérémies, Tribu.com, The Hunger et Urban Angel.

Article paru en mai 2002

Son frère a été guéri par la bonne sainte Anne

Lorsqu’il est question de Sainte-Anne-de-Beaupré, plein de souvenirs d’enfance surgissent de la mémoire de la comédienne et interprète de jazz Dorothée Berryman, celle qui incarne le rôle de sœur Agnès dans la série télévisée Rivière-des-Jérémie, présentée chaque mardi, a 20h, à la Société Radio-Canada (SRC).

Le plus sensible de ses souvenirs est celui de la guérison de son frère Édouard, le benjamin de la famille. Le petit de quelques mois souffrait d’un angiome qui déréglait son système lymphatique. Il a été guéri grâce a la prière d’intercession de la mère de sa mère « à la bonne sainte Anne », la grand-mère de Jésus selon la tradition.

« Je vous raconte cela avec mes souvenirs de petite… C’était proche du cerveau et il y avait la une sorte d’excroissance énorme qui poussait tout le temps. On a fait une biopsie. Les médecins ont identifié la maladie et ont dit qu’il n’y avait rien à faire parce que c’était trop proche de certains nerfs du cerveau. A l’époque, c’était dangereux d’opérer dans cette région du corps humain! Il y a plus de 40 ans de cela! » raconte Dorothée Berryman.

Cette époque ou son jeune frère était hospitalisé, elle s’en souvient comme si c’était hier : « Les trois autres enfants chez nous, dont moi, pleuraient. On ne pouvait pas imaginer notre petit frère malade pour toujours. Cela voulait dire qu’ils allaient l’opérer, enlever une partie de l’angiome, que ça allait resurgir et qu’il devrait revenir continuellement à l’hôpital. C’était affreux pour nous! »

Ne pouvant accepter une telle situation, sa grand-mère décide de prier la mère de Marie, la grand-mère du Nazaréen, en promettant, a la guérison du bébé, un abonnement a vie a la Revue Sainte Anne.

Quelques mois plus tard, de retour à la maison…

« Tout a coup, une nouvelle infection est apparue! Édouard a fait une fièvre monstre! Là on pensait que ça y était, que c’était la fin. En réalité, ça a été la dernière crise! » ajoute-t-elle la voix remplie d’émotions.

Les médecins n’on jamais pu expliquer ce qui était arrivé. D’après eux, le petit malade a développé des anticorps. Médicalement, ils n’ont guère été capables d’expliquer clairement la soudaine guérison. Pour la famille de Dorothée, ce fut le miracle attendu.

« Vous savez. Il reçoit encore la Revue Sainte Anne! » s’exclame la comédienne.

Souvenirs de la neuvaine Il y a longtemps que Dorothée Berryman n’a pas visité le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle se promet bien d’y retourner très bientôt.

Cependant, lorsqu’elle était encore une fillette, elle y allait en famille a chaque neuvaine. Le 26 juillet, veille de l’anniversaire de sa mère, était une journée familiale sacrée. Elle se souvient surtout des processions aux flambeaux.

« Je me rappelle de nous, quatre enfant, assis dans la voiture et insistant pour que daddy arrête acheter des patates fruites. Il me semble qu’il attendait toujours le dernier restaurant pour arrêter. Nous désespérions! » raconte-t-elle.

« J’ai la foi! » Même si elle vit maintenant sa foi hors d’une communauté chrétienne, elle affirme croire en Dieu et elle le sent bien présent dans son existence.

« Je crois que Dieu est un tout! Je crois aussi au sacré. Je me sens proche d’Einstein quand il s’émerveille devant le mystère de la vie » dit Dorothée Berryman.

Elle pratique sa foi en tentant de respecter la vie. Elle lance qu’il faut faire le plus avec les cadeaux que nous avons reçus. Chacun est responsable de ses talents et de ce qu’il apprivoise, pour rependre l’expression du Petit prince.

Sœur Marie-Louise-de-la-Trinité Avant de conclure, elle demande de remercier les religieuses a qui elle doit sa vocation de comédienne. Elle veut particulièrement rendre homme a sœur Marie-Louise-de-la-Trinité.
« Je me trouve privilégiée d’avoir fait mon cours classique chez les Sœurs de la Charité de Saint-Louis et a la Congrégation Notre-Dame au Collège Bellevue, à Québec, et de certaines rencontres, comme celle de cette religieuse qui a orienté ma vie. J’avais 13 ans à l’époque! Elle a pressenti en moi un talent artistique et m’a guidée vers une école de théâtre » insiste-t-elle en disant au passage que sa tante Gabrielle est membre de la congrégation des Religieuses de Jésus-Marie et que sa tante Jacqueline a donné sa vie au service des Hospitalières. Cette dernière habite Chicoutimi.

Dorothée Berryman ne manque pas de modèles pour l’inspirer dans son interprétation du rôle de sœur Agnès dans la télésérie Rivière-des-Jérémie et les souvenirs de Sainte-Anne-de-Beaupré lui font dire : « Merci la vie! »

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.193 à 196 Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 10 avril 2025


Encore bien de la neige au sol à Sainte-Julienne à la limite de Rawdon.

Gilles Poirier


Gilles Poirier

Le père Gilles Poirier est missionnaire au Kenya depuis 2001. Il est membre de la Société des prêtres des missions étrangères. De 1969 à 1985, il a été missionnaire en Argentine et, par la suite, au Soudan, de 1989 à 1999. Le père Poirier est originaire d’Alfred, en Ontario.


Article paru en juillet 2000

Expulsé du Soudan par les musulmans

“C’est dégradant d’être manipulé comme ça, comme un criminel!”

Le 7 août 1999, tard en soirée, le père Gilles Poirier, 57 ans, de la Société des prêtres des missions étrangères, descend de l’avion ou l’a fait monter, quelques heures plus tôt, le gouvernement du Soudan afin de l’expulser de son pays. Dans les couloirs de l’aéroport de Dorval, il est calme malgré la grande souffrance intérieure que viennent de lui infliger les dirigeants soudanais qui cherchent à restreindre toutes actions de l’Église catholique en terre soudanaise passée sous régime islamique, il y a quelques années. Son seul commentaire en descendant de l’avion est: “C’est dégradant d’être manipulé comme ça, comme un criminel!”

L’ordre de partir arrive le 17 juillet 1999. Pendant trois semaines, il tente tout – avec l’avocat du diocèse où il habite – pour connaître les raisons qui poussent le gouvernement à l’expulser. Il va jusqu’à visiter les ministères un a un, sans jamais officiellement recevoir de réponse.

“Le motif, ils ne me l’ont jamais dit. J’ai été au ministère de l’immigration et ils ont exigé que je quitte le pays. J’ai demandé quelles étaient les raisons de mon expulsion. Ils m’ont dit: “Nous, on est sous des ordres que nous exécutons. Nous ne savons pas les raisons”. J’ai demandé ou je pourrais aller m’informer. Ils m’ont envoyé à la Sécurité d’État du ministère des Affaires sociales qui inclut les affaires religieuses. C’est à ce moment qu’a commencé mon pèlerinage d’un bureau à l’autre. Cela n’a pas donné de résultats”, a-t-il confié.

Le 7 aout, il doit quitter le pays sous peine d’emprisonnement. Comme convenu, il se rend à l’Immigration. Des fonctionnaires soudanais l’escortent à l’aéroport pour s’assurer de son départ. Ce n’est qu’une fois à bord de l’avion qu’ils lui remettent son passeport.

“On ne m’a jamais dit les motifs, sauf que nous savons à la longue! Le gouvernement avait payé un informateur qui vivait dans notre communauté chrétienne. On lui a donné quelques sous en échange de renseignements...”, ajoute le missionnaire, qui aimerait bien retourner là-bas.

Dans ce coin du Soudan, les missionnaires catholiques s’occupent de petits projets de développement. Les femmes y tiennent notamment un petit commerce pour apporter un peu de pain à la maison, le salaire des maris ne suffisant pas aux besoins de leurs familles.

Il poursuit: “Un nouveau projet que nous voulions établir voulait être un apport pour l’Église afin de permettre à un prêtre soudanais qui arrive pour nous remplacer d’avoir des possibilités financières pour continuer les œuvres. Nous avions des machines à moudre le grain dans un secteur, des restaurants dans deux secteurs et un petit magasin dans un autre coin. Un des hommes les plus engagés de l’Église locale ne payait pas ses engagements. Il n’apportait rien! Avec le temps, on a dû sévir. Par esprit de vengeance, il m’a dénoncé au gouvernement sous de faux prétextes.”

Les gens du village connaissent cette histoire. C’est d’eux que les vraies raisons sont venues. Habituellement, c’est le silence sur les situations d’expulsion dans ce pays, mais cette fois, ce ne fut pas le cas à cause de la pression de l’Église. Le lendemain du départ de Gilles Poirier, l’affaire faisait la manchette des journaux soudanais, à la surprise du gouvernement. Celui-ci a répondu aux journalistes que le religieux a semé la haine entre les chrétiens et les musulmans, qu’il a fait de la corruption en donnant beaucoup d’argent - surtout aux étudiants afin d’alimenter la haine – et qu’il a été expulsé de plusieurs pays. Rapidement, le gouvernement a nié cette déclaration: “Nous n’avons pas dit cela!”

“On m’a confirmé, lors des derniers échanges, que je serais réintégré. Cependant, je ne projette pas retourner immédiatement parce qu’il y a trop de douleurs et de conflits dans la paroisse ou j’étais. Je ne suis pas assuré que mon retour soit une bonne chose pour l’instant”, explique-t-il. Au moment de l’entrevue, il lorgnait du côté du Kenya ou il y a beaucoup de déplacés de guerre qui viennent du Soudan. C’est là qu’il risque de re retrouver en septembre.

Gilles Poirier est entré dans la Société des prêtres des missions étrangères en 1964 et est devenu prêtre en 1969. Il a travaillé seize ans en Argentine, cinq ans à la formation des jeunes missionnaires de sa communauté et neuf ans au Soudan. Son expulsion, le 7 aout 1999, restera à jamais gravée dans son âme comme une blessure qui ne guérit pas.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.103 à 106. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 9 avril 2025

Autoroute des Cantons-de-l'Est, le 8 mai 2024

Louis Rousseau


Louis Rousseau

Louis Rousseau est professeur au Département des sciences religieuses de l'Université du Québec à Montréal, depuis 1969, et professeur titulaire depuis 1982. Même s'il en est à ses dernières années de travail à l'UQAM, il ne se prépare pas encore à prendre sa retraite dans l'immédiat. Il y verra à 70 ans, peut-être! Il est passé à la phase « conseil » de sa vie professionnelle, refusant maintenant les lourdes charges administratives.

En 1973, il obtenait un doctorat en sciences religieuses de l'Université de Montréal. Depuis cette époque, il a écrit un très grand nombre d'articles et a collaboré à plusieurs livres. Il a aussi écrit Le bas clergé catholique au dix-neuvième siècle: Approche comparative d'une population pastorale en voie de changement (Groupe de recherche en sciences de la religion, 1995). En 1994, avec Stéphane Baillargeon, journaliste au quotidien Le Devoir, il a réalisé une série d'entrevues qui forment le livre Entretiens avec Louis Rousseau Religion et modernité au Québec (Liber, 1994).

Enfin, il est bien fier de ce que devient son fils Karel, 9 ans, Quand il parle de lui, ses yeux brillent.

Article paru en mai 2001.

« Il faut favoriser des avenues vers la maturité spirituelle »

Ce matin, le professeur Louis Rousseau arrive à son bureau de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) embarrassé, gêné, mal à l'aise... « Excusez-moi, j'ai encore pris deux rendez-vous en même temps! » Le journaliste venu le rencontrer, qui trouve la situation fort amusante, rassure l'homme: « Ne vous inquiétez pas, je vous attends le temps qu'il faut! »

Elle n'est pas facile, la besogne de directeur des études de premier cycle en religiologie de l'UQAM en cette période difficile. Au moment de la rencontre, les émotions du spécialiste des phénomènes religieux, un des plus prestigieux au Canada, sont à leur sommet.

En 2001, il cosigne avec une brochette de personnalités, dont Mgr Bertrand Blanchet, évêque catholique romain de Rimouski et membre du comité épiscopal de l'éducation, une lettre ouverte portant sur « La religion et la morale à l'école réduites au statut de micromatières ».

Avec des collègues, il demande au ministre de l'Éducation du Québec, François Legault, « qu’il reconsidère sa décision quant au temps accordé en ce domaine pour être fidèle à ses propres orientations et répondre aux besoins des jeunes du Québec en cette matière [...] Les élèves ont besoin d'un temps propice à la réflexion sur le sens de la vie, la recherche éthique, la compréhension de différentes visions du monde, la recherche de la vie bonne et de leur action dans le monde. La réduction envisagée du temps d'enseignement rend cela impossible ».

« Allez! Entrez ! » lance-t-il une heure plus tard. La porte se ferme sur le monde extérieur et s'ouvre sur son univers secret. Les mystères de la sagesse et les convictions de cet homme vont se révéler. Son regard espiègle et son sourire paternel révèlent une riche personnalité. Ses cours, dont ceux d'initiation à la morale et à la religion et sur les religions amérindiennes, font les délices de ses étudiants.

Lorsque le petit fait une crise...
Le religiologue Louis Rousseau, né en 1939 au sein d'une famille ouvrière, ne passe pas par quatre chemins pour parler de la crise du christianisme en Occident: « Il faut être honnête: une des crises majeures de l'Église du Québec est l'anti-intellectualisme des responsables ecclésiaux ».

Il a un très grand respect de la tradition catholique, mais l'ancien Dominicain ne peut se taire, particulièrement en ce temps de crise sévère. Il exprime ses observations et ses commentaires, afin de lancer des pistes sérieuses pour qu'elle sorte de son marasme. Il dérange comme un prophète, et l'avenir saura fort probablement lui donner raison sur plusieurs points.

Il ne veut guère critiquer pour critiquer. Il souhaite seulement que le christianisme retrouve ses lettres de noblesse. Ses opinions, qui se veulent constructives, méritent d'être écoutées et considérées. Son expérience, riche de quarante ans de réflexion, est sérieuse. Il parle en connaisseur et en homme de foi.

L'anti-intellectualisme infantilisant

Selon Rousseau, la principale cause du désastre ecclésial tient à l'anti-intellectualisme des pasteurs chrétiens.

« Les théologiens du Québec étaient parmi les plus avant-gardistes et les plus stimulants dans les années 1960. Nous avions une grande race de spécialistes. Or, pour gérer le problème du célibat - qui n'a pas grand-chose à voir avec l'interprétation de la foi (!) -, l'Église catholique a fait disparaître pratiquement une génération de ses meilleurs théologiens», dit-il.

Pour faire une caricature de la situation, les bergers ont reçu la seule consigne d'être sympathiques. « Faites de la dynamique de groupe et ça va marcher (!) », leur a-t-on dit. L'érudit est direct sur ce point: « Le christianisme, ce n'est pas seulement être copains! La pensée jovialiste - Soyez heureux, pensez positif! - est bien meilleure en la matière. » Après tout, les fidèles ne sont pas des moutons!

Il regrette que les membres du clergé ne soient pas davantage incités à la lecture: « Plusieurs laïcs sont bien plus poussés en termes de culture. » Il trouve cette paresse intellectuelle lourde à porter. Les civils questionnent... Les prêtres sont incapables de répondre. « Le laïc se lasse et il se dit: "Puisque c'est comme ça, je reviendrai l'an prochain!" Et comme il y a plein de choses à faire dans la vie, il ne revient pas! », dit le professionnel attristé.

La crise: il y a de quoi pleurer!
Bien qu'il soit un élément central, il n'y a pas que l'anti-intellectualisme qui est à la source du problème. La crise du christianisme en Occident est multicausale. Devant la complexité du casse-tête, il y a de quoi pleurer!

Il y a aussi le problème du message et de son interprétation. Il parvient difficilement à s'adapter au contexte social où il est diffusé. Le résultat saute aux yeux: l'Évangile ne rejoint plus la masse. Il faudrait que ce qui est communiqué parvienne à toucher les personnes qui ne croient pas ce message annonciateur de la libération et qui donne un sens à la vie », ajoute-t-il. Selon lui, il faut trouver une nouvelle manière d'en parler afin qu'il devienne une bonne nouvelle.

Pour arriver à une adaptation, un travail théologique doit préalablement être réalisé. Les schèmes philosophique et théologique qui ont été développés depuis la civilisation grecque (pendant environ 1500 ans) n'ont plus de sens. Nous ne pouvons plus parler de la même manière. Le travail de traduction des images bibliques en langage moderne est urgent. « Il faut une traduction de la tradition dans des termes de référence qui sont significatifs pour le monde contemporain. » Cependant, pour cela, il faut que cessent l'anti-intellectualisme et le cloisonnement des pensées.

Enfin, il y a la question paralysante de la morale. En sachant qu'il provoque les esprits conservateurs, Louis Rousseau ose dire tout haut ce qu'il croit: « Le message de l'Évangile est attirant. Il n'y a pas de doute sur ce point. C'est le traitement de l'interprétation des textes fondamentaux en langage contemporain qui fait scandale, particulièrement en matière de morale. »

Lorsque tu seras grand...
Il faut donner les moyens à chaque personne d'entrer dans un univers religieux adulte. Pour cela, il faut favoriser des avenues vers la maturité spirituelle. L'aventure intérieure est la voie favorite de cet expert des religions.

« L'expérience de la rencontre de Dieu peut être développée dans une démarche hautement individuelle. Il faut initier les gens à la vie spirituelle. Pourquoi ne pas créer des écoles d'apprentissage à la méditation dans la pure tradition de la lectio Divina? Cela ne coûte pas cher de s'imbiber de la symbolique biblique! » suggère le spécialiste qui n'a jamais été consulté par le clergé catholique en 30 ans de pratique.

Il n'est pas nécessaire d'aller en Orient pour trouver des centres de formation à la méditation. L'expérience monastique a un enseignement riche à révéler. La mystique occidentale n'a rien à envier aux autres voies spirituelles. Tout est affaire de mise en marché. « Une spiritualité est précisément ce qui donne du souffle, ce qui permet de recueillir toutes ses énergies, encore et toujours », disait Mgr Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, en 1992. C'est la nouvelle respiration que rêve Louis Rousseau pour le christianisme d'ici.

Pour l'avenir, il faut développer l'expérience spirituelle individuelle et réinventer des rituels destinés à la famille et au cercle d'amis. Ce sera la naissance d'une nouvelle forme de communautés de base. Ces rites feront revivre une tradition vivante afin de se souvenir que le cheminement humain se situe dans l'axe « passé-avenir » de la communauté et de la tradition. En réinterprétant l'héritage des ancêtres, il y a de l'espoir pour « un demain » de la foi chrétienne en Occident.

Il lance aussi l'idée, comme dans le rapport Risquer l'avenir, d'une Église volontaire où les nouveaux membres demanderaient d'être admis à l'âge adulte et où la communauté lieu de croissance de la foi. Louis Rousseau croit qu'il faut redéfinir l'Église comme étant le lieu d'une communauté d’appartenance libre et volontaire d'une foi adulte.

Dominicain un jour, Dominicain toujours
Le professeur Rousseau parle peu de lui, mais lorsqu'il se laisse aller, il est touchant. Il faut avoir été touché intérieurement par la rencontre de quelqu'un de bien spécial pour être habité par ce feu pacifiant qu'il y a en lui. Cela ne peut être qu'une expérience spirituelle intense.

Sa flamme est née après ses études classiques au Collège de Montréal. C'est au couvent Saint-Albert-le-Grand des Dominicains, où il entre en 1960, qu'il est séduit. En 1961, « j’ai découvert la grande prière de l'Église, les psaumes, la Bible, la liturgie et j'ai trouvé ça merveilleux. Je crois que je suis devenu vraiment chrétien à ce moment. J'ai découvert la libération qu'on peut trouver dans l'expérience religieuse intime... », lance-t-il.

À l'été 1966, à la veille d'être ordonné prêtre... « J’étais en train de définir ma vie en ne donnant aucune place au bonheur humain, quotidien et familial, comme avoir des enfants, une femme, un amour... J'avais décidé de vivre comme si je n'avais pas de corps! Tout était dans la tête. Je me suis rendu compte que ça n'avait pas d'allure pour ma vie. J'ai décidé de quitter la communauté », dit-il. Mais il a eu beau sortir physiquement de la fraternité, celle-ci n'est pas sortie de lui. Dominicain un jour, Dominicain toujours. Il reste profondément marqué par le style de vie de ces religieux.

Une nouvelle vocation: professeur << uqamien >>
C'est à ce moment qu'il décide de poursuivre ses études à la maîtrise. Il opte pour l'Institut des sciences religieuses de l'Université de Montréal. Durant ses années de formation intellectuelle, il opte pour un parcours non théologique de la religion, une approche plus près des sciences humaines. En 1967, il passe au doctorat et, à l'automne 1968, commence sa carrière dans le monde de l'enseignement au Collège Sainte-Marie.

À la fondation de l'UQAM, à l'automne 1969, le directeur du nouveau Département des sciences religieuses, Yvon Desrosiers, lui demande de se joindre à son équipe. A l'automne 1976, Louis Rousseau devient directeur du département et, par la suite, occupe divers postes. Il y a quelques mois, il est devenu le directeur de la concentration en enseignement religieux et en enseignement moral. Malgré ses tâches administratives, ce qu'il préfère est enseigner.

Être un professeur « uqamien » en religiologie veut presque dire *être un extraterrestre! » Pourtant, les sciences religieuses permettent de découvrir l'extraordinaire dynamisme créateur de l'humain qui cherche à donner un sens à la finitude de son existence. Devant cette passion qui l'habite, le professeur Rousseau ne peut se taire. Le spécialiste ne peut pas rester inactif. Il est toujours heureux de partager son expérience. Il est très occupé, mais il trouve toujours du temps, même si parfois il doit combiner inconsciemment deux rendez-vous en même temps. Une poignée de main, la porte s'ouvre... Il repart aussi rapidement qu'il est arrivé deux heures plus tôt.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.131 à 137. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 8 avril 2025


Visite au cimetière Mgr Pelletier, a Granby

Par Benoit Voyer
8 avril 2025

Comme je le fais régulièrement durant les saisons ou il n’y a pas de neige, lorsque je vais a Granby, je commence ma journée par une visite au cimetière Mgr Pelletier afin de me recueillir quelques minutes à la tombe de mon père, décédé le 15 avril 2021 au CHSLD Villa Bonheur, à Granby, en pleine crise sanitaire de la Covid 19.

Ce 7 avril, j’en ai profité pour marcher un peu plus de 45 minutes dans les rangées de la section ou il repose afin d’explorer les noms qui figurent sur les pierres tombales. J’y ai reconnu des gens que j’ai fréquenté au fil des ans : l’ancien député de Shefford Gilbert Rondeau, Laurent Chartier (impliqué au Café d’accueil chrétien et au Mouvement action handicapé), Maurice Picard (notre voisin sur la rue Saint-François), Jean-Luc Hamelin (impliqué au Café d’accueil chrétien et en musique liturgique dans les paroisses granbyennes), mon petit cousin Grégoire Paradis (qui habitait sur la rue Saint-Jean-Baptiste), Yves Gaudord (ancien collègue Louveteau dans la troupe de Saint-Eugène. Il habitait sur la rue Saint-François), Lynne Marchand (la conjointe de Robert Frédéric avec qui j’ai travaillé quelques mois chez Transport Robert, à Rougemont. Son père était gérant à l'Esmond Mills ou mon père travaillait), le marchand de fruits et légumes Gérard Laurin (qui habitait sur la rue Saint-François), Lucette Choinière et le diacre permanent Gérard Chabot (j’étais présent à son ordination a l’église Saint-Eugène), Adrien Ménard et Marie-Jeanne Dion (Adrien était impliqué au Café d’accueil chrétien et dans plusieurs œuvres du père Jean-Paul Regimbal), Claudette Sabourin-Lalumière (elle était une régulière des voyages-pèlerinages que j’organisais pour le Comité foi et culture Granby et région), Brigitte Privé et Pierre Chartrand (ils ont longtemps été les piliers de la Fondation Gérard Bossé) et Monique Dionne (Cette sainte Oblate de Marie Immaculée et décédée il y a quelques semaines. Elle a longtemps enseigné au pri
maire et s’est impliquée dans des œuvres mises en place par le père Jean-Paul Regimbal avec ses consœurs oblates Louisette Bibeau et Suzanne Dumouchel). J’ai aussi reconnu quelques noms de personnes qui ont marqué la société de leur époque dont le chanteur country Paul Brunelle, l’homme d’affaires Gérald Scott et le Dr Gilles Rioux.

Voici quelques photos de cette visite...


















Site a la mémoire de Jacques Parizeau, premier ministre du Québec


Ce dimanche 6 avril, j'ai visité le lieu de sépulture du premier ministre du Québec Jacques Parizeau. Il est situé au Cimetière de Laval, sur le chemin du bas Saint-François.

Bertrand Ouellet


Bertrand Ouellet

Bertrand Ouellet est né en 1953, à Verdun, ville fusionnée à Montréal depuis le 1er janvier 2002. Bertrand Ouellet est un laïc, diplômé en génie électrique et en théologie, avec une spécialisation en études bibliques. Il est le directeur général de l'organisme catholique Communications et Société, depuis 1998. Auparavant, il a dirigé le Centre d'information sur les nouvelles religions pendant cinq ans. Tous ses articles sont accessibles sur Internet, à l'adresse www.bertrand.ouellet.name.

Article paru en février 2003.

« Il faut que le catholique questionne et soit visible »

En mai 1971, l'existence de Bertrand Ouellet, directeur général de Communications et société, organisme qui joue le rôle d'Office des communications sociales au Canada francophone, a basculé. Il a vécu une expérience intérieure qui a changé sa vie et sa manière de penser.

Il est né à l'époque où la science avait réponse à tout. Adolescent au moment d'Expo 67, il en avait gardé le souvenir que tous les problèmes modernes seraient résolus par la science. La preuve en fut, pour l'ado qu'il était, que deux ans plus tard on marchait sur la Lune. Comme son époque, tout l'univers intérieur de Bertrand Ouellet était cosmique. Ce n'est pas pour rien que l'année où Neil Armstrong foula le sol lunaire, il se destinait à des études scientifiques. En 1971, il entrait à l'École polytechnique pour étudier les sciences.

BENOÎT VOYER - Qu'est-ce qui s'est passé dans votre vie, ce samedi de mai 1971?

BERTRAND QUELLET - J'étais un catholique pratiquant, mais je doutais à peu près de tout. J'allais à la messe, mais pour être cohérent avec mes doutes, je ne communiais pas. Pour moi, la science était la réponse ultime. J'avais 18 ans.

À l'invitation d'un prêtre catholique de 30 ans, j'accepte de faire partie du conseil de pastorale de ma paroisse. Un certain samedi, je participe à une journée de ressourcement. On a passé la journée autour de la table des réunions et nous avons célébré la messe autour de cette même table. Durant la liturgie, mon esprit voyageait dans l'espace. Dans mon imagination, je voyais la terre.

B.V. - Qu'est-ce qui a bouleversé votre vie durant cette messe?

B.O. Au moment de la consécration, au moment où le prêtre tenait le Corps du Christ entre ses doigts, j'ai eu l'impression que tout le cosmos s'effondrait et se concentrait en un lieu, au milieu de nous. Ce fut comme un grand coup de vent. C'est difficile à expliquer, parce que c'est une expérience. Cela relève de l'intelligence de l'âme et des sens, mais la présence du Ressuscité à l'Eucharistie était à ce moment d'une réalité indiscutable. Une indescriptible vague d'intensité avait d'ailleurs saisi plusieurs des personnes présentes.

Plus de 30 ans plus tard, l'Eucharistie et l'adoration sont toujours très importantes pour moi et de plus en plus présentes dans ma vie. Cette expérience a été une bonne nouvelle dans ma vie! J'ai depuis fait miennes les affirmations de Vatican II selon lesquelles l'Eucharistie est la source, le sommet, la racine et le cœur de l'expérience chrétienne.

Mon expérience dans ce groupe paroissial m'a par la suite conduit, une fois mon diplôme d'ingénieur obtenu, à des études en théologie.

B.V. - Depuis toutes ces années, on dirait qu'il y a eu un schisme entre le christianisme et la culture moderne.

B.O. - Contentons-nous de dire que c'est une incompréhension! Puisque nous abordons la question, prenons en exemple la liturgie. Elle est incomprise. Les gens la décodent avec le langage qu'ils ont. En allant à la messe, ils se disent: Je m'assois dans une salle de spectacle, alors c'est un spectacle, alors c'est un divertissement, donc je suis supposé ne pas m'ennuyer. Vous êtes donc responsables de m'en donner pour mon argent.

On ne s'en sortira pas! Vous voyez le problème qu'il y a entre le christianisme et la culture? Il y a tout un choc entre les deux! Les gens d'aujourd'hui lisent l'événement liturgique de telle manière, alors que la liturgie ce n'est pas ça.

B.V. - Qu'est-ce qu'une liturgie?

B.O. - La liturgie est un événement collectif. Ce n'est pas un spectacle! S'il y a des gens qui font et d'autres qui regardent, ce n'est pas une liturgie!

B.V. - Est-ce qu'on doit blâmer ceux qui arrivent en spectateurs et qui viennent voir?

B.O. - La vie de foi, c'est comme l'amour et comme la natation. Tu apprends en plongeant dedans! Tu n'apprends pas ça en regardant l'autre et en étudiant d'abord. Tu apprends à être aimé en aimant et tu apprends à flotter en te lançant à l'eau.

B.V. - Mais avant d'aimer, il faut être charmé?

B.O. - Mais les coups de foudre, ça existe aussi!

B.V. - La liturgie est donc une expérience à vivre.

B.O. - La liturgie de l'Église catholique est de l'ordre du symbole et du rituel. Cela nous amène au-delà des mots. Elle procède à partir d'une expérience. Il faut sauter dedans! Si tu restes à l'extérieur, tu ne pourras pas entrer dans l'expérience.

B.V. - Est-ce que l'Église peut tirer des leçons de cette incompréhension?

B.O. - Il faut parler au corps et au non-verbal. Il faut revenir à ce que la liturgie très ancienne a toujours fait avec l'eau, le feu, la fumée, le rituel, les mains et le contact corporel. C'est le défi de l'Église de miser à fond là-dessus, sans demi-mesures, et, après, c'est à l'Esprit de faire son œuvre. Il faut le laisser faire.

B.V. - Pour être bien comprise, quel message doit lancer l'Église d'aujourd'hui au monde moderne?

B.O. - Je crois qu'on doit se centrer sur le cœur du message chrétien et le reste viendra! Il faut parler de l'essentiel sans se taire.

B.V. - Vous parlez comme saint Paul!

B.O. - Saint Paul a appris cette leçon-là très vite quand il est arrivé à Athènes. Le chapitre dix-sept des Actes des Apôtres raconte tout ça. Paul dit: « Je vais essayer de parler dans leur langage, de prendre leurs recherches, leurs catégories religieuses ». Il laisse donc tomber toutes ses habitudes normales. Il tourne autour du pot. Lorsqu'il pense que son auditoire est avec lui, parce qu'il parle son langage, il leur parle de Jésus ressuscité. Ils se mettent tous à rire et s'en vont. Échec monumental!

Quelques mois après, il s'en va à Corinthe pour fonder une Église. Quelques années plus tard, dans une lettre, il écrit: « Maintenant, je commence toujours par parler de Jésus-Christ crucifié et jamais je ne dirai rien d'autre! » Il dit que plus jamais il ne se fera reprendre à ce jeu qu'il a joué à Athènes. Paul dit ce qu'il a à dire et ensuite il va dans les détails pour en tirer la leçon pour la vie.

De son côté, je pense que le bon vieux Paul VI avait raison. Dans un texte que je cite très souvent, tiré de l'exhortation apostolique post synodale L'Évangélisation dans le monde moderne (Evangelii Nuntiandi), publié il y a un peu plus de 25 ans, il écrit:

« Le monde' qui, paradoxalement, malgré d'innombrables signes de refus de Dieu, le cherche cependant par des chemins inattendus et en ressent douloureusement le besoin, le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent d'un Dieu qu'ils connaissent et fréquentent comme s'ils voyaient l'invisible. Le monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-mêmes et renoncement. Sans cette marque de sainteté, notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l'homme de ce temps. Elle risque d'être vaine et inféconde. » Paul VI était un prophète. Ce qu'il décrit dans cette exhortation s'applique peut-être encore mieux à notre époque qu'à la sienne.

B.V. - Comment fait-on pour se démarquer ainsi?

B.O. - En brillant dans la société. Paul VI donne les lignes. Il parle de simplicité de vie, d'esprit de prière et de charité envers tous. Il faut que le catholique questionne et soit visible et, aussi, que sa foi soit explicite. Si on lui pose la question: « Pourquoi fais-tu ceci ou cela? » Il ne faut pas qu'il dise: « Ah! C'est parce que j'ai des valeurs profondes. » Il faut que la proclamation évangélique de Dieu soit toujours au premier plan.

B.V. - Il n'est pas facile de se démarquer dans une société où le christianisme est en déclin!

B.O. - Notre époque ressemble beaucoup à celle du prophète Jérémie. Vous vous souvenez de cette période qui précède tout juste l'Exil à Babylone? J'aime faire une sorte de parallèle entre la vie de Jérémie et la mienne. Lorsqu'il était jeune, il a vécu la réforme de Josias, la grande réforme deutéronomique où tous les espoirs étaient permis. C'était une époque de grand renouveau, âge, il commençait à désespérer. II voyait bien que la catastrophe s'en venait. Dans ses oracles, il avertissait ses contemporains: « Attention! si on ne change pas, tout va s'effondrer! » Quelques années plus tard, il dit: « Il faut s'en aller en exil parce que tout s’écroule ». Là-bas, en exil, le peuple juif n'avait plus de roi, de temple ni de terre promise. Les Israélites ont donc réinventé leur foi sans les supports institutionnels qu'ils avaient avant.

B.V. - Si nous décidons de suivre leur exemple, qu'est-ce que nous devons faire?

B.O. - On se concentre sur l'essentiel, comme les Israélites ont fait à l'époque. Ce n'est pas rien! Ils approfondissent leur foi! C'est du temps de l'Exil qu'est venue la pleine conscience du monothéisme et c'est aussi pendant cette période qu'on a recueilli et mis par écrit une bonne partie de ce que nous appelons l'Ancien Testament.

B.V. - Est-ce que l'Église catholique d'ici en est arrivée là?

B.O. - Peut-être qu'on en est là! Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber. Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l'époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour voir le bout du tunnel. On en est donc juste aux débuts de l'exil.

B.V. - Qu'est-ce qu'il nous faut donc faire?

B.O. - Au temps de Jérémie, quand le Temple fut incendié par les Babyloniens, il ne s'agissait pas d'éteindre le feu, mais de faire confiance au Seigneur: partir en exil, ne pas regarder en arrière, mais en avant. Cela doit nous inspirer et nous donner espoir. Je crois que l'essentiel que nous avons reçu de la Tradition, c'est ce que Paul VI disait. Nous devons être des témoins qui vivent, parlent et agissent comme s'ils voyaient l'invisible.


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.139 à 144. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 7 avril 2025

Une page du bottin téléphonique de la Haute-Yamaska en 1997

Claude Paradis


Claude Paradis

L'abbé Claude Paradis, animateur de pastorale au Centre hospitalier de Verdun, s'est joint à la communauté de l'Arche, à Montréal. Il est aussi membre du conseil d'administration de la Fédération des Arches au Québec. Il fait partie de l'équipe de l'émission de télévision Évangélisation 2000, diffusée aux réseaux TVA et TQS.

Article publié en mai 2004.

«La mort est quelque chose de grand!»

La mort est un sujet tabou, qui met bien des personnes mal à l'aise. Pourtant, nul ne peut y échapper, trépasser est notre destin. Un jour ou l'autre, même si nous tentons de l'éviter, la mort nous rattrape et nous devons entrer dans cette expérience ultime.

Chaque jour, l'abbé Claude Paradis rencontre les patients en soins palliatifs, au Centre hospitalier de Verdun, pour les préparer à entrer dans le couloir de la mort. Avec le malade et ses proches, il tente de trouver un sens à ce passage vivifiant parce que, pour lui, la mort n'est qu'une autre étape de la vie humaine. La mort n'est pas une finalité.

L'abbé Claude Paradis est né le 7 août 1955, à Sainte-Anne-des Monts, en Gaspésie. Après avoir travaillé comme infirmier, du 27 septembre 1982 au 31 août 1989, à l'Hôpital Brome-Missisquoi Perkins, à Cowansville, il a été ordonné prêtre au service du diocèse de Montréal, le 26 septembre 1997, en la fête des saints martyrs canadiens, connus aux États-Unis sous le vocable des saints martyrs d'Amérique.

BENOÎT VOYER - Claude Paradis, qu'est-ce que la mort?

CLAUDE PARADIS - Pour moi, la mort est quelque chose de grand. En y pensant rapidement, je dirais que c'est un passage. Cependant, plus j'y pense, c'est bien plus que cela. Ce n'est pas juste la fin. C'est un commencement ou une continuité, mais dans un autre état ou une autre dimension ou une autre perspective. La mort, c'est la rencontre face à face avec Dieu. C'est le lieu où tout ce qui n'est pas «christifié» en soi le devient.

B.V. - Dans la vie, quel est le sens de la mort?

C.P. C'est justement la mort qui donne un sens à ma vie parce que, s'il n'y avait pas la mort, il y a beaucoup de choses que j'ai le goût de faire aujourd'hui que je ne ferais même pas. Chaque jour, j'essaie d'entretenir des relations importantes avec les autres parce que je ne sais jamais si demain je serai encore en vie. C'est la réalité de ma mort, qui viendra un jour ou l'autre, qui va faire que je vais essayer de vivre ma journée à plein. Je ne peux pas dire que la mort me fait peur parce que, pour moi, elle a un sens...

B.V. - À la lumière de la mort, quel est le sens de la vie?

C.P. C'est une grande question que vous me lancez. Elle est très importante! S'il n'y avait pas la mort, il n'y aurait pas de vie. Les deux sont indissociables. C'est l'idée de ma finitude qui me fait vivre pleinement ma vie. Et puis, je crois en ce que Jésus nous a dit! La vie ne s'arrête pas à la mort. Elle nous fait plutôt entrer dans une nouvelle expérience de vie, une nouvelle vie. C'est ce qu'il appelle la résurrection.

B.V. - A quoi ressemble cet au-delà?

C.P. Nous vivrons avec un corps glorifié, c'est-à-dire avec un corps qui ne vivra plus de souffrances. De plus, nous retrouverons ceux que nous avons connus et aimés. Comme le Christ dit, ça va être un grand jour. Il y aura un festin! Ça va être un perpétuel jour de noce!

B.V. - Soyez plus précis, quel est le sens de la vie?

C.P. C'est de découvrir Dieu - Je veux voir Dieu! - et de me découvrir à travers mes journées et ma vie. À travers les autres que je rencontre, j'apprends justement à me connaître et à le rencontrer!

B.V. Alors, s'il s'agit d'un si grand moment de l'histoire de chaque personne, pourquoi est-ce que la mort est un sujet quasi interdit pour nos contemporains?

C.P. - C'est peut-être à cause de l'inconnu qu'il y a cette peur. De plus en plus, je me rends compte que les gens ont davantage peur de souffrir que de mourir. Ils ont peur de la souffrance. La société fait en sorte que nous essayons de l'éliminer. Il ne faut pas se le cacher, la mort nous ramène en soi, à notre finitude. Durant la journée de la mort, qu'elle soit la sienne ou celle d'un proche, on doit faire plusieurs deuils. C'est une démarche normale du processus.

B.V. - Comment apprivoiser la mort?

C.P. - Je dis souvent aux gens en fin de vie: Prends le temps de prendre du temps». Le temps nous permet de nous recentrer, de nous resituer et d'apprivoiser cette mort.

B.V. - De quelle manière surmonter la peur de la mort?

C.P. - Quelle question difficile... D'un côté la mort fait peur, de l'autre elle fascine. Une journée, elle nous apparaît comme étant un état de vie extraordinaire. Le lendemain, devant elle, on se dit: «Et s'il n'y avait rien après...»

B.V. Tout est affaire de foi!

C.P. La foi est ce qui fait toute la différence. Il y a une plus grande sérénité chez les gens en phase terminale qui ont la foi en Dieu.

B.V. - Qu'est-ce que Jésus dit à propos de la mort?

C.P. La première chose qui me revient à l'esprit est qu'il nous lance: «Je suis le chemin, la vérité et la vie». Et Jésus, comme chaque être humain, a vécu la mort... Il a vécu des deuils, comme nous! Pour en arriver à la plénitude de sa mission, il a fallu qu'il en fasse plusieurs. Il a notamment dû quitter ses parents et ses amis.

B.V. Et il dit aussi: «Laissez les morts enterrer leur mort!» N'est-ce pas une invitation à ne pas trop se préoccuper de la mort? (Mt 8,22)

C.P. - Laissez les morts enterrer leur mort. Quel propos «songé»! Jésus nous invite donc à ne pas avoir peur de la mort.

B.V. - «Songé?» Je ne trouve pas!

C.P. - Pensez-y bien! Il nous dit de laisser les morts s'occuper de leur mort. C'est une invitation à cesser de craindre la mort! C'est une invitation à les laisser mourir en paix. Ce qui fait le plus mal dans la mort de l'autre, c'est l'absence qui suit le départ. C'est de cela que nous avons peur. Bien qu'il s'agisse d'une continuité de la vie, la mort est le moment de la rupture d'une proximité physique.

B.V. Est-ce qu'il est possible de rencontrer Dieu au moment de la mort et d'arriver à la certitude qu'il existe vraiment?

C.P. - Un jour, il n'y a pas longtemps, quelqu'un me disait: «Vous savez, lorsque je suis entré ici, à l'hôpital, je ne croyais pas du tout en Dieu. C'est dans ma solitude et ma souffrance, et en voyant les infirmières et les préposés aux bénéficiaires travailler, que je me suis dit: il se peut que Dieu soit ici!» Chacun à sa façon peut être un outil pour montrer Dieu! Il passe même par les professionnels de la santé!

Il y a aussi plusieurs personnes que j'accompagne qui me parlent de Dieu sans le nommer. Peut-être seulement parce qu'elles n'ont pas appris à le faire! Sans trop le savoir, plusieurs me font vivre des pages d'Évangile.

Lorsque l'humain est confronté au silence qui survient dans la souffrance, il y a une recherche intérieure qui se fait. Je trouve cela fort malheureux qu'il faille se retrouver au cœur de celle-ci pour se dire: Et si c'était vrai?

B.V. - Chez les gens que vous accompagnez dans le couloir de la mort, qu'est-ce qui vous étonne le plus?

C.P. Ce sont les mourants qui offrent leurs souffrances pour d'autres personnes qui sont en santé. Leurs souffrances deviennent une source de salut pour les autres. Il y a une grande noblesse dans cette attitude.

B.V. - Comment annoncer à quelqu'un que son ange viendra bientôt le conduire à Dieu? Quels mots dire?

C.P. - C'est toujours délicat. On ne s'habitue jamais à annoncer à quelqu'un qu'il va mourir.

B.V. - Quels mots dire?

C.P. Avant tout, il faut s'assurer d'une présence et beaucoup d'écoute. Parce que, assez rapidement, la personne va avoir besoin de parler. Vous savez, c'est lorsqu'on les «laisse se dire» que les personnes en viennent à nommer Dieu parce que cela va ensemble. De plus, durant cette relecture de vie qui s'amorce, il y a de nombreux pardons qui se font. Ces moments de miséricorde sont d'intenses instants de joie pour le mourant et ses proches.

B.V. - Vous ne répondez pas à la question! Quels mots dire?

C.P. - Je ne sais pas. (Il fait un long silence. Il s'intériorise. Il cherche en lui, comme s'il n'y avait pas de réponse satisfaisante... Et il lâche un grand soupir en haussant les épaules... puis tente une réponse.) Il faut dire la vérité. C'est un moment trop précieux pour se taire. Personnellement, j'aimerais mieux le savoir le plus rapidement possible afin de pouvoir vivre intensément ces moments avec mes proches.

B.V. - Et lorsque la personne sait et qu' « elle se raconte », qu'est-ce qu'il faut dire? Qu'est-ce qu'il faut lui répondre?

C.P. La personne qui va mourir a peut-être juste le goût de parler de ce qui lui arrive. J'entends souvent le patient en soins palliatifs dire qu'il trouve cela désolant de ne pas pouvoir parler du sujet de sa mort avec sa famille. «Je sens une gêne. Je les sens mal à l'aise. Mais j'aimerais tant parler avec eux de ma mort!» dit-il de différentes manières.

Il y a, dans plusieurs familles, une «non-acceptation» de la mort de leur proche. On refuse donc d'aborder la question en lançant des platitudes comme: «Voyons! Tu vas guérir!» C'est une forme de déni. Lorsqu'un médecin a annoncé au patient que c'est la fin, il ne faut pas entretenir avec ce dernier de faux espoirs, car cela devient une forme de mensonge. Donc, pour répondre à votre question, il faut juste être présent et répondre à leurs questions, avec simplicité, et être le plus vrai possible.

B.V. - Avez-vous personnellement vécu une expérience de mort?

C.P. - Oui.

B.V. Comment cela s'est-il passé et qu'est-ce que l'expérience a changé dans votre vie?

C.P. - C'est cette expérience de la mort qui m'a donné la certitude que Dieu existe vraiment. J'ai fait, il y a quelques années, un arrêt respiratoire. On m'a réanimé. Durant ce moment, il s'est passé quelque chose en moi. Ça a été un déclencheur. Suite à l'expérience, je me suis mis en recherche. Je ne savais pas quoi, mais je cherchais vraiment. Je vous évite le récit de toutes mes démarches et tentatives, mais je suis finalement devenu prêtre catholique.

B.V. - Et quelles sont les conclusions de votre expérience?

C.P. - Je découvre dans mon sacerdoce et, surtout, à travers la mort des autres, ce que j'ai longtemps cherché. Je cherchais la dignité de la personne humaine. En réalité, c'est ma propre dignité que je cherchais! Et je ne savais pas où la trouver. L'avais perdu la mienne à travers mes excès de boisson et d'expériences sexuelles. Je la cherchais dans toutes les directions. À travers l'expérience de la mort, j'apprivoise ma propre vulnérabilité.

Toute personne meurt de la même façon. Qu'importe la vie qu'elle a eue! La promesse de la vie éternelle est la même pour tous. C'est là notre seule dignité. Même si dans la vie nous nous sommes tenus à l'écart de Dieu, c'est indéniable, la mort nous ramène à lui.

Chaque jour, j'accompagne des gens dans le couloir de la mort dans le cadre de mon travail d'animateur de pastorale en milieu de la santé. C'est tellement grand ce qui se passe dans cette expérience! Il y a quelque chose qui se passe dans la chambre du mourant, qui est vraiment plus grand que l'humain. Cette expérience est vraiment difficile à exprimer avec des mots, puisqu'une description juste est impossible. Cependant, je vous affirme que c'est une expérience extraordinaire! J'espère ne jamais m'habituer à cela!

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.145 à 151. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).