En ce 21 avril 2025

Sur le vif a Montréal

 

Sur le vif a Montréal en septembre 1986

Saisi de drogue a Granby

 

Saisi de drogue au 350, rue Simond Sud, a Granby, le 26 septembre 1986

Léon-Pierre Éthier


Léon-Pierre Éthier

Né le 28 mars 1936 (fils de Marie-Ange Lajeunesse et Éloi Éthier), Léon-Pierre Éthier nous a quittés le 12 décembre 2001, à l’Hôpital Saint-Luc, à Montréal. Il est inhumé dans le lot 04463 (section L) du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. Il a été un pionnier dans l’accompagnement spirituel en phase terminale des sidéens.

Article paru en juillet 1998

Du sida du corps au sida de l’âme

A la demande de son médecin, Léon-Pierre Éthier vit maintenant retiré. Depuis quelques semaines, il a laissé son travail auprès des sidéens. Son apostolat missionnaire a été considérable, se concrétisant entre autres dans l’accompagnement spirituel des sidéens en phase terminale. Au moment d’entrer en réclusion, Léon-Pierre Éthier, ce modèle a imiter, a accepté de raconter son itinéraire.

Pauvre parmi les pauvres. Rejeté parmi les rejetés. Voici la vie de Léon-Pierre Éthier.

Pendant neuf ans, il s’est occupé des sidéens a l’approche de la mort, en plein centre-ville de Montréal. La maladie n’était guère sa principale préoccupation. Alors que la recherche médicale s’active afin de trouver des médicaments pour améliorer l’état physique des malades, Léon-Pierre Éthier s’adresse à leur âme. Il présente « Jésus modèle de la route à suivre » aux sidéens et les accompagne spirituellement de la vie a la mort physique, et de la mort physique a la vie après la vie, au royaume des bienheureux du ciel.

Il est l’un des rares à aborder les sidéens avec le thème de la spiritualité, ce qui n’est guère à la mode au Québec. D’ailleurs, parmi des centaines de titres traitant du sida conservés à la Bibliothèque nationale du Québec, qui possède la plus importante collection de livres édités dans la belle province, aucun ne traite d’une approche spirituelle.

Tu vas attraper le sida!
« C’était un soir, il y avait des funérailles pour un sidéen. Les cendres étaient sur la table. Au baiser de paix, il y avait là un bonhomme qui avait l’air d’un cure-dent. Je me suis senti attiré par lui, alors que nous étions plus de 80 ans cette grande salle. Au moins 50 étaient porteurs du virus. J’ai été vers lui. Je l’ai pris dans mes bras. Je lui ai souhaité la paix de Jésus. Je l’ai embrassé et j’ai entendu à l’arrière de moi : « Attention, Tu vas attraper le sida! » Comme je venais de l’embrasser sur les deux joues – il avait plein d’herpès et de sans dans la figure -, je l’ai embrassé encore une fois sur la joue. Je lui ai dit : « Je t’aime et Jésus t’aime encore plus que moi ». Il m’a fait un beau sourire… Lorsque je suis dans la tristesse, je pense à lui et tout disparait. Ce jour-là, j’ai vu en lui la sainte face de Jésus », raconte Léon-Pierre qui, depuis cet incident n’a plus peur des sidéens et du sida.

Durant ses années de dévouement, il accompagne 610 malades. Une vingtaine d’entre eux meurent dans ses bras. Cela peut sembler héroïque, mais il ne faut pas croire que cela a été facile à vivre pour lui.

Daniel, qui a rendu l’âme le 4 décembre 1988, est de ce nombre. Léon-Pierre Éthier s’en souvient comme si c’était hier. Longtemps, le malheureux malade a hanté ses rêves. Aujourd’hui, l’accompagnateur a la certitude qu’il est en paix.

Il y a aussi Denis. Son histoire est unique. « Le père de Denis n’acceptait pas que son fils soit homosexuel », poursuit l’homme de 62 ans au verbe facile. « Il est venu le visiter quatre fois avant sa mort. Après son décès, il m’a dit : « Je veux mourir comme mon gars ». « Tu veux mourir comme une tapette !? », lui ai-je demandé. Il m’a répondu : « Oui! » Cet homme a été rejoint par les attitudes de son fils. Au moment de sa mort, Denis disait : « Je tiens la main de mon chum. Il est tellement beau, mon Jésus… » Lorsque son père venait le voir, il répétait les mêmes paroles : « Tais-toi papa, je tiens la main de mon chum… qu’il est beau!... Qu’il est beau... » Deux semaines avant de mourir, Denis s’est confessé et a assisté à la messe. »

Ghislain Robert est celui qui a le plus marqué sa vie. Il en parle comme un père parle de son fils. « J’ai vécu avec lui une profondeur spirituelle que je n’ai jamais vécue avec un autre sidéen. » Ce chic homme qui a été la victime d’un pédophile a l’âge de 9 ans – un ami de la famille – a souvent suivi Léon-Pierre Éthier dans ses tournées d’un bout a l’autre du Québec. Il parlait de sa maladie, de sa vie et de la foi en Dieu qui l’habitait. « Pendant 3 ans, j’ai visité 45 000 jeunes dans les écoles secondaires. Quatre mille m’ont écrit à peu près la même chose : si tu es venu juste pour moi, tu m’as sauvé… Je vais suivre tes conseils. Dernièrement, j’ai refusé l’invitation de 51 écoles parce que je suis malade. J’ai des pierres aux reins », dit-il, fier de son exploit et déçu de ne pouvoir y donner suite.

Le sida, l’affaire de tous
Pour Léon-Pierre Éthier, le sida n’est pas seulement l’affaire des homosexuels et des plus pauvres de la société. Toutes les classes sociales sont touchées. Mais les gens ont honte de cette maladie et les décès par cause du sida sont souvent annoncés sous le couvert du cancer ou d’autres maladies.

« Condom du fun »
Le condom protège un peu des infections, mais n’empêche pas toujours la contamination des partenaires sexuels. Le latex contient de très petits trous : trop petits pour laisser passer les spermatozoïdes, mais assez grands pour laisser passer le virus du sida.

Le meilleur moyen de ne pas attraper le virus est l’abstinence, bien sûr. Beaucoup prônent aussi une meilleure éducation sexuelle comme protection. Mais on se trompe : ce n’est pas d’une éducation sexuelle que les jeunes ont besoin, mais d’une éducation a l’amour. Aimer, c’est savoir attendre l’autre. Néanmoins, pour les aventures compulsives, deux épaisseurs de latex valent encore mieux que rien.

Enfance
Léon-Pierre Éthier est né dans une famille de 13 enfants. Il a connu une enfance difficile : son père était alcoolique, très intransigeant, qui faisait souvent pleurer sa mère.

Comme tous les membres de sa famille, a 15 ans, il « bummait » dans les rues de Montréal. Pendant 3 ans, il a mené une vraie vie de clochard.

Il confie : « Il y a 45 ans, lorsqu’on bummait, on avait pitié de nous autres : c’est un mendiant, un petit de la rue, c’est un pauvre! Alors on nous accueillait, on nous gardait dans une petite chambre pour dormir l’hiver. L’été nous couchions dehors. J’aimais bien fouiner d’un bord a l’autre, à me déniaiser… C’est comme ça que j’ai visité une partie de la province de 15 à 18 ans. J’étais un clochard, un bum… Pis j’aimais ça! J’étais bien dans ça! »

Vie en communauté
Heureusement, son cas n’était pas désespéré. En 1954, il entre en communauté. Il avait 18 ans. Huit ans plus tard, juste avant de prononcer ses vœux, il quitte la congrégation. « En arrivant chez moi, mon père m’a dit : « Tu es défroqué! Tu es le déshonneur de la famille! Retourne donc dans la rue! » Léon-Pierre passe encore six mois à la rue, à vagabonder.

En novembre 1962, il est décidé à se suicider, mais le hasard allait changer son plan. « J’entre dans une église. Il y avait là un prêtre qui prêchait. Il m’a touché. Après la cérémonie, je suis allé le rencontrer. Il m’a fait entrer dans son groupe religieux. Mais… Je trouvais ça trop riche. Alors il m’a dit : « Je vais t’envoyer dans une communauté qui ramasse n’importe quoi ». Si au moins il m’avait dit… n’importe qui! J’y suis entré et demeuré pendant 14 ans. C’était une congrégation semi-contemplative. »

Diaspora
Après des années passées dans cette congrégation, il la quitte dans le but de devenir diacre permanent dans un diocèse ou l’évêque désire ses services. Le berger diocésain l’aide afin qu’il soit relevé de ses vœux perpétuels. Après quelques mois de formation universitaire, l’évêque meurt… Son projet tombe à l’eau. Cependant, il deviendra agent de pastorale. Pendant huit ans, il s’occupera des clochards, des pauvres de la Saint-Vincent-de-Paul et des jeunes de la rue. Durant ces années, il passe également 6 mois en France, a l’Arche de Jean Vanier.

En 1980, a la mort de la deuxième épouse de son père (sa mère est décédée en 1974), il décide volontairement de retourner vivre dans la rue. Il se donne doux mois a temps plein pour toucher du doigt les souffrances morales des jeunes de la rue. Mais la vie de clochard n’offre plus le même confort ni la même joie de vivre que dans sa jeunesse. Les problèmes sociaux ne sont plus les mêmes après tant d’années.

En 1981, il commence une série d’expérience : trois mois à la Famille Myriam Beth’léem à Baie-Comeau, trois mois à Hauterive au service de la prévention du suicide, trois mois a la Trappe de Mistassini, trois mois à Sutton avec les alcooliques et un séjour un peu plus prolongé au monastère des Trinitaires à Granby ou il travaille auprès du père Jean-Paul Regimbal. Il revient finalement à Montréal pour s’occuper des jeunes de la rue, jusqu’au jour où il fonde une fraternité pour les sidéens,

Un vrai « bum »
« Je suis un vrai bum! Bummer est une vocation spéciale! On a la liberté! On n’a pas un dollar dans les poches, mais on a tout! » lance-t-il avec élan.

Aux hommes? Aux femmes?
La question de l’orientation sexuelle d’une personne est toujours délicate à aborder. Léon-Pierre Éthier, lui, n’hésite pas l’ombre d’un instant à dire sa préférence pour la gent féminine.

Longuement, il parle des deux femmes qu’il a profondément aimés. A 17 ans, il a connu une étudiante en soins infirmiers qui a été envoyée de Montréal à Québec chez une tante puisque ses parents s’objectaient a cette relation. A 26 ans, a sa sortie de communauté, il a aimé une jeune fille dont le père était avocat. Encore une fois, a cause de la famille de la jeune fille qui ne voulait guère du jeune Léon-Pierre dans le clan familial parce qu’il n’était pas du même rang social, l’histoire amoureuse prend fin. La première s’est finalement mariée. Il n’a jamais eu de nouvelles de la seconde (lorsqu’il parle de cette dernière, ses yeux et sa voix s’emplissent d’émotions). Il a visiblement encore plein de tendresse pour elle.

Des saints sidéens
« Il faut faire cheminer les âmes vers Dieu. Le Seigneur a mis dans mon cœur que ces malades ont plus besoin de la lumière éternelle que de simples soins du corps. C’est vrai qu’il faut les soigner physiquement, mais le soutien moral est très important pour ces personnes qui bien souvent ont été délaissées, mises de côté a 15-18 ans et qui ont dû cheminer dans une voie qui n’était pas celle qu’ils désiraient pour gagner un repas ou un coucher le soir », explique-t-il.

Il conclut : « A travers tous mes amis, les malades du sida, je découvre Jésus. Je découvre un Jésus à l’agonie quand ils apprennent qu’ils sont porteurs du virus du sida; je découvre un Jésus crucifié lorsqu’ils avancent dans leur maladie; et je découvre un Jésus ressuscité au moment de leur départ vers le Père et qu’ils me disent : « Tu sais, j’embrasserai Jésus pour toi! » Ce qu’ils attendent de nous, c’est un regard de tendresse et d’amour ».


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 65 à 71. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 20 avril 2025

Le chemin de notre amour

Paul-André Comeau


Paul-André Comeau

Né à Montréal, le 9 mars 1940, Paul-André Comeau est professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ENAP). Il s’est surtout fait connaître pour son travail de journaliste. Il a longtemps été correspondant de Radio-Canada auprès de la Communauté économique européenne, de 1970 à 1982, et à Londres, de 1982 à 1985. Par la suite, il a été rédacteur en chef au quotidien Le Devoir, de 1985 à 1990, année où il devient président de la Commission d’accès à l’information du Québec. Il a une maitrise en science politique de l’Université de Montréal (1965) et une DES de la Fondation nationale des Sciences politique, de Paris (1967).

Article paru en partie en septembre 2001
Voici l’article complet.


Métier: chercheur didactique, chercheur de vérité

« Comment s’y retrouver dans cet hypermarché des opinions et des idées, et, surtout, comment arriver à se situer?”, questionne l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) dans son document « Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle », publié en 1999. « Chez une personne non suffisamment éclairée, cela peut conduire à l’indécision et engendrer la perplexité. Tout devient relatif, ce qui signifie que rien ne mérite d’être poursuivi de manière absolue. Devant l’hyperchoix, les différentes options peuvent être simplement banalisées ».

Le journaliste Paul-André Comeau est professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ENAP), une constituante du réseau de l’Université du Québec. Il admet que le problème de la banalisation de l’information médiatique est crucial: « On en arrive à placer au même niveau les mêmes informations et à être capable de se faire une hiérarchie qui permet d’avoir une valeur derrière les événements ou les idées rapportées. La faute de cela est imputable à la multiplicité et a l’abondance des sources, mais aussi à une façon de traiter l’information et à placer à peu près tout sur le même plan. » Les exemples sont nombreux. Il suffit de regarder les actualités télévisées pour mesurer à quel point des faits secondaires sont traités comme étant des événements d’importance nationale.

Des pistes pour bien s’informer
Une façon de sortir de la banalisation face à la multitude d’informations est de se forcer, même si cela n’est pas toujours facile, à confronter les informations nord-américaines à la façon dont on les aborde ailleurs sur la planète. Il faut regarder, à l’égard des mêmes événements, comment on les traite différemment, comment on les situe dans un contexte différent et quelle perspective on leur donne. Cette façon de faire n’est pas miraculeuse, mais elle témoigne des valeurs et des cultures différentes. « Pour traiter notre relativisme, il faut provoquer nos valeurs avec d’autres valeurs », lance le spécialiste en information internationale.

Concrètement, comment bien s’informer? Sur le plan de l’actualité internationale, « on peut regarder toutes les émissions d’informations d’ici, mais je pense qu’il faut aller plus loin que cela. Pourquoi ne pas regarder quelques soirs par semaine The World TV Report de la BBC, émission diffusée sur différentes chaines dont News World? On se rend compte, dans ce bulletin en provenance de l’Angleterre, qu’il y a une hiérarchie dans la présentation des nouvelles internationales totalement différente de ce qu’on nous présente ici. On voit non seulement des événements, mais aussi des problèmes de sociétés, de continents et, également, de valeurs », dit-il. Il vante aussi les informations des bulletins de France, de Belgique et de Suisse présentés sur TV5. A ses étudiants, il recommande aussi Radio Vatican.

Du côté des médias écrits, il encourage la lecture du quotidien Le Devoir qui, selon lui, avec des moyens modestes, a une façon différente de s’attarder aux problèmes. Même s’il ne le considère pas encore comme un journal de référence, il remarque que La Presse fait des efforts remarquables pour élargir ses perspectives et donne un peu plus de lumière a son regard sur le monde.

Enfin, il affirme qu’il faut jeter un coup d’œil sur The Globe and Mail, propriété de BCÉ, qui, selon lui, le meilleur au pays. « C’est le seul journal canadien qui offre une perspective différente sur l’actualité d’ici. Voici un exemple: dans la semaine du 30 avril 2001, c’est le seul quotidien national qui a joué à la une la béatification de la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. Cette équipe a jugé que cela est un événement de société qui interpelle. Une femme qui, en 1850, fonde une communauté religieuse et qui dira a Mgr Bourget que dans les écoles de campagne il faut qu’il y ait des écoles mixtes par qu’il n’y a pas assez de monde... Il faut le faire! C’était audacieux pour l’époque! Ajoute l’homme de 61 ans aux cheveux blancs.

La vérité
Paul-André Comeau est un chercheur de vérité. D’ailleurs, n’est-ce pas l’importance de cette vérité que le pape Jean-Paul II rappelait, en 1993, dans sa lettre encyclique Veritatis Splendor traitant de certaines questions fondamentales de l’enseignement moral de l’Église? « S’il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l’obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu’elle est connue, d’y adhérer » A, écrivait-il. N’est-ce pas la pensée de l’apôtre Jean qui écrit dans son évangile: « Celui qui fait la vérité vient à la lumière? »

Qu’est-ce que la vérité? « C’est une situation idéale ou on est sûr de la réalité du fait, de l’explication et de la signification. Il y a donc très peu de vérités... Celle qui existent sont fondamentales et elles débouchent toutes sur des questions relativement simples, mais immenses (!), sur le sens de notre passage sur terre », explique Paul-André Comeau.

Toutefois, comment trouver la vérité? « C’est une démarche personnelle. La recherche de la vérité, c’est la volonté d’aller au-delà des apparences et d’accepter de mettre entre parenthèses le relativisme ou les recettes faciles. La vérité, c’est le début de l’absolu. Ce sont les quelques grandes certitudes qui peuvent nous surprendre et, dans certains cas, nous éblouir », ajoute-t-il.

C’est dans cette recherche de l’absolu qu’il souhaite que l’Église catholique se situe. A sa façon, il redit, sans le savoir, ce qu’un patron d’une salle de presse mentionnait, en 1992, au Comité des communications de l’AEQ: « Autrefois, on respectait celui qui possédait la vérité, maintenant on respecte celui qui la cherche... qui sait aussi faire part de ses doutes. »

Sortir du pessimisme
L’information médiatique sert de point de départ pour se dégager de ce pessimisme ou de ce marasme du relativisme. Cependant, elle ne peut servir de réponse. Elle amène à réfléchir aux questions de sens et à voir si l’une ou l’autre pourrait se rapprocher de la vérité.

« Je ne pense pas qu’une personne bien informée, qui a structuré ses schèmes de références, puisse être capable de répondre aux questions fondamentales. Il faut faire un pas au-delà et, là, c’est toute la démarche qui sépare l’humanisme de la croyance. Il y a tout un pont à franchir. Il n’est pas évident et il ne s’impose pas de soi », livre l’érudit.

Comment faire ce passage transcendantal? La question l’embarrasse un peu. Il réfléchir quelques secondes avant de tenter une réponse. Puis, après un long silence, il conclut ainsi: « Les certitudes d’hier semblent avoir été toutes évacuées... Certains vont le faire d’eux-mêmes par une démarche consciente, par une réflexion. Je pense que c’est par le contact avec des gens qui ont un message qui peut nous amener à franchir cette étape.

Voilà une voie d’avenir pour l’Église d’ici. Le professeur invité à l’ENAP va dans le sens des propos de la journaliste Denise Bombardier. Elle lançait aux évêques québécois, dans le cadre du colloque national sur l’Église et les communications sociales tenu au Séminaire Saint-Augustin, a Cap-Rouge, les 4, 5 et 6 juin 1992: « Vous êtes victimes de quelque chose qui est tout à fait à la mode et qui est le relativisme. Plus personne ne veut admettre qu’il faut hiérarchiser les valeurs. Plus personne ne veut admettre et ne veut dire à haute-voix qu’il y a des choses plus importantes que les autres, qu’il y a des choses plus fondamentales. Vous savez ce que cela donne, [...] ça donne des jeunes qui ne font plus de distinction entre Dieu. Mickey Mouse et un extra-terrestre [...]. Il faut que vous cessiez de ne pas oser. »

Pour P.A. Comeau, l’Église a joué un rôle prophétique lors du Concile Vatican II. Il fait remarquer qu’elle est la seule société internationale à être le réceptacle de valeurs, de pratiques et de croyances universelles et, aussi, par ses incarnations dans les régions, les pays et les sociétés, à être profondément enracinée. Il trouve cela fort intéressant parce qu’elle est capable de répondre à l’inquiétude des jeunes et des moins jeunes devant la tendance à la mondialisation et à la nécessité de se raccrocher à son terroir, a sa société, a ses valeurs plus locales.

« L’Église me semble à la convergence incroyable du cri du cœur et de l’inquiétude d’aujourd’hui. Contrairement à un certain pessimisme, l’Église a en main des éléments pour donner un nouveau souffle à la proclamation de son message et, surtout, dans sa tentative de rejoindre les gens parce qu’ils sont un peu déstabilisés par le relativisme et les problèmes rattachés à cela. Il est en mesure d’offrir des solutions sérieuses », croit-il profondément. Il encourage l’Église à prendre une place de plus en plus grande dans les médias, tout en se gardant de n’être qu’une voix parmi tant d’autres. « Son message doit rester un message fort! »

Ce discours incarné dans la société contemporaine pourrait bien aller jusqu’à susciter l’admiration. Comme le spécifiait l’auteur Guy Fournier aux Petits déjeuners Communication et société, le 10 février 1999: « Je ne pratique plus depuis longtemps, mais je ne suis pas un cas désespéré! Ça pourrait recommencer si notre Église forçait mon admiration en sortant de sa réclusion pour nous réapprendre ce qu’est le véritable héritage chrétien... »

Un passé garant de l’avenir
Cet héritage chrétien, Paul-André Comeau le connaît bien, lui qui est habité par une présence particulière, par des valeurs de sagesse. Ces propos le font sourire: il estime qu’il y a surtout en lui des valeurs d’inquiétude et d’imperfection.

« Je n’ai jamais la certitude d’avoir réussi et je n’ai pas la conviction d’avoir trouvé la réponse définitive a toutes les questions que je pose. La valeur à laquelle je me rattache, sur le plan professionnel et personnel, est la nécessité et le gout de toujours faire mieux la prochaine fois. C’est presque une obsession en moi. Je suis relativement réaliste et, lorsque je viens de faire quelque chose, je sais si cela a bien été ou le contraire et je sais qu’il y a toujours quelque chose à corriger. Je n’ai jamais été totalement satisfait de ce que j’ai fait. Cela m’amène à pouvoir recommencer en me disant que je pourrais faire mieux telle ou telle chose. Dans un sens, je suis probablement en recherche d’absolu. C’est l’héritage que j’ai reçu d’un professeur de l’externat classique », dit-il en émergeant d’un moment d’introspection; il relève que ce n’est pas tous les jours qu’on se fait questionner sur les valeurs fondamentales de la vie.

L’abbé Hectorien Chapdelaine, professeur au Collège Mgr Prince, de Granby, ville ou la famille de Paul-André Comeau s’établit lorsqu’il a 10 ans, a fortement influencé sa personnalité. Il n’a que des éloges à son égard: « Ce bonhomme qui n’avait pas fait des études au-delà de son grand séminaire, avait le don de nous provoquer et de nous obliger à être meilleurs. Il y avait chez lui une recherche de l’élitisme intellectuel. Je suis reconnaissant à ce prêtre - lorsque j’avais 13 et 14 ans – de m’avoir profondément marqué et de m’avoir incité à me remettre continuellement en question. »

Un chercher didactique
Sa carrière commence à titre de relève d’été à La Voix de l’Est, il passe ensuite au quotidien Le Devoir, puis a l’information internationale a la télévision francophone de la Société Radio-Canada, et, enfin, à la présidence de la Commission d’accès à l’information. C’est en revenant constamment sur son travail que le journaliste est devenu un véritable chercheur.

« Je suis un chercheur didactique. J’ai que ma recherche profite aux autres. Je ne pourrais pas vivre isolé. J’ai besoin de communiquer et de rencontrer des gens. [...] Depuis toujours, ce qui me fait le mieux vivre est de faire des choses significatives pour la société. J’ai toujours eu la prétention d’être, avec d’autres, un instrument de développement culturel et un éveilleur qui amène les gens à réfléchir », confie Paul-André Comeau. Jean-Paul II, le roi de la Cité du Vatican, ajouterait, sans aucun doute, ce qu’il écrivait en 1999: « Toute recherche humaine est, en fin de compte, une recherche de Dieu. »

Ce fils de banquier, né le 9 mars 1940, à Montréal, ne sait pas si c’est à cette recherche honnête et constante de la vérité qu’il doit son excellente réputation. De toute façon, cette question n’a pas grand intérêt pour lui.

Même s.il est flatté que sa renommée l’amène à ce qu’on le consulte publiquement, il importe pour lui qu’on comprenne bien qu’il s’est interrogé sur la pertinence de cette rencontre, qu’il essaie de comprendre et de présenter son état de la situation et ses hypothèses et, surtout, qu’il est à l’écoute.

« Je ne pense pas être très social, explique-t-il. Les cocktails, les rencontres sociales et tout cela, j’y vais parce qu’il faut y aller, mais ce n’est pas une partie de mon existence. Par contre, le contact interpersonnel, ou même par groupe au niveau des échanges d’idées, cela m’est très important. »

Fidèle malgré la distance
Sa tendresse envers sa femme et la fidélité qu’il lui voue ont une grande importance pour lui. Elle travaille en Europe et lui, à Montréal. Ils font la navette entre Montréal et Bruxelles depuis plusieurs années. Elle s’occupe de francisation auprès d’enfants et de réfugiés politiques, avec les Sœurs de l’Assomption. Son regard s’allume lorsqu’il est question d’elle, même après 35 ans.

C’est lors de ses études à Paris qu’il a rencontré cette complice de vie à qui il est très attaché. Même si leur mode de vie est particulier, il ne cache pas le bonheur qu’il éprouve lorsqu’il la retrouve quelques fois par années.

La vie malgré les épreuves
On dit familièrement que rien n’arrive pour rien dans la vie et que les épreuves son-là pour nous inciter à grandir. Paul-André Comeau en sait quelque chose. Il y a quelques années, il perdait son fils unique de 27 ans, un pédiatre voué à un brillant avenir.

Nul besoin de souligner qu’il est peu bavard sur le sujet tellement la peine que ce souvenir provoque en lui est toujours vivantes. Il y a des événements pénibles, impossibles à comprendre. Paul-André Comeau affirme que ce moment difficile l’a amené à réfléchir sur le sens de la vie. Il a compris que s’il était encore ici, c’était afin de continuer à s’améliorer et à partager ce qui l’habite.

Amenez-en des projets!
Il ne songe guère à la retraite. Des projets, il en a plein la tête dont celui de rédiger quelques ouvrages liés à ses cours. Dans un premier temps, il souhaite compléter une synthèse sur l’histoire du Québec, afin de mettre en lumière les ruptures et les lignes de fond de l’histoire d’ici depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiales (1939-1945). Il mijote aussi une réflexion sur l’évolution des valeurs dans la société québécoise.

Il n’y a rien de relatif pour Paul-André Comeau. Pour lui, tout ce qu’il entreprend mérite d’être poursuivi de manière absolue. Cette recherche n’est-elle pas un chemin de maturité spirituelles?

C’est par la diversité des opinions et la recherche constante de la vérité qu’il est possible de sortir de la morosité du relativisme contemporain. Sans être parfait, le roman de la vie de Paul-André Comeau est un témoignage vivant. A force de jouer à la chasse au trésor, il finira bien par le trouver!


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 73 à 81. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 19 avril 2025


Hier,18 avril, premier jour du vote par anticipation au Canada, je suis allé voter, a Sainte-Julienne, près de chez moi. Et puis, je n'ai PAS voté pour le Parti libéral du Canada.

Veillée pascale


En ce 7e jour de ma montée pascale qui se terminera ce dimanche de Pâques, j'ai participé à la longue veillée pascale a l'église catholique de Saint-Jacques-de-Montcalm (20h a 22h), dans la région de Lanaudière.

Agenda

Accident sur la rue Denison Ouest, a Granby


Le 4 septembre 1986, un accident survient sur la rue Denison Ouest, a Granby. Derrière la caméra, Benoit Voyer capte quelques images du remorquage de L'Unité 7/24.

PORTRAIT: Jean-Guy Dubuc


Jean-Guy Dubuc

Jean-Guy Dubuc est conseil en communication et prêtre catholique. Deux fois par semaine, il signe des éditoriaux dans La Tribune (Sherbrooke), La Voix de l'Est (Granby) et Le Nouvelliste (Trois-Rivières). Après avoir enseigné la théologie à l'université, il a été éditorialiste à La Presse et éditeur à La Tribune et à La Voix de l'Est. Pour lui, sa présence dans les médias a été bien plus qu'un travail. Elle a été sa mission de vie, sa mission de prêtre, qui est celle de porter l'Évangile.

En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait: « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable [1].»

Article paru en mai 1999

Mission: homme de service

«Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile, ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie...», dit Jean-Guy Dubuc. Cet homme, dont peu de gens soupçonnent qu'il est un prêtre catholique, travaille depuis 40 ans à diffuser l'Évangile... à sa façon.

Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme. «Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile », lance-t-il spontanément.

Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les frères des Écoles chrétiennes que débute sa longue montée. « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9e année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. A la fin de la 6º année, j'ai dit à mon père: "Je ne veux pas aller au Mont Saint-Louis!" "Pourquoi?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre!"», raconte le futur éditorialiste en chef du journal La Presse et président-éditeur des quotidiens La Voix de l'Est et La Tribune.

« Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image(!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine».

Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8h 15 et finissaient à 18h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.

Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). «Chez nous, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, nous allions au salon et papa s'installait au piano...», se souvient-il fièrement, le regard illuminé.

À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. II achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.

Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs.

«C'est pour cela que vous êtes devenu prêtre?» La réponse fuse: «Surtout pas! J'ai d'ailleurs été un des premiers à ne pas vouloir porter la soutane!»

Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.

Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.

«Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au Concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain! Le Cardinal était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu», explique-t-il.

En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.

Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Ille. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Ille.

«Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année », raconte-t-il.

Participation au Concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'Université Grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le Concile Vatican II et de se retrouver auprès du Cardinal et de ses deux collaborateurs.

Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d' «Église»

«Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le Cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui », commente le sympathique intellectuel.

Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.

La décentralisation est apparue et, surtout, les notions «Église peuple de Dieu» et «sacerdoce au service du peuple de Dieu». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.

«Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque: il y avait une opposition entre la foi et la raison», constate-t-il.

À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.

Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'Université de Montréal. Ses sujets: la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient: l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.

En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.

Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.

Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse.

«J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message: martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Age, les arts de la Renaissance...», ajoute le prêtre séculier.

Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.

La Presse
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.

Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.

Il reste attaché aux Journaux Trans-Canada et signe chaque semaine des éditoriaux qui sont publiés dans La Tribune, Le Nouvelliste et La Voix de l'Est.

Il est maintenant devenu consultant en communication auprès de grandes entreprises et de dirigeants de notre société qui désirent insérer des valeurs humaines, sociales et spirituelles dans leurs interventions publiques.

Tant qu'il y a des projets, il y a de la vie. Tant qu'il pourra rendre service, Jean-Guy Dubuc persistera. Voilà un modèle de vie au service des autres.

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1. «Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique», Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349.


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 95 à 101. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 18 avril 2025


"Hier, c'est dans le temple sacré de mon automobile que j'ai prié le Dieu de l'impossible"

Par Benoit Voyer
18 avril 2025
La cathédrale de Saint-Jérôme

Hier, c'était le 5e jour de ma montée pascale.

Brièvement de passage a Saint-Jérôme, dans les Laurentides, je me suis rendu a la cathédrale afin de me recueillir a la tombe de la bienheureuse Marie-Anne Blondin dont c'est la mémoire liturgique aujourd'hui et méditer un peu en ce jeudi saint.

Malheureusement, vers midi, je n'ai pas pu entrer dans le lieu de prière. Toutes les portes étaient barrées, le grillage de sécurité bien verrouillé et le secrétariat fermé pour les jours saints.

La situation est triste. C'est la semaine sainte et il n'y a aucun moyen de me recueillir dans l'église mère de ce diocèse qui est aussi l'église de son évêque, Mgr Raymond Poisson, sauf durant les heures des célébrations qui ne sont pas adaptées aux horaires des gens qui ne sont pas encore a leur retraite. En exemple, mardi dernier, la messe chrismale dans cette cathédrale était a 14h30, en plein coeur d'un jour de semaine. Il est clair que la clientèle cible avait plus de 65 ans. 

En ces années difficiles au Québec pour le christianisme et, de manière toute particulière pour la tradition catholique, il faut absolument garder accessibles des endroits ou une possible expérience de rencontre spirituelle intense puisse se faire. Une cathédrale est un de ces lieux. 

Ainsi donc, hier, c'est dans le temple sacré de mon automobile que j'ai prié le "Dieu de l'impossible".

Office du Vendredi saint


En ce 6e jour de ma montée pascale, j'ai participé a l'office du vendredi saint (a 15h) qui était présidé par l'abbé André Chevalier a l'église catholique de Sainte-Julienne dans la région de Lanaudière.

Histoire politique du Québec et du Canada

Brian Mulronney (1939-2024)


Par Benoit Voyer
18 avril 2025

J’avais hâte que le printemps arrive afin de poursuivre ma tournée des lieux de sépultures des anciens premières ministres du Canada et du Québec et de nombreux personnages politiques. C’est en novembre dernier que j’ai commencé la visite de ces lieux.

Hier, au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges j’ai visité les lieux de mémoire de Robert Bourassa (1933-1996), Louis-Olivier Taillon (1840-1923), Honoré Mercier (1840-1894), Joseph-Alfred Mousseau (1837-1886), Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898), Gédéon Ouimet (1823-1905), Brian Mulronney (1939-2024), les parents du premier ministre Jean Chrétien, Henri Bourassa, George-Étienne Cartier et François-Xavier Garneau.

Les parents du premier ministre Jean Chrétien

Gédéon Ouimet (1823-1905)

Louis-Olivier Taillon (1840-1923)

Henri Bourassa, fondateur du journal Le Devoir

Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898

Joseph-Alfred Mousseau (1837-1886)

George-Étienne Cartier, père de la Confédération canadienne

François-Xavier Garneau

Honoré Mercier (1840-1894)

Robert Bourassa (1933-1996)


Mes premiers ministres du Canada visités

18e - Brian Mulronney (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)

Mes premiers ministres du Québec visités

2e – Gédéon Ouimet (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)

5e - Joseph-Adolphe Chapleau (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)

6e - Joseph-Alfred Mousseau (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)

8e - Louis-Olivier Taillon (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)

9e – Honoré Mercier (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)

15e – Adélard Godbout (Cimetière Saint-François-d’Assise, à Frelighsburg, 29 novembre 2024)

18e – Antonio Barrette (Cimetière de Joliette,13 novembre 2024)

20e - Daniel Johnson (Cimetière de Saint-Pie-de-Bagot, 12 décembre 2024)

21e - Jean-Jacques Bertrand (Cimetière Sainte-Rose-de-Lima, à Cowansville, 29 novembre 2024)

22e – Robert Bourassa (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)

26e – Jacques Parizeau (Cimetière de Laval, 6 avril 2025)

28e - Bernard Landry (Cimetière Saint-François-Xavier, a Verchères,14 décembre 2024)

Mon ami Léon-Pierre Éthier


Ce 17 avril, de passage au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, a Montréal, j'ai visité mon ami Léon-Pierre Éthier, fils de Charles de Foucault et fondateur de la Fraternité Éric, un cercle d'accompagnement spirituel et humain pour les personnes atteinte du sida en phase terminale.  

 

ARTICLE DU JOUR: La bienheureuse Marie-Anne Blondin

Buste de la bienheureuse Marie-Anne Blondin
dans l'église catholique de Saint-Jacques-de-Montcalm,
dans la région de Lanaudière

La bienheureuse Marie-Anne Blondin

Par Benoit Voyer

18 avril 2025

Le 18 avril 1809, a Terrebonne, naît Marie-Esther Blondin, fille de Jean-Baptiste Sureau dit Blondin et de Marie-Rose Limoges. Elle est la troisième d’une famille de douze.

Elle vient d’un milieu pauvre et sa jeunesse est marquée par des deuils et des épreuves. Comme bien des enfants francophones du Canada, elle est analphabète. Toute sa vie son manque d’éducation sera une souffrance pour elle.

Jeune adulte, elle fera la connaissance de la Congrégation Notre-Dame, fondée par sainte Marguerite Bourgeois. Elle assiste à leur arrivée à Terrebonne et deviendra domestique au couvent. Les sœurs en profiteront pour lui apprendre à lire et à écrire.

A 21 ans, elle devient étudiante et novice a la Congrégation. On lui donne le nom de Sœur Sainte-Christine.

A cause de sa santé, on la renvoie. Esther vivra une grande tristesse.

Institutrice a l’école paroissiale de Vaudreuil, Suzanne Pineault, l’invite à se joindre à elle pour enseigner aux enfants. En peu de temps, Esther deviendra la directrice de l’établissement qu’on nommera l’Académie Blondin. En plus d’instruire les petits, elle forme des jeunes filles afin qu’elles deviennent enseignantes pour les écoles rurales.

En 1848, Esther par a l’abbé Paul-Loup Archambault, le curé de Vaudreuil, son rêve de fonder une communauté religieuse pour l’éducation des enfants pauvres. Il la soutient dans ses démarches mais lui dit : Ma fille, « attendez-vous a beaucoup souffrir».

Le 8 septembre1850, Mgr Ignace Bourget officialise la fondation des Filles de Sainte-Anne. Esther devient soeur Marie-Anne et en est la première supérieure.

Malgré la pauvreté de la communauté, les premières années seront tout de même heureuses.

Nommé aumônier, l’abbé Louis-Adolphe Maréchal lui fait la vie dure. Il ne cesse de la dénigrer auprès de Mgr Bourget et des religieuses. De plus, il s’immisce dans les décisions de la communauté pour imposer se vision des choses.

En 1854, la fondatrice est destituée et occupera des taches secondaires jusqu’à la fin de sa vie.

Le 2 janvier 1890, à Lachine, à l’âge de 80 ans, décède Esther Blondin, mieux connu sous le prénom de Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. Un jour elle sera béatifiée. Ses restes reposent dans la cathédrale de Saint-Jérôme. Elle disait souvent: « Si vous saviez comme le Bon Dieu est bon! »3

Angèle Rizzardo


Angèle Rizzardo

Sœur Angèle est l'enfant chérie des Québécois. Elle continue sa grande tournée du Québec afin de promouvoir les produits d'ici, en plus de collaborer aux magazines TV Hebdo et Les Idées de ma maison. Enfin, avec l'agence Solbec Tours, elle accompagne des groupes dans des voyages culturels et gastronomiques. Elle a longtemps travaillé pour le compte de l'Institut du tourisme et d'hôtellerie du Québec.

Article paru en février 2002.

Les confidences de sœur Angèle

En l'espace de quelques minutes, sœur Angèle Rizzardo a été consacrée superstar. Cette religieuse, membre de l'Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil fondé par Marie Gérin-Lajoie, n'en revient toujours pas. Un après-midi, alors qu'elle remplace un collègue de l'Institut de l'hôtellerie et de l'alimentation du Québec pour une simple démonstration culinaire à l'émission télévisée All Boubou à la Société Radio-Canada, elle devint, malgré elle, une coqueluche du petit écran. En quelques minutes, la cuisinière inconnue s'impose comme l'amie de tous les Canadiens francophones. Connue pour sa bonne cuisine, sa spiritualité et sa vie intime demeurent des mystères. Voici une interview exclusive réalisée dans l'intimité de sa résidence du boulevard Saint-Joseph, le «Hollywood» de sa congrégation religieuse catholique.

BENOÎT VOYER - La vie trépidante que vous menez depuis tant d'années ne semble pas avoir ébranlé la foi en votre Dieu. Quelle est votre recette?

ANGÈLE RIZZARDO - Je dois prier quotidiennement pour garder la foi. Ce n'est pas acquis! Ma vie est comme celle d'un couple marié... L'homme et la femme doivent être présents l'un à l'autre pour stimuler leur relation d'amour! C'est la même chose dans la relation que j'ai avec mon Jésus.

Chaque jour, je lui dis: «Je te remercie de m'avoir choisie.» La foi, c'est-à-dire l'acte de croire en son amour, est un cadeau merveilleux qu'il m'offre. J'aurais pu faire autre chose dans la vie, mais il m'a amoureusement choisie. D'ailleurs, il choisit presque toujours des gens ordinaires, comme vous et moi!

B.V. - Quel est le lien entre votre travail et la foi que vous tentez de vivre?

A.R. - Pour moi, le poêle et la table sont comme une offrande, comme une messe...

B.V. - C'est une belle métaphore, mais vous êtes une religieuse! Votre travail est de nourrir le cœur des gens de la bonne nouvelle de votre Jésus!

A.R. Je vous rappelle que le corps et l'esprit sont des complices. Si un corps est mal nourri, l'esprit ne peut pas cheminer vers mon Jésus!

B.V. Il est étonnant de constater à quel point les artisans des médias vous aiment! Ils apprécient votre respect et vous le rendent bien.

A.R. - Ils me disent souvent: «Merci de ne pas nous avoir cassé les oreilles au sujet de votre Jésus, votre époux». Le respect des autres est très important pour moi. J'essaie de toujours imiter Jésus lorsqu’il disait: «Si tu m'aimes, allez viens! Suis-moi! Viens marcher à ma suite!» Il n'a pas dit: «Écoute-moi! Je suis Jésus le Messie! Je suis quelqu'un, moi! Alors, pas besoin de parler! Il me suffit d'être présente dans mon milieu de vie en montrant que nous, les chrétiens, sommes des personnes différentes, particulièrement au chapitre du pardon. En 2002, si chacun avait un petit brin plus de respect en l'être humain, tout irait mieux!

B.V. - Vous parlez donc de lui par votre exemple...

A.R. - Ma mère, qui a maintenant 95 ans, m'a dit dernièrement: «Tu sais, parfois la vie est difficile. Il faut apprendre à se dire que le Seigneur nous a mis sur la terre parce que nous avons une mission à accomplir. Tu as ta façon à toi de parler de lui!»

B.V. - Pour la société québécoise contemporaine, votre Jésus, votre amoureux, c'est de l'histoire ancienne...

A.R. - Plus ça va, plus les gens vont avoir besoin de lui. Il y a eu une évolution dans la société. Les gens ont reçu beaucoup de lui, et là, ils l'ont oublié. C'est comme quelqu'un qui dit: << Bien là, j'ai assez d'argent... Je ne passerai pas à la caisse. >> Il met la banque en état d'attente. C'est la même chose pour la foi! Bien des gens ont mis Jésus en situation d'attente, sur la tablette. Par chance, il est patient! C'est sa manière de nous montrer qu'il nous aime.

B.V. Comme Marie Gérin-Lajoie, vous avez une mission bien particulière. Vous arrive-t-il de vous comparer à la fondatrice de votre institut religieux?

A.R. Me comparer à elle serait une chose prétentieuse, parce que c'était une femme audacieuse.

B.V. - Mais vous êtes audacieuse!

A.R.- (Elle fait silence et pense à haute voix.) Oui, mais avec mon style à moi... Elle disait, soyez, dans la société, des femmes présentes, audacieuses et qui prennent les choses en main. (Elle continue sa réflexion après une brève rentrée en elle-même.) J'ai peut-être un peu reçu d'elle parce qu'elle m'a saisie, cette femme! (Ses yeux s'illuminent et une joie s'installe sur son visage en pensant à elle.) La première fois que je l'ai rencontrée, elle m'a touché le cœur. Elle m'a vraiment touchée!

Comme moi, elle avait une grande admiration pour la nature et pour l'être humain. Elle ne faisait pas de sélection et respectait chacun et chacune dans son cheminement. Elle disait: «Nous sommes tous au service de Dieu et des êtres humains. Nous devons demeurer humbles, pauvres et audacieuses.» Elle nous invitait à oser... Quelle femme merveilleuse!

B.V. - Vous avez montré au peuple québécois un autre visage de la religieuse. À votre façon, vous aussi avez beaucoup osé!

A.R. - Cette carrière publique est arrivée à mon insu. Si j'avais su, j'aurais eu peur! Croyez-moi! C'est en suivant l'exemple de Marie Gérin-Lajoie que j'ai accepté d'être là, au service des gens.

B.V. Marie Gérin-Lajoie vous aurait permis une telle mission publique?

A.R. - Je me suis toujours sentie comprise de cette femme. Elle croyait en ce que je faisais. Elle m'a tellement fait confiance que j'ai pris confiance en ce que je fais. Elle voyait toujours quelque chose de grand dans l'être humain. Comme vous... Je suis entière. Lorsque je suis avec vous, je ne suis pas ailleurs. J'oublie tout...

R.V. - Au fil des ans, quelle valeur avez-vous voulu transmettre au public?

A.R. L'amour de la famille. Présenter un petit plat, c'est une façon de dire l'amour. Je me suis toujours sentie complice de mon mari, de Jésus. C'est lui le plus grand. Imaginez ce qu'il a fait: la multiplication des pains, des poissons, du vin... Il commençait toujours par nourrir les gens. Il s'assurait toujours que le vin soit toujours de bonne qualité, du premier jusqu'au dernier verre...

B.V. - Vous ressemblez vraiment à votre fondatrice!

AR. - (Elle sourit bien humblement et ne répond pas à ce commentaire. Elle préfère continuer sur une autre voie. Elle se permet une confidence.) Un jour, Marie Gérin-Lajoie m'a dit: «Vous savez, ma p'tite sœur, le Seigneur va vous demander une mission pas comme les autres. Lorsque vous commencerez à avoir un petit filet blanc dans les cheveux, il y aura une nouvelle mission pour vous, une mission différente et spéciale...»

B.V. - Elle était clairvoyante!

A.R. - Oui! À cette époque, je pensais que je partirais pour l'Italie afin de fonder une mission! Ce n'était pas ça du tout! (Rires.) C'était la vie publique qui m'attendait...

B.V. - Le livre biographique de la journaliste Catherine Yoffé révèle plusieurs de vos petits secrets. On y apprend, notamment, que vous êtes « enfant de la guerre ». C'était la Deuxième Guerre mondiale...

A.R. - Je suis née au combat! Pour moi, la vie est un combat constant. Celui-ci ne doit pas en être un de tristesse, mais d'abandon, de service et d'amour en vivant un instant à la fois. Pour moi, chaque seconde ne peut pas se passer de la même façon parce que chacune est importante dans ma vie quotidienne.

B.V. - C'est la guerre qui a formé votre intériorité. On dirait que les enfants qui la connaissent sont façonnés avec plus de solidité en eux!

A.R. - Si les enfants d'aujourd'hui vivaient dix jours comme les enfants ont vécu de 1938 à 1945, ils seraient effectivement plus forts! Il faut dire aux jeunes que la vie est belle. Il y a toujours un dépassement dans celle-ci. Après les orages et la pluie, il y a toujours du soleil. Vous comprenez? Il y a toujours de l'espérance. Malgré les difficultés, il faut être forts comme les enfants au front. Avec un cœur rempli d'amour, il est possible de passer à travers toutes les épreuves. Pour arriver à apprécier la vie, il faut savoir faire silence en soi.

B.V. - Une petite prière avec ça? (lance à la blague le représentant de la Revue Sainte Anne, comme la petite fille de chez McDonald qui demande «Un chausson avec ça?»)

A.R. (Rires.) Pourquoi pas! Le mal à l'âme de la jeunesse d'aujourd'hui serait moins grand si elle savait s'arrêter pour prier. Quand on ne sait guère comment prier, la vie est plus difficile. La prière aide à espérer...

B.V. - Qui leur enseignera?

A.R. - Peut-être les grand-mamans! Et puis, elles sont moins occupées que les parents! Elles peuvent encore faire bien des choses... Elles ont un rôle extraordinaire! Celui-ci est essentiel. La mission de grand-maman est d'être présente et à l'écoute de ses petits-enfants. Imaginez l'effet qu'a la nourriture chez un enfant qui arrive chez sa grand-maman! La nourriture est un beau moyen d'entrer en contact avec ses petits-enfants. Le sucre à la crème est généralement irrésistible! Une recette, c'est comme un évangile... C'est plein d'amour.

B.V. - Nous apprenons, dans le livre de Catherine Yoffé que vous avez survécu aux bombes! Cela a dû être terrible!

A.R. - Il y avait plein d'enfants morts autour de moi. J'étais pleine de sang et de poussière...

B.V. Vous rappelez-vous ce qui se passait dans votre tête de gamine au moment où les bombes tombaient autour de vous?

A.R. - Comme si c'était hier! C'était terrible! Vraiment terrible! Je n'aime pas raconter ce que j'ai vu... Depuis la guerre, chaque fois que je me retrouve dans une situation extrême et que je ne sais plus ce qui va m'arriver, inconsciemment, je penche toujours ma tête dans la position du fœtus, e ressens toujours le choc. C'est encore terrible! Épouvantable!

B.V. - La position du fœtus est une position d'abandon...

A.R. - C'est un peu ça... Lorsqu'on sent la mort qui approche, on redevient comme des enfants. Tout ce qu'on réussit à faire, c'est de s'abandonner.

B.V. - Comme votre cher Niko a fait lorsqu'il est mort!

A.R. - (Elle s'enlise dans un long silence... Des larmes remplissent ses yeux. Le souvenir de son cousin et ami d'enfance, mort à l'âge de huit ans, la plonge dans une grande tristesse. Ses yeux bleus deviennent gris. En sanglotant, elle tente de continuer l'entretien, mais ce sera son dernier propos.) Je suis sûre qu'il est à la source de ma vocation.

B.V. - Il veille sur vous depuis votre jeunesse... C'est votre ange gardien?

A.R.-... (Elle acquiesce par un signe de la tête.)

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.107 à 113. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

ARTICLE DU JOUR: Tekakwitha, la sainte Catherine de Kanawake


Tekakwitha, la sainte Catherine de Kanawake

Par Benoit Voyer

17 avril 2025

En 1656, à Ossernenon, petit hameau connu de nos jours du nom d’Auriesville, dans l’État de New York, nait Tekakwitha. Ce prénom veut dire « celle qui met les choses en ordre ». Cette année-là, son père est chef mohawk.

Sa mère est de la lignée du peuple Algonquin. Elle fait partie du clan de la « Tortue » ou de la famille de la longue maison. Elle est baptisée dans la tradition catholique.

A l’âge de quatre ans, Tekakwitha contracte la variole, une maladie européenne. Elle survit à la pandémie, mais son corps en gardera des traces toute sa vie. En revanche, le virus ravage sa communauté, dont ses parents et son frère cadet.

Son visage est marqué par des cicatrices permanentes et deviendra quasi aveugle. Toute sa vie, elle devra tendre ses mains devant elle pour naviguer son chemin et se protéger contre les blessures.

À la suite de la pandémie, sa communauté se déplace de l'autre côté de la rivière à Caughnawaga, patelin devenu Fonda. Tekakwitha grandit chez sa tante et son oncle.

Comme les autres filles, elle aide à préparer les repas, cueille des baies dans les bois, confectionne des paniers et enfile des perles et du wampum.

A 11 ans, Tekakwitha rencontre pour la première fois un missionnaire jésuite. Le père James de Lamberville est de passage dans leur maison. Le Jésuites deviendra son confident. En bavardant avec lui, elle apprend à connaître la foi chrétienne de sa mère. D’une rencontre a l’autre, elle finit par demander le baptême. Elle portera maintenant le prénom de Catherine.

Sa famille n’est pas en accord avec le christianisation des amérindiens. Elle lui fera la vie dure.

En 1677, craignant pour sa sécurité, elle embarque à bord d’un canot avec un missionnaire catholique laïc amérindien. Ils font un long voyage. Ils traversent ce qui deviendra le Lac Champlain et remontent la rivière Richelieu jusqu’à la mission catholique Saint-François-Xavier, à La Prairie, sur la rive sud du Saint-Laurent. A cet endroit, elle pourra vivre sans contrainte sa foi chrétienne.

Le, 25 mars 1679, Catherine fait une promesse de virginité perpétuelle, ce qui signifie qu'elle désire rester célibataire, ne pas avoir de relations sexuelles et se dévouer totalement à son Jésus.

N’ayant pas une grosse santé et pratiquant des exercices de mortification comme c’était la coutume a son époque, elle décède le 17 avril 1680, à l'âge de 24 ans. Ses derniers mots sont: « Jésus, je t'aime ».

Témoins de sa mort, deux Jésuites raconteront jusqu’à la fin de leurs jours que, quelques instants après la mort de Catherine Tekakwitha, son visage balafré et défiguré par la vérole est devenu miraculeusement d'une beauté infaillible.

Elle est enterrée dans un cercueil en bois à côté de la croix de bois où elle a prié sur les rives du grand fleuve.

En 1684, Catherine Tekakwitha est exhumée du cimetière et ses restes transférés dans la sacristie. Ses restes humains sont placées à l’intérieur d’un coffre. Elle devient la première autochtone des Amériques à recevoir l’honneur de voir son corps reposer dans une église.

En 1972, les « Filles d’Isabelle » de Kahnawake recueille de l’argent et paient la confection d’un tombeau de marbre carrera qui est installé dans la chapelle de la mission catholique.

Au fil des ans, a cause de la communauté anglophone, Catherine devient Kateri Tekakwitha.

Catherine « Kateri » Tekakwitha est canonisée, au Vatican, le 21 octobre 2012 par le pape Benoît XVI. Sa mémoire liturgique est soulignée le 17 avril de chaque année.