RÉFLEXION SPIRITUELLE : Les « démons » de l'Évangile : une question de contexte

Les « démons » de l'Évangile : une question de contexte

Par Benoit Voyer

2 septembre 2026

Il y dans les écrits bibliques des mots et des visions du monde qu’il faut remettre en contexte. Hier on ne voyait pas les choses comme aujourd’hui. Le développement des sciences nous oblige à le faire.

En exemple, dans les textes au style littéraire évangélique, on utilise les mots « esprit impur » ou « démon » pour désigner la maladie. Ici on insinue cet esprit parce que Jésus dialogue avec lui : « Il se pencha sur elle, menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. À l’instant même, la femme se leva et elle les servait. » (Lc 4,39).

En hébreu, on parle de « souffle impur ». L’expression est tirée du culte juif et n’a rien à voir avec la morale. À ce sujet, le bibliste André Myre écrivait : « Le prêtre est chargé de protéger la société de ce qui pourrait menacer sa santé. Il va donc lui indiquer les réalités dont elle doit se garder : moisissures ou champignons toxiques sur les murs des maisons, malades dont les symptômes sont contagieux, animaux dont il faut éviter de consommer la chair, etc. Tout cela est « impur » au sens de menaçant, nocif, malsain, antisocial. Le grec a choisi de rendre l’expression « souffle impur » par daimôn, un mot désignant une puissance dangereuse pour les humains; de lui vient, évidemment, notre mot « démon ». Pour ma part, j’ai choisi de traduire l’hébreu par « souffle malfaisant ». Les scribes, auteurs des évangiles et des traditions qui s’y trouvent, utilisent l’un ou l’autre terme sans différence de sens. »[1]

Il ne faut toutefois pas perdre de vue le cœur du récit. Au-delà du vocabulaire propre à son époque, l’évangéliste veut montrer que Jésus est celui qui redonne la vie. La belle-mère de Simon est couchée, incapable d’agir. Dès qu’elle est libérée de sa fièvre, elle se lève et se met au service des autres. Chez Luc, ce détail est loin d’être anodin. La guérison n’est jamais une fin en soi; elle conduit à une vie renouvelée où la personne retrouve sa capacité d’aimer, de servir et de prendre sa place au sein de la communauté.

La scène suivante va dans le même sens. Jésus accueille tous les malades que l’on amène à lui et prend le temps d’imposer les mains à chacun. Personne n’est anonyme à ses yeux. Puis, au lever du jour, il se retire dans un lieu désert pour prier avant de reprendre sa route. Malgré le succès rencontré à Capharnaüm, il refuse de s’y installer. Sa mission est plus vaste : annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu à tous. Les guérisons racontées par Luc ne sont donc pas seulement des récits de miracles; elles sont les signes d’un monde nouveau où Dieu relève l’être humain et l’envoie vivre pour les autres.

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[1] André Myre, Les démons, ancêtres des virus et des microbes, InterBible, 25 mars 2019. https://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2019/comprendre_20190325.html