ESCAPADE: Le Parc national de la Yamaska

Hier, 23 avril, j'ai fait une belle petite randonnée pédestre du matin au Parc national de la Yamaska. Elle a débuté a 6h15 a l'entrée du chemin Maxime, a Roxton Pond. J'ai suivi le sentier de la Pinède et je suis revenu par celui du Grand Tour et de la voie d'accès du chemin Maxime. J'étais de retour a mon point de départ a 7h30, après avoir parcouru 3,1 km.










































LA CRISE INTÉRIEURE: Comment sortir de la crise intérieure? Propos de Rolande Parrot


Rolande Parrot

Rolande Parrot est responsable des communications à l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ). Elle a longtemps été rédactrice en chef de la revue L’Église canadienne et a écrit, en collaboration, le livre Faire face à la crise spirituelle (Fides, 1995). Elle a aussi travaillé au service des communications du diocèse catholique de Saint-Jean-Longueuil, a CKTM TV, à Trois-Rivières, et au diocèse de Joliette. Elle n’a jamais été mariée, car elle a fait, à l’âge de 14 ans, l’option du célibat.

Article paru en octobre 2001

Pour sortir d’une crise,
il faut la laisser agir en soi

Il n’y a pas de recette miracle pour sortir de la crise intérieure. Il faut du temps, beaucoup de temps, le temps qu’il faut... “On ne peut pas passer par-dessus le temps. Avec le rythme de la vie d’aujourd’hui, cela n’est pas facile. Lorsque nous traversons des étapes difficiles, il faut laisser les choses descendre en foi afin d’en tirer le meilleur part”, affirme Rolande Parrot, rédactrice en chef de la revue L’Église canadienne et responsable des communications à l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ), qui a écrit, en 1995, le livre toujours d’actualité Faire face à la crise spirituelle, en collaboration avec Bertrand Ouellet et Luc Phaneuf (Fides).

Sa pensée est restée la même depuis ce temps sur la compréhension de la crise. C’est dans son expérience personnelle qu’elle a puisé son inspiration et ses propos. De nature discrète, il n’a pas été facile de la convaincre, au-delà de la théorie d’ouvrir les portes de son intimité. Cet univers est privé. Il faut une bonne raison pour qu’elle accepte d’y laisser entrer les gens. C’est pour aider les lecteurs à mieux traverser leurs propres crises intérieures qu’elle a accepté de lever le voile.

“Des crises, on en traverse toute sa vie. C’est un passage à autre chose. Elle est normale dans le cheminement humain et, parce qu’elle provoque un choc en soi, elle nous fait grandir. Elle nous dit quelque chose de ce que nous sommes réellement et nous demande de trouver notre propre chemin. C’est l’arrivée à un carrefour: Maintenant, qu’est-ce que je fais de ma vie?” explique-t-elle.

La crise est donc une aventure, une occasion d’évoluer, d’avancer. Lorsqu’elle survient, il ne faut pas la raisonner, c’est-à-dire s’interroger inutilement sur les motifs qui la font apparaitre. Il faut la laisser travailler en soi et aller jusqu’où elle voudra bien nous mener. Un accompagnement humain peut aider à mieux la traverser et la laisser nous transformer.

La spiritualité au cœur de la crise
Pour Rolande Parrot, la spiritualité chrétienne est une voie privilégiée à explorer. Elle donne des pistes intéressantes qui amènent l’humain à mieux vivre les difficultés de la vie. Lorsqu’elles surviennent, il y a –notamment – deux éléments à toujours garder en mémoire

Le côté philosophique du concept élémentaire de la résurrection enseigne qu’il y a toujours un matin de Paques après un vendredi saint, c’est-à-dire qu’il y a de grandes expériences de vie à la suite des épreuves. Après la pluie le beau temps quoi!

De plus, “quand j’entre en crise, je me dis toujours, en premier, que l’Esprit saint parle par les événements. Je me questionne: Comment est-il présent dans ce qui m’arrive? Qu’est-ce qu’il veut m’enseigner? Ou veut-il me conduire? Il y a toujours, pour les gens qui restent ouverts, un appel intérieur a une certaine spiritualité. Celle-ci vient chercher tout l’être dans son orientation et son devenir”, renchérit-elle.

Désirer Dieu
Qu’est-ce qu’il faut faire pour reprendre contact avec Dieu, après l’avoir mis de côté, ou comment le rencontrer de manière sensible, voire significative? Selon Rolande Parrot, chaque personne doit se donner des lieux pour favoriser cette rencontre personnelle avec le Dieu révélé par Jésus-Christ. Elle donne en exemples les petits groupes de partage de la foi et le retrait, pour quelques heures, quelques jours ou quelques semaines, dans une maison de retraites spirituelles, un monastère ou une abbaye, comme à Saint-Benoit-du-Lac, Oka, Granby, Trois-Rivières. Rougemont et Québec.

Elle encourage aussi la lecture, à petite dose, de traités de spiritualité chrétienne. De son côté, elle ne cache pas son grand intérêt pour les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

Elle insiste: “Ce qui est encore plus important, c’est surtout de faire naitre le désir de rencontrer Dieu ou de le retrouver. Il suffit de demander! Personnellement, lorsque j’entre en période où j’ai le cœur froid, c’est ce que je fais! Il n’est pas nécessaire de faire de longues prières. Il suffit de faire la prière comme elle vient! Il suffit de demander avec la vérité de ce que je porte!”

“Dans les conditions nouvelles qui sont les nôtres, il importe de remonter là où la foi prend sa source, c’est-à-dire au cœur de l’expérience des gens. La source, elle se trouve dans les personnes, aux moments essentiels de leur vie, dans les expériences de base à travers lesquelles se manifestent les premiers frémissements, les premières rumeurs de la foi. C’est cette source qui est au point de départ de tout cheminement. C’est elle qu’il faut sans cesse rechercher, dégager, canaliser. Comme des sourciers, il nous faut redevenir attentifs à ce cheminement, lointain ou proche, de la source de vie. Attentif au puits secret, que chacun porte au plus profond de soi”, comme on lit dans Propose aujourd’hui la foi aux jeunes, une force pour vivre (AEQ). Rolande Parrot reprend cette idée à sa façon, avec des mots simples, puisés dans son propre cheminement de vie.

Être vrai
Pour sortir de la crise, il faut être vrai avec soi et trouver sa propre vocation, sa voie.

Le temps d’une minute, elle oublie l’interview et s’adresse à l’âme de l’homme derrière le journaliste: “A travers les entrevues que tu fais, il y a une ligne dans ta tête et dans ton cœur, même s’il n’y a pas deux textes pareils. Tu fais une recherche personnelle à travers cela... Tu as ta vocation propre de journaliste. Une autre personne qui viendrait me voir n’aurait pas les mêmes questions que toi! Tu les as choisies à partir de toi-même. Tu fais des interviews a la manière de Benoit Voyer. C’est là qu’est la richesse de ce que tu apportes à la société. C’est cela ta vocation!”

“Revenir à la source. Oublier le schéma des canalisations et des aqueducs pastoraux qui ne donnent plus guère d’eau. Chercher les sources de la foi, toujours souterraines, mais qui affleurent tôt ou tard, au ras de la vie. Elles sont là où les gens, fatigués, retrouvent le gout de boire, le gout de l’eau, le gout de vivre et de revivre”, lit-on dans le document d’orientation de l’AEQ.

Rolande Parrot reste fidèle à sa réflexion de 1995: “La connaissance de soi n’est jamais totalement acquise. Ce qui importe surtout, c'est de pouvoir tabler sur ses richesses, ses qualités, ses capacités, ses compétences; en fait, sur les éléments positifs de sa personnalité. A partir de là, il est plus facile de découvrir son style propre pour évoluer dans la vie. [...] Savoir qui on est pour reconnaitre les richesses que le Seigneur nous a données constitue un élément indispensable pour trouver la volonté de Dieu sur soi à travers les activités courantes et les engagements de sa vie.”

Il était une fois... la crise
Rolande Parrot est passée par une sévère crise intérieure pour en arriver à sa réflexion.

Avant 1968, tout allait pour le mieux en elle. Pendant 7 ans, elle se donne à une vie de célibataire au sein d’un nouvel institut séculier, la Société du Christ Seigneur, fondé par le père Ludger Brien, s.j. De 1960 à 1967, elle se donne corps et âme au service du Centre Leunis.

“Nous avions une formation très religieuse, presque cloitrée. Je suis tombée malade d’épuisement parce que je marchais à contre-courant du type de formation qui nous était donné. Malgré tout, je suis redevable au père Brier, surtout pour la formation spirituelle à l’école des exercices spirituels de saint Ignace de Loyola”, raconte-t-elle.

Ce rythme de vie ne lui va pas. Elle tombe malade. C’est le début de sa grande crise de vie. Elle souffre d’épuisement total. S’agit-il d’un burn-out, d’une mononucléose? Elle ne le saura jamais parce que ces concepts n’étaient pas encore très connus à l’époque. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’il lui faut trois mois de repos juste pour en arriver à être capable de tordre sa débarbouillette lorsqu’elle se lave et que, lorsqu’elle s’assoit, il lui faut, comme un bébé, des coussins pour se tenir assise. Il ne lui reste que sa volonté.

Dix-huit mois plus tard, elle réussit, de peine et de misère, à reprendre la direction du marché du travail. Elle n’a pas la santé, mais il faut bien manger et payer le loyer!

Elle rencontre Mgr René Audet, évêque de Joliette, qu’elle connait depuis quelques années. Elle lui explique son désir d’occuper un emploi permanent adapté à son état physique. Il lui confie un poste de secrétaire au département des communications de son diocèse. Elle ne connait rien au domaine, mais elle tente l’aventure.

“Au fond, c’est le Seigneur qui m’a dit: “C’est là que tu vas!” “Les événements ont fait que, par la suite, j’ai toujours travaillé dans l’univers des communications”, relate-t-elle.

Par la suite, pendant cinq ans, on la retrouve a CKTM TV (canal 13) à Trois-Rivières. La petite secrétaire goute à une série de nouvelles expériences qui l’amènent à travailler, pendant quelque temps, avec Roland Leclerc – animateur des émissions télévisées Le Jour du Seigneur (SRC) et Parole et vie (VOX) -, et lui font découvrir les métiers de la direction des programmes et de la production.

Pour mieux se connaître
Elle finit par se retrouver au journal du diocèse de Saint-Jean-Longueuil. “C’était énervant parce qu’il fallait écrire bien des articles et réaliser des interviews... A l’intérieur de moi, je me croyais assez forte! Au bout d’une année, j’étais complètement réépuisée. J’étais inquiète et très déçue. J’ai pris un été de congé. Sur les conseils d’une amie, je suis allée en thérapie pour apprendre à mieux me connaitre”, résume-t-elle.

“Lors de la première rencontre, poursuit Rolande Parrot, la thérapeute m’a dit: “A partir de ce soir, je vous demande deux choses: 1) Vous ne dites pas ce qui se passe dans mon bureau; 2) Vous arrêtez de penser. Vous n’avez rien réglé par vous-même? Alors laissez-moi travailler avec vous!” Je me suis dit: Qu’est-ce que je vais faire si je ne pense plus? Je suis alors rentré chez moi. Je me revois encore dans mon salon, décontenancée, me mettant à lire les psaumes. A partir de ce soir-là, toute ma vie spirituelle et tout le rapport a moi-même et à Dieu ont changé”.

Elle découvre, notamment, une nouvelle façon de prier. Elle trouve aussi sa propre manière d’avancer dans la connaissance d’elle-même et que, dans la vie, il faut apprendre à dire non.

Il lui a surtout fallu apprendre à faire beaucoup de choses avec son peu de force physique. Depuis ce temps, tout ce qu’elle entreprend, elle l’évalue en termes d’énergie. Est-ce qu’elle en a assez pour faire telle ou telle activité? De plus, “j’ai réappris à lire la bible, dit-elle. J’ai arrêté de faire de longues lectures et je me contente de petits passages à la fois” pour mieux les laisser produire son effet en elle.

En découvrant son univers intérieur et une nouvelle manière de vivre sa foi, elle est finalement sortie de sa crise commencée en 1968. A partir de 1980, tout change.

De l’énergie à revendre
En 1982, elle travaille toujours pour le diocèse de Saint-Jean-Longueuil, et sollicite de l’évêque du lieu, Mgr Bernard Hubert, la possibilité de poursuivre des études universitaires en théologie. Il accepte. Elle terminera sa formation trois ans plus tard.

En 1988, elle devient rédactrice en chef de la revue L’Église canadienne. “Je suis entrée la comme dans mon salon. J’ai découvert le plaisir de réfléchir. Depuis ce temps, je découvre beaucoup de gens: des théologiens, des gens d’Église...”, dit-t-elle.

En 1995, elle quitte son poste. Elle décide de rendre service à un éditeur et remplit des contrats ici et là. En 1998, elle devient adjointe au secrétaire général pour les communications a l’AEQ. En mars 1999, elle reprend son poste de rédactrice en chef à la revue L’Église canadienne tout en poursuivant son travail à l’AEQ. Le jour, elle rend service aux évêques, et les soirs et les fins de semaine à ses lecteurs. Elle ne chôme pas et a, maintenant, de l’énergie comme elle n’en a jamais eu depuis sa jeunesse.

Toujours célibataire, elle n’a jamais manqué à son option pour le célibat, une ferme décision prise à l’âge de 14 ans.

Rolande Parrot a travaillé fort pour sortir de la crise. Il lui a fallu du temps, beaucoup de temps, rien que du temps pour retrouver l’énergie d’antan. Elle y est parvenue. Depuis 1980, elle est heureuse comme jamais et, à l’heure de la retraite qui approche, elle n’a pas l’intention de s’arrêter. Lorsqu’elle y arrivera, elle souhaite écrire et continuer à rendre service. La recette miracle pour sortir de la crise, elle la connait maintenant. Il suffit d’être soi-même et de ne pas vouloir être autre chose que ce qui habite en soi. Pour être heureux, il faut trouver sa vocation, sa voie.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 45 à 52. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 23 avril 2025


Ce matin, j'ai fait quelques heures de recherche a la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby

Guy Boucher


Guy Boucher

Guy Boucher, l’ex-coqueluche du petit écran, a quitté la région de Sherbrooke pour retourner s’établir à Saint-Hyacinthe, ou il est né en 1943. Il prépare une nouvelle série pour la télévision et collabore à la pastorale au diocèse catholique de Saint-Hyacinthe. Enfin, il compose des chansons que les plus grands interprètes d’ici reprennent avec leur voix et leurs émotions. Guy Boucher a étudié à l’École nationale de théâtre puis il a obtenu quelques rôles à la radio et à la télévision de Radio-Canada. En1963, il devient animateur de l’émission Jeunesse oblige. En 1965, il connait un grand succès sur disque avec la chanson Devant le Juke Box, chantée en duo avec Ginette Sage.

Article paru en octobre 2002

"Dieu n’est qu’amour:
Il est complètement démuni devant nous!”

Malgré quelques épreuves qu’il a eues à traverser, Guy Boucher n’a jamais cessé d’être fidèle à l’appel intérieur qu’il a reçu, il y a une vingtaine d'années, lors d’un séjour chez les moines de l’Abbaye Saint-Benoit-du-Lac. Après avoir été l’ami de tout le peuple québécois, grâce à ses rendez-vous sur la scène, à la télévision et à la radio, il s’est retiré, en ermite urbain, pour vivre a plein sa relation avec Dieu. Lorsqu’il est question de son Jésus, son complice de vie, il parle de lui comme s’il le voyait en chair et en os, comme si l’invisible existait vraiment.

A travers son Échange, on découvre en lui les traces d’un grand témoin de la foi et de l’invisible.

BENOIT VOYER – Comment fait-on pour rencontre Dieu?

GUY BOUCHER – Pour chaque personne, ce n’est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale! Maintenant, je sais qu’il m’aime et qu’il est miséricordieux. Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n’en revenais pas. Je disais à mes amis: “J’ai eu une vie assez mouvementée. J’ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j’ai vécus, il n’y a rien qui peut égaler ce que je vis avec le Seigneur”.

B.V. - Pourquoi?

G.B - Parce que ça ne se vit pas de la même façon! (Il cherche des mots pour parler de son expérience) Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n’a rien de sexuel. C’est un amour inconditionnel. C’est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous...

B.V. - Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J’ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C’est ma souffrance... Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui? Qu’est que je dois faire pour le sentir présent?

G.B - La première chose à faire est qu’il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant. Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant deux ans et demi. Très fortement, je ressentais la présence de dieu.

Un jour, je me suis levé et Dieu n’était plus là. J’ai paniqué! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit: “Le Seigneur n’est plus là!” Il m’a dit: “C’est normal! On dirait que le Bon dieu se retire. Ce retrait n’est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C’est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n’avions pas d’épreuves, nous ne grandirions pas.”

B.V. - Il se manifeste toujours dans l’épreuve?

G.B. - C’est souvent ainsi! C’est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis. Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les psaumes! “Pourquoi Seigneur tu n’es plus là? Pourquoi m’as-tu abandonné?” Je t’invite à persévérer...

B.V. - Après l’épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu’avant?

G.B. - Mon expérience spirituelle n’est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n’y a rien pour m’enlever ce que je vis avec lui. C’est trop beau! C’est trop grand!

Certains matins, au moment où je fais oraison avec l’office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf! Ils me donnent de la misère à respirer! Je me lève, je me promène dans la maison... C’est ça, le bon Dieu! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste.

B.V. - Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles chaque matin...

G.B. - Je ne lui parle pas que le matin! Nous nous parlons aussi en soirée... et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n’ai même pas de radio! Lui et moi on en profite pour bavarder!

G.B. - Comme un ami!

G.B. - C’est bien plus que ça! Tu sas, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le gout d’être avec elle. Tu as le gout d’y communier! Tu as le gout de lui écrire ou de téléphoner... C’est comme ça dans ma relation avec lui. C’est une très grande relation d’amour.

B.V. - Parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai.

G.B. - Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient: “Ce n’est pas vrai tout ça!” Je leur dirais la même chose qu’à toi: “Voyons donc! Je le sais, moi Je l’ai vécu! Et je le vis tout le temps! Dieu n’est qu’amour. Il est complètement démuni devant nous... Il attend toujours après nous qu’on l’aime! Il attend toujours! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes... Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demande! Et n’oublie pas que c'est lui le boss! C’est lui qui va décider du meilleur moment.”

B.V. - Lors de ta conversion, tu as assurément reçu une grâce spéciale pour avoir une telle certitude...

G.B. - J’ai probablement reçu le charisme de la piété. Pour moi, la prière ce n'est vraiment pas une corvée. Sois attentif à la voix qu’il y a en toi. Il t’a aussi donné un charisme particulier.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 53 à 56. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 22 avril 2025


Café Jasette de l'ARPCQ


En ce matin du 22 avril, chez Tim Horton, sur la rue Saint-Isidore, à Saint-Lin-Des-Laurentides, avait lieu un "Café Jasette" de l'Association de Rousseau du Parti conservateur du Québec (ARPCQ). Benoît Voyer, le président de l'Association, et Vincent Curadeau, le vice-président, étaient présents. Un autre "Café Jasette" aura lieu très bientôt.

Le Parc récréotouristique de Saint-Lin-des-Laurentides


En ce 22 avril, je suis allé marcher au Parc récréotouristique de Saint-Lin-des-Laurentides. J'ai fait le sentier des lacs.











Moment de prière pour le repos de l'âme du Pape François


En ce 22 avril, à 9h, j'ai participé a la messe a l'église catholique de Saint-Lin-Des-Laurentides. Nous avons prié pour le repos de l'âme du Pape François et son successeur qui sera connu dans peu de temps.

Crisse!


Crisse!

Inédit
Août 2000

Crisse que ça fait mal en dedans quand t'es pas là.
Dans mon cœur y a un trou béant, un vide immense.
Crisse que j'ai besoin de toi, de tes beaux yeux.
Avec toi, y a pu rien de pareil.

On fera l'amour jusqu'au soleil levant.
On se donnera de la tendresse, on s'aimera pour vrai.

On se fera des projets, des plans pour demain.
On se fera des câlins, pis des bisous partout.

Je déballerai ton trésor et j'y mettrai dedans
une belle fleur de plus, un beau cadeau d'amour
parce que moi je crois en toi.

Jean-Claude Turcotte


Jean-Claude Turcotte

Le cardinal Jean-Claude Turcotte est archevêque de Montréal depuis le 17 mars 1990 et est membre du Collège des cardinaux depuis le 26 novembre 1994. Il est né à Montréal le 26 juin 1936 et a fait ses études classiques au Collège André-Grasset (1947-1955). Il entre au Grand Séminaire de Montréal, il y poursuit ses études en théologie et obtient une licence. Il est ordonné prêtre le 24 mai 1959. Après avoir été vicaire en paroisse et assistant-aumônier diocésain a la Jeunesse ouvrière catholique (JOC), il poursuit ses études en France afin d’y obtenir un certificat en pastorale sociale. Après avoir occupé de nombreuses fonctions, il est nommé évêque auxiliaire de Montréal, le 15 avril 1982.

Article paru en septembre 2002

"Je vais te confier qu’il y a des matins que
ca ne me tente pas de célébrer la messe…"

Homme de terrain, le cardinal Jean-Claude Turcotte accepte rarement les entrevues journalistiques intimistes. Il est très pudique. Il se confie difficilement, car, pour lui, sa vie intérieure est un jardin secret qu’il veut préserver. Cependant, après plusieurs mois d’hésitation, il a accepté un rendez-vous journalistique. Cette interview, qui devait porter sur le bonheur et sur ce qui donne du sens a sa vie, s’est rapidement transformée en une rencontre très intime entre deux âmes : une qui vit tout simplement son bonheur et l’autre qui le cherche.

BENOIT VOYER – Monsieur le cardinal, pour vous qu’est-ce que le bonheur?

JEAN-CLAUDE TURCOTTE – Pour moi le bonheur c’est d’avoir le sentiment d’être utile. Il me semble que lorsque quelqu’un se rend compte qu’il est important pour d’autres, qu’il peut aider les autres, cela contribue à lui donner de la satisfaction intérieure. A mes yeux, le bonheur n’a rien à voir avec les sentiments d’excitation et la jouissance émotive.

Et puisque j’ai reçu le sacerdoce, ce bonheur est lié à l’engagement que j’ai pour le Christ et pour l’Église. Dans cette vocation, je rends service aux gens. La façon dont je vis et les valeurs auxquelles je crois me font vivre, c’est-à-dire qu’elles donnent un sens a ma vie.

B.V. – Le bonheur parfait existe?

J.-C.T – Ce sentiment d’utilité est le seul qui rend vraiment heureux. Ce n’est pas le bonheur dans sa plénitude, je sais. Tous les chrétiens savent bien que le bonheur par excellence ne se trouve pas ici-bas. Nous ne le trouverons qu’au ciel!

B.V. – Le bonheur se trouve donc en se donnant totalement aux autres jusqu’à s’oublier…

J.-C.T – Il y a une sorte de masochisme dans le don de soi auquel il faut faire attention. Je crois que les gens qui estiment qu’il faut s’oublier totalement et ne penser qu’aux autres sont sur une mauvaise piste… Dans le don de soi, il faut qu’il y ait rencontre entre l’autre et soi, et soi et l’autre. Nous ne sommes pas des êtres désincarnés! Je veux dire que nous ne sommes pas des robots, voire des machines. Malheureusement, on a présenté à une époque la spiritualité comme une espèce d’altruisme a l’état pur. Il est entendu que l’altruisme est bon, car il est important de sortir de soi. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il est important de revenir en soi-même pour se retrouver après s’être donné au service de l’autre.

B.V. – Le don de soi, c’est partager, c’est être avec l’autre… C’est bien cela?

J.-C.T – C’est en plein ça! Ce n’est pas une abstraction. L’autre est une personne concrète, comme moi. Cet autre-là, il faut que je sente que je lui apporte quelque chose et qu’il apporte également un plus a ma vie. Si le don de soi est à sens unique, il est une illusion.

B.V. – Puisque vous êtes religieux, est-ce que cet échange se fait aussi avec votre Jésus?

J.-C.T – C’est le départ! Le goût de me donner aux autres vient de ma rencontre avec Jésus-Christ. C’est un être tout à fait séduisant. A travers l’Évangile, il nous a laissé un message. Celui-ci ne dit pas quoi faire, mais nous indique comment le faire.

B.V. – Des pistes pour être heureux, quoi!

J.-C.T – Tout à fait! C’est pour cela que, pour moi, l’Évangile est une bonne nouvelle.

Les disciples, qui ont vu le maître vivant, trois jours après sa mort, ont fait l’expérience d’une présence nouvelle de Jésus. A ce moment, ils se sont rendu compte que certaines paroles qu’il avait dites, du temps qu’il était avec eux, incarnaient la présence de Dieu parmi nous, c’est-à-dire qu’il était tout simplement Dieu.

Je pense que c’est dans la rencontre de ce Christ toujours vivant que réside la source du chemin qui nous conduit vers les autres.

B.V. – Et vous l’avez rencontré intimement ce Jésus vivant?

J.-C.T – Bien entendu que je l’ai faite, cette rencontre personnelle avec le Christ. Je l’ai découvert dans ma jeunesse grâce a ma famille et à mes éducateurs.

Pour moi, les signes de sa présence nous sont donnés dans l’Évangile… Je trouve que le plus beau signe vivant de celle-ci est l’eucharistie. Cependant, le signe qui me parle le plus demeure le fait qu’il réside dans les plus pauvres. « J’ai eu soif, tu m’as donné à boire. J’ai eu faim, tu m’as donné à manger. » « Tout ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

De plus, je le rencontre dans ma relation avec les autres. N’est-ce pas lui qui disait : « Lorsque vous êtes deux ou trois réunis en mon nom, je suis au milieu de vous »?

Enfin, je le rencontre dans ma prière personnelle et celle que je fais communautairement au quotidien. Celle-ci me permet de dialoguer avec lui…

B.V. – Et s’il y a un dialogue, il doit inévitablement répondre à vos propos!

J.-C.T – Bien entendu! Comme je dis souvent à la blague : Moi, je parle beaucoup et quand j’ai fini de tout lui raconter et que je fais silence, il me répond. (rires)

Je trouve que le Christ me parle beaucoup à travers le questionnement que j’ai en moi, c’est-à-dire les questions qui montent de mon intérieur a propos des choses que j’ai vécues. Lors que je l’écoute dans la prière, il me vient à l’esprit, par mon intérieur, des questionnements.

Puisque le Christ habite en nous, c’est à travers cette voix intérieure qui nous habite qu’il nous répond. Pour l’entendre, il faut préalablement faire silence. C’est dans ce dialogue entre lui et nous, a travers la voix qui parle en nous, que nous nous remettons continuellement en question.

B.V. – Mais, Monsieur le cardinal, ce même dialogue intérieur est inné chez l’humain. Il n’est pas forcément lié au Christ qui parle en soi. Cette voix n’est qu’un dialogue avec soi-même.

J.-C.T – (Surpris par ce commentaire, il fait silence. Il cherche une réponse en lui et poursuit.)

C’est possible, mais ce n’est pas mon expérience! Moi, la mienne, c’est avec lui que je l’ai faite. C’est aussi l’expérience de beaucoup de gens que je connais. Est-ce qu’il y a des gens qui sont capables de rencontrer Bouddha, Krishna? Je n’en sais rien! Moi, tout ce que je peux témoigner, c’est de mon expérience!

(Dans une attitude paternelle, il regarde le journaliste dans les yeux et sur un ton plus tendre, il décide de s’adresse directement à lui. L’entretien prend une autre direction.)

La seule chose que je peux te dire est que si tu veux avoir ce contact avec le Christ vivant, il faut y consacrer du temps. Si tu ne t’imposes pas dans ta vie un temps de contact, un temps de prière, autant que possible quotidien, comment veux-tu établir une relation sérieuse avec le Christ? Les gens simples comprennent ça… C’est un peu comme l’amour humain. Si tu es amoureux de ta femme, mais que tu ne lui parles jamais, tu ne t’en occupes pas, tu passes à côté d’elle sans la voir… Ce ne peut pas durer! L’amour comme la foi sont des choses qui s’entretiennent avec du dialogue, de l’attention, un regard profond et des petits gestes. La relation avec le Christ ressemble à celle que tu as avec ta femme. En tout cas, moi, dans ma vie, j’essaie chaque jour d’avoir de 90 à 120 minutes de présence a lui. Je ne suis pas toujours en train de jaser, mais je suis là.

B.V. – Il y a des périodes de crise et de sécheresse en soi! Vous en avez eu!

J.-C.T – Tu sais, c’est comme quand on fait de l’exercice physique… Il y a des matins ou ne nous tente pas. Tu le fais pareil sinon ta santé ne sera pas bonne!

Quand tu es amoureux et que tu vis avec ta femme, il y a des matins ou ça ne te tente pas d’être avec elle. Tu es la, pareil! L’être humain est ainsi! Il est libre. Il fait des choix. Dieu le convie à rester fidèle à ses choix. Tu sais, un gars qui se marie… Ce n’est pas pour une fin de semaine! […] S’il a décidé de faire un projet d’amour pour la vie, il faut qu’il l’entretienne comme un trésor! Je te donne aussi l’exemple des parents qui décident de mettre au monde un enfant : s’ils ne s’en occupent pas, ils vont avoir de sérieux problèmes! Alors, tout est comme ça dans la vie spirituelle! C’est la loi de la vie quoi!

B.V. – Aux matins de sécheresse intérieure, vous vous êtes donc accroché a votre choix de vie en disant : c’est mon devoir…

J.-C.T – Je vais te confier qu’il y a des matins ou ça ne me tente pas de célébrer la messe. J’y vais quand même… J’ai choisi cette vie et je dois aller au bout des responsabilités de mon choix. Sinon, le désert intérieur m’attend… Et je serai malheureux.

B.V. – Mais vous l’avez, l’ami de route! Il vous dit : si tu veux être heureux, il faut souffrir…

J.-C.T – Non! Il ne dit pas cela directement de cette manière. Tu sais, la vie comporte la souffrance, comme la vie comporte la mort. La plus grande cause de la mort, c’est la vie. Quand tu entres dans la vie, il y a une loi inévitable, tu vas mourir. Aucun être humain ne peut y échapper. Cependant, entre le moment de la naissance et le moment de la mort, il y a des joies et il y a des peines. C’est une illusion de croire qu’une vie peut se vivre sans qu’il y ait de souffrances. Je n’accuserai pas Dieu de la maladie qui pourrait me frapper parce que je suis mis dans un monde qui comporte ça. C’est mon univers! A partir du moment ou je suis dedans, il faut que j’accepte un certain nombre de conditions. La souffrance fait partie du paysage humain. Elle est normale. Alors, Dieu ne veut pas la souffrance, il veut que nous soyons heureux, dans la condition de vie qu’il nous est donné de vivre. Jésus a souffert, lui aussi. Il est donc humain de souffrir! Cela fait partie de notre condition.

B.V. – La rencontre de Dieu se fait souvent dans la souffrance…

J.-C.T – Je ne dirais pas qu’il faut absolument souffrir pour rencontrer Dieu, mais c’est sûr que lorsque nous souffrons, nous sommes plus réceptifs. Les événements du 11 septembre 2001 ont fait que les gens se sont questionnés sur les fins de la souffrance. La vie est fragile.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 57 à 63 (BANQ 204.4 V975t 2005). Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne.

En ce 21 avril 2025

Sur le vif a Montréal

 

Sur le vif a Montréal en septembre 1986

Saisi de drogue a Granby

 

Saisi de drogue au 350, rue Simond Sud, a Granby, le 26 septembre 1986

Léon-Pierre Éthier


Léon-Pierre Éthier

Né le 28 mars 1936 (fils de Marie-Ange Lajeunesse et Éloi Éthier), Léon-Pierre Éthier nous a quittés le 12 décembre 2001, à l’Hôpital Saint-Luc, à Montréal. Il est inhumé dans le lot 04463 (section L) du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. Il a été un pionnier dans l’accompagnement spirituel en phase terminale des sidéens.

Article paru en juillet 1998

Du sida du corps au sida de l’âme

A la demande de son médecin, Léon-Pierre Éthier vit maintenant retiré. Depuis quelques semaines, il a laissé son travail auprès des sidéens. Son apostolat missionnaire a été considérable, se concrétisant entre autres dans l’accompagnement spirituel des sidéens en phase terminale. Au moment d’entrer en réclusion, Léon-Pierre Éthier, ce modèle a imiter, a accepté de raconter son itinéraire.

Pauvre parmi les pauvres. Rejeté parmi les rejetés. Voici la vie de Léon-Pierre Éthier.

Pendant neuf ans, il s’est occupé des sidéens a l’approche de la mort, en plein centre-ville de Montréal. La maladie n’était guère sa principale préoccupation. Alors que la recherche médicale s’active afin de trouver des médicaments pour améliorer l’état physique des malades, Léon-Pierre Éthier s’adresse à leur âme. Il présente « Jésus modèle de la route à suivre » aux sidéens et les accompagne spirituellement de la vie a la mort physique, et de la mort physique a la vie après la vie, au royaume des bienheureux du ciel.

Il est l’un des rares à aborder les sidéens avec le thème de la spiritualité, ce qui n’est guère à la mode au Québec. D’ailleurs, parmi des centaines de titres traitant du sida conservés à la Bibliothèque nationale du Québec, qui possède la plus importante collection de livres édités dans la belle province, aucun ne traite d’une approche spirituelle.

Tu vas attraper le sida!
« C’était un soir, il y avait des funérailles pour un sidéen. Les cendres étaient sur la table. Au baiser de paix, il y avait là un bonhomme qui avait l’air d’un cure-dent. Je me suis senti attiré par lui, alors que nous étions plus de 80 ans cette grande salle. Au moins 50 étaient porteurs du virus. J’ai été vers lui. Je l’ai pris dans mes bras. Je lui ai souhaité la paix de Jésus. Je l’ai embrassé et j’ai entendu à l’arrière de moi : « Attention, Tu vas attraper le sida! » Comme je venais de l’embrasser sur les deux joues – il avait plein d’herpès et de sans dans la figure -, je l’ai embrassé encore une fois sur la joue. Je lui ai dit : « Je t’aime et Jésus t’aime encore plus que moi ». Il m’a fait un beau sourire… Lorsque je suis dans la tristesse, je pense à lui et tout disparait. Ce jour-là, j’ai vu en lui la sainte face de Jésus », raconte Léon-Pierre qui, depuis cet incident n’a plus peur des sidéens et du sida.

Durant ses années de dévouement, il accompagne 610 malades. Une vingtaine d’entre eux meurent dans ses bras. Cela peut sembler héroïque, mais il ne faut pas croire que cela a été facile à vivre pour lui.

Daniel, qui a rendu l’âme le 4 décembre 1988, est de ce nombre. Léon-Pierre Éthier s’en souvient comme si c’était hier. Longtemps, le malheureux malade a hanté ses rêves. Aujourd’hui, l’accompagnateur a la certitude qu’il est en paix.

Il y a aussi Denis. Son histoire est unique. « Le père de Denis n’acceptait pas que son fils soit homosexuel », poursuit l’homme de 62 ans au verbe facile. « Il est venu le visiter quatre fois avant sa mort. Après son décès, il m’a dit : « Je veux mourir comme mon gars ». « Tu veux mourir comme une tapette !? », lui ai-je demandé. Il m’a répondu : « Oui! » Cet homme a été rejoint par les attitudes de son fils. Au moment de sa mort, Denis disait : « Je tiens la main de mon chum. Il est tellement beau, mon Jésus… » Lorsque son père venait le voir, il répétait les mêmes paroles : « Tais-toi papa, je tiens la main de mon chum… qu’il est beau!... Qu’il est beau... » Deux semaines avant de mourir, Denis s’est confessé et a assisté à la messe. »

Ghislain Robert est celui qui a le plus marqué sa vie. Il en parle comme un père parle de son fils. « J’ai vécu avec lui une profondeur spirituelle que je n’ai jamais vécue avec un autre sidéen. » Ce chic homme qui a été la victime d’un pédophile a l’âge de 9 ans – un ami de la famille – a souvent suivi Léon-Pierre Éthier dans ses tournées d’un bout a l’autre du Québec. Il parlait de sa maladie, de sa vie et de la foi en Dieu qui l’habitait. « Pendant 3 ans, j’ai visité 45 000 jeunes dans les écoles secondaires. Quatre mille m’ont écrit à peu près la même chose : si tu es venu juste pour moi, tu m’as sauvé… Je vais suivre tes conseils. Dernièrement, j’ai refusé l’invitation de 51 écoles parce que je suis malade. J’ai des pierres aux reins », dit-il, fier de son exploit et déçu de ne pouvoir y donner suite.

Le sida, l’affaire de tous
Pour Léon-Pierre Éthier, le sida n’est pas seulement l’affaire des homosexuels et des plus pauvres de la société. Toutes les classes sociales sont touchées. Mais les gens ont honte de cette maladie et les décès par cause du sida sont souvent annoncés sous le couvert du cancer ou d’autres maladies.

« Condom du fun »
Le condom protège un peu des infections, mais n’empêche pas toujours la contamination des partenaires sexuels. Le latex contient de très petits trous : trop petits pour laisser passer les spermatozoïdes, mais assez grands pour laisser passer le virus du sida.

Le meilleur moyen de ne pas attraper le virus est l’abstinence, bien sûr. Beaucoup prônent aussi une meilleure éducation sexuelle comme protection. Mais on se trompe : ce n’est pas d’une éducation sexuelle que les jeunes ont besoin, mais d’une éducation a l’amour. Aimer, c’est savoir attendre l’autre. Néanmoins, pour les aventures compulsives, deux épaisseurs de latex valent encore mieux que rien.

Enfance
Léon-Pierre Éthier est né dans une famille de 13 enfants. Il a connu une enfance difficile : son père était alcoolique, très intransigeant, qui faisait souvent pleurer sa mère.

Comme tous les membres de sa famille, a 15 ans, il « bummait » dans les rues de Montréal. Pendant 3 ans, il a mené une vraie vie de clochard.

Il confie : « Il y a 45 ans, lorsqu’on bummait, on avait pitié de nous autres : c’est un mendiant, un petit de la rue, c’est un pauvre! Alors on nous accueillait, on nous gardait dans une petite chambre pour dormir l’hiver. L’été nous couchions dehors. J’aimais bien fouiner d’un bord a l’autre, à me déniaiser… C’est comme ça que j’ai visité une partie de la province de 15 à 18 ans. J’étais un clochard, un bum… Pis j’aimais ça! J’étais bien dans ça! »

Vie en communauté
Heureusement, son cas n’était pas désespéré. En 1954, il entre en communauté. Il avait 18 ans. Huit ans plus tard, juste avant de prononcer ses vœux, il quitte la congrégation. « En arrivant chez moi, mon père m’a dit : « Tu es défroqué! Tu es le déshonneur de la famille! Retourne donc dans la rue! » Léon-Pierre passe encore six mois à la rue, à vagabonder.

En novembre 1962, il est décidé à se suicider, mais le hasard allait changer son plan. « J’entre dans une église. Il y avait là un prêtre qui prêchait. Il m’a touché. Après la cérémonie, je suis allé le rencontrer. Il m’a fait entrer dans son groupe religieux. Mais… Je trouvais ça trop riche. Alors il m’a dit : « Je vais t’envoyer dans une communauté qui ramasse n’importe quoi ». Si au moins il m’avait dit… n’importe qui! J’y suis entré et demeuré pendant 14 ans. C’était une congrégation semi-contemplative. »

Diaspora
Après des années passées dans cette congrégation, il la quitte dans le but de devenir diacre permanent dans un diocèse ou l’évêque désire ses services. Le berger diocésain l’aide afin qu’il soit relevé de ses vœux perpétuels. Après quelques mois de formation universitaire, l’évêque meurt… Son projet tombe à l’eau. Cependant, il deviendra agent de pastorale. Pendant huit ans, il s’occupera des clochards, des pauvres de la Saint-Vincent-de-Paul et des jeunes de la rue. Durant ces années, il passe également 6 mois en France, a l’Arche de Jean Vanier.

En 1980, a la mort de la deuxième épouse de son père (sa mère est décédée en 1974), il décide volontairement de retourner vivre dans la rue. Il se donne doux mois a temps plein pour toucher du doigt les souffrances morales des jeunes de la rue. Mais la vie de clochard n’offre plus le même confort ni la même joie de vivre que dans sa jeunesse. Les problèmes sociaux ne sont plus les mêmes après tant d’années.

En 1981, il commence une série d’expérience : trois mois à la Famille Myriam Beth’léem à Baie-Comeau, trois mois à Hauterive au service de la prévention du suicide, trois mois a la Trappe de Mistassini, trois mois à Sutton avec les alcooliques et un séjour un peu plus prolongé au monastère des Trinitaires à Granby ou il travaille auprès du père Jean-Paul Regimbal. Il revient finalement à Montréal pour s’occuper des jeunes de la rue, jusqu’au jour où il fonde une fraternité pour les sidéens,

Un vrai « bum »
« Je suis un vrai bum! Bummer est une vocation spéciale! On a la liberté! On n’a pas un dollar dans les poches, mais on a tout! » lance-t-il avec élan.

Aux hommes? Aux femmes?
La question de l’orientation sexuelle d’une personne est toujours délicate à aborder. Léon-Pierre Éthier, lui, n’hésite pas l’ombre d’un instant à dire sa préférence pour la gent féminine.

Longuement, il parle des deux femmes qu’il a profondément aimés. A 17 ans, il a connu une étudiante en soins infirmiers qui a été envoyée de Montréal à Québec chez une tante puisque ses parents s’objectaient a cette relation. A 26 ans, a sa sortie de communauté, il a aimé une jeune fille dont le père était avocat. Encore une fois, a cause de la famille de la jeune fille qui ne voulait guère du jeune Léon-Pierre dans le clan familial parce qu’il n’était pas du même rang social, l’histoire amoureuse prend fin. La première s’est finalement mariée. Il n’a jamais eu de nouvelles de la seconde (lorsqu’il parle de cette dernière, ses yeux et sa voix s’emplissent d’émotions). Il a visiblement encore plein de tendresse pour elle.

Des saints sidéens
« Il faut faire cheminer les âmes vers Dieu. Le Seigneur a mis dans mon cœur que ces malades ont plus besoin de la lumière éternelle que de simples soins du corps. C’est vrai qu’il faut les soigner physiquement, mais le soutien moral est très important pour ces personnes qui bien souvent ont été délaissées, mises de côté a 15-18 ans et qui ont dû cheminer dans une voie qui n’était pas celle qu’ils désiraient pour gagner un repas ou un coucher le soir », explique-t-il.

Il conclut : « A travers tous mes amis, les malades du sida, je découvre Jésus. Je découvre un Jésus à l’agonie quand ils apprennent qu’ils sont porteurs du virus du sida; je découvre un Jésus crucifié lorsqu’ils avancent dans leur maladie; et je découvre un Jésus ressuscité au moment de leur départ vers le Père et qu’ils me disent : « Tu sais, j’embrasserai Jésus pour toi! » Ce qu’ils attendent de nous, c’est un regard de tendresse et d’amour ».


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 65 à 71. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).