PSYCHOLOGIE : La crise est un lieu de croissance vers la maturité

La crise est un lieu de croissance vers la maturité

Par Benoit Voyer

1er septembre 2026

Il n'y a pas de recette miracle pour sortir de la crise intérieure. Il faut du temps, beaucoup de temps, le temps qu'il faut… « On ne peut pas passer par-dessus le temps. Avec le rythme de la vie d'aujourd'hui, cela n'est pas facile. Lorsque nous traversons des étapes difficiles, il faut laisser les choses descendre en soi afin d'en tirer le meilleur parti », dit Rolande Parrot [1] qui a écrit, en 1995, le livre toujours d'actualité « Faire face à la crise spirituelle » en collaboration avec Bertrand Ouellet et Luc Phaneuf.

« Des crises, on en traverse toute sa vie. C'est un passage à autre chose. Elle est normale dans le cheminement humain et, parce qu'elle provoque un choc en soi, elle nous fait grandir. Elle nous dit quelque chose de ce que nous sommes réellement et nous demande de trouver notre propre chemin. C'est l'arrivée à un carrefour. Maintenant, qu'est-ce que je fais de ma vie ? » explique-t-elle.

La crise est donc une aventure, une occasion d'évoluer, d'avancer. Lorsqu'elle survient, il ne faut pas la raisonner, c'est-à-dire s'interroger inutilement sur les motifs qui la font apparaître. Il faut la laisser travailler en soi et aller jusqu'où elle voudra bien nous mener. Un accompagnement humain peut aider à mieux la traverser et la laisser nous transformer.

Pour sortir de la crise, il faut être vrai avec soi et trouver sa propre voie. La crise est un lieu de croissance vers la maturité.

Quand et comment devient-on pleinement adulte ? Dans une société où un grand nombre de personnes est stationné dans une post-adolescence, comment se définit sur le plan psychologique « une personne pleinement mature » ?

La psychoéducatrice et psychothérapeute Louise Couture explique : « Je préfère l'expression « un adulte debout ». Celui-ci est une personne qui intègre toutes les parties de son être et qui bouge avec celles-ci. La maturité est l'intégration des dimensions qui nous habitent. Elle implique de les laisser circuler en soi. De plus, puisque nous sommes des êtres de relations, la maturité implique que nous soyons capables de vivre en interpellations avec les autres. L'humain débute sa vie dans une relation avec la femme qui l'enfante et, au fil de son existence, voire de sa montée vers la maturité, il se détache peu à peu de celle-ci et il développe d'autres liens. L'humain n'est pas une petite bulle fermée, une cellule autosuffisante. C'est tout le contraire ! »[2]

« Un adulte debout, c'est-à-dire un adulte mature, est un juste équilibre entre le narcissisme, c'est-à-dire l'accueil de soi, et l'accueil de l'autre. En psychologie, on parle d'« objectalité ». Et [pour les chrétiens] cet autre, c'est aussi Dieu. »

Concrètement, comment devient-on une personne « pleinement adulte » ou, pour reprendre votre expression, « un adulte debout » ?

Louise Couture insiste : « Devenir, c'est le mot qui résume tout. L'humain est un être en devenir. Tout lui est donné en potentiel. Il n'a qu'à actualiser ce cadeau qui lui est fait. »

Pour développer ce potentiel, « un lieu privilégié est celui de l'engagement, car il permet de découvrir sa vocation, c'est-à-dire sa mission propre. En d'autres mots, l'humain est appelé à laisser jaillir de lui-même la parole qu'il a à dire au monde. Cette parole est la voie qui lui est propre. C'est sa couleur personnelle. L'action concrète à travers l'engagement permet de se découvrir. J'aime utiliser l'expression « l'amour en action ». L'humain est appelé à se mouiller, à plonger. Il est important que toutes les ressources qu'il y a en soi fleurissent. »

Accepter la crise qui survient en soi, c'est commencer à y mettre un terme.

Louise Couture donne une marche à suivre lorsque plus rien ne va : « Pour sortir de la crise, il faut simplement reconnaître et accueillir ses vulnérabilités. Une expression empruntée au passé résume bien ce que je veux exprimer : il faut en venir à se résigner. C'est la voie vers l'acceptation de sa faiblesse. En s'accueillant ainsi, on devient plus fort. Il faut aussi mener le bon combat. Nous n'avons pas à lutter pour devenir un être tout-puissant, c'est-à-dire une super-femme ou un super-homme. Enfin, il faut lire et apprendre ce que la crise nous enseigne et reconnaître cela ».

Une société qui infantilise
Pour Louise Couture, « il y a malheureusement beaucoup d'infantilisme dans cette société. C'est le résultat de toutes les crises qu'ont traversé les générations présentes. Durant celles-ci, il y a eu un rejet d'une série de choses. Plusieurs éléments étaient nécessaires, mais d'autres non. Ce qui est désolant, c'est qu'un grand nombre de personnes n'ont pas suivi les changements que l'humain s'est imposés. En disant cela, je pense surtout à la dimension affective. Les changements de cap, voire les « révolutions sociales », ont fragilisé ce que nous sommes. Nous avons perdu nos racines. Le constat peut paraître lourd. Voici quelques exemples de ce que je tente de vous illustrer : La fragilisation de la famille, base de la société ; La stagnation du développement de la personne à l'étape de l'adolescence (on parle aujourd'hui de post-adolescence) ; Le narcissisme extrémiste, conséquence de l'infantilisation de certaines parties de soi ; L'hédonisme, c'est-à-dire la recherche impulsive du plaisir, de la pulsion et de la passion ; Le rejet de la durée (lorsque quelque chose ne fonctionne plus ou qu'une relation est chaotique, on le remplace. On parle en psychologie de « génération fast-food »; La recherche inconditionnelle de l'amour passionnel (on associe l'amour à l'émotivité. Lorsqu'on n'a plus de papillons dans l'estomac en pensant ou en étant avec l'autre, on dit que l'amour est mort ; etc. À force de tout fuir, on s'éloigne de soi-même ! Un adulte debout est capable de prendre des responsabilités et de s'engager. Il est capable de vivre dans la durée. Les idées et concepts que je viens de vous énumérer ne sont pas des barrières pour lui. Il est passé par-dessus ces réactions infantiles. »

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[1] Benoit Voyer. « Rolande Parrot », Revue Sainte-Anne, octobre 2001, pp. 391 et 398.
[2] Benoit Voyer. « Louise Couture, psychoéducatrice et psychothérapeute » Revue Sainte Anne, juillet-août 2004, pp. 297 et 300.