RÉFLEXION SPIRITUELLE : Une Parole qui libère

Une Parole qui libère

Par Benoit Voyer

1er septembre 2026

À travers ses faits et gestes, Jésus a toujours cherché à nous montrer des facettes de Dieu, le Père céleste. C’est assurément pour cette raison qu’on dit qu’il parlait avec autorité et que l’Esprit du Seigneur était sur lui.

C’est pourquoi les évangiles et l’ensemble du corpus chrétien de la Bible demeurent d’âge en âge d’une grande actualité. À chaque époque on y trouve une grande source d’inspiration. En voici un exemple frappant.

Les récits de Marc (Mc 1, 21-28) et de Luc (Lc 4, 31-37) racontent un même événement : Jésus enseigne dans la synagogue de Capharnaüm. Il libère un homme habité d'un esprit impur. Les deux auteurs transmettent essentiellement le même message, mais chacun le fait avec sa propre sensibilité.

Tous deux présentent Jésus comme un maître dont la parole possède une autorité exceptionnelle. Contrairement aux scribes, il ne se contente pas de répéter l'enseignement reçu. Sa parole porte en elle une force qui agit. Cette autorité ne demeure pas théorique : elle se manifeste immédiatement dans l'expulsion de l'esprit impur. Les forces du mal reconnaissent elles-mêmes l'identité de Jésus et lui obéissent. Les témoins sont saisis d'étonnement et la renommée de Jésus commence à se répandre.

Cependant, chaque récit met l'accent sur des facettes différentes du même événement. Ce n’est pas étonnant. Chacun interprète ce qu’il voit et vit avec une sensibilité qui lui est propre. En exemple, lorsque je parle de mes parents avec ma sœur et mes deux frères, j’ai souvent l’impression qu’on ne raconte pas tout à fait la même histoire. Est-ce que c’est vraiment de mon père et de ma mère qu’ils me parlent? C’est pourtant le cas, même si on ne retient pas la même chose de leurs parcours et de leur héritage.

Chez Marc, le récit est vif et dynamique. C’est un trait de la personnalité de l’auteur. L'action progresse rapidement, presque sans temps mort. Jésus apparaît comme celui qui inaugure quelque chose de radicalement nouveau. La foule s'émerveille d'un enseignement « nouveau », donné avec autorité. Les gestes sont énergiques, le combat contre le mal est décrit avec réalisme et le lecteur est entraîné dans un récit en mouvement. Marc insiste sur la nouveauté de Jésus et sur la puissance de son intervention.

Luc, tout en reprenant la trame générale du récit, adopte un rythme plus posé. Son attention se porte davantage sur la parole de Jésus que sur l'action elle-même. Il souligne que « sa parole était pleine d'autorité ». L'accent n'est plus seulement mis sur l'enseignement, mais sur la puissance même de cette parole qui libère et transforme.

Luc apporte également une précision absente chez Marc : lorsque l'esprit impur quitte l'homme, celui-ci n'est pas blessé. Le démon sort sans lui faire de mal. Cette nuance indique que l'autorité de Jésus n'est jamais destructrice. Elle libère sans écraser, elle restaure sans humilier.

Les deux évangélistes évoquent enfin la diffusion rapide de la renommée de Jésus. Son enseignement et ses gestes ne restent pas confinés à la synagogue. Ils deviennent rapidement connus dans toute la région, signe que son ministère commence à rayonner bien au-delà du lieu où il a été prononcé et signe qu’on ne peut pas faire taire la ou les bonnes nouvelles.

Ainsi donc, à travers un même événement, Marc et Luc proposent deux regards différents, mais tellement complémentaires. Marc met davantage en lumière la puissance et la nouveauté de Jésus. Luc insiste plutôt sur l'efficacité de sa parole et sur son œuvre de libération. Les deux récits convergent cependant vers une même affirmation : en Jésus se manifeste une autorité unique, capable de vaincre le mal et d'ouvrir un chemin de vie nouvelle.

Sortons un peu de l’analyse.


Une Parole qui libère est sans aucun doute ce dont notre époque a grandement besoin. Notre temps porte ses chaînes. D’ailleurs, un des traits du « démon », c’est de nous faire constamment croire que le mal n’est pas si mal que ça. Il le banalise. Le « rusé » nous détourne de la lumière. Il nous dit : « regarde bien, le noir, il n’est pas réellement noir. C’est blanc! »

Pour reprendre les mots pape Léon XIV : « le nihilisme et le pragmatisme finissent par s’entremêler et banaliser de très graves erreurs : extrémismes religieux et fanatismes identitaires s’allient à un économisme irrationnel, tandis que la politique recourt facilement à la désinformation, à la ridiculisation de l’adversaire et à la fabrication systématique de peurs et de ressentiments. Ainsi, la diversité de l’autre est vécue de plus en plus comme une menace, alimentant le désir de possession, la volonté de domination, les ambitions hégémoniques, les abus de pouvoir et la peur de la différence, préparant un terrain sur lequel de nouveaux conflits peuvent mûrir presque sans que nous nous en rendions compte ».[1]

Une Parole qui libère redira, avec saint Paul VI devant l’ONU : « La guerre, jamais plus la guerre ! »[2] Il n’y a pas de guerre juste. Il n’y a que la paix qui est juste. Une guerre sera toujours injuste.

Aujourd’hui, il y a tant d’ « esprits impurs » qui ont besoin d’être purifiés.

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[1] LÉON XIV, Magnifica Humanitas. Lettre encyclique sur la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle, 15 mai 2026, n° 206. https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/encyclicals/documents/20260515-magnifica-humanitas.html?utm_source=chatgpt.com
[2] PAUL VI, Discours à l'Organisation des Nations Unies, New York, 4 octobre 1965. https://www.vatican.va/content/paul-vi/fr/speeches/1965/documents/hf_p-vi_spe_19651004_united-nations.html?utm_source=chatgpt.com