POLITIQUE : Quel est le coût réel des dépenses dans les infrastructures ?
Par Benoit Voyer
3 septembre 2026
Dans son Plan québécois des infrastructures (PQI) 2025-2035, le gouvernement du Québec prévoit des investissements qui totalisent 164 G$ sur une décennie. Cette somme regroupe les projets en cours, planifiés ou à venir.
Une particularité de ce plan est que ces investissements ne concernent pas seulement la construction de nouvelles infrastructures. Une part des sommes annoncées est consacrée au maintien des actifs existants, comme l'entretien, la réparation et la mise à niveau d'un vaste patrimoine collectif composé de routes, d'écoles, d'hôpitaux, de ponts et de bâtiments publics.
Il y a lieu de s’interroger : au-delà des sommes annoncées, l'État québécois connaît-il réellement le coût de ses projets, les raisons des écarts entre les prévisions et les résultats, ainsi que les moyens d'améliorer ses pratiques de gestion?
L’entrepreneur Martin Charron de Broughton-Chatham se demande si le gouvernement québécois a des outils efficaces pour bien mesurer, bien comparer et bien utiliser les fonds publics.
Le fondateur d’Osons Québec, un nouveau mouvement politique québécois qui sera bientôt reconnu par le Directeur général des élections du Québec, écrit : « La vraie question n’est pas seulement : est-ce qu’on investit assez ? La vraie question devrait être : est-ce qu’on sait exactement ce que ça coûte, pourquoi ça coûte ce prix-là, et où l’argent se perd ? »
Pour Martin Charron, le Québec devrait adopter une approche davantage inspirée de la gestion industrielle, notamment par l'utilisation d'une véritable comptabilité de coût de revient appliquée aux projets publics. Il propose la création d'une base de données publique permettant de comparer les coûts réels de différents projets : kilomètres de routes, mètres carrés d'écoles, lits d'hôpitaux, ponts ou bâtiments administratifs.
L'objectif serait de répondre à une question fondamentale : pourquoi deux projets semblables peuvent-ils présenter des écarts importants de coûts?
La proposition de cet homme d’affaires qui espère pouvoir se présenter dans la circonscription d’Argenteuil, le 5 octobre, rejoint les travaux de plusieurs chercheurs spécialisés dans la gestion des grands projets publics.
Le chercheur Bent Flyvbjerg, professeur à l'Université d'Oxford et spécialiste reconnu des infrastructures, a démontré que les grands projets souffrent fréquemment d'un biais d'optimisme : les coûts initiaux sont souvent sous-estimés alors que les risques et les difficultés sont minimisés.
Selon ses travaux, les dépassements de coûts et les retards ne sont pas simplement des accidents imprévus. Ils peuvent être liés à des problèmes récurrents dans la planification, l'évaluation des risques et la prise de décision.
Pour répondre à cette problématique, Bent Flyvbjerg a notamment contribué à développer l'approche du « reference class forecasting ». Cette méthode consiste à comparer un nouveau projet avec une catégorie de projets semblables déjà réalisés afin d'obtenir une prévision plus réaliste des coûts et des délais.
Cette approche rejoint directement la proposition de Martin Charron, qui souhaite que l'État québécois développe une véritable mémoire de ses projets : combien ils devaient coûter, combien ils ont réellement coûté, quels risques avaient été sous-estimés et quels facteurs expliquent les écarts.
Une étude de Jung Eun Park publiée en 2021 dans l’European Journal of Transport and Infrastructure Research a notamment analysé l'utilisation du reference class forecasting dans les projets d'infrastructures et a examiné son potentiel pour réduire les écarts entre les prévisions et les coûts réels.
Comme cela est indiqué dans le manifeste d’Osons Québec, Martin Charron propose également une comparaison systématique des projets : une route contre une autre, une école contre une autre, une région contre une autre, ou encore le Québec par rapport à d'autres administrations lorsque les comparaisons sont pertinentes.
À ses yeux, un État moderne ne devrait pas seulement annoncer le coût global d'un projet. Il devrait également être capable d'expliquer précisément la composition de cette facture : « Un projet public ne devrait pas être évalué seulement sur son prix de construction, mais sur son coût réel sur 30 ans. »
Cette approche rejoint une tendance internationale en gestion publique : évaluer les investissements non seulement selon leur coût initial, mais selon leur valeur à long terme pour les citoyens.
Martin Charron reconnaît toutefois que tous les dépassements de coûts ne résultent pas nécessairement d'une mauvaise gestion. Les projets publics doivent composer avec des facteurs réels : pénurie de main-d'œuvre, hausse des matériaux, contraintes environnementales, normes de construction, complexité technique et difficultés d'approvisionnement.
Justement, une meilleure connaissance des coûts permettrait de distinguer ce qui relève de contraintes inévitables de ce qui découle d'inefficacités pouvant être corrigées.
« Le Québec n’a pas seulement besoin de plus d’argent en infrastructures. Il a besoin d’une comptabilité industrielle de ses infrastructures », insiste-t-il.
