JEAN-PAUL REGIMBAL: Rock possédé du démon


Rock possédé du démon

Par Richard Sirois


Un professeur de l’Université Laval affirme que le rock a une grande valeur incantatoire! Un médecin de Granby accuse le rock’n’roll de lui avoir pris ses deux fils! Une religieuse fracasse des disques dans une station de radio de Fort Coulonge! L’Association des consommateurs du Québec est sur les dents et se dit préoccupée par la présence de messages subliminaux sur les albums rock! Un ex-commis de banque de Montréal croit qu’une influence maléfique se cache derrière les grands noms du HEAVY METAL! Au banc des accusés: le Prince des Ténèbres. Le diable nous ferait-il chanter?

Le quatrième étage du Pavillon Casault de l’université Laval. Urbain Blanchet, musicologue, est confortablement assis derrière son bureau. Devant lui, des partitions classiques se mêlent aux plus récentes revues rock internationales. Ce spécialiste de l’histoire de la musique peut vous parler du rock’n’roll pendant des heures. Il connait Ozzy Osbourne, Black Sabbath et Kiss sur le bout de ses doigts. Depuis la belle époque d’Elvis Presley, ce docteur en littérature s’amuse à décoder les œuvres des géants de la musique pop. « Je ne mets pas tout le rock à l’index, dit-il, mais je condamne en bloc le heavy metal à cause des valeurs spirituelles et humanitaires mises en cause ». Il ajoute que cette forme musicale prône la révolte sous toutes ses formes et rappelle que les stars du rock sont des modèles et des héros qu’imitent les jeunes dans leur quête d’identité. « Pour les consommateurs de cette musique qui ont entre 12 et 16 ans, cela devient un phénomène social inquiétant », affirme-t-il. « On se penche beaucoup sur [manque quelques mots].

[Ce] dernier s’est donné la mort pour fêter l’anniversaire du suicide de son copain... avait demandé qu’on fasse jouer Stairway to Heaven à ses funérailles. Normand Rainville est médecin à Granby. Il affirme que ses deux fils de 16 et 19 ans se sont suicidés (à cinq mois d’intervalle) à cause de leur passion pour la musique du groupe Black Sabbath. Il en a parlé avec Pierre Pascau sur les ondes de CKAC et dit avoir mal été compris. De plus, en novembre dernier, l’hebdomadaire Allô-Police reprenait en long et en large (et en première page!) son entrevue à la radio. Il en garde un goût amer. Depuis quelques temps, il hésite à faire des déclarations sur le sujet et se méfie des journalistes. Avec quelques autres personnes, il a fondé le Centre de Recherches Interdisciplinaires St-Luc dont l’objectif est « d’opérer un certain discernement dans les valeurs proposées en cette fin de XXe siècle ». « Pour plus d’informations, me dit-il, entrez en contact avec Alain Lamothe ».

La ville de Fort-Coulonge est située à 100 km au nord d’Ottawa. Et là, le diable est le sujet d’actualité numéro 1. En novembre dernier, une religieuse fut invitée par la gérante de la station communautaire de l’endroit (CH1P-FM) à « éliminer » les disques contenant des messages soi-disant «sataniques». Une douzaine d'albums furent fracassés avant que les autres employés de la station aient pu intervenir. Sœur Dolorès (la religieuse en question) affirme avoir fait « son choix de disques » à partir de deux livres écrits sur le sujet: « Le rock'n’roll: viol de la conscience par les messages subliminaux », du père Jean-Paul Regimbal, et « La musique rock: divertissement ou medium...? » d’Alain Lamothe. L’incident a fait beaucoup de bruit, entraînant même la démission de la gérante. Actuellement, un groupe de pression veut empêcher la diffusion sur les ondes de certains albums rock. John Evans, gérant « par intérim » croit que cela créerait un dangereux précédent. Il me confirme cependant que « le conseil d’administration est disposé à entendre des objections publiques concernant la diffusion de musique rock si quelqu’un organise une rencontre.

Maryse Azzaria habite en banlieue de Québec. Pas de séances d’exorcisme en vue dans son sous-sol. Cette mère de famille résolument progressiste est bénévole à l’Association des Consommateurs du Québec (ACQ). Tout ce qui touche à la manipulation des individus l’intéresse. Elle a suivi de près l’affaire des expériences secrètes sur le lavage de cerveaux que la CIA a effectuées sur les patients de l’institut Allan Memorial de Montréal, vers la fin des années 50. Elle fait actuellement partie d’un comité qui étudie la question des messages subliminaux insérés sur les disques rock.

Elle explique que « le terme subliminal indique que le message n’est pas perçu directement, c’est-à-dire qu’il est perçu sous le seuil de la conscience. Certaines études laissent à penser que des suggestions auditives sous le seuil de la conscience peuvent provoquer des réactions physiologiques ».

Les groupes religieux ont été les premiers à dénoncer ces pratiques affirmant qu’on y retrouve une volonté bien établie « de pervertir la conscience des jeunes ». À l’ACQ, ajoute Maryse Azzaria, « il ne s’agit pas de débattre un problème religieux mais bien de défendre les intérêts des jeunes consommateurs. L’association s’est toujours intéressée aux valeurs véhiculées par les objets. Elle s’inquiète maintenant des effets que véhiculent un certain type de musique rock. Finalement, l’ACQ estime que les messages subliminaux inversés «peuvent inciter les jeunes à adopter des comportements possiblement contraires à leur valeur ». Maryse Azzaria se sent d’autant plus concernée par le sujet qu’elle a cinq enfants âgés entre 12 et 19 ans. Un jour, sa fille de quinze ans (tannée d’entendre parler de ces messages cachés?) décide de prendre des cours de guitare. Le soir venu, elle revient chez elle après avoir appris les premières mesures de Stairway to Heaven.

Fin février. Salle communautaire de l’Église Saint-Pierre à Fort-Coulonge. L’endroit est plein à craquer. Une équipe complète de Radio-Canada (Ottawa) est sur les lieux. Alain Lamothe ajuste son projecteur diapo, son magnétophone et son micro. Devant lui, près de 400 personnes qui attendent le début de sa conférence intitulée « La musique rock: divertissement ou medium...? La projection sera suivie d’un débat public sur la question. Dans l’assistance, on retrouve le docteur Normand Rainville et Sœur Dolorès.

Alain Lamothe est un ex-commis de banque qui consacre son temps et ses économies à démasquer Lucifer dans les disques, textes et spectacles rock. Son emploi du temps est chargé. Une conférence par jour depuis quelques semaines « Le sujet est à la mode de ces temps-ci », dit-il. Lui, il en parle depuis 6 ans. Sa spécialité: Le backward masking process ou si vous préférez, les messages subliminaux inversés et cachés.

Dans la salle, l’obscurité se fait, la projection commence. Tête de mort, musique d’enterrement, Beatles, Charles Manson (l'assassin de l’actrice Sharon Tatc), Led Zeppelin, Aleister Crowley (célèbre Ie sataniste Anglais), Eagles, Anton Lavey (grand prêtre de l'Église de Satan en Californie) se succèdent pêle-mêle et à vive allure sur l’écran. Alain Lamothe se met à décoder l’un des plus grands succès du rock: Stairway to heaven. Lorsque l’on a la possibilité d’écouter cette pièce en marche arrière on peut entendre (plutôt mal que bien) les phrases Because I know they've got to leavefor Satan et Here's to my sweet Satan. C’est ce qu’Alain Lamothe appelle un message subliminal inversé et caché! L’auditoire est conquis. Enfin la preuve que tous attendaient. Le rock et le diable ne font qu’un. Fier de son coup, Lamothe I ajoute « on croit maintenant que cette chanson, par une écoute répétée, peut avoir des conséquences suicidaires sur l’auditeur! ». C’est la millième fois qu’il répète cette phrase. C’est la millième fois qu’il entend cette chanson et il ne semble pas se porter trop mal. Ses affaires non plus. Cet ex-employé de banque vise une réimpression de son volume qui porte le même titre que sa conférence (les 3000 premiers exemplaires se sont envolés assez rapidement). Il aimerait faire traduire le bouquin et la conférence (75$ par présentation) pour conquérir le marché américain. L’expert du backward masking process, c’est lui!

Une nouvelle chasse aux sorcières?


Les rock stars d’hier gonflaient d’immenses pyramides à l’hélium (Pink Floyd) et faisaient virevolter leurs pianos dans les airs (Emerson, Lake & Palmer). Celles d’aujourd’hui accaparent les symboles les plus naïfs de l’ésotérisme (la tête de bouc, les chiffres 666, etc.) et jouent à faire peur aux adolescents. À l'autre extrémité, des groupes religieux intégristes pratiquent une véritable « pédagogie de la terreur » et utilisent le rock pour imposer leur vision du monde. Aux États-Unis, le phénomène ressemble à une véritable chasse aux sorcières. Dans le courant de la Moral Majority du Révérend Jerry Falwell des pasteurs traversent les États américains pour convaincre les jeunes de se débarrasser de leur musique rock. C’est le cas des frères Steve et Jim Peters du Minnesota qui sont convaincus que le rock'n’roll est l'une des plus grandes forces sataniques du pays. Lors de leur premier « séminaire rock » tenu en 1979, plus de 150 jeunes ont jeté au feu quelques 15 000 dollars de disques. Les frères Peters n’acceptent pas qu’on les qualifie de fanatiques. « Certains considèrent que Jésus lui-même était un fanatique », ont-ils répondu à un journaliste du Rolling Stone qui leur faisait la remarque. Ils considèrent que le mode de vie, les paroles, les intentions et les pochettes de disques des vedettes de rock sont « perverses, immorales et corrompues ». Leurs cibles principales sont les groupes Kiss, Eagles, Beatles, Rolling Stones et Led Zeppelin. Jusqu’à maintenant, ils ont laissé dans leur sillage plusieurs milliers de cassettes qu’ils vendent 8 dollars pièce.

L’évangéliste Alton Garrison, de son côté, tente de convaincre les adolescents de détruire leurs albums de musique rock au cours de « Rallye de destruction de ces voix du diable ». « Je ne souhaite pas de mal à Mick Jagger des Rolling Stones, mais je souhaite que par la grâce de Dieu il puisse sauver sa vie », dit-il. Certains l’accusent d’employer les mêmes méthodes que ceux qu’il dénonce, c’est-à-dire de faire du show business. Ses discours se font au son d’une émouvante musique religieuse et sont ponctués de « Alléluia », « Amen » et « Prions le Seigneur », sans oublier les exhortations à acheter sa série de cassettes au prix de 25$. Il clôture ces cérémonies en demandant aux jeunes de venir empiler sur l’estrade leurs albums de « musique diabolique ».

Un certain Joseph Matt, auteur d’une brochure intitulée « Le rock’n’roll, instrument de révolution et de subversion culturelle » associe carrément communisme et satanisme. « Vous ne croyez pas au diable? dit-il, cela se comprend. Il nous crève les yeux par les fulgurations du rayonnement communiste et de ses crimes qui réussissent dans le monde à détraquer les cerveaux. Il assourdit votre entendement par l’excès de décibels du rock’n’roll, cet instrument d'une hystérie d’enfer conçu pour obstruer, dans les intelligences et dans les cœurs, l'audition de la voix de Dieu. Débarrassons notre pays, et finalement le monde, de ce fléau véritablement satanique ».

Au Québec, le phénomène prend de l'ampleur depuis la parution du livre « Le rock’n’roll, viol de la conscience par les messages subliminaux » du Père Jean-Paul Regimbal. Ce petit bouquin de 62 pages est rempli d’interprétations douteuses, d’exagérations et de faussetés. On y apprend, entre autres, que « l’étude de 18 cas de suicides survenus dans la région de Montréal-Granby-Québec en moins d’un an chez des jeunes de 15 à 21 ans, a démontré que la seule constante repérable en tous ces cas était le facteur musical du rock’n’roll ». « Mick Jagger s’est consacré à Satan sous l'influence de Marianne Faithfull ». « Au cours d’un week-end rock à Los Angeles, 650 jeunes gens ont trouvé la mort. Les corps ne pouvaient pas être identifiés. Les victimes étant des jeunes qui avaient laissé la maison familiale ».

Plus de 12 000 copies de ce pamphlet ont déjà été distribuées. Certaines de ces actions nous ramènent presque au Moyen-Âge, alors que l’Église avait constamment recours au Démon et à la frayeur qu’il inspirait pour menacer de l’enfer ceux qu’elle ne pouvait pas menacer des juges. Cette nouvelle croisade s’appuie en grande partie sur ces fameux messages cachés (souvent à peine audibles) qui se trouvent sur certains disques rock (Led Zeppelin, Eagles, Elo, Styx, etc).

Tout ne tient donc qu’à un fil, et il est bien mince, car encore aujourd’hui « il n’existe aucune preuve scientifique démontrant que le backward masking process ou messages subliminaux inversés puissent avoir une portée quelconque ». Imaginez-vous-qu’en plus d’être imperceptibles... ils sont à l’envers!

Alain Lamothe croit cependant qu’il s’agit d’un procédé ou technique utilisé pour diffuser certains messages. « Ces messages, qui ne peuvent être démasqués par nous que par une écoute à la renverse du disque, pénétreraient le subconscient; le cerveau humain étant assez complexe pour arriver à les décoder intégralement ». De toutes façons, pourquoi passer des jours et des nuits à faire tourner des disques à l’envers quand tout est si clair à l’endroit: Highway to Hell, Hell ain't a bad place to be. Hell's bell's. Running with the devil. Demons and wizards. The number ofthe beast. Suicide solution.

Depuis le succès du film The Exorcist, le diable et toute la symbolique qui y est rattachée est une source inépuisable d’idées pour artistes en mal d’inspiration. Le diable, comme la violence, se vend bien. On pique des idées dans un quelconque traité de sorcellerie. On sort l’attirail sataniste de la garde-robe (croix renversée et cierge noir). On se proclame adepte d’un quelconque culte démoniaque. Finalement, on donne un show en « Enfer » (le Forum pendant un spectacle de Black Sabbath). Le jeu de ces grands guignols du rock n’impressionne plus personne sauf, peut-être des adolescents qui se laissent séduire par l’image violente que véhicule ces groupes tant au niveau de leurs musiques, de leurs textes, que d’eux-mêmes.

Je lisais récemment dans une revue française (Actuel) cette phrase expliquant, en partie, la motivation réelle cachée derrière ces groupes dits « sataniques ». À propos d’un membre des Virgin Prunes, il est dit: « Il est fasciné par la force qui fermente sous les tabous et les superstitions, l’envie le prend de les parodier, de les singer, de les brandir bien haut pour ébranler un bon coup toutes les terreurs chrétiennes qui inhibent l’Occident. Il exploite toute la violence contenue dans les interdits de l’Église ». Le diable et le rock, une histoire de Bonhomme 7 heures? Je ne sais trop. Mais certains soirs, je mettrais bien dans les flammes la moitié de la discothèque de mon voisin d'à côté.

Avec la collaboration de Chantal Francke

(Québec Rock, Mai 1984, p. 42 à 45)



1er novembre 2025

EN BREF

Mgr Bertrand Blanchet


MES CONDOLÉANCES
a la famille et aux amis de Mgr Bertrand Blanchet, a l'occasion de son décès. Il y a quelques années, dans le cadre de mon travail de journaliste, je le rencontrais régulièrement. La catholiques de Rimouski et du Bas Saint-Laurent viennent de perdre un grand intellectuel. A mes yeux, c'était un saint homme. Je vous parlerai bientôt de lui sur mon blogue.





Pierre Dufault


MES CONDOLÉANCES a la famille et aux amis du journaliste Pierre Dufault, a l'occasion de son décès

LE BALADO: Jean-Paul Regimbal (5)


CULTURE MUSIQUE: Picotine


Picotine

Par Benoit Voyer

1er novembre 2025

Elle s’appelle Picotine. Elle a une drôle de mine. Elle a des picots plein la figure et elle nous racontait plein d’histoires "à coucher dehors".

Quand je pense à elle, je repense à ma jeunesse. Cette série télévisée pour les enfants était diffusée à la télévision de Radio-Canada du 8 septembre 1972 au 28 mai 1975. Picotine était interprétée par Linda Wilscam.

Malheureusement, je n’étais pas très fidèle au rendez-vous télévisé, mais je m’en souviens. C’était amusant ! Mais je ne le disais pas parce que mes amis disaient que c’était une émission pour les filles. À la maison, je me joignais plutôt à mon ami Patof au canal 10, l’ancêtre du réseau TVA.

Je dois tout de même l’avouer, j’aimais aussi regarder Picotine.

Picotine était une jeune fille qui ne restait jamais à l’extérieur des situations difficiles. Elle s’y engageait. Elle se tenait debout. Rien ne l’arrêtait.

Elle était un modèle pour les filles. Elle était douce, espiègle, curieuse, mesquine et romantique. Lorsqu'elle éclatait de rire, le soleil éclatait lui aussi. Si elle était triste, les oiseaux cessaient de chanter. Moi j’aimais beaucoup Poil de pluche. Ah oui ! Il y avait aussi Fantoche. Ce personnage était interprété par Michel Dumont.

Picotine était vraiment une série jeunesse que j’aimais et qui, à près de 60 ans, rallume mon cœur d’enfant.

Le générique de l’émission (1972) :
https://www.youtube.com/watch?v=UM0tVIoPfM4&t=2s


PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

IL FAIT TOUJOURS BEAU QUELQUE PART: 2 Frères


TROIS-RIVIERES: La chapelle du séminaire de Trois-Rivières


La chapelle du séminaire de Trois-Rivières UN TRESOR MECONNU

Méconnue des trifluviens, la chapelle du Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières est un des joyaux du patrimoine régional. Ce n'est pas une église paroissiale, c'est une simple chapelle utilisée par les étudiants et les enseignants du collège et les prêtres qui résident dans l'immense bâtiment de la rue Laviolette。

La chapelle d'origine, construite en 1901, a perdu son haut clocher lors des travaux d'agrandissement du 3e séminaire, en 1927. Malheureusement, le 13 novembre 1929, un incendie a complètement détruit le 2e collège. La chapelle a été épargnée.

"Ce n'est pas une vraie chapelle de style roman comme on en retrouve en Europe. C'est du pseudo-roman. Ici, les immenses poutres ne soutiennent pas les murs et le plafond", explique Serge Désaulnier du Musée Pierre-Boucher.

En 1903, deux ans après le début des travaux d'érection, la première messe y est célébrée par l'abbé G.E. Panneton (10 septembre). Peu de temps après, c'est l'inauguration du magnifique chemin de croix, don d'un curé de campagne (6 septembre); la fin de l'installation de l'orgue Casavant (16 novembre); et la bénédiction solennelle du lieu (26 novembre).

L'orgue fut restauré en 1960 pour répondre au goût et au son d'aujourd'hui. Il est maintenant utilisé pour de nombreux concerts et pour les étudiants du conservatoire de musique qui viennent s'y perfectionner.

La chapelle possède encore sa vieille chaire construite par Henri Angers de Québec selon les plans de G.E. Tanguay. La chaire fut installée le 8 juillet 1908. Le style du début du siècle est soigneusement gardé. L'abat-voix de la chair est encore en place. Les visiteurs apprendront, lors d'une visite, qu'il permettait au célébrant de bien se faire entendre par les fidèles qui se rassemblaient dans ce temple. Aujourd’hui, la chair n’étant plus utilisée, l’abat-voix est conservé comme pièce du patrimoine.

Deux œuvres du peintre français Miralès ornent les transepts du lieu de prière. Les scènes de la Conception et de la Résurrection - magnifiquement exécutées - ont été données par les anciens du Séminaire, lors d'une réunion en 1898.

Dans un coin de la chapelle, une sculpture sur bois de l'artiste Louis Jobin de la région de Portneuf, fut créée au siècle dernier. Cette représentation de Marie-Médiatrice était une commande de la famille Morrissette de Trois-Rivières.Jusqu’en1986, elle était installée au Cimetière Saint-Louis. La statue est maintenant la propriété de la paroisse-cathédrale Immaculée-Conception qui l’a déposée au Musée Pierre-Boucher.

"On y a fait faire une restauration en 1988, car la sculpture a passé une centaine d'années à l'extérieur. Dans la couronne, il y avait un nid d'oiseaux. De plus, il a fallu la traiter, car il y avait des insectes dans le bois. La sculpture n'ira plus à l'extérieur", explique M. Désaulnier.

Les groupes qui se sont préalablement inscrits pour une visite commentée, peuvent se rendre avec un guide dans la sacristie du temple où les prêtres célèbrent la messe. Il est possible d'y contempler sept sculptures de plâtre qui proviennent de l'église Saint-Thomas-de-Pierreville, un bas-relief du Sacré-Cœur de Philippe Mouli et de nombreuses peintures dont un portrait de saint Ignace de Loyola (1887) et une magnifique toile de la sainte Famille (1878) du peintre Joseph Dynes, onze œuvres de Jordi Bonet exécutées en 1954-1955 pour remplir une commande de Mgr Albert Tessier pour la chapelle de Tavibois et une toile de Guido Nincheri peinte pour le Carmel trifluvien (1952). Enfin, il est possible de voir un autel de l'église paroissiale de Trois-Rivières sauvé de l'incendie du 22 juin 1908. Il fut construit par François Normand.

Vitrines
Au cours de l'été, les touristes qui visiteront la chapelle découvriront de petites vitrines exposant des souvenirs de la chapelle et du diocèse de Trois-Rivières.

Dans la première, un buste de l'ancien supérieur du Séminaire. Mgr Louis Richard, un écusson, un chapelet d'usage courant utilisé au début du siècle, et une vieille custode, raviront les visiteurs.

La petite statuette de saint Joseph qui y est présentée a traversé bien des épreuves. Les hivers rudes de la Mauricie l’ont détériorée. C'est en 1959, au début de la construction du gymnase et de l'annexe où se trouve la bibliothèque, que la petite statuette fut installée sur un fleuron du toit pour implorer saint Joseph de protéger le Séminaire d'un incendie. La demande fut exaucée.

La seconde vitrine montre des objets religieux d'une autre époque: burettes, bocal pour les saintes huiles, mouchette pour éteindre les cierges et un vase pour l’eau du baptême.

Sur un autel latéral ou retrouve les canons de la messe qui ont longtemps été en usage a la cathédrale trifluvienne. "C'était à l'époque où le prêtre célébrait sa messe dos au peuple. C'est le concile Vatican II qui a changé les règles des célébrations. Les canons permettant au célébrant de lire les prières liturgiques", raconte l'animateur du Musée Pierre-Boucher.

L'histoire diocésaine débute à la troisième vitrine. Il est possible d'y voir un crucifix qui appartenait à Mgr Thomas Cooke, évêque de 1852 à 1870. De plus, un missel romain de 1690 se fait remarquer.

Le quatrième point d’intérêt est centré sur Mgr Louis-Francois Richer qui fut évêque de 1870 à 1898. Il est identifié par sa photographie, son carnet de notes, son crayon, son sceau officiel et d’autres souvenirs.

Le musée possède peu de choses sur Mgr Cloutier si ce n’est un ruban d'intronisation. Mgr Comtois, évêque de 1934 à 1946, n’a laissé que des rubans-souvenirs.

Enfin, la dernière halte, une belle photographie de Mgr Maurice Roy (évêque en 1946-1947) qui fut rapidement nommé cardinal de Québec. Un règne bref, mais remarqué.

Mgr Pelletier qui était évêque de 1947 jusqu'à l'arrivée de Mgr Laurent Noël, en 1975, se caractérise dans cette présentation par sa mitre, ses écussons et une médaille donnée par le pape Jean-Paul II lors de sa visite dans la région en 1984.

Ouvert du mardi au dimanche de 13h30 à 16h30. Entrée gratuite.

Séminaire Saint-Joseph
858, rue Laviolette
Trois-Rivières G9A 553
(819) 376-4459

(Image de la Mauricie, Juillet août 1996, p. 18. Reportage de Benoit Voyer non signé parce que le texte original a été grandement modifié par le magazine)

31 octobre 2025

A ne pas manquer sur

LE BALADO: Jean-Paul Regimbal (4)


LIVRE: Trop gentil pour être heureux

Livre

Trop gentil pour être heureux

Par Benoit Voyer
31 octobre 2025

Mesdames, je vous interdis de lire ce livre. Il s’adresse aux hommes, particulièrement aux « bons gars ». Dans « Trop gentil pour être heureux » (Éditions Payot & Rivages, Paris, 2004), Robert A. Grover traite du syndrome du chic type. Vous le connaissez : C'est l’homme gentil qui vous comprend, qui vous écoute et qui cherche à vous plaire. C’est un « lover » attentif à vos besoins qui ne vous demande presque jamais rien en retour. Il est tellement fin.

Sexuellement, il vous attend, vous fait plaisir et donne l’impression que son plaisir sexuel n’est pas important.

Il ne ressemble aux autres hommes. Son « 45 % féminin » est très fort. En réalité, à force de vouloir tellement vous plaire, il en est venu à perdre son énergie vitale masculine. Vous le voulez dans votre vie, mais vous ne fantasmez pas sur lui. L’homme de Cro-Magnon aux traits plus primaires vous allume davantage.

Vous le reconnaissez ?

Ce genre d’homme est celui que l’auteur de ce bouquin appelle « un chic type ».

Saviez-vous que la majorité d’entre eux sont malheureux et frustrés ? Saviez-vous qu’ils vous cachent bien des choses ? « Le chic type » a bien des secrets et des attentes envers vous, mais ne les dira jamais directement. Il ne veut pas perdre votre estime. Le « chic type » est un peureux. Il craint de perdre et de contrarier.

Comme l’écrit Groove : « Ils sont persuadés qu’en étant gentils et en faisant les choses comme il faut, ils seront aimés, on satisfera leurs besoins et leur vie sera débarrassée de tout problème. Dans leurs efforts pour être gentils, ils cherchent presque à coup sûr à éliminer ou à cacher certains aspects de leur personnalité (leurs erreurs, leurs besoins, leurs émotions) pour devenir ce qu’ils pensent que les autres ont envie qu’ils soient (généreux, aidants, apaisants) ».

L’auteur va au fond des choses : « Les difficultés rencontrées par les chics types dans leur vie sexuelle sont à mettre en relation directe avec deux sentiments : la honte et la peur qu’ils éprouvent à l’idée de leur sexualité et de leur état d’êtres sexuels. (…) Cela peut paraitre étrange, mais les chics types font preuve d’une imagination débridée quand il s’agit pour eux d’éviter une relation sexuelle. »

C’est un livre qu’un très grand nombre d’hommes devraient lire afin de retrouver leur masculinité perdue et que toutes les femmes ne devraient pas lire.

PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


EN MUSIQUE - Mots difficiles (Julie Daoust et le Caboose Band, 2019)


MUSIQUE: Bobby, le roi du country, n'est plus


Bobby, le roi du country, n'est plus

Bobby Haché est décédé d'un cancer du poumon, à l'âge de 74 ans, à l'Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. Quelle triste nouvelle!

Notre dernière rencontre a eu lieu en 2002. À l'époque, j'étais pigiste pour le magazine Le Lundi.

A 71 ans, il donnait encore un à deux spectacles par semaine pour le seul plaisir de retrouver son public qu'il affectionnait

Il me confiait ne plus être trop intéressé à produire de nouveaux albums à cause du piratage. Le phénomène avait diminué, mais avec l'arrivée des graveurs et d'Internet, le problème est revenu : « C’est un grave problème éthique! Et puis, il y a peu de temps, j'ai trouvé un CD dans un supermarché IGA. Il portait le titre 22 succès de Bobby Haché. Je n'ai jamais accordé d'autorisation pour la vente de ce disque et je n'en reçois aucune redevance. C'est criminel, ça ! »

Il m'expliquait aussi qu'il ne voulait plus associer la musique country aux animaux et que le style de musique auquel il était associé a beaucoup changé depuis son enfance Les arrangements musicaux de Gildor Roy et de Shania Twain sont très différents de ceux de Willie!

Ce qui m'a le plus touché chez lui, n'a pas été écrit dans l'article publié dans l'édition du 23 novembre de cette année-là. Assis sur le perron de sa maison, qui n'avait rien d'un château, nous avons longuement parlé de sa défunte femme et de sa famille qu'il affectionnait. Il y allait d'une confidence à l'autre. J'étais comme son curé en visite de paroisse. Il pouvait se laisser aller, mon magnétophone était rangé. Il m'a longuement parle de sa nouvelle manière de vivre depuis le départ de sa bien-aimée. Et en me faisant un portrait de son existence, il m'a dit avoir été heureux de celle-ci.

Maintenant, Bobby, le roi du country, vit au séjour des bienheureux.

Benoit Voyer, Montréal


(Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 25 octobre 2006)

30 octobre 2025

LE BALADO: Peut-on retirer un saint du calendrier liturgique?


CULTURE MUSIQUE: Guy Boucher cherche encore sa jolie Rose

Guy Boucher
Guy Boucher cherche encore sa jolie Rose

Par Benoit Voyer

30 octobre 2025

Guy Boucher a longtemps cherché sa jolie Rose.

Né en 1943, à Saint-Hyacinthe, en Montérégie, la coqueluche du petit écran a étudié à l’École nationale de théâtre puis il a obtenu quelques rôles à la radio et à la télévision de Radio-Canada.

En 1963, il devient animateur de l’émission Jeunesse oblige et en 1965, il connait un grand succès sur disque avec la chanson Devant le Juke Box, chantée en duo avec Ginette Sage.

Guy Boucher est décédé le 18 mars 2012. Il est inhumé dans le cimetière Notre-Dame du Rosaire, à Saint-Hyacinthe. Dans l’autre monde, il cherche encore sa Jolie Rose…

Sur Music Youtube:
https://music.youtube.com/watch?v=Q7kO0y0iNeY

PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

EN MUSIQUE - Интриган (Тамара Саксина)




POLITIQUE: Il est encore vivant


Il est encore vivant

Claude Ryan nous a quittés. Son ange est venu le chercher pour le conduire au royaume des bienheureux, ce grand univers de bonheur éternel auquel il croyait de toute son âme. Il n'est plus là, mais il est encore vivant. C'est bien le mot: vivant! Son œuvre et sa pensée passeront, mais sa contribution à l'avancement de notre société, le petit pas de plus qu'il lui a fait réaliser, le gardera toujours uni à notre présent collectif.

Dans une interview journalistique qu'il m'accordait en 1999, pour la Revue Sainte Anne (diffusée dans l'édition de janvier), il me confiait : « La mort... j'y pense presque à tous les jours. Vous savez à mon âge, on sait que ça viendra. J'aimerais avoir la grâce de mourir comme j'ai vécu, sans tricherie. » Et ce qu'il a souhaité est arrivé. Son départ est une lourde perte pour le Canada et le Québec. Il l'est aussi pour moi. Parmi tous ces personnages qui ont marqué notre époque, il était celui qui m'inspirait le plus. Bien que je n’étais pas toujours en accord avec lui, sa capacité de se donner au service des autres et de ne pas se laisser envahir par la médiocrité m'a toujours impressionné. De plus, son élan culturel et cultuel est une grande source d'inspiration pour ma vie.

Je retiendrai toujours ce qu'il me disait de lui: « Je ne suis pas l'homme pour engager une révolution qui va casser les choses, qui va renverser les murailles. Je crois plutôt à la puissance du ruisseau qui, chaque jour, perce le rocher petit à petit. C'est long, je sais. Cela permet de travailler longtemps sans s'impatienter, sans devenir amer, sans condamner qui que ce soit. De plus, toute ma vie j'ai accompli mes devoirs sans effort. Je n'étais pas obligé de me « crinquer » le matin en me disant: aujourd'hui, il faut que tu fasses ton devoir. J'ai été heureux comme ça. Enfin, j'ai toujours aimé les valeurs qu'incarne à mes yeux le christianisme. J'ai essayé d'y demeurer fidèle à travers les engagements que j'ai connus. Je n'ai pas de mérite à avoir agi de la sort ».

Là où son ange est allé le conduire, il voit maintenant tout le bon grain qu'il a semé. En revoyant sa vie il doit assurément dire: « C'est le doigt de Dieu ! » (Ex 8,15).

Benoît Voyer

(La Presse, 13 février 2004)

29 octobre 2025

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FRANCO MUSIQUE: Cœur de pirate en tournée


Cœur de pirate en tournée

Par Benoit Voyer

29 octobre 2025

À partir du 6 novembre 2025, Cœur de Pirate part pour une nouvelle tournée. Elle termine son année 2025 à Montréal, Québec, Toronto, Sherbrooke et Moncton. En février et mars 2026, elle est en Europe où elle s’arrête, notamment, à Strasbourg, le 26 février, et à Paris, le 12 mars. Enfin, en avril et mai, elle se produit en Montérégie, dans les Laurentides, à Laval, en Outaouais et dans la belle région de Lanaudière.

Le vrai nom de Cœur de Pirate est Béatrice Martin. Elle est née le 22 septembre 1989, à Outremont, devenu un arrondissement de Montréal. Elle est la fille aînée de Nicolas Martin, un ingénieur en informatique, et d’Élise Desjardins. Sa mère est pianiste classique, chambriste et accompagnatrice. En 2008 paraissait son premier album.

En septembre 2025, Béatrice nous offre l’opus Cavale, pièce thème de son nouvel album.

PAROLE DE René Lévesque


NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

EN MUSIQUE - Wow (André Gagnon)


MUSIQUE: Premier festival de musique religieuse au Québec cet été


Premier festival de musique religieuse au Québec cet été

Presse Canadienne
GRANBY

Granby sera l'hôte, l'été prochain, du premier festival de musique religieuse actuelle à se dérouler au Québec.

Les organisateurs attendent au moins 200 participants de partout à travers la province. Le Festival en plein soleil se tiendra au Mont Sacré-Cœur les 29, 30 et 31 juillet.

C'est un festival nouveau genre qui vise à promouvoir les ta lents religieux au Québec, surtout chez les jeunes », explique Benoit Voyer, porte-parole du festival.

Toutes les formes d'expression musicale seront privilégiées. On attend donc chansonniers, auteurs compositeurs et ensembles musicaux lors de ces trois journées. Le théâtre aura également sa place: des troupes religieuses ont été invitées.

Un comité d'organisation a déjà tenu une réunion pour commencer les préparatifs. C'est le père Yvon Samson, de la communauté des Trinitaires, qui a eu l'idée d'organiser l'événement. Le religieux participera d'ailleurs au festival, puisqu'il est chansonnier.

Selon Benoit Voyer, la musique populaire religieuse traverse actuellement une crise au Québec.

Ce n'est pas tellement parce que nous manquons de jeunes musiciens, mais c'est plutôt parce qu'on ne dispose pas de moyens techniques pour produire des cassettes ou des microsillons adéquats. Nous sommes en retard de 10 ans par rapport aux États-Unis, dit-il.

Le festival donnera ainsi l'occasion au grand public d'apprendre à apprécier la musique religieuse qui est peu ou mal diffusée. Il permettra en outre aux artistes de se rencontrer et de fraterniser.

En plus de nombreuses cérémonies religieuses, on a également prévu au programme d'ateliers portant notamment sur la technique musicale.

Bien qu'on n'ait pas encore trouvé des sources de financement, comme des commanditaires, Benoit Voyer se dit assuré que l'activité aura bien lieu.

M. Voyer tient cependant à apporter une précision sur la nature de cette manifestation : « Même s'il y aura place pour l'œcuménisme, le festival demeure un évènement catholique.


(La Presse, 24 avril 1988, p. E5)

28 octobre 2025

 


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LE BALADO: Jean-Paul Regimbal est-il un saint?


CULTURE MUSIQUE: La messe rythmée

Voix de l'Est, 18 avril 1969, p. 3
La messe rythmée

Par Benoit Voyer

28 octobre 2025

De 1970 à 1974, chaque dimanche, en famille, nous allons à la messe de 11 h à l’église catholique Saint-Eugène, sur la rue Laval, à Granby. La célébration eucharistique est celle des adolescents et des jeunes adultes de la paroisse.

En plein renouveau liturgique à la suite du récent concile œcuménique Vatican II, on y expérimente une nouvelle manière de célébrer l’eucharistie. C’est un peu la révolution !

Ce que nous vivons en liturgie à Saint-Eugène s’inspire d’une expérience pastorale réalisée depuis 1968 au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, a Cap-de-la-Madeleine. Durant les années 1960 et 1970, le sanctuaire marial de la Mauricie a été le centre de production de la « pop religieuse québécoise ». Les Oblats de Marie Immaculée inauguraient en 1947 la station et le studio Radio Marie, qui seront en opération jusqu’en 1979.[1]

Loin de la traditionnelle messe avec le grand orgue, les jeunes jouent sur un orgue moderne de type Hammond, font résonner la batterie et grincer les guitares électriques… On se croirait par moment dans un club. Ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme la “messe à gogo” ou la “messe yé yé”.

Le groupe musical est dirigé par l’organiste Jean-Guy Leroux. En plus de la musique, les jeunes sont partout : lectures, service à l’autel, offrandes… Mon frère Yvon joue de la guitare. Carolle Bernier, ma future belle-sœur, et ma sœur Pauline sont au nombre de ceux qui s’impliquent. L'église est pleine à craquer. Je suis encore un enfant, mais je m’imagine un jour être celui qui anime les chants.

Je me souviens encore du répertoire musical. Celui-ci se compose des nouveaux chants du Studio RM, de la série Amen de John Littleton et de quelques chansons populaires de l’heure.

Le chant d’entrée : La Terre promise de Richard Anthony, la version française d’une chanson des Beach Boys. À l’offertoire revient souvent « Je crois », popularisée au Québec par Chantal Pary, version franco de « I Believe » de Frankie Laine dont de nombreux artistes, dont Elvis Presley, Perry Como et Mahalia Jackson, ont repris sur disque et « Tous les garçons et les filles », tube de l’heure de la Française Françoise Hardy.

Parmi les chansons de John Littleton qu’on y chante, on retrouve : Gethsémani, Je cherche, Je m’en vais, Allez-vous en sur les places…

Enfin, le répertoire d’André Dumont est très prisé : Nous irons dans la joie (chanson thème du pavillon chrétien de l’Expo 67), Verrons-nous ton règne, le célèbre Gloire à Dieu…

À partir de 1967, André Dumont, un auteur-compositeur, est le directeur artistique de la maison de disques de Radio Marie. Il développe les collections musicales « Jérusalem »[2], « Pour ce monde » et « Nouvelle Pentecôte » créées pour profiter de l’engouement des messes rythmées.

Le père André Dumont est reconnu comme étant à la base des « messes rythmées ». Le père Paul Arsenault s’en souvient : « Juin 1968. On était allés le chercher dans le confessionnal où il donnait le pardon aux pèlerins rassemblés pour l’eucharistie. On demandait à André Dumont de diriger à l’improviste l’orchestre Claude Robert… Les messes rythmées venaient ainsi de naitre. Un fruit du concile Vatican II. »[3]

L’engouement est au rendez-vous, le dimanche matin, où se tiennent trois « messes rythmées » au sous-sol de la basilique Notre-Dame du Cap, donc trois orchestres y évoluaient.[4]

____________________

[1] Sébastien Desrosiers. « Les messes à gogo des années 1960 et 1970, ces célébrations religieuses, musicales et festives », Ici Radio-Canada, 18 avril 2019. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/114660/messes-gogo-rythmees-eglise-concile-vatican
[2] Sébastien Desrosiers. « Les messes à gogo des années 1960 et 1970, ces célébrations religieuses, musicales et festives », Ici Radio-Canada, 18 avril 2019. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/114660/messes-gogo-rythmees-eglise-concile-vatican
[3] Paul Arsenault, « À bâtons rompus », Revue Notre-Dame du Cap, avril 2023. https://www.sanctuaire-ndc.ca/blogue/messes-rythmees/
[4] Paul Arsenault, « À bâtons rompus », Revue Notre-Dame du Cap, avril 2023. https://www.sanctuaire-ndc.ca/blogue/messes-rythmees/


PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

EN MUSIQUE - Words (Barry Gibb and Dolly Porton)


POLITIQUE: Un effort essentiel


Un effort essentiel

Madame Line Beauchamp,
ministre de la Culture et des Communications,

Il est vrai que ce n'est pas au gouvernement de tout payer pour la restauration du patrimoine religieux, mais son effort est essentiel. Malgré tout, je me questionne. Est-ce que votre cabinet ministériel pourrait inciter le gouvernement du Canada à s'impliquer dans ce dossier en octroyant, lui aussi, du financement pour la restauration des églises, temples et édifices du patrimoine ? Est-ce qu'il pourrait aussi convaincre le ministre des Finances du Québec à encourager le public à donner davantage pour cette cause en accordant des déductions d'impôts pouvant atteindre jusqu'à 40% du montant donné ? Il serait intéressant que l'État québécois soit un leader en matière de protection du patrimoine car, comme vous l'avez écrit dans une lettre publiée dans plusieurs médias, « le patrimoine (...) contribue de manière tangible à affirmer notre identité ».

Benoît Voyer

(La Presse, 7 juillet 2004, p. A14)

27 octobre 2025

LE BALADO: Jean-Paul Regimbal (2)


ÉTAT LAIC: La sécularisation de la société québécoise

La sécularisation de la société québécoise

Par Benoit Voyer

27 octobre 2025

Il y a quelques années, au Québec, les valeurs religieuses ont été reléguées à la vie privée. Notre société s’est sécularisée. Cette dernière a ses bons côtés, mais la sécularisation a ses limites. Pourquoi ? Parce qu’au bout de la laïcisation, il n’y a rien qu’une impasse.

Dans les sociétés sécularisées, les chercheurs de sens tentent de trouver une instance capable de rappeler leurs devoirs et de porter un discernement éthique fondé sur la transcendance. Cette mission est celle des institutions religieuses.

Si le Québec n’est plus depuis longtemps la locomotive de la foi chrétienne, ses braises continuent de rougeoyer.

C’est pour cette raison que le regretté pape Benoît XVI, en 2009, lors d’une rencontre pour les jeunes, en Grèce, a invité les chrétiens à redoubler d’efforts pour tenter de retrouver des raisons de croire et d’espérer, pour sortir de la torpeur spirituelle, pour retrouver la mémoire chrétienne.[1] Plus que jamais, on a besoin de retrouver nos racines chrétiennes. C’est un peu ce que je tente sporadiquement de faire à travers ce que j’écris sur mon blogue.

Se rappeler nos racines, c'est se souvenir que « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles. Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour »[2], « non pas parce qu’ils sont exemptés d’épreuves, mais parce qu’ils savent qu’ils ne seront jamais seuls pour les affronter »[3]. Pour les chercheurs de sens, cette idée leur fait un grand bien.

Comme je l’ai déjà écrit, et je le répète, « il doit effectivement y avoir une séparation entre l'État et la religion, mais la sécularisation ne doit en aucun cas empêcher la religion de jouer un rôle dans l'organisation de la société civile. Empêcher le religieux de prendre part à la vie de la société civile serait de faire de la laïcité un nouveau fondamentalisme encore plus contraignant que le fondamentalisme religieux. »[4]

____________________

[1] Cf. Henri Tincq. « L’appel de Prague de Benoit XVI », Slate, 28 septembre 2009. https://www.slate.fr/story/10911/lappel-de-prague-de-benoit-xvi
[2] Rm 8, 26-30.
[3] Prions en Église, octobre 2025, p. 160.
[4] Cf. Pierre-Paul Gagné. La Presse, 7 octobre 2007, p. A15. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2206670

PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

EN MUSIQUE - Voilà (Barbara Pravi)


PERSONNES AGÉES: Malaise de chien


Malaise de chien

Des milliers de personnes âgées et de personnes malades souffrent de solitude. Parmi eux, un grand nombre a été abandonné par leurs familles ou ne reçoivent qu'une brève visite de leurs enfants chaque semaine ou chaque mois. Les vieux et les malades sont devenus les lépreux de notre époque. Pendant ce temps, plus de deux millions de pitous et de minous reçoivent des soins et une attention démesurés. Il y a de quoi rougir de honte.

Le dossier sur « Les nouveaux enfants-rois », publié dans Le Devoir des 13 et 14 juin, m'a plongé dans une grande tristesse. En lisant ces lignes, je ne cessais de repenser à Huguette, 76 ans, qui habite rue de l'Esplanade, que je rencontrais quelques heures plus tôt dans le cadre de mon travail de coordonnateur d'un important service d'accompagnement spirituel montréalais. En pleurant, la dame me confiait désirer de la visite pour bavarder, prier, jouer au Scrabble et l'aider à faire son casse-tête de 1000 morceaux.

En lisant les lignes du reportage, on voit que quelque chose ne tourne pas rond dans nos têtes de Québécois et de Québécoises. Nous semblons souffrir d'une névrose collective. Qu'est-ce que nous avons fait de nos valeurs d'amour, de tendresse et de compassion pour les personnes qui nous entourent, surtout pour nos personnes ainées? Il serait le temps de replacer l'humain en tête de nos priorités.

Benoit Voyer
Saint-Jérôme, le 15 juin 2009


(Le Devoir, 23 juin 2009, p.A8)

26 octobre 2025

LE BALADO: Jean-Paul Regimbal (1)


LIVRE: Léon XIV, l’apôtre de la paix


Livre


Léon XIV, l’apôtre de la paix

Par Benoit Voyer

26 octobre 2025

Depuis qu’il a été élu pape le 8 mai 2025, je ne m’étais pas intéressé au parcours de Léon XIV. Pour être honnête, il me laissait plutôt indifférent.

Il y a deux semaines, en parcourant les ouvrages en vente chez Renaud Bray, à Brossard, la couverture de sa biographie écrite par Samuel Pruvot, grand reporter au magazine Famille chrétienne, en collaboration avec Marc Leboucher, directeur littéraire aux Éditions Salvator, a attiré mon attention.

Ce nouveau livre de 158 pages, paru en 2025, chez Salvator, bien entendu, a été écrit en très peu de temps. Sans grands artifices, on raconte les jours qui ont précédé son élection lors du dernier conclave. Par la suite, on retrouve un portrait du cardinal Robert Francis Prevost. Enfin, on s’attarde à une série de défis qui attendent le nouveau souverain pontife né à Chicago aux États-Unis et qui a passé la majeure partie de son existence au Pérou.

Le tout est écrit comme un grand reportage, dans un langage simple et accessible. On sent que les auteurs, bien que catholiques, ont gardé leur pensée critique. La livraison est sans complaisance.

À l’image des rois mages, avec les auteurs le lecteur marche en suivant l’étoile. On découvre les raisons profondes qui ont conduit le nouveau leader du Vatican à devenir le leader mondial du christianisme.

Je dois me confesser : Suite a la lecture de ces pages, je ne peux plus demeurer indifférent à cet homme. On a ici le portrait d’un homme humble, gentil et conciliant. Durant les prochaines années, Léon XIV sera fort probablement une force tranquille, mais sans compromis. Son style risque d’en surprendre plus d’un.

PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le fleuve Saint-Laurent


Le fleuve Saint-Laurent, a Rivière-Ouelle

EN MUSIQUE - We are the champions (Queen)


POLITIQUE: Laïcité: le prix à payer


Laïcité: le prix à payer

Pierre-Paul Gagné


Outre le caractère non négociable de l'égalité absolue entre les hommes et les femmes, l'actuelle polémique sur les accommodements raisonnables a mis à l'ordre du jour un autre débat sur lequel la société québécoise ne s'était jamais vraiment penchée en profondeur, celui de la laïcité de l'État.

Comme la plupart, sinon la totalité, des demandes d'accommodements jugées déraisonnables ont des fondements religieux, il fallait s'attendre à ce que le débat porte, tôt ou tard, sur le renforcement du caractère laïc de l'État.

Beaucoup de Québécois, qui ne s'étaient jamais passionnés pour cette question, ont tout à coup découvert que la laïcité pouvait devenir un rempart de premier plan pour empêcher les intégrismes religieux de toutes natures d'envahir l'espace public. D'autant plus que, depuis quelques années, il y a l'exemple français sur lequel s'appuyer.

À l'opposé, il est apparu lors de certaines audiences de la commission Bouchard-Taylor que bon nombre de catholiques pratiquants, qui craignent la disparition totale des manifestations et des signes religieux dans l'espace public, entendent se battre bec et ongles pour maintenir les acquis.

Ce débat, bien entendu, a rebondi dans les courriels de nos lecteurs. Voyons d'abord des points de vue prônant la laïcisation:

« Je suis d'avis que les Québécois craignent les accommodements raisonnables non pas parce qu'ils risquent d'entraîner des différences dans notre société, mais plutôt des dérapages religieux que l'on ne veut plus revivre. » (Jean-Guy Grenier)

« Il est plus que temps que le gouvernement fixe des balises quant à la laïcité de l'État. Nos taxes et impôts ne doivent plus servir à former des croyants quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent. C'est là la responsabilité des Églises. » (Solange Gagnon)

« Je suis un tenant de la laïcité au Québec. L'émancipation citoyenne face aux diktats des institutions religieuses est un signe de civilisation! » (François Leduc)

Pour les tenants de la laïcité, il est clair qu'il faudrait faire le deuil de certaines traditions.

« La laïcité est le rempart de la démocratie. Elle permet qu'en démocratie toutes les religions soient tenues à l'écart afin d'éviter qu'elle ne glisse vers la théocratie. Les accommodements religieux sont ainsi une brèche dans la démocratie. Ils la rognent, la dénaturent en tentant de la transformer en théocratie. » (Gisèle Filion)

À l'opposé, des partisans du maintien des signes religieux expliquent ainsi leur point de vue:

« Il doit effectivement y avoir une séparation entre l'État et la religion, mais la sécularisation ne doit en aucun cas empêcher la religion de jouer un rôle dans l'organisation de la société civile. Empêcher le religieux de prendre part à la vie de la société civile serait de faire de la laïcité un nouveau fondamentalisme encore plus contraignant que le fondamentalisme religieux. » (Benoit Voyer)

« La laïcité, telle une nouvelle religion, cherche à s'imposer avec un succès certain. Le péché d'aujourd'hui, c'est oser affirmer ouvertement ses croyances et afficher des signes religieux. Sont à condamner les Québécois qui osent ainsi freiner les volontés de ces extrémistes apôtres de la laïcité, eux qui possèdent à leur tour l'unique vérité. Connaîtrons-nous un jour un Québec où les croyants seront carrément persécutés? » (Benoît Descôteaux)

Les croyants sont-ils en danger de persécution au Québec? Il ne faudrait pas exagérer. Mais est-ce à dire néanmoins que, dans une perspective de bannissement total de tout signe religieux dans l'espace public, on en arriverait à faire disparaître les crucifix des établissement publics? Serait-ce la fin de la crèche de Noël devant l'Hôtel de Ville de Montréal?

Si certains farouches partisans de la laïcité totale le souhaitent, ce n'est pas l'avis de la plupart qui estiment qu'il ne faudrait pas aller jusqu'à s'attaquer aux signes religieux qui font partie de notre héritage culturel. Ainsi, s'exprime M. Sammy Dalva dans le courriel qu'il nous a fait parvenir:

« Le Québec a une tradition chrétienne et la croix, que ce soit celle de l'Assemblée nationale ou bien celle du mont Royal, fait partie de notre patrimoine culturel au même titre que le sapin et la crèche de Noël. Renier ce patrimoine pour ménager la sensibilité d'une minorité fanatisée relèverait du délire de notre rectitude politique. »

Mais pour les tenants de la laïcité, il est clair qu'il faudrait faire le deuil de certaines traditions, comme la récitation d'une prière avant les assemblées du conseil municipal, si c'est le prix à payer pour empêcher l'implantation dans l'espace public québécois de pratiques religieuses jugées inacceptables.

(La Presse, 7 octobre 2007, p. A15)