ARTICLE DU JOUR: Les préjugés religieux
Par Benoit Voyer
20 septembre 2025
Je trouve regrettable tous les préjugés qui existent au Québec en matière religieuse. Bien entendu, je suis totalement en désaccord avec l’utilisation de la religion à des fins politiques. Je suis également très mal à l’aise lorsque les textes anciens, qu’ils proviennent de la Bible, de la Torah et du Coran, ne sont pas adaptés à notre époque. En cette matière, une lecture historico-critique doit être réalisée avant d’en faire une adaptation pour s’en inspirer dans notre présent.
Comme le disait l’an dernier Régis Labeaume à Christian Bégin à l’émission télévisée « La Grand-messe » : « Ce qui dérange émotivement les Québécois de souche, c’est la pratique religieuse des immigrants. Les communautés culturelles sont plus croyantes que nous autres. [...] Nous on n’a plus de croyance. Nous autres, on est laïcs et on a raison (de l’être). [...] Mais tu n’peux pas empêcher le monde de croire ! [...] “ [Ce constat] nous heurte pas mal plus qu’on le pense. [...] La foi des autres nous heurte… »
Ainsi donc, je suis un chrétien de tradition catholique. En revanche, j’ai toujours été ouvert à la différence. Je m’en souviens, au milieu de la vingtaine, j’ai visité de nombreuses synagogues, mosquées et temples de différentes confessions chrétiennes. Après tout, s’il y a un dieu, il est unique.
Lorsque j’étais journaliste, afin d’établir des ponts culturels et cultuels, j’ai réalisé plusieurs reportages sur ces communautés de foi, notamment pour l’Hebdo journal [1],
À Trois-Rivières, en 1996, j’ai rencontré Aziza Blili, une agente de voyages tunisienne de confession musulmane. J’avais tiré plusieurs petits textes de notre échange qui m’apparaissait fort intéressant.
Elle regrettait les préjugés que les médias entretiennent. Elle me disait : « Dans l’islam, il y a des gens de la droite et de la gauche comme dans toutes les sociétés ou religions. Les uns sont plus intégristes, les autres sont plus ouverts […] Il y a des gens qui agissent au nom de la religion, mais qui ne sont pas vrais ! C’est de la politique déguisée ! Les conflits qui viennent dans le monde viennent ternir l’image de l’islam. Je n’ai jamais lu une phrase du Coran qui dit qu’il faut assassiner quelqu’un qui ne pense pas comme nous ! »
Dans la région trifluvienne, le Centre communautaire islamique de la Mauricie joue le rôle de mosquée. En 1996, lorsque je demeurais dans cette région, il était situé dans une humble maison, au 3009, boul. des Forges. Rien ne laissait présager la présence d’adeptes du Coran en ce lieu. Il y avait douze ans que la communauté musulmane s’y réunissait. De nos jours, ils se réunissent au 5375, rue St-Joseph, Trois-Rivières-Ouest.
Chez les musulmans, il n’y a que l’homme qui doit se rendre à la mosquée afin de prier, bien entendu si son horaire professionnel le lui permet. Les autres temps de la prière quotidienne sont laissés à la discrétion de chaque membre.
Hier comme aujourd’hui, le Centre islamique sert également d’école pour les jeunes qui veulent apprendre l’arabe et l’islam. De plus, c’est un lieu où se donnent des conférences et où une bibliothèque est aménagée.
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[1] Benoit Voyer. Une mosquée à Trois-Rivières, L’hebdo journal, 7 juillet 1996, p. 3
JEAN-PAUL REGIMBAL: Premier congrès charismatique du diocèse de Nicolet
Au début de juin, à Drummondville
Premier congrès charismatique du diocèse de Nicolet
Un congrès charismatique couvrant les 85 paroisses du diocèse de Nicolet se tiendra à Drummondville, les 2, 3 et 4 juin prochain.
C'est lors d'une réunion des responsables du Renouveau Charismatique diocésain tenue le 3 décembre 1977 a Notre Dame-du-Bon-Conseil que fut décidée la tenue d'un tel congrès.
Délégués
Des délégués furent nommés pour les trois (3) régions du diocèse. La région de Drummondville est représentée par M. Ferdinand Smith, Sr Florence Bonneau, p.m. Jean-Paul Allard, ptre, et Sr Lucille Guay, p.m. Pour Victoriaville, ce sont MM. Jacques Bergeron et Jean Paul Guillemette, ainsi que Sr Marthe Houle. Nicolet a délégué MM. Marc Dion (section Jeunesse), Jules Landry et Gérard Marier, ptre.
Président du congrès
Les responsables du Renouveau Charismatique ont élu M. Ferdinand Smith, de Drummondville, à la présidence de ce premier congrès diocésain qui débutera vendredi soir, le 2 juin 1978, au Centre Civique de Drummondville.
Les participants à cet événement religieux pourront s'inscrire aux activités et conférences qui se dérouleront au cours de la journée du samedi, 3 juin. Et c'est dimanche, le 4 juin, que se terminera ce premier congrès diocésain lors d'un grand rassemblement au Centre Civique
Des formules d'inscription seront bientôt distribuées dans toutes les paroisses du diocèse de Nicolet.
Nuit de prière
Vendredi soir, le 2 juin, après l'ouverture du congrès, les participants se rendront à l'église Saint Frédéric de Drummondville on aura lieu une « nuit de prière et de pardon ».
Chaque heure sera animée par divers groupes de prière du diocèse de Nicolet.
Conférenciers Invités
Des personnalités bien connues au Québec animeront les différents ateliers. Il s'agit du Père Paul Marchand, montfortain; Jean-Paul Regimbal, o.s.s.t.; Sr Lucille Guay, p.m.; Marc Dion; Fernand Dumont, sociologue Gérard Marier, ptre et Lucien Coutu, ptre.
Tous les prêtres du diocèse seront également invités à se joindre à cette manifestation de foi dont le thème sera : « Louange et libération ».
Le grand appel
Gérard Marier, répondant du Renouveau charismatique du diocèse de Nicolet, lance un appel a tous les groupes de prière en vue du congrès de juin 1978.
Il leur demande d’en faire une priorité par une prière ininterrompue, et ce, jusqu’à la cérémonie de clôture du congrès présidée par Mgr Albertus Martin, évêque de Nicolet.
(L’Union, 28 février 1978, p. D-15)
ARTICLE DU JOUR: André Gagnon, pianiste et compositeur
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| André Gagnon sur l'album Neige, en 1975 |
Par Benoit Voyer
19 septembre 2025
Le pianiste et compositeur André Gagnon est né le 2 aout 1936, au 236, boul. Bégin, à Saint-Pacôme, dans le secteur du Kamouraska, au Bas-Saint-Laurent. Selon la tradition, il est baptisé le lendemain dans l’église paroissiale. André est le dernier enfant d'une famille nombreuse. Il passera son enfance dans cette maison.
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| La maison natale d'André Gagnon, le 16 septembre 2025 |
À partir de l'âge de 3 ans, il joue sur le piano familial. Il recevra ses premières véritables leçons de musique deux ans plus tard.
La musique a toujours fait partie de la vie familiale. Après la grand-messe du dimanche, on se réunit au salon pour chanter, accompagnés au piano par Rita ou Yvette. Cette dernière sera l’organiste de la paroisse pendant 60 ans.
Toute sa vie, André Gagnon restera profondément attaché à son village natal.
André Gagnon nous a quittés le 3 décembre 2020, en pleine pandémie de la covid-19. Ses funérailles sont célébrées dans la cathédrale Sainte-Anne, à La Pocatière, le samedi 23 janvier 2021, à 13 h. Par la suite, il est inhumé dans le cimetière de Saint-Pacôme. Il est facile à trouver puisque son visage est gravé sur la pierre tombale. À Montréal, une célébration commémorative a eu lieu le vendredi 3 décembre 2021.
SUR LA ROUTE: A Saint-Pacôme
A Saint-Pacôme
Par Benoit Voyer
19 septembre 2025
19 septembre 2025
Le 16 septembre 2025, à Saint-Pacôme, au Bas-Saint-Laurent, je me suis rendu au vieux cimetière afin de faire un acte de mémoire envers mes arrière-grands-parents. Je ne les ai pas connus, mais mon amour pour eux m'a été transmis par mes parents qui m'ont toujours parlé d'eux comme des proches toujours vivants. Ici, il n'y a pas de pierres tombales qui me rappellent leur passage sur cette terre, mais on sent qu'ils sont peu loin.
Sur cette terre sont inhumés : Parfait Bérubé (1833-1909) et Adèle Lévesque (1832-1897), mes arrière-arrière-grands-parents ; Louis-Thomas Bérubé (1804-1876) et Marie Gauvin (1802-1853), mes arrière-arrière-arrière-grands-parents ; Étienne Lévesque (1801-1854) et Marie Marcelline Blier (1808-1854) et ma 3ᵉ arrière-grand-mère Marie Gauvin (1823-1868). Ils sont dans la lignée de ma mère.
Sur cette terre sont inhumés : Parfait Bérubé (1833-1909) et Adèle Lévesque (1832-1897), mes arrière-arrière-grands-parents ; Louis-Thomas Bérubé (1804-1876) et Marie Gauvin (1802-1853), mes arrière-arrière-arrière-grands-parents ; Étienne Lévesque (1801-1854) et Marie Marcelline Blier (1808-1854) et ma 3ᵉ arrière-grand-mère Marie Gauvin (1823-1868). Ils sont dans la lignée de ma mère.
CATHOLIQUE: Mgr Raymond Saint-Gelais, l'évêque des gens ordinaires
Mgr Raymond Saint-Gelais, l'évêque des gens ordinaires
L'évêque de Nicolet est de cette nouvelle race d'évêque qui ne s'attache pas au prestige que procure le titre de sa fonction. Il veut demeurer le simple pasteur qui garde le contact avec les gens ordinaires. Il ne manque pas une occasion d'être une présence de Dieu au cœur des débats de la société et auprès des marginaux de son diocèse.
"J'ai la conviction que le leader d'aujourd'hui et de demain est quelqu'un qui chemine avec les gens, plutôt que d'imposer son propre point de vue" a-t-il dit en interview à Image de la Mauricie.
Que ce soit pour défendre les droits des personnes âgées ou pour partager, la bière à la main, avec un individu au fond d'un bar, il refuse rarement un rendez-vous pour témoigner de ce feu qui habite en lui.
Raymond Saint-Gelais ne veut pas dire seulement de belles paroles qui ne toucheraient guère les gens. Il veut se faire solidaire des exclus, car, pour lui, la foi sans les œuvres est une foi morte.
Il le dira à plusieurs reprises en entretien, son désir est de montrer le visage humain de son Église, un visage qui ressemble à celui du Christ. C'est d'ailleurs l'objectif visé par la priorité diocésaine de Nicolet. Une priorité qui lui colle à la peau.
Un évêque à la brasserie
Une de ses actions pour se rapprocher du "vrai monde", c'est la visite des bars qu'il fait un peu avant Noël. Il apprécie ces rencontres. C'est sa façon de faire sentir combien il aime et veut écouter chaque personne.
Il se souvient d'un jeune d'environ 25 ans qui a attendu sa visite dans une brasserie de Gentilly pendant au moins deux heures. L'homme a placoté avec l'évêque pendant trente minutes et aurait aimé que la discussion se poursuive toute la nuit.
Un autre lui disait: "Il est peut-être tard pour venir nous visiter, mais continuez, vous risquez de m'avoir."
Sa façon de voir les distants de l'Église se rapproche des propos de l'auteur français Olivier Legendre dans son livre "Le cri de Dieu" publié aux Éditions Anne Sigier : "Il y a des incroyants qui sont plus croyants que certains croyants". Une façon de dire qu'il ne porte pas de jugements sur ces personnes qu'il considère comme ses propres frères et sœurs.
Autres actions
Le 11 février dernier, à l'occasion du dimanche des malades, il a célébré une messe au Foyer de Nicolet qui est menacé de déménagement. Dans son homélie, il a lancé un plaidoyer en faveur de la survie de ce centre pour les aînés et pour celle de l'hôpital de Nicolet. Son message a eu des échos.
La liste de ses positions publiques est longue. Un peu avant Noël, il a accueilli à son bureau des femmes à la tête de familles monoparentales. Quelques jours plus tard, à l'invitation du restaurant Chez Théo, il a joint, pour une seconde fois, ces femmes dans le cadre d'un déjeuner aux frais du restaurateur. Dernièrement, il a participé à une assemblée publique portant sur la reconfiguration des établissements de soins de la santé et à une autre sur l'avenir économique du "Grand Nicolet." Qu'importe l'occasion, il ne veut pas de places d'honneur. Sa seule ambition est de faire entendre sa voix au milieu des autres.
Un nouveau Mgr Gaillot?
"Êtes-vous un nouveau Mgr Jacques Gaillot?" a osé lui demander promptement notre journaliste. "Chaque évêque a sa personnalité", a-t-il rétorqué. "L'intention que j’aie n'est pas de jouer à la vedette. je ne dis pas que Mgr Gaillot le fait. Je veux simplement être pasteur dans l'Église de Nicolet."
Raymond Saint-Gelais continuera de prendre encore la défense des plus défavorisés de sa région. Le diocèse de Nicolet est un territoire à l'économie fragile. La reconfiguration des services de la santé, en exemple, risque de faire perdre de nombreux emplois.
Benoit Voyer
(Texte proposé a Image de la Mauricie pour l’édition d’avril 1996)
ARTICLE DU JOUR: Les femmes prêtres, ce n’est pas pour demain
Par Benoit Voyer
18 septembre 2025
Bien que le pape François ait fait avancer le dossier de la place des femmes dans l’Église catholique, il n’en demeure pas moins qu’il y a encore bien du chemin à parcourir pour qu’elles accèdent au sacrement de l’ordre et deviennent prêtres. Sous les prédécesseurs de François, la cause des femmes était au beau neutre.
Dans une lettre apostolique parue le 29 juin 1995 [1], le pape Jean-Paul II réaffirmait la position de l’Église du moment sur la question de l'accès des femmes à la prêtrise. Encore une fois, le chef des catholiques disait : « Non ».
Lorsque l’Église anglicane a soulevé le débat, Paul VI, qui était alors pape, a rappelé aux anglicans que le Vatican tient à ce que l’ordination sacerdotale des femmes ne soit pas acceptable pour des raisons fondamentales.
Il citait en exemple le passage de l’Évangile dans lequel on apprend que Jésus a choisi ses apôtres uniquement parmi des hommes. Dans la pratique, l’Église a également toujours choisi des membres de la gent masculine.
Comme Paul VI le proclamait et Jean-Paul II le disait aux évêques du Québec, le 6 mai 1993 [2], lors de la visite « ad limina » : « L'Église ne se considère pas autorisée à admettre les femmes à l’ordination sacerdotale ».
Le pape soutenait que « la présence et le rôle de la femme dans la vie et la mission de l’Église, bien que non liés au sacerdoce ministériel, demeurent absolument nécessaires et irremplaçables […] L’Église souhaite également que les femmes chrétiennes prennent pleinement conscience de la grandeur de leur mission : leur rôle sera capital aujourd’hui, aussi bien pour le renouvellement et l’humanisation de la société que pour la découverte parmi les croyants du vrai visage de l’Église ».
Dans sa lettre, Jean-Paul II concluait sur un ton directif en affirmant qu’en vertu de sa mission de confirmer ses frères, tous ses fidèles de l’Église doivent faire sienne cette position.
À son retour du Vatican, à l’occasion d’une conférence de presse à laquelle je participais à titre de journaliste [3], Mgr Jean-Guy Hamelin, en marchant sur des œufs, déclarait que la Conférence des évêques catholiques du Canada accueillait cet enseignement du pape en le faisant sien : « Les évêques du Canada ont été, spécialement ces dernières années, de vigoureux promoteurs d’une juste place des femmes dans l’Église. Ils continueront de le faire à l’invitation même de la lettre apostolique, et au sein de l’Église universelle et auprès de leurs propres communautés […] On ne peut pas voir dans la présente déclaration, qui réaffirme une position déjà tenue dans l’Église, un obstacle pour continuer à intensifier les efforts des femmes et ceux de tous les catholiques d’ici en vue de les impliquer toujours de plus en plus dans les structures et toute la vie de la communauté des fidèles ».
Ainsi donc, grâce au pape François, la cause des femmes a continué d’évoluer au sein de l’Église. Comme me le disait en 1994 l’abbé Denis Lépine, prêtre au diocèse catholique de Saint-Hyacinthe [4] :
« Théologiquement, ça ne tient plus les arguments de Rome. Pour être honnête intellectuellement, allons au bout de la pensée : Jésus n’a choisi, chez ses disciples, que des hommes juifs. Alors, moi, je ne suis pas juif. L’Église a évolué en ce sens à une époque et admettra les femmes éventuellement. Il me rappelait qu’il y a eu, dans l’histoire de l’Église, des diacres féminins. Il s’agit d’un ministère ordonné au même titre qu’un prêtre et un évêque.
____________________
[1] Jean-Paul II. « Lettre du pape Jean-Paul II aux femmes », 29 juin 1995 www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/letters/1995/documents/hf_jp-ii_let_29061995_women.html
[2] Jean-Paul II. « Discours de sa sainteté Jean-Paul II à l’Assemblée des évêques du Québec en visite « Ad limina », 6 mai 1993 www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/speeches/1993/may/documents/hf_jp-ii_spe_19930506_quebec-ad-limina.html
[3] Benoit Voyer. « Les femmes prêtres ce n’est pas pour demain - Jean-Paul II réaffirme la position de Rome », Le Plus de La Voix de l’Est, 26 juin 1994, p. 2.
[4] Benoit Voyer. « Les femmes prêtres ce n’est pas pour demain - Jean-Paul II réaffirme la position de Rome », Le Plus de La Voix de l’Est, 26 juin 1994, p. 2.
SUR LA ROUTE: Saint-Philippe-de-Néri, au Bas Saint-Laurent
A Saint-Philippe-de-Néri
Par Benoit Voyer
18 septembre 2025
Le 16 septembre, en après-midi, de passage à Saint-Philippe-de-Néri, au Bas-Saint-Laurent, je suis allé me recueillir dans le cimetière. Près de la croix, je me suis souvenu de Félicité Dionne, inhumée en ce lieu le 4 avril 1876, et de François Xavier Jean, décédé entre les recensements de 1881 et 1891. On a perdu sa trace. Il s'agit de mes arrière-arrière-arrière-grands-parents du côté de ma mère.
L'église catholique Saint-Philippe a été construite en 1890. Il s'agit du lieu de culte et des rites de passage de plusieurs générations. C'est à cet endroit qu'ont eu lieu les funérailles de Félicité, Louise et Antoine.
GRANBY: Accident rue Denison Ouest, a Granby (1986) - En rappel
Le 4 septembre 1986, un accident survient sur la rue Denison Ouest, a Granby. Derrière la caméra, Benoit Voyer capte quelques images du remorquage de L'Unité 7/24.
Tiré du Fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby.
CATHOLIQUE: Si j'étais passé par là, je serais derrière les barreaux
Très souvent, j'ai les larmes aux yeux quand les jeunes commencent à parler de leurs souffrances, de leur vécu. Je trouve cela extraordinaire! Je me dis, comme Thérèse de l'Enfant Jésus, « si j'étais passé par là, je serais derrière les barreaux », raconte André Dumont.
« Si j'étais passé par là, je serais derrière les barreaux »
-André Dumont
Ce père Oblat de Marie Immaculée qui a longtemps travaillé au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et qui est reconnu même à l'étranger pour ses chansons spirituelles, dont « Jésus est vivant », exerce maintenant son ministère sacerdotal auprès des alcooliques et des toxicomanes à Montréal. Le religieux fondait, il y a 5 ans, l'Exode. II s'agit d'une maison de réinsertion sociale, un milieu de vie où l'individu peut réapprendre à vivre au cœur de la société.
« J'ai eu ma période de supposée "Star", dit-il. Cela m'a toujours un peu agacé. Je n'ai pas envie d'être ainsi. C'est le Christ qui est la "star"! J'aime mieux être sur le terrain auprès des pauvres. C'est ma joie! »
Cependant, il ne regrette rien de son travail à Cap-de-la-Madeleine, « Cela a été merveilleux! Je suis maintenant à une autre étape de ma vie », insiste le père Dumont.
Frédéric
Peu de temps après la visite du pape Jean-Paul II au Canada en 1984, sentant que la béatification du père Frédéric serait proche, il proposait à l'équipe du lieu de pèlerinage d'écrire un livre sur ce personnage.
Après avoir lu les lettres de Frédéric Jansoonne qu'il a dû sortir de la poussière, il a remarqué des traits forts chez le saint homme. Une de celles-ci, était d'aller vers les gens qui portaient des souffrances intérieures. Une similitude qui se retrouve, aussi, chez le fondateur des Oblats, Eugène de Mazenod.
Cette découverte inspirait l'auteur du livre « Le goût de Dieu » à écrire un chapitre sur le sujet des blessés de la vie.
Un téléphone
« Au moment d'écrire le livre, poursuit-il, je reçois un appel téléphonique, une espèce de cri de détresse, d'un jeune du nom de Pierre Forest. Il était à la maison Mélaric à Pointe-du-Lac (aujourd'hui déménagée à Carillon). Il me disait que le prêtre qui allait célébrer l'eucharistie chez eux était parti. Les gars trouvaient ça difficile. »
Il ajoute: « En partant, le prêtre qui venait nous a dit: "demandez à André Dumont, il est au Sanctuaire". La direction de Mélaric a dit à ce jeune qui est décédé d'une "overdose" deux ans plus tard, de trouver cet étrange personnage. Ces jeunes ne me connaissaient pas, car ils ne fréquentaient pas le Sanctuaire.»
Le religieux remercia l'offre faite et répondit que pour l'instant, il était débordé. Le jeune récidivait quelques jours plus tard. La réponse fut la même.
« La troisième fois, "y a été wise", il m'a dit: "Je sais que tu vas me dire non, alors ne me réponds pas. J'aimerais juste que tu viennes nous visiter, juste une petite fois pour que tu saches davantage qui on est. Après tu pourras dire non". C'est là qui m'a eu! » se souvient en souriant l'homme de Dieu.
Lors de sa visite du 3 septembre 1987, il fut très touché. Parmi ses surprises, un jeune lui demanda « un gros Pardon de Dieu ». « Je dois t'avouer que ça valait le déplacement! »
Les jeunes étaient enchantés par ce prêtre à l'allure un peu "rock-n-roll". Pendant trois ans, il fréquenta ce centre. Ce fut pour lui comme un noviciat.
L'Exode
Au 2575, rue Létourneux, c'est vraiment la dure réalité montréalaise. C'est ici que se retrouve le quartier le plus chaud de la métropole québécoise (Hochelaga-Maisonneuve). Près de la maison, il y a des centaines de piqueries.
Pour André Dumont, le choix du site est vraiment providentiel. C'est sa communauté qui lui a offert cette maison. C'est après qu'il a connu les réalités de l'arrondissement. Il ne pouvait y avoir meilleur lieu.
La congrégation oblate subventionne son apostolat, car l'oeuvre de l'Exode a peu d'argent pour des salaires.
Depuis le mois d'août, les Sœurs de la Providence se sont jointes à l'œuvre. Leur désir était de démarrer un volet pour les femmes aux prises avec les mêmes problemes.
L'Exode a maintenant pignon pour la gent féminine en réinsertion au 2819, rue Dandurand. L'ouverture officielle avait lieu le 1er octobre dernier.
Une chose est certaine: il est fier de cette nouvelle contribution qu'apportent les religieuses. Grâce à elles, l'Exode passe de 15 à 30 places pour des séjours prolongés.
Financièrement, il poursuit la mission grâce aux dons du public et l'appui minime des programmes gouvernementaux.
Difficultés
Au long de ces années, le père Dumont a vécu quelques périodes de découragement.
Ce sont les rechutes des gars qui me faisaient douter. C'est une maladie la toxicomanie! Une grande souffrance! Que de jeunes rechutent... On les reçoit emballés et souvent ils retombent... et retombent encore; ça fait mal ça! », confesse-t-il avec émotion.
Il ajoute: « Honnêtement, si je n'avais pas été appuyé par quelques succès, j'aurais laissé tomber. C’est un milieu très difficile ! C’est souvent après plusieurs séjours que le jeune s'en sort. »
Dans ses instants de doute, son jeune collègue, Erick Dagenais, lui rappelle l'histoire du Père Rio dans le Grand Nord.
Des cheveux gris utiles
Je suis un père de rechange pour plusieurs et des fois, même un grand-père. Je suis bien là-dedans! J'ai 56 ans!
Étonné de se faire interroger sur ce qu'est un véritable père pour lui, il répond: « C'est quelqu'un qui est capable d'écouter l'autre tel qu'il est et qui lui fait sentir qu'il est important. Quand quelqu'un vient s'asseoir dans mon bureau, il sait qu'il peut me dire n'importe quoi… »
Il se souvient d'un « gars » qui lui a confié avoir commis un meurtre. II le faisait pour la première fois. André Dumont terminait l'entretien en douceur par: « Est-ce que ça te tente de recevoir le Pardon de Dieu? Il t'aime et ne t'a jamais jugé là-dedans! » L'homme en fut transformé.
Il conclut: « Un père pour moi...c'est savoir écouter ces types-là: C'est d'être avec... sans juger. Ils ont besoin de mes cheveux blancs. »
Les livres « Le goût de Dieu » (André Dumont) et « Un vrai Inuk - la vie du père Rio » (Hervé Aubin) sont disponibles à la Librairie mariale, 626, rue Notre-Dame, Cap-de-la-Madeleine, G8T 4G9. (819) 374-2441
(Reportage de Benoit Voyer)
(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, p. 19 à 21)
ARTICLE DU JOUR: Adélard Godbout, premier ministre du Québec
Par Benoit Voyer
17 septembre 2025
Joseph Adélard Godbout nait le 24 septembre 1892 à Saint-Éloi.
Le 25 octobre 1939, les élections québécoises portent au pouvoir Adélard Godbout. En ce début de la Seconde guerre mondiale, Godbout semble prêt à accepter la demande de la Défense nationale d’utiliser les terrains du Jardin botanique et des bâtiments pour y implanter une école d’aéronautique. L’affaire fait grand bruit dans les médias. Le frère Marie-Victorin finit par faire échouer le projet. Le 18 janvier 1940, il écrit à sa sœur Mère Marie-des-Anges que « la bataille a été très dure », mais que sa « santé n’a pas trop souffert de tous ces chocs ». Bien entendu, au Jardin botanique, tous sont « sur les dents ». Il confie à sa sœur que « C’est la carrière de chacun qui se jouait en quelques jours. Mais ils ont été tous bien courageux et ils méritaient ce que je pense être une victoire ». (Cf. Lettres de Marcelle au frère Marie Victorin, p. 185)
Joseph Adélard Godbout décède le 18 septembre 1956 à Montréal.
Joseph Adélard Godbout nait le 24 septembre 1892 à Saint-Éloi.
Le 25 octobre 1939, les élections québécoises portent au pouvoir Adélard Godbout. En ce début de la Seconde guerre mondiale, Godbout semble prêt à accepter la demande de la Défense nationale d’utiliser les terrains du Jardin botanique et des bâtiments pour y implanter une école d’aéronautique. L’affaire fait grand bruit dans les médias. Le frère Marie-Victorin finit par faire échouer le projet. Le 18 janvier 1940, il écrit à sa sœur Mère Marie-des-Anges que « la bataille a été très dure », mais que sa « santé n’a pas trop souffert de tous ces chocs ». Bien entendu, au Jardin botanique, tous sont « sur les dents ». Il confie à sa sœur que « C’est la carrière de chacun qui se jouait en quelques jours. Mais ils ont été tous bien courageux et ils méritaient ce que je pense être une victoire ». (Cf. Lettres de Marcelle au frère Marie Victorin, p. 185)
Joseph Adélard Godbout décède le 18 septembre 1956 à Montréal.
GRANBY: Actualité Plus avec Benoit Voyer (1986) - En rappel
En septembre 1986, Benoit Voyer, les Productions Vidéographes et les Productions Vidéos Granby, propose a la télévision communautaire de Transvision Plus, le bulletin "Actualité Plus".
Même si le projet n'a pas été retenu, le document produit et conservé dans le Fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska est une belle pièce documentaire. D'abord, on y retrouve le journaliste Benoit Voyer, 19 ans, qui en est a ses débuts dans l'univers des médias.
Au sommaire de l'émission:
1-Incendie dans le bâtiment de la Terrasse du Parc et un extrait d'un entretien avec Denis Turgeon, le chef des pompiers de Granby;
2-Les initiations étudiantes au Cégep de Granby et en entretien avec Yvan Vaillancourt, directeur général de l'institution;
3-Un accident sur la rue Denison Ouest, a Granby;
4-Opinion au sujet du stationnement du l'aréna de Granby.
POLITIQUE: Mariage: le débat relancé
Mariage: le débat relancé
L'idée du gouvernement conservateur de Stephen Harper de rouvrir le débat sur la question du mariage entre personne de même sexe, idée qui a été saluée par le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, devant les 4000 pèlerins réunis pour la fête de sainte Anne, le 26 juillet, à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, relance un débat rempli d'émotivité.
Tout porte à croire que la polarisation des opinions se fera encore plus sentir que la dernière fois. D'un côté, il y a les tenants des droits des minorités, favorables aux mariages entre personnes de même sexe. Ils sont très influencés par le lobby gai et lesbien qui a infiltré toutes les at sphères de la société canadienne, dont les Parlements. Il y a ceux qui sont contre, comme le cardinal de Québec, et qui réclament que la tradition soit respectée.
Tant que chaque partie restera sur sa position, il n'y aura rien à gagner. Même un référendum national ne règlera pas la question. Quelques mois après la victoire d'une des deux positions, le dossier réapparaîtra dans l'actualité.
Pourtant, tout en respectant leur option fondamentale, c'est-à-dire en réaffirmant que le mariage est une union entre un homme et une femme, les évêques catholiques seraient prêts à accepter des unions civiles entre personnes de même sexe, sans pour autant appeler cela un mariage.
Le 18 mars 2002, M Bertrand Blanchet, archevêque de Rimouski, écrivait dans le quotidien Le Soleil: « Les évêques du Québec ne se sont pas opposés à l'attribution aux couples de même sexe de certains avantages réservés jusque-là à des personnes mariées. Certains s'en sont étonnés, cette position ne paraissant pas conforme à la morale catholique. Ne pas s'objecter ne signifie pas approuver ou promouvoir. A cet égard, il faut rappeler une position traditionnelle de l'Église: la loi civile n'a pas à s'ajuster en tous points à la loi morale d'une religion ».
Ainsi, la création légale de l'acte d'union civile, qui ne soit pas appelé « mariage », pourrait mettre fin au débat et donnerait la chance aux lesbiennes et aux gais de s'unir légalement et, du même coup, à d'autres formes d'unions d'exister, telles que les unions polygames.
De plus, le gouvernement canadien pourrait ainsi calmer les deux clans en se montrant très respectueux envers la tradition et l'héritage du passé et, en même temps, montrer que le Canada est une société très permissive et respectueuse de chacun de ses citoyens.
Benoît Voyer,
Granby
(Voix de l’Est, 29 juillet 2006, p.23)
ARTICLE DU JOUR: Devenir religieux ou religieuse aujourd’hui
Par Benoit Voyer
16 septembre 2025
Il n’est pas facile devenir religieux ou religieuse.
En 1996, sœur Marise Langevin, prieure du Carmel de Trois-Rivières m’expliquait que la plus grande difficulté rencontrée par la relève est le dépouillement de la foi et de la prière de toutes sensibleries, sentiments et émotions : « C'est dans la réalité du mystère qu'il faut vivre sa foi »[1].
Selon elle, la place des rites est importante pour vivre ce dépouillement : contemplation silencieuse, vie sacramentelle, lecture des psaumes, etc. Il faut en venir à avoir la conviction que Dieu est présent au cœur de son quotidien sans le sentir par ses émotions.
Elle m’expliquait qu’il y a aussi la peur de l'engagement définitif : « Les femmes qui viennent en formation au Carmel veulent rester, mais retardent l'échéance de l'engagement ».
Pour elle, ce n'est pas que dans la vie monastique que cette peur de s'engager se fait sentir, c'est dans toute la société. Cette caractéristique prend sa source dans la psychologie des adolescents. Les générations de cette partie du 21e siècle ont de la difficulté à entrer dans l'âge de la maturité. L'adulte n'hésite pas à se donner. Lui seul est capable d'assumer ses choix et de vivre les renoncements que ceux-ci impliquent.
____________________
[1] Benoit Voyer. « Centenaire du décès de Thérèse de l'Enfant-Jésus - Les recrues sont rares au Carmel », Revue Sainte Anne, septembre 1996.
ESCAPADE: La réserve naturelle Marie-France-Pelletier, à Joliette

La Réserve naturelle Marie-France-Pelletier, a Joliette
GRANBY: Incendie a la Terrasse du Parc (1986) - En rappel
On y retrouve des images de l'incendie et, en s'y attardant un peu, il s'agit d'un beau document de vie urbaine. Les images sont de Benoit Voyer. De plus, on le voit (il a 19 ans) s'entretenir avec Denis Turgeon de la Fraternité des policiers et pompiers de Granby. Les images de l'entrevue sont de Pierre Bédard. Les images ont été captées pour CKSH TV avec lequel les Productions Vidéos Granby et les Productions Vidéographe avaient une entente. On ne sait pas si les images ont été diffusées au bulletin d'information télévisé.
Tiré du Fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby.
PSYCHOSPIRITUALITÉ: La « génération i »
La « génération i »
Plusieurs sociologues appellent ces jeunes la « génération i ». Elle est apparue dans les années 1980, après que la « génération x » ait atteint l'âge de raison. Les membres de cette génération se caractérisent par trois « i »: indécision, incertitude et identité.
Parmi les trois « i », c'est la question de l'identité qui est le grand problème. Trouver sa mission de vie, voire sa vocation, est très difficile pour les personnes de cette génération.
Puisque le souci d'une vie intérieure saine est loin de leurs préoccupations, ces gens semblent se diriger vers une impasse majeure: ils ne connaissent pas leur véritable potentiel.
Le membre de la « génération i » est souvent en crise. Le moindre choc est, pour lui, une véritable catastrophe. Pourtant, la crise est normale, mais lorsqu'il n'y a pas en soi de ressources pour la traverser, elle devient un drame. Celui-ci semble surtout affecter les hommes puisque 80% des suicides sont commis par eux.
D'ailleurs, les gars de cette génération occupent l'attention des intervenants sociaux puisqu'ils sont les nouveaux « démunis en intériorités ». Depuis l'avènement du féminisme, depuis que les rôles sociaux ne sont plus définis, la gent masculine est en déroute.
Ce n'est pas seulement au chapitre de l'intériorité que ces personnes sont affectées, mais aussi dans la voie du choix de carrière. Elles mêlent la quête de soi avec la quête de succès. Puisque l'emploi n'est pas, pour elles, un gagne-pain, mais le fondement de l'identité, elles ont peur de s'identifier à une profession, surtout lorsqu'il s'agit de titres généraux comme ceux de « journalier » ou de « professionnel ». Elles savent fort bien que l'emploi est le symbole de ce que l'on est, donc de l'image que généralement les autres auront de soi.
Le problème identitaire va jusque dans la sexualité. À les écouter, l'hétérosexualité est une voie marginale. La mode est à la bisexualité.
Une autre problématique de cette génération est qu'elle n'a pas été habituée à faire des choix. Lorsqu'il est question d'en faire, elle ne sait pas quoi choisir ni vers où se diriger. En ce XXI siècle, on a l'embarras du choix. Les gens de cette génération vivent le « syndrome du buffet ». Plus il y a de possibilités, plus on hésite. À la fin, on ne fait aucun choix. Lorsqu'on connaît pleinement son identité et sa vocation, il est plus facile de traverser les crises de la vie et de prendre de bonne décisions, c'est-à-dire de ne plus vivre dans l'indécision et l'incertitude.
Il n'y a pas bien des solutions pour sortir cette génération du drame des trois « i ». La plus évidente est la rencontre de personnes significatives qui vivent à plein leur vocation, voire leur mission. La « génération i » a besoin de modèles qui vivent loin de la médiocrité.
Pour l'aider, il faut ajouter un quatrième « i »: l'intérêt humain. C'est la voie de l'accompagnement. Celle-ci se fait discrètement en offrant son amitié et sa disponibilité, dans le respect des différences (« Je suis pleinement ce que je suis et tu es pleinement ce que tu es. Nous ne sommes pas nécessairement en accord, mais j'ai du plaisir à bavarder avec toi! ») et de leurs choix du moment. Bien entendu, cette attitude doit être sincère et respectueuse.
C'est la voie de la gratuité. C'est In voie du cœur.
Il y a aussi cinq autres attitudes qui peuvent aider la « génération i » à se sortir de l’indécision : refuser les influences excessives des personnes autour de soi; ne pas avoir peur de se tromper; déterminer ses critères de décision, c’est-à-dire qu’il faut identifier ce qu’on cherche; cultiver l’art du compromis, car aucun choix de vie n’offre que des avantages, et s’informer.
Benoit Voyer, Granby
(Voix de l’Est, 22 juillet 2006, p.27)
ARTICLE DU JOUR: La Résurrection
Par Benoit Voyer
15 septembre 2025
Pour le rationnel que je suis, le concept de la résurrection de Jésus, fondement même du christianisme, a été très difficile à comprendre. Un jour, lorsque j’étais journaliste, j’ai demandé une rencontre à Mgr François Lapierre, l’ancien évêque de Saint-Hyacinthe, afin de parler du sujet. Le projet consistait en une réflexion pour les jours saints, mais en réalité, c’était bien plus pour dénouer ma propre impasse que je voulais m’entretenir avec lui.[1]
L’échange que j’ai eu avec lui sera la clef dont j’avais besoin pour saisir de quoi il s’agit.
***
BENOIT VOYER – Monseigneur François Lapierre, qu’est-ce que la résurrection ?
FRANÇOIS LAPIERRE – C'est “être vivant” ! C’est ce qu’affirment les Évangiles. “Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ?” (Lc 24,5).
Cette réalité ne se vit pas uniquement lors de notre passage de la vie à trépas au terme de notre chemin humain. Nous la vivons déjà durant notre existence quotidienne. Toute personne vit des moments de mort et de résurrection. Au moment des ténèbres que nous traversons, au moment où nous croyons qu’il n’y a plus rien de possible, il y a toujours l’espérance d’une vie nouvelle. Déjà cette espérance est très présente dans les psaumes. Je dois vous avouer que c’est ce qui soutient ma foi.
B.V. – Cela est le sens philosophique de la résurrection. Après la pluie vient toujours le beau temps. Au bout d’un long tunnel obscur, il y a toujours la lumière qui nous attend…
F. L. – Pour représenter la résurrection, j’aime l’image de l’enfant qui vient au monde. Lorsqu’il nait, il y a rapidement une rupture avec la mère. Ainsi, nous visons une expérience nouvelle. La résurrection chrétienne, c’est faire l’expérience de devenir une nouvelle création dans le Christ. J’aime beaucoup cette pensée de Pascal : “Quelle raison ont-ils de dire qu’on ne peut ressusciter ? Qu'est-ce qui est le plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n’a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? (...) La coutume nous rend l’un facile, le manque de coutume rend l’autre impossible : populaire façon de juger !” (Pascal, Pensées, 222-882). Son questionnement est intéressant : celui qui a créé le monde peut aussi nous re-créer !
B.V. – Thomas dit avoir touché concrètement à Jésus après sa mort. Cela pose un doute pour l’intelligence. Est-ce que vous êtes à l’aise avec cette affirmation ?
F.L. – Jésus lui dit : “Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.” Je crois fermement que nous sommes appelés à vivre cette béatitude des gens qui ne l’ont pas vu et qui sont appelés à la foi. Cependant, on peut penser que cette foi ne repose pas uniquement sur une réalité vraiment rationnelle ou logique parce que toute la spiritualité chrétienne nous invite à ressusciter chaque jour, à vivre la résurrection au quotidien.
Voici une autre image de la résurrection que j’aime beaucoup. À la fin d’une journée, parfois, il m’arrive d’être très fatigué. Je me couche et ne fais rien pendant huit heures. Le matin, je me réveille reposé. L’Écriture nous parle à plusieurs reprises de la résurrection comme d’un réveil.
B.V. – Peut-on faire ce parallèle avec la réalité de la résurrection du Christ qui est le fondement du christianisme ?
F. L. – Ces images sont des réalités qui peuvent nous aider à découvrir le mystère de la résurrection et à le vivre au présent. La grande question n’est pas seulement de la vie après la mort, mais de la vie avant la mort. Nous avons à nous soucier de la qualité de cette vie. C’est là que l’expérience chrétienne, quand elle est bien vécue, devient une expérience de vie. Tout le cheminement de la foi est un art de vivre. La résurrection, c’est l’expérimentation de la vie en abondance.
B. V. – Revenons à Thomas. Est-ce qu’il a vraiment touché le Christ en chair et en os ? Est-ce qu’il serait plus simple pour l’intelligence d’affirmer que c’était un corps métaphysique ?
F.L. – C’est le corps du Christ ressuscité.
B.V. – Comment décrire ce corps du Christ ressuscité ?
F.L. – C’est une réalité qui dépasse notre entendement. La résurrection n’est pas simplement, comme dans le cas de Lazare, un retour à la vie antérieure. Lazare a été réanimé. La résurrection est une nouvelle création. C’est une réalité nouvelle qui dépasse notre raisonnement humain.
B. V. – Est-ce que nous pourrions comparer la résurrection du Christ à une apparition ?
F.L. – Vous avez bien compris. C’est un phénomène mystique. Ce n’était plus le corps de chair du Seigneur. C’était son corps transformé, ressuscité. Sans vouloir amenuiser l’importance de la nécessité d’une compréhension rationnelle de ce phénomène, je pense que c’est une réalité qui se comprend surtout avec le cœur.
B.V. – Comment surmonter le doute ?
F.L. – Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d’Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l’aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d’animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole.
Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c’est le cœur : il s’ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s’installe. L’amour qui renait nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner.
De plus, les jours saints que nous vivrons dans peu de temps (L’entrevue précède de peu la fête de Pâques) peuvent être une source pour retrouver l’élan. Par cette commémoration du passage de Jésus de l’épreuve à la mort et de la mort à la vie nouvelle, chacun célèbre ses vendredis saints et ses matins de Pâques,
B. V. – Qu’est-ce qu’il faut penser du doute ?
F.L. – Il est normal de douter et de passer par des périodes ténébreuses. Les plus grands saints sont passés par des périodes de grande obscurité. Ce sont des étapes charnières dans notre vie. Elles ne se traversent pas toujours avec l’avancée en âge.
B. V. – Avez-vous déjà connu de ces périodes de doutes ?
F.L. – (Silence. Il scrute du regard les yeux du journaliste. Il comprend que la question a pour principal but d’aider son interlocuteur à traverser ses propres doutes. D’une voix mi-éteinte, comme lorsqu’on confie un grand secret, il poursuit…) L’assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j’ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d’obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J’ai douté jusqu’à remettre en question mon apostolat.
Il y a quelques mois, lors de la présentation du nouveau film de l’ONF qui porte sur sa vie, j’ai vu un parallèle entre celle-ci et celle de Jésus. Raoul n’avait que 30 ans.
B. V. – Pourquoi avez-vous douté ?
F.L. – C’est toujours la question du pourquoi qui hante l’esprit, surtout lorsqu’on a l’impression d’avoir été fidèle à l’appel reçu et qu’on a donné le meilleur de soi-même. J’ai beaucoup questionné Dieu.
B. V. – Qu’est-ce que l’épreuve a transformé en vous ?
F. L. – L’expérience a été pour moi un tournant important. J’ai découvert une réalité nouvelle dans la spiritualité. Elle n’est pas une fuite, mais un au-delà. J’ai découvert une lumière dans ma nuit. C’est difficile à exprimer. C’est une expérience qui s’explique difficilement avec des mots. Si je n’avais pas vécu cet événement, mon cheminement n’aurait pas été le même. Après quelques pas dans la nuit, j’ai vu le soleil se lever. J’ai vécu l’expérience d’une vie nouvelle. La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure.
***
Ainsi donc, le concept de résurrection ne se comprend pas avec la logique de l’intelligence, mais avec le cœur. Les textes évangéliques ne sont pas des récits journalistiques, mais ils ont pour but d’aider à comprendre des réalités spirituelles et de donner du sens à la vie humaine.
Mgr François Lapierre m’invitait donc à ne pas regarder la résurrection comme étant seulement quelque chose qui se passe après la mort, mais plutôt comme une réalité qu’il est possible de vivre à même cette vie qui nous est prêtée.
D’ailleurs, la foi chrétienne nous invite à croire au-delà de tout entendement rationnel que la Vie est plus forte que la mort et toutes les petites morts que nous traversons au fil de ce pèlerinage sur cette terre. La foi est de croire que le trésor que nous cherchons est devant, à portée de soi. Comme il l’affirme : « La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure. » De son côté, le frère Marie-Victorin écrivait un jour à Marcelle Gauvreau : « Il ne peut pas toujours faire noir […] La nuit appelle le soleil. »[2]
Je ne le savais pas à ce moment, mais ma réflexion ne faisait que commencer.
Une autre fois, lors d’une rencontre qui devait être un peu banale, des propos sont venus enrichir ceux de l’évêque maskoutain.
Afin d’écrire un article sur l’Accueil Bonneau, à Montréal [3], j’avais sollicité un entretien avec Nicole Fournier, une sœur de la Charité, qui en était la directrice générale. Durant notre échange, je lui demande : « Qu’est-ce que la pauvreté a changé dans votre conception de Dieu ? »
Après un long silence introspectif, elle me répond : « Qu’il faut avoir foi en la résurrection. Dans la lutte contre la pauvreté, je pense que si on a si peu de résultats, c’est que souvent on oublie que la personne est plus que ses carences. Elle a aussi une force qui habite dans son intériorité secrète. Je crois que c’est cela le grand message de l’Évangile. Il y a dans chaque personne un pouvoir de résurrection que l’Esprit peut réveiller, peut faire grandir. Il ne faut jamais perdre confiance en ce pouvoir de résurrection. Croire en quelqu’un, c’est le rendre capable de grandir. Si je ne crois pas que l’enfant puisse marcher, il ne prendra jamais le risque de se tenir debout et d’avancer ses jambes. Dans la vie, je pense que nous avons surtout besoin, au-delà de nourriture et d’argent, de quelqu’un qui croit en nous. » Et puis elle ajoutait : « Lorsque je prie, je rappelle à Dieu tous ces gens qui nous fréquentent. Je lui demande la force d’ouvrir en eux des portes et qu’il travaille sur les causes qui peuvent amener toutes ces personnes chez nous. Je lui demande aussi de faire grandir en eux la confiance en ce qu’ils sont. »
Il n’y a pas longtemps, je lisais le livre de l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, “Créés pour être aimés”. Il écrit : « Nous pourrions penser que la vie éternelle, c’est ce qui nous attend à la fin de nos vies. Cela est vrai, mais Jésus nous dit aussi que la vie éternelle nous est offerte maintenant, pendant notre vie terrestre (Jn 6, 26-70). Nous serons pleinement transformés lorsque le royaume éternel sera achevé. Mais entre-temps Dieu est entièrement présent à chacun et à chacune d’entre nous dans un amour agissant où il nous donne déjà part à la vie éternelle. La vie éternelle est donc une question qui me concerne maintenant, quel que soit mon désir des choses concrètes, quels que soient mes besoins humains. Comme l’air que je respire, invisible et impalpable, la vie éternelle, que je ne vois pas et ne sens pas, manifeste sa dimension concrète dans l’existence propre qu’elle me permet d’avoir. »[4]
Pour le chrétien, l’existence qu’il vit sur cette terre est déjà une partie de l’éternité à laquelle il est appelé. La résurrection est déjà dans ce monde parce qu’il a dit oui à l’appel de Jésus de marcher à sa suite malgré les croix du quotidien, ces petits défis qui sont des petits « plus » dans sa marche vers le grand bonheur final.
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15 septembre 2025
Pour le rationnel que je suis, le concept de la résurrection de Jésus, fondement même du christianisme, a été très difficile à comprendre. Un jour, lorsque j’étais journaliste, j’ai demandé une rencontre à Mgr François Lapierre, l’ancien évêque de Saint-Hyacinthe, afin de parler du sujet. Le projet consistait en une réflexion pour les jours saints, mais en réalité, c’était bien plus pour dénouer ma propre impasse que je voulais m’entretenir avec lui.[1]
L’échange que j’ai eu avec lui sera la clef dont j’avais besoin pour saisir de quoi il s’agit.
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| Mgr Francois Lapierre, p.m.é. |
FRANÇOIS LAPIERRE – C'est “être vivant” ! C’est ce qu’affirment les Évangiles. “Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ?” (Lc 24,5).
Cette réalité ne se vit pas uniquement lors de notre passage de la vie à trépas au terme de notre chemin humain. Nous la vivons déjà durant notre existence quotidienne. Toute personne vit des moments de mort et de résurrection. Au moment des ténèbres que nous traversons, au moment où nous croyons qu’il n’y a plus rien de possible, il y a toujours l’espérance d’une vie nouvelle. Déjà cette espérance est très présente dans les psaumes. Je dois vous avouer que c’est ce qui soutient ma foi.
B.V. – Cela est le sens philosophique de la résurrection. Après la pluie vient toujours le beau temps. Au bout d’un long tunnel obscur, il y a toujours la lumière qui nous attend…
F. L. – Pour représenter la résurrection, j’aime l’image de l’enfant qui vient au monde. Lorsqu’il nait, il y a rapidement une rupture avec la mère. Ainsi, nous visons une expérience nouvelle. La résurrection chrétienne, c’est faire l’expérience de devenir une nouvelle création dans le Christ. J’aime beaucoup cette pensée de Pascal : “Quelle raison ont-ils de dire qu’on ne peut ressusciter ? Qu'est-ce qui est le plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n’a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? (...) La coutume nous rend l’un facile, le manque de coutume rend l’autre impossible : populaire façon de juger !” (Pascal, Pensées, 222-882). Son questionnement est intéressant : celui qui a créé le monde peut aussi nous re-créer !
B.V. – Thomas dit avoir touché concrètement à Jésus après sa mort. Cela pose un doute pour l’intelligence. Est-ce que vous êtes à l’aise avec cette affirmation ?
F.L. – Jésus lui dit : “Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.” Je crois fermement que nous sommes appelés à vivre cette béatitude des gens qui ne l’ont pas vu et qui sont appelés à la foi. Cependant, on peut penser que cette foi ne repose pas uniquement sur une réalité vraiment rationnelle ou logique parce que toute la spiritualité chrétienne nous invite à ressusciter chaque jour, à vivre la résurrection au quotidien.
Voici une autre image de la résurrection que j’aime beaucoup. À la fin d’une journée, parfois, il m’arrive d’être très fatigué. Je me couche et ne fais rien pendant huit heures. Le matin, je me réveille reposé. L’Écriture nous parle à plusieurs reprises de la résurrection comme d’un réveil.
B.V. – Peut-on faire ce parallèle avec la réalité de la résurrection du Christ qui est le fondement du christianisme ?
F. L. – Ces images sont des réalités qui peuvent nous aider à découvrir le mystère de la résurrection et à le vivre au présent. La grande question n’est pas seulement de la vie après la mort, mais de la vie avant la mort. Nous avons à nous soucier de la qualité de cette vie. C’est là que l’expérience chrétienne, quand elle est bien vécue, devient une expérience de vie. Tout le cheminement de la foi est un art de vivre. La résurrection, c’est l’expérimentation de la vie en abondance.
B. V. – Revenons à Thomas. Est-ce qu’il a vraiment touché le Christ en chair et en os ? Est-ce qu’il serait plus simple pour l’intelligence d’affirmer que c’était un corps métaphysique ?
F.L. – C’est le corps du Christ ressuscité.
B.V. – Comment décrire ce corps du Christ ressuscité ?
F.L. – C’est une réalité qui dépasse notre entendement. La résurrection n’est pas simplement, comme dans le cas de Lazare, un retour à la vie antérieure. Lazare a été réanimé. La résurrection est une nouvelle création. C’est une réalité nouvelle qui dépasse notre raisonnement humain.
B. V. – Est-ce que nous pourrions comparer la résurrection du Christ à une apparition ?
F.L. – Vous avez bien compris. C’est un phénomène mystique. Ce n’était plus le corps de chair du Seigneur. C’était son corps transformé, ressuscité. Sans vouloir amenuiser l’importance de la nécessité d’une compréhension rationnelle de ce phénomène, je pense que c’est une réalité qui se comprend surtout avec le cœur.
B.V. – Comment surmonter le doute ?
F.L. – Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d’Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l’aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d’animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole.
Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c’est le cœur : il s’ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s’installe. L’amour qui renait nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner.
De plus, les jours saints que nous vivrons dans peu de temps (L’entrevue précède de peu la fête de Pâques) peuvent être une source pour retrouver l’élan. Par cette commémoration du passage de Jésus de l’épreuve à la mort et de la mort à la vie nouvelle, chacun célèbre ses vendredis saints et ses matins de Pâques,
B. V. – Qu’est-ce qu’il faut penser du doute ?
F.L. – Il est normal de douter et de passer par des périodes ténébreuses. Les plus grands saints sont passés par des périodes de grande obscurité. Ce sont des étapes charnières dans notre vie. Elles ne se traversent pas toujours avec l’avancée en âge.
B. V. – Avez-vous déjà connu de ces périodes de doutes ?
F.L. – (Silence. Il scrute du regard les yeux du journaliste. Il comprend que la question a pour principal but d’aider son interlocuteur à traverser ses propres doutes. D’une voix mi-éteinte, comme lorsqu’on confie un grand secret, il poursuit…) L’assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j’ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d’obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J’ai douté jusqu’à remettre en question mon apostolat.
Il y a quelques mois, lors de la présentation du nouveau film de l’ONF qui porte sur sa vie, j’ai vu un parallèle entre celle-ci et celle de Jésus. Raoul n’avait que 30 ans.
B. V. – Pourquoi avez-vous douté ?
F.L. – C’est toujours la question du pourquoi qui hante l’esprit, surtout lorsqu’on a l’impression d’avoir été fidèle à l’appel reçu et qu’on a donné le meilleur de soi-même. J’ai beaucoup questionné Dieu.
B. V. – Qu’est-ce que l’épreuve a transformé en vous ?
F. L. – L’expérience a été pour moi un tournant important. J’ai découvert une réalité nouvelle dans la spiritualité. Elle n’est pas une fuite, mais un au-delà. J’ai découvert une lumière dans ma nuit. C’est difficile à exprimer. C’est une expérience qui s’explique difficilement avec des mots. Si je n’avais pas vécu cet événement, mon cheminement n’aurait pas été le même. Après quelques pas dans la nuit, j’ai vu le soleil se lever. J’ai vécu l’expérience d’une vie nouvelle. La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure.
***
Ainsi donc, le concept de résurrection ne se comprend pas avec la logique de l’intelligence, mais avec le cœur. Les textes évangéliques ne sont pas des récits journalistiques, mais ils ont pour but d’aider à comprendre des réalités spirituelles et de donner du sens à la vie humaine.
Mgr François Lapierre m’invitait donc à ne pas regarder la résurrection comme étant seulement quelque chose qui se passe après la mort, mais plutôt comme une réalité qu’il est possible de vivre à même cette vie qui nous est prêtée.
D’ailleurs, la foi chrétienne nous invite à croire au-delà de tout entendement rationnel que la Vie est plus forte que la mort et toutes les petites morts que nous traversons au fil de ce pèlerinage sur cette terre. La foi est de croire que le trésor que nous cherchons est devant, à portée de soi. Comme il l’affirme : « La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure. » De son côté, le frère Marie-Victorin écrivait un jour à Marcelle Gauvreau : « Il ne peut pas toujours faire noir […] La nuit appelle le soleil. »[2]
Je ne le savais pas à ce moment, mais ma réflexion ne faisait que commencer.
Une autre fois, lors d’une rencontre qui devait être un peu banale, des propos sont venus enrichir ceux de l’évêque maskoutain.
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| soeur Nicole Fournier |
Après un long silence introspectif, elle me répond : « Qu’il faut avoir foi en la résurrection. Dans la lutte contre la pauvreté, je pense que si on a si peu de résultats, c’est que souvent on oublie que la personne est plus que ses carences. Elle a aussi une force qui habite dans son intériorité secrète. Je crois que c’est cela le grand message de l’Évangile. Il y a dans chaque personne un pouvoir de résurrection que l’Esprit peut réveiller, peut faire grandir. Il ne faut jamais perdre confiance en ce pouvoir de résurrection. Croire en quelqu’un, c’est le rendre capable de grandir. Si je ne crois pas que l’enfant puisse marcher, il ne prendra jamais le risque de se tenir debout et d’avancer ses jambes. Dans la vie, je pense que nous avons surtout besoin, au-delà de nourriture et d’argent, de quelqu’un qui croit en nous. » Et puis elle ajoutait : « Lorsque je prie, je rappelle à Dieu tous ces gens qui nous fréquentent. Je lui demande la force d’ouvrir en eux des portes et qu’il travaille sur les causes qui peuvent amener toutes ces personnes chez nous. Je lui demande aussi de faire grandir en eux la confiance en ce qu’ils sont. »
Il n’y a pas longtemps, je lisais le livre de l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, “Créés pour être aimés”. Il écrit : « Nous pourrions penser que la vie éternelle, c’est ce qui nous attend à la fin de nos vies. Cela est vrai, mais Jésus nous dit aussi que la vie éternelle nous est offerte maintenant, pendant notre vie terrestre (Jn 6, 26-70). Nous serons pleinement transformés lorsque le royaume éternel sera achevé. Mais entre-temps Dieu est entièrement présent à chacun et à chacune d’entre nous dans un amour agissant où il nous donne déjà part à la vie éternelle. La vie éternelle est donc une question qui me concerne maintenant, quel que soit mon désir des choses concrètes, quels que soient mes besoins humains. Comme l’air que je respire, invisible et impalpable, la vie éternelle, que je ne vois pas et ne sens pas, manifeste sa dimension concrète dans l’existence propre qu’elle me permet d’avoir. »[4]
Pour le chrétien, l’existence qu’il vit sur cette terre est déjà une partie de l’éternité à laquelle il est appelé. La résurrection est déjà dans ce monde parce qu’il a dit oui à l’appel de Jésus de marcher à sa suite malgré les croix du quotidien, ces petits défis qui sont des petits « plus » dans sa marche vers le grand bonheur final.
____________________
[1] Cf. Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.153 à 163. Articles parus initialement dans la Revue Sainte Anne. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/francois-lapierre.html
[2] Lettres du frère Marie-Victorin à Marcelle Gauvreau, 29 avril 1939
[3] Cf. Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.165 à 169. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/il-etait-une-fois-dans-les-medias.html
[4] Christian Lépine. Créés pour êtres aimés, Médiaspaul, 2012, p. 37.
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