LE PRÉSENT DU PASSÉ : Jean-Paul Régimbal a ramené des milliers de Québécois à la pratique religieuse

Jean-Paul Régimbal a ramené des milliers de Québécois à la pratique religieuse

GRANBY
Gérald Dallaire

Le père Jean-Paul Régimbal, fondateur du mouvement charismatique au Québec, est décédé jeudi soir dernier au Centre hospitalier de Granby. Celui qui faisait courir les foules au stade olympique pour prier a succombé à une défaillance cardiaque, vers 22 h 45. Âgé de 57 ans, il souffrait d’asthme depuis plusieurs années et il avait déjà subi quelques pontages coronariens dans le passé qui l'avaient forcé à ralentir ses activités.

« Son décès nous a surpris même si nous savions sa santé chancelante, dit le père Claude Choquette, supérieur de la maison de retraite de Granby. Il avait été hospitalisé à Sherbrooke, il y a un mois, mais il était de retour parmi nous depuis trois semaines. Il avait même donné deux heures d'adoration les deux mardis et s'était joint au groupe charismatique, le lundi, pour prier.

« Je suis allé le voir hier soir (jeudi), et il me paraissait calme et heureux. Il se disait même assez bien pour venir dire sa messe, dimanche. »

Natif de North Bay, dans le nord-est ontarien, le père Régimbal est entré dans la communauté des trinitaires en 1949; il a été ordonné prêtre en 1957. Professeur au Séminaire de la Très Sainte Trinité, à Montréal, puis aumônier à la prison de Bordeaux et au Mont-Saint-Antoine, il a joint la communauté de Granby en 1970 après un séjour d'une année en Arizona.

Renouveau charismatique
Cette année passée aux États-Unis a été déterminante pour lui et des milliers de Québécois puisqu'il en a rapporté l'idée d'implanter au Québec et dans certains pays francophones le renouveau charismatique que pratiquaient déjà les protestants américains. La fondation du mouvement a fait la renommée de ce personnage parfois controversé, en plus de ramener à une pratique religieuse fervente des milliers de Québécois qui avaient déserté les églises depuis le début des années 60.

« Au début, il y avait seulement quelques dizaines de personnes qui venaient aux veillées de prière, se souvient le père Choquette. Le mouvement a toutefois pris de l'ampleur très rapidement. « Les gens arrivaient par autobus de partout. Les lundis, il venait entre 700 et 1 000 personnes pour l'entendre et prier », dit le père Choquette.

Jeunes
C'est d'abord aux jeunes qu'il s'intéressait et à qui il voulait communiquer le goût de prier. Benoit Voyer, organisateur d'un festival de chant religieux à Granby l'été dernier, a été envoûté par le père Régimbal alors qu'il avait 15 ans. “Je l’ai rencontré à un moment où j’étais désespéré. Il m'a fait vivre une expérience de foi qui a bouleversé ma vie. Aujourd'hui, c’est comme si je perdais mon père”, dit-il.

Chacun reconnaît les talents d'orateur du prédicateur. Il a déjà réussi l'exploit, à l'été 1975, de remplir le palais des sports de Granby. Les gens s'y étaient réunis afin de prier pour que tombe la pluie alors que sévissait une sécheresse. Les succès de foule du père trinitaire ne se sont pas arrêtés là.

La « prière spontanée », selon l'expression du père Choquette, a continué d'attirer de plus en plus d'adeptes, si bien que le père Régimbal a réservé le stade olympique à deux reprises pour y tenir ses rassemblements. Des dizaines de milliers de charismatiques, les bras levés vers le ciel, y manifestaient leur foi avec une ferveur surprenante.

« Il a soulevé les foules par son désir de donner Dieu au monde actuel, souligne le père Choquette. Il a été l'instrument pour redonner la foi aux jeunes ainsi qu'aux moins jeunes. »

Les maisons de retraite, vides au début des années 70, ont recommencé à vivre. Plusieurs mouvements de prière, notamment pour les jeunes et les gens d'affaires, ont été créés à l'initiative du père Régimbal. Il a fondé entre autres Témoignage-Jeunesse, l'Eau Vive, Acte-Canada, le Carrefour de la prière et les cafés chrétiens.

Le frère supérieur Claude Choquette convient qu'au début du mouvement, et aujourd'hui encore, le mouvement a suscité certaines inquiétudes. « Certains ont dit qu'il y avait beaucoup d'exagération. Il y a peut-être eu des lacunes. L'enseignement a peut-être fait un peu défaut au début. Mais il faut regarder les fruits. Donner au monde le goût de prier, c'est loin d'être négatif », dit-il.

Regain de la foi

L'évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, Mgr Louis Langevin, souligne lui aussi l'apport du père Régimbal au regain de la foi au Québec. « Le renouveau charismatique a fait beaucoup de bien et a suscité de nombreuses conversions », dit-il.

« Le père Régimbal, un homme passionné de Jésus-Christ et de l'Évangile, avait un grand talent de communicateur. C'était un grand apôtre qui a rayonné et qui laisse un témoignage de foi profonde. »

Le père Régimbal, dont toutes les conférences sont conservées sur cassettes et vidéocassettes, a également publié trois livres dont « La civilisation de l'amour » et « La musique rock ». Dans ce dernier ouvrage, il dénonçait la musique rock qui, disait-il, contenait des messages subliminaux. Ses conférences controversées sur le sujet ont forcé Mgr Langevin à intervenir. Homme d'Église soumis à l’autorité, le père Régimbal a cessé de donner des conférences sur le sujet, même si ses adeptes souhaitaient l’entendre encore.

Après cet épisode, le père trinitaire a pris le chemin de Rome où il s'est consacré aux chrétiens persécutés dans leur foi auxquels il s'intéressait depuis les années 1950.

Le père Régimbal est revenu à Granby il y a un an. Il souhaitait reprendre sa prédication, dit le père Choquette. Il s'est épuisé et est allé au bout de sa corde. Quand je l'invitais à ralentir ses activités, il me répondait par une boutade : quand je serai mort, je ne travaillerai plus. C'est ainsi qu'il était fait. »

La dépouille du père Régimbal sera exposée à la maison des Pères trinitaires, aujourd'hui et demain, entre 10 h et 22 h. Les funérailles, présidées par l'évêque du diocèse, auront lieu lundi à l'église Sainte-Famille, à 14 h.

(La Voix de l’Est, 10 septembre 1988, p. 5)