RÉFLEXION SPIRITUELLE : Je t'écris de la main droite

Je t’écris de la main droite

Par Benoit Voyer

7 septembre 2026

Notre époque manque de mains qui guérissent.

On le voit chaque jour à la télévision. Régulièrement des mains droites - pour ne pas dire maladroites - tiennent des armes et appuient sur la gâchette ou lancent des missiles. Elles tuent la vie ou la blessent.

Jésus a fait exactement l’inverse (Lc 6, 6-11) : il prend la main droite d’un homme qui est desséchée, une main devenue incapable de faire des choses, et lui redonne sa capacité de servir. Le maître restaure la vie.

Cette main droite retrouve sa capacité de soigner un malade, de consoler un bambin, de signer un accord de paix, de tendre la main à l’étranger…

La main droite guérie est une image simple, universelle et très actuelle. Jésus ne condamne pas les mains qui font le mal; il choisit plutôt de guérir la main morte pour qu’elle puisse faire le bien à nouveau. La guérison reçue devient une guérison offerte aux autres.

Je me répète : Notre époque manque de mains qui guérissent. Encore mieux : Qui choisissent de guérir.

MA FOI DU BON DIEU : Adoration de Saint-Sacrement à la cathédrale de Joliette


Temps de prière devant le Saint-Sacrement à la cathédrale de Joliette chaque mercredi et vendredi de 10 h à 16 h et tous les soirs de 16 h à 21 h. J'y ai fait un arrêt hier.

RELIGIOLOGIQUE : Départ à la retraite


L'abbé André Chevalier

L'abbé André Chevalier, prêtre catholique du diocèse ce Saint-Jérôme et ancien curé des paroisses de Saint-Esprit et Sainte-Julienne, a décidé de prendre sa retraite. Ainsi, à Saint-Esprit, il n'y a plus de messes du dimanche. Elle est maintenant célébrée le samedi à 16 h 30. (BV)

JEAN-PAUL REGIMBAL : Quand le cœur a ses raisons

Quand le cœur a ses raisons

Par Benoit Voyer

7 septembre 2026

C’est plus fort que lui! Malgré l’insistance des Jésuites qui désirent le garder, Jean-Paul Regimbal, âgé de 17 ans, sacrifie sa prometteuse carrière de musicien et confie sa vie à Dieu. Comme l’écrivait Blaise Pascal dans ses Pensées : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point; on le sait en mille choses. »[1]

Le 8 septembre 1949, jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie, il entre au noviciat de l’Ordre de la Très sainte Trinité, à la maison « Trinité-des-Monts », à Saint-Bruno-de-Montarville. Cette nouvelle maison religieuse a été fondée le 24 octobre 1948 [2]. Ce même jour, Mgr Philippe Forget, évêque de Saint-Jean-de-Québec [3] depuis 1933, en préside la bénédiction solennelle. Les premiers novices y sont entrés le 4 janvier 1949.

En 1954, le père Jean-Félix de la Trinité écrit dans « Regard sur l’ordre trinitaire »[4] : « En 1949, les Trinitaires canadiens sont dans la joie : on célèbre le 25e anniversaire de leur fondation à Montréal, ce qui mérite les encouragements de l’épiscopat et la venue au Canada du révérendissime père Ignace du T. S. Sacrement, ministre général de l’Ordre de la très sainte Trinité. »

Et comme le voulait la coutume des Trinitaires [5], il raconte :

« Au son de la cloche, tous les religieux se rendent au chœur. Le supérieur désigné pour présider arrive à son tour et prend place au fauteuil qu’on lui a préparé sur les degrés de l’autel du côté de l’Évangile. Conduit par le père maître, le postulant entre alors au sanctuaire portant sur ses bras le saint habit couvert de fleurs pour la circonstance. Il fait la génuflexion et s’incline profondément pour implorer la bénédiction du Dieu trois fois saint, puis se relève. Un dialogue s’engage ensuite entre l’officiant et le postulant.

-Que demandez-vous? Dit le ministre provincial.

-La miséricorde de Dieu, la pauvreté de l’Ordre et la société des frères, répond l’aspirant

L’officiant prononce alors une brève allocution. En voici la substance selon la coutume trinitaire :

Mon cher fils,

Soyez fidèle à la grâce de la vocation qui vous retire aujourd’hui du monde et vous invite à vivre désormais selon l’esprit des conseils évangéliques. Vocation sainte que celle-là! C’est pourquoi vous sentez le besoin d’implorer la miséricorde de Dieu afin de devenir moins indigne de cette faveur que vous fait notre Seigneur.

Pour entrer dans cette vie à la suite du maître, vous réalisez que le détachement est nécessaire, aussi vous demandez d’être initié à l’esprit de pauvreté de l’Ordre trinitaire.

Bien convaincu que cette ascension vers les sommets n’est pas l’œuvre d’un jour à cause des difficultés qu’elle présente : luttes contre la mauvaise nature, souvenirs du monde, réalité de la vie religieuse après les illusions des premiers jours, tentations du démon… vous demandez la société des frères dans laquelle vous trouverez des pères pour vous diriger et vous réconforter, d’autres frères avec le même idéal pour vous entrainer d’abord au travail de votre sanctification et vous introduire ensuite sur les chemins de l’apostolat.

Pour cela il vous faut découvrir peu à peu les richesses de la spiritualité trinitaire, devenir l’héritier de la pensée des fondateurs : - Trinitas – Redemptio – Tel; est l’idéal.

Que la Vierge des Trinitaires, Notre-Dame du Bon remède, vous apporte joie, paix et persévérance en retour du sacrifice de votre jeunesse offert à la gloire de la Très sainte Trinité.

On revêt ensuite le postulant de la tunique blanche et on l’agrège à l’Ordre en lui passant aux épaules le scapulaire trinitaire : « recevez l’habit de la très sainte Trinité », prononce le très révérend père, dans une augmentation de foi, d’espérance et de charité. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

On chante alors le psaume « Acce quam bonum et quam jucundum habitare frates in unum (qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères d’habiter ensemble), pendant qu’un à un, tous les religieux donnent le baiser de paix au nouveau confrère.

La cérémonie se termine par l’imposition d’un nom de religion pour symboliser la naissance de ce jeune homme dans l’Ordre trinitaire.

« Désormais, dit le supérieur, monsieur N … s’appellera frère N… de N… »

Ainsi donc, en communauté, Jean-Paul reçoit le nom de Jean-Paul de Jésus. Marie devient sa confidente et celle qui veille sur lui. D’ailleurs, plusieurs grands événements de sa vie arriveront désormais un 8 septembre.

Le père Gérard Saint-Pierre (en communauté Pierre de la Nativité) jouera un rôle important dans sa formation religieuse. Il a été maître des aspirants et ministre conventuel de 1941 à 1948, délégué général de 1948 à 1954 et vice-provincial de 1954 à 1960.

Jean-Paul, jeune novice, se montre obéissant, plein de vie et curieux de connaître sa communauté. Il s’intéresse à l’histoire de son ordre religieux et au phénomène des chrétiens persécutés à cause de leur foi en Jésus-Christ. A la fin de sa vie, le père Armand Gagné dira : « J’ai connu le père Regimbal pendant mon cours en théologie. Il était en 4e année et moi je débutais. Il était très actif ».[6]

Une âme artistique
Malgré son option pour la vie religieuse, Jean-Paul demeure un artiste.

Il écrit la pièce théâtrale « Celle qui a vécu sa vie » sur la vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi. Elle sera présentée à cinq reprises, les 9, 10 et 11 juin 1952 [7], à la salle du Gesu, à Montréal. Elle est interprétée par les Ateliers des Compagnons, troupe fondée par le père Émile Legault. La mise en scène est signée Bouda Bradon.[8] Mgr Paul-Émile Léger, archevêque catholique de Montréal, préside la première de la pièce, le 9 juin 1952, jour de la mort de la tertiaire trinitaire.[9] 

À la fin de sa vie, le père Armand Gagné indiquera dans ses mémoires, en parlant de Jean-Paul, son confrère : « Il a aussi écrit des chants trinitaires pour animer nos célébrations »[10].

À l’orgue et au piano, le jeune religieux ne tarde guère à montrer ses aptitudes pour la musique [11].

Le 1er novembre 1950, à l’occasion de la proclamation du dogme de l’Assomption de Marie, il compose une musique sur l’hymne des vêpres : « Solis, o virgo, radiis amicto… »

Durant ces années, il met aussi en musique de nombreux psaumes, des hymnes pour la liturgie en français et deux messes dont une a 3 voix égales en l’honneur de Notre-Dame-du-rachat.

Un jour, le maître des novices est scandalisé. Jean-Paul compose une musique sur le poème d’Arthur Rimbaud : « Sur l’onde calme et noire où brillent les étoiles, la blonde Ophélia dort comme un lys… ».

Fin de ses années de formation religieuse
Son noviciat terminé, Jean-Paul fait des études en philosophie et entre au Grand Séminaire de Montréal, chez les Sulpiciens, pour étudier la théologie.

Chaque année, il passe de longs séjours à l’hôpital – sous la tente à oxygène – à cause de l’asthme. Malgré cela, il réussit ses études et prononce ses vœux solennels, le 8 septembre 1953.

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[1] Blaise Pascal, Pensées, fragment 423 (édition Brunschvicg) / fragment 680 (édition Lafuma).
[2] Cf. Jean-Félix de la Trinité. Regard sur l’ordre trinitaire, Éditions Trinitas, 1954, p.111(BANQ, 271.42 J433r 1954).
[3] Aujourd’hui le diocèse de Saint-Jean Longueuil.
[4] Jean-Félix de la Trinité. Regard sur l’ordre trinitaire, Éditions Trinitas, 1954, p.111 (BANQ, 271.42 J433r 1954).
[5] Extrait de : Jean-Félix de la Trinité. Regard sur l’ordre trinitaire, Éditions Trinitas, 1954, pp. 75 à 79 (BANQ, 271.42 J433r 1954)
[6] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p.137 (SHHY, P049)
[7] Cf. « Pièce religieuse, les 9, 10 et 11 juin au Gesus », La Presse, 31 mai 1952, p. 38. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2878018?calendar_open=1
[8] Cf. « Les Compagnons rentrent d’une première tournée en province », Le Devoir, 13 juin 1952, p. 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2782050?calendar_open=1
[9] Cf. « Celle qui a vécu sa vie », le Devoir, 31 mai 1952, p. 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2782039?calendar_open=1
[10] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p.137 (SHHY P049).
[11] NOTE : Ce détail provient d’un éloge du père Jean-Paul Regimbal rédigé par le père François Desraspes, que j’ai lu et dont j’ai pris des notes lorsque je travaillais à la maison des Trinitaires de Granby. A l’exception de la messe à Notre-Dame du rachat, je n’ai jamais retrouvé les partitions de ses compositions musicales.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Jean-Paul Régimbal a ramené des milliers de Québécois à la pratique religieuse

Jean-Paul Régimbal a ramené des milliers de Québécois à la pratique religieuse

GRANBY
Gérald Dallaire

Le père Jean-Paul Régimbal, fondateur du mouvement charismatique au Québec, est décédé jeudi soir dernier au Centre hospitalier de Granby. Celui qui faisait courir les foules au stade olympique pour prier a succombé à une défaillance cardiaque, vers 22 h 45. Âgé de 57 ans, il souffrait d’asthme depuis plusieurs années et il avait déjà subi quelques pontages coronariens dans le passé qui l'avaient forcé à ralentir ses activités.

« Son décès nous a surpris même si nous savions sa santé chancelante, dit le père Claude Choquette, supérieur de la maison de retraite de Granby. Il avait été hospitalisé à Sherbrooke, il y a un mois, mais il était de retour parmi nous depuis trois semaines. Il avait même donné deux heures d'adoration les deux mardis et s'était joint au groupe charismatique, le lundi, pour prier.

« Je suis allé le voir hier soir (jeudi), et il me paraissait calme et heureux. Il se disait même assez bien pour venir dire sa messe, dimanche. »

Natif de North Bay, dans le nord-est ontarien, le père Régimbal est entré dans la communauté des trinitaires en 1949; il a été ordonné prêtre en 1957. Professeur au Séminaire de la Très Sainte Trinité, à Montréal, puis aumônier à la prison de Bordeaux et au Mont-Saint-Antoine, il a joint la communauté de Granby en 1970 après un séjour d'une année en Arizona.

Renouveau charismatique
Cette année passée aux États-Unis a été déterminante pour lui et des milliers de Québécois puisqu'il en a rapporté l'idée d'implanter au Québec et dans certains pays francophones le renouveau charismatique que pratiquaient déjà les protestants américains. La fondation du mouvement a fait la renommée de ce personnage parfois controversé, en plus de ramener à une pratique religieuse fervente des milliers de Québécois qui avaient déserté les églises depuis le début des années 60.

« Au début, il y avait seulement quelques dizaines de personnes qui venaient aux veillées de prière, se souvient le père Choquette. Le mouvement a toutefois pris de l'ampleur très rapidement. « Les gens arrivaient par autobus de partout. Les lundis, il venait entre 700 et 1 000 personnes pour l'entendre et prier », dit le père Choquette.

Jeunes
C'est d'abord aux jeunes qu'il s'intéressait et à qui il voulait communiquer le goût de prier. Benoit Voyer, organisateur d'un festival de chant religieux à Granby l'été dernier, a été envoûté par le père Régimbal alors qu'il avait 15 ans. “Je l’ai rencontré à un moment où j’étais désespéré. Il m'a fait vivre une expérience de foi qui a bouleversé ma vie. Aujourd'hui, c’est comme si je perdais mon père”, dit-il.

Chacun reconnaît les talents d'orateur du prédicateur. Il a déjà réussi l'exploit, à l'été 1975, de remplir le palais des sports de Granby. Les gens s'y étaient réunis afin de prier pour que tombe la pluie alors que sévissait une sécheresse. Les succès de foule du père trinitaire ne se sont pas arrêtés là.

La « prière spontanée », selon l'expression du père Choquette, a continué d'attirer de plus en plus d'adeptes, si bien que le père Régimbal a réservé le stade olympique à deux reprises pour y tenir ses rassemblements. Des dizaines de milliers de charismatiques, les bras levés vers le ciel, y manifestaient leur foi avec une ferveur surprenante.

« Il a soulevé les foules par son désir de donner Dieu au monde actuel, souligne le père Choquette. Il a été l'instrument pour redonner la foi aux jeunes ainsi qu'aux moins jeunes. »

Les maisons de retraite, vides au début des années 70, ont recommencé à vivre. Plusieurs mouvements de prière, notamment pour les jeunes et les gens d'affaires, ont été créés à l'initiative du père Régimbal. Il a fondé entre autres Témoignage-Jeunesse, l'Eau Vive, Acte-Canada, le Carrefour de la prière et les cafés chrétiens.

Le frère supérieur Claude Choquette convient qu'au début du mouvement, et aujourd'hui encore, le mouvement a suscité certaines inquiétudes. « Certains ont dit qu'il y avait beaucoup d'exagération. Il y a peut-être eu des lacunes. L'enseignement a peut-être fait un peu défaut au début. Mais il faut regarder les fruits. Donner au monde le goût de prier, c'est loin d'être négatif », dit-il.

Regain de la foi

L'évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, Mgr Louis Langevin, souligne lui aussi l'apport du père Régimbal au regain de la foi au Québec. « Le renouveau charismatique a fait beaucoup de bien et a suscité de nombreuses conversions », dit-il.

« Le père Régimbal, un homme passionné de Jésus-Christ et de l'Évangile, avait un grand talent de communicateur. C'était un grand apôtre qui a rayonné et qui laisse un témoignage de foi profonde. »

Le père Régimbal, dont toutes les conférences sont conservées sur cassettes et vidéocassettes, a également publié trois livres dont « La civilisation de l'amour » et « La musique rock ». Dans ce dernier ouvrage, il dénonçait la musique rock qui, disait-il, contenait des messages subliminaux. Ses conférences controversées sur le sujet ont forcé Mgr Langevin à intervenir. Homme d'Église soumis à l’autorité, le père Régimbal a cessé de donner des conférences sur le sujet, même si ses adeptes souhaitaient l’entendre encore.

Après cet épisode, le père trinitaire a pris le chemin de Rome où il s'est consacré aux chrétiens persécutés dans leur foi auxquels il s'intéressait depuis les années 1950.

Le père Régimbal est revenu à Granby il y a un an. Il souhaitait reprendre sa prédication, dit le père Choquette. Il s'est épuisé et est allé au bout de sa corde. Quand je l'invitais à ralentir ses activités, il me répondait par une boutade : quand je serai mort, je ne travaillerai plus. C'est ainsi qu'il était fait. »

La dépouille du père Régimbal sera exposée à la maison des Pères trinitaires, aujourd'hui et demain, entre 10 h et 22 h. Les funérailles, présidées par l'évêque du diocèse, auront lieu lundi à l'église Sainte-Famille, à 14 h.

(La Voix de l’Est, 10 septembre 1988, p. 5)