VISION CATHOLIQUE : De nos jours, qu’en est-il des « esprits impurs » ?
Par Benoit Voyer
12 janvier 2026
Il y a dans les écrits bibliques des mots et des visions du monde qu’il faut remettre en contexte. Hier, on ne voyait pas les choses comme aujourd’hui. Le développement des sciences nous oblige à le faire.
En exemple, dans les textes au style littéraire évangélique, on utilise les mots « un esprit impur » pour désigner la maladie : « Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » (Mc 1, 23-24).
En hébreu, on parle de « souffle impur ». L’expression est tirée du culte juif et n’a rien à voir avec la morale. À cette époque, « le prêtre est chargé de protéger la société de ce qui pourrait menacer sa santé. Il va donc lui indiquer les réalités dont elle doit se garder : moisissures ou champignons toxiques sur les murs des maisons, maladies dont les symptômes sont contagieux, animaux dont il faut éviter de consommer la chair, etc. Tout cela est « impur » au sens de menaçant, nocif, malsain, antisocial. Le grec a choisi de rendre l’expression « souffle impur » par daimôn, un mot désignant une puissance dangereuse pour les humains ; de lui vient, évidemment, notre mot « démon ». Pour ma part, j’ai choisi de traduire l’hébreu par « souffle malfaisant ». Les scribes, auteurs des évangiles et des traditions qui s’y trouvent, utilisent l’un ou l’autre terme sans différence de sens. »[1]
Ainsi donc, dans l’époque et la culture où vit Jésus, les responsables de la maladie sont « les souffles malfaisants ». Et ces « démons » sont terrestres. Ils ont un rôle à jouer bien terre à terre. Ils sont au désert, un lieu hostile aux humains, mais ils préfèrent vivre dans la civilisation.
De nos jours, on doit traduire le terme par des mots plus précis qui se retrouvent dans les dictionnaires médicaux.
A lire aussi:
Jésus et la maladie
Jésus et la maladie
https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/01/jesus-et-la-maladie.html
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[1] André Myre, « Les démons, ancêtres des virus et des microbes », Interbible, 25 mars 2019. www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2019/comprendre_20190325.html#:~:text=Les%20humains%20ont%20toujours%20eu,où%2C%20n%27importe%20comment
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[1] André Myre, « Les démons, ancêtres des virus et des microbes », Interbible, 25 mars 2019. www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2019/comprendre_20190325.html#:~:text=Les%20humains%20ont%20toujours%20eu,où%2C%20n%27importe%20comment
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Johanne Lacroix, auteure
Johanne Lacroix, auteure
Par Benoît Voyer
Pour trouver le plaisir d'écrire, il faut le faire quotidiennement. « Écris n'importe quoi, mais écris ! », lance l'auteure et éditrice Johanne Lacroix. Écrire procure un immense plaisir, car il permet d'exprimer des souvenirs, des états d'âme et des idées. Il donne aussi la chance à l'expression verbale de mieux se structurer. Cette femme à l'imagination fertile en sait quelque chose puisqu’écrire est toute sa vie. Lorsqu'elle était jeune, elle était une véritable griffonneuse. Dans un journal intime, elle notait tout.
Au début de la quarantaine, elle sort ses vieux papiers et se met à la tâche afin de rédiger un roman à partir de quelques notes du passé. « Le Trio », une intrigue policière, mettant en vedette une troupe d'adolescents, est née. Deux autres écrits ont suivi cette palpitante aventure : « Neuf dans une Plymouth » et « Le point de chute », édités par la maison d'édition Jolanne. Ces trois romans forment « La Trilogie du Club des Fs.Fs.As.»
Les scènes se déroulent principalement dans son quartier d'enfance à Granby. Oui ! Oui ! À Granby, la fameuse ville du zoo ! En 1970, il n'y avait pas que des singes en liberté dans ce petit coin du Québec ! Il y avait aussi les Vics de Granby, le club de hockey local, où Danielle, la principale vedette de ses romans qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, et ses amis apprennent la vie. Ils en sont les joueurs et les groupies.
Les principales valeurs que Johanne Lacroix transmet aux lecteurs sont l'importance de l'amitié et du rêve.
L'importance de l'amitié
Elle se questionne sur le sens de l'amitié, un peu comme le Petit Prince qui disait : « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ! »
« Lorsque nous sommes jeunes, nous avons beaucoup d'amis. En devenant des adultes, la copine qu'on avait – on disait qu'on s'aimerait toujours – la plupart du temps, on la laisse dès qu'un gars arrive dans le décor. Je regrette beaucoup cette période de ma vie. Je trouve que c'est absolument idiot de devenir adulte si rapidement alors qu'on peut continuer à rester des amis toute sa vie », confie-t-elle à la Revue Sainte Anne.
Depuis la sortie de ses trois romans qui sont un hymne à l'amitié, elle travaille à recréer les liens d'antan avec ses vieux amis. Elle réussit bien jusqu'à maintenant.
L'importance de rêver
« Je veux faire rêver les gens par la magie des mots ! C'est important de rêver ! C'est pour cela que nous lisons. Nous ne lisons pas toujours des choses essentielles à la vie. Il est important de laisser son imagination, qui est un beau jardin de vie, nous bercer l'intérieur. L'imaginaire est ce qu'on invente… Les meilleurs auteurs qui sont restés (Molière, Châteaubriand, Radiguet, etc.) sont ceux qui réussissent encore à nous faire rêver ! Le vieux dicton n'est pas là pour rien : lorsqu'il n'y a plus de rêve, il n'y a plus de vie ! », explique Johanne Lacroix, dont les livres s'adressent aux jeunes de 7 à 77 ans.
Ce n'est pas pour rien que la littérature jeunesse connaît un boom au Canada francophone. Il est plus facile de faire rêver un jeune qu'une personne majeure. Cela explique aussi le fait que beaucoup d'adultes aiment lire de la littérature jeunesse.
En 1999, il y a eu 581 livres pour les jeunes qui ont été publiés dans la province québécoise. Il se vend trois fois plus de romans pour les moins de 18 ans que de littérature pour les adultes. Dans les années 1970, on ne publiait que deux ou trois titres jeunesse par année. Le succès n'est pas étonnant. Les auteurs d'ici et les jeunes lecteurs parlent le même langage. Ils retrouvent des rues qu'ils connaissent, une partie de leur univers et des expressions verbales près d'eux. Ils se reconnaissent.
Le choix de la rue Foch, à Granby, comme théâtre de ses aventures n'est-il pas un peu risqué ? Pourquoi ne pas avoir choisi une artère du Carré Saint-Louis, à Montréal ?
« Pourquoi être toujours à Montréal ? C'est beau ailleurs ! Je veux faire connaître autre chose aux lecteurs… Pour moi, Granby se prêtait bien à mes romans parce qu'il y a une équipe de hockey et le célèbre jardin zoologique… C'est tout de même connu, Granby ! De plus, c'est mon patelin ! Je veux partager ma fierté d'être Granbyenne. Je trouve que ma ville est belle. J'aimerais cela que les gens voient Granby pas juste comme étant un zoo. Il y a des personnes qui vivent ici ! Enfin, c'est par goût personnel. En librairie, lorsque je vois des histoires qui se passent dans des villes à 100 kilomètres de Paris ou des grands centres, je suis une acheteuse. La lecture me donne le goût de voyager. Lorsque j'ai lu quelque chose, je veux aller le voir », répond-elle.
Elle ne se cache pas qu'elle aimerait bien que les touristes de partout viennent visiter la petite rue Foch parce que le personnage de Danielle y habitait. « Je suis une personne qui le ferait. Quand je voyage, il est toujours intéressant d'aller voir autre chose. Si un auteur me donne des nouvelles pistes, je risque de m'y rendre », ajoute la dame.
La rue Foch est un beau choix pour faire évoluer des personnages qui ressemblent à tous les jeunes Canadiens-Français de ce temps-là, parce que ce quartier de classe moyenne des années 1960-1970 – le premier secteur de « bungalows » de la municipalité de Granby. Il y a là un charme particulier… Cela fait rêver !
Parcours
Johanne Lacroix est née à Granby. Après avoir réussi des études collégiales en lettres au Collège français de Montréal, elle poursuit sa formation à l'université Laval de Sainte-Foy qui lui décerne un diplôme en journalisme en 1976. Deux ans plus tard, elle est embauchée au ministère de l'Emploi et de l'Immigration du Canada. Elle y travaille jusqu'en 1995, moment qu'elle choisit pour réorienter sa carrière, se ressourcer et retourner aux études. En 1997, elle obtient un baccalauréat en études françaises de l'université de Sherbrooke ainsi qu'un diplôme en écriture créative de l'École de rédaction d'Ottawa.
Elle travaille présentement à la rédaction du roman « Dans la Ligue majeure », premier livre de la « Tétralogie du Club des ex ».
Elle fonde la maison d'édition Jolanne en août 1997, qui obtient son agrément du ministère de la Culture et des Communications du Québec en janvier 1999. La maison devient une société en mars 2000. Le catalogue contient une vingtaine de titres.
« Pour donner le plaisir de rendre le rêve possible, d'éterniser les mots qui mijotent dans plusieurs têtes, de donner une réalité aux faits vécus et significatifs de la vie et ainsi d'enrichir la littérature québécoise et canadienne-française de nouveaux textes, la maison d'édition Jolanne s'est donné le mandat de remplir un créneau différent, fantastique, vivant et humain », conclut-elle.
«On peut continuer à rester des amis toute sa vie!»
Par Benoît Voyer
Pour trouver le plaisir d'écrire, il faut le faire quotidiennement. « Écris n'importe quoi, mais écris ! », lance l'auteure et éditrice Johanne Lacroix. Écrire procure un immense plaisir, car il permet d'exprimer des souvenirs, des états d'âme et des idées. Il donne aussi la chance à l'expression verbale de mieux se structurer. Cette femme à l'imagination fertile en sait quelque chose puisqu’écrire est toute sa vie. Lorsqu'elle était jeune, elle était une véritable griffonneuse. Dans un journal intime, elle notait tout.
Au début de la quarantaine, elle sort ses vieux papiers et se met à la tâche afin de rédiger un roman à partir de quelques notes du passé. « Le Trio », une intrigue policière, mettant en vedette une troupe d'adolescents, est née. Deux autres écrits ont suivi cette palpitante aventure : « Neuf dans une Plymouth » et « Le point de chute », édités par la maison d'édition Jolanne. Ces trois romans forment « La Trilogie du Club des Fs.Fs.As.»
Les scènes se déroulent principalement dans son quartier d'enfance à Granby. Oui ! Oui ! À Granby, la fameuse ville du zoo ! En 1970, il n'y avait pas que des singes en liberté dans ce petit coin du Québec ! Il y avait aussi les Vics de Granby, le club de hockey local, où Danielle, la principale vedette de ses romans qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, et ses amis apprennent la vie. Ils en sont les joueurs et les groupies.
Les principales valeurs que Johanne Lacroix transmet aux lecteurs sont l'importance de l'amitié et du rêve.
L'importance de l'amitié
Elle se questionne sur le sens de l'amitié, un peu comme le Petit Prince qui disait : « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ! »
« Lorsque nous sommes jeunes, nous avons beaucoup d'amis. En devenant des adultes, la copine qu'on avait – on disait qu'on s'aimerait toujours – la plupart du temps, on la laisse dès qu'un gars arrive dans le décor. Je regrette beaucoup cette période de ma vie. Je trouve que c'est absolument idiot de devenir adulte si rapidement alors qu'on peut continuer à rester des amis toute sa vie », confie-t-elle à la Revue Sainte Anne.
Depuis la sortie de ses trois romans qui sont un hymne à l'amitié, elle travaille à recréer les liens d'antan avec ses vieux amis. Elle réussit bien jusqu'à maintenant.
L'importance de rêver
« Je veux faire rêver les gens par la magie des mots ! C'est important de rêver ! C'est pour cela que nous lisons. Nous ne lisons pas toujours des choses essentielles à la vie. Il est important de laisser son imagination, qui est un beau jardin de vie, nous bercer l'intérieur. L'imaginaire est ce qu'on invente… Les meilleurs auteurs qui sont restés (Molière, Châteaubriand, Radiguet, etc.) sont ceux qui réussissent encore à nous faire rêver ! Le vieux dicton n'est pas là pour rien : lorsqu'il n'y a plus de rêve, il n'y a plus de vie ! », explique Johanne Lacroix, dont les livres s'adressent aux jeunes de 7 à 77 ans.
Ce n'est pas pour rien que la littérature jeunesse connaît un boom au Canada francophone. Il est plus facile de faire rêver un jeune qu'une personne majeure. Cela explique aussi le fait que beaucoup d'adultes aiment lire de la littérature jeunesse.
En 1999, il y a eu 581 livres pour les jeunes qui ont été publiés dans la province québécoise. Il se vend trois fois plus de romans pour les moins de 18 ans que de littérature pour les adultes. Dans les années 1970, on ne publiait que deux ou trois titres jeunesse par année. Le succès n'est pas étonnant. Les auteurs d'ici et les jeunes lecteurs parlent le même langage. Ils retrouvent des rues qu'ils connaissent, une partie de leur univers et des expressions verbales près d'eux. Ils se reconnaissent.
Le choix de la rue Foch, à Granby, comme théâtre de ses aventures n'est-il pas un peu risqué ? Pourquoi ne pas avoir choisi une artère du Carré Saint-Louis, à Montréal ?
« Pourquoi être toujours à Montréal ? C'est beau ailleurs ! Je veux faire connaître autre chose aux lecteurs… Pour moi, Granby se prêtait bien à mes romans parce qu'il y a une équipe de hockey et le célèbre jardin zoologique… C'est tout de même connu, Granby ! De plus, c'est mon patelin ! Je veux partager ma fierté d'être Granbyenne. Je trouve que ma ville est belle. J'aimerais cela que les gens voient Granby pas juste comme étant un zoo. Il y a des personnes qui vivent ici ! Enfin, c'est par goût personnel. En librairie, lorsque je vois des histoires qui se passent dans des villes à 100 kilomètres de Paris ou des grands centres, je suis une acheteuse. La lecture me donne le goût de voyager. Lorsque j'ai lu quelque chose, je veux aller le voir », répond-elle.
Elle ne se cache pas qu'elle aimerait bien que les touristes de partout viennent visiter la petite rue Foch parce que le personnage de Danielle y habitait. « Je suis une personne qui le ferait. Quand je voyage, il est toujours intéressant d'aller voir autre chose. Si un auteur me donne des nouvelles pistes, je risque de m'y rendre », ajoute la dame.
La rue Foch est un beau choix pour faire évoluer des personnages qui ressemblent à tous les jeunes Canadiens-Français de ce temps-là, parce que ce quartier de classe moyenne des années 1960-1970 – le premier secteur de « bungalows » de la municipalité de Granby. Il y a là un charme particulier… Cela fait rêver !
Parcours
Johanne Lacroix est née à Granby. Après avoir réussi des études collégiales en lettres au Collège français de Montréal, elle poursuit sa formation à l'université Laval de Sainte-Foy qui lui décerne un diplôme en journalisme en 1976. Deux ans plus tard, elle est embauchée au ministère de l'Emploi et de l'Immigration du Canada. Elle y travaille jusqu'en 1995, moment qu'elle choisit pour réorienter sa carrière, se ressourcer et retourner aux études. En 1997, elle obtient un baccalauréat en études françaises de l'université de Sherbrooke ainsi qu'un diplôme en écriture créative de l'École de rédaction d'Ottawa.
Elle travaille présentement à la rédaction du roman « Dans la Ligue majeure », premier livre de la « Tétralogie du Club des ex ».
Elle fonde la maison d'édition Jolanne en août 1997, qui obtient son agrément du ministère de la Culture et des Communications du Québec en janvier 1999. La maison devient une société en mars 2000. Le catalogue contient une vingtaine de titres.
« Pour donner le plaisir de rendre le rêve possible, d'éterniser les mots qui mijotent dans plusieurs têtes, de donner une réalité aux faits vécus et significatifs de la vie et ainsi d'enrichir la littérature québécoise et canadienne-française de nouveaux textes, la maison d'édition Jolanne s'est donné le mandat de remplir un créneau différent, fantastique, vivant et humain », conclut-elle.
(Revue Sainte-Anne, janvier 2001, p. 7)
SANTÉ MENTALE : Kodee McDonald devant le juge ce lundi
Par Benoit Voyer
11 janvier 2026
Le jeudi 8 janvier 2026, vers 7 h 45, aux abords de l’université du Québec à Montréal et du métro Berri-UQAM, débute une importante opération policière.
Kodee McDonald, un homme de 34 ans hautement criminalisé connu des policiers du secteur et sans domicile fixe, est armé d’au moins deux couteaux et s’avère menaçant pour les passants. À l’arrivée des policiers, il refuse d’obtempérer et tente de prendre la fuite.
Durant la poursuite policière, qui a surtout eu lieu à pied, on utilise du poivre de Cayenne et des balles de caoutchouc afin de tenter de le maîtriser. On tente de le renverser avec des autopatrouilles. Deux autopatrouilles sont entrées en collision. Enfin, un policier a ouvert le feu dans sa direction, mais sans atteindre l’homme. Durant l’opération, McDonald et trois policiers subissent des blessures mineures.
Un peu avant 8 h, au coin des rues Sainte-Catherine et Berri, à l’aide d’un pistolet à impulsion électrique (taser), il est finalement maîtrisé par les agents de la paix. L’homme est envoyé à l’hôpital sous escorte armée.
Kodee McDonald est un habitué des tribunaux. Il a un casier judiciaire très chargé. Il détient une trentaine de dossiers criminels. Plusieurs de ses infractions ont été commises dans un contexte lié au mariage. Il a déjà été reconnu coupable de méfait, de harcèlement criminel, de voies de fait, d’agressions armées, d’entrave au travail des policiers et de vol.
Le 16 juillet 2025, il a été condamné à 150 jours de prison auxquels s’ajoutaient trois ans de probation pour méfait et violation des conditions de sa probation. Le jugement remontait à 2024. Il avait plaidé coupable de voies de fait.
McDonald a été condamné pour violence à de nombreuses occasions. Il a été notamment mis en taule parce qu’en juillet 2010, il a commis des voies de fait armées sur trois personnes. Il avait écopé de 30 mois de pénitencier.
Né à Greenfield Park, ce père d’une fille née autour de 2015 était jadis un joueur de football prometteur. En 2014, il a porté les couleurs du Génie de l’École de technologie supérieure (ÉTS). Il s’était distingué meilleur joueur sur les unités spéciales de la Ligue de football junior du Québec (LFJQ).
Le samedi 7 mai 2016, à la suite d’une soirée où il a regardé des vidéos de ses exploits sur le terrain en compagnie du frère de sa compagne, son histoire de vie a radicalement changé. Une chicane dans laquelle était impliquée sa copine a eu lieu à l’intérieur du logement.
Au petit matin du 8 mai, vers 4 h 30, des agents du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) sont intervenus à la suite de l’appel téléphonique d’un voisin. Les policiers l’ont sommé de quitter les lieux afin "qu'il aille dégriser".
Vers 10 h, McDonald est retourné chez lui. Sa conjointe, qui soupçonnait qu’il était encore sous l’influence de l’alcool et de drogues, a refusé de le laisser entrer parce qu’elle connaissait bien son tempérament agressif lorsqu’il n’est pas à jeun.
Kodee McDonald est revenu une trentaine de minutes plus tard, menaçant sa femme de la tuer si elle n’ouvrait pas la porte. Hors de lui, il a finalement défoncé la porte, s’est précipité sur elle et l’a frappée à plusieurs reprises au visage. Ensanglantée, elle était « méconnaissable ».
Par la suite, le juge Marco Labrie l’a condamné à une peine de 52 mois de prison et à une interdiction à vie de possession et de port d’armes.
Comparution sommaire
Le vendredi matin, 9 janvier 2026, Kodee McDonald, 34 ans, comparait en visioconférence devant la juge Rose-Mélanie Drivod installée dans une salle d’audience de Montréal reliée électroniquement au centre opérationnel sud du service de police où l’homme est détenu.
Une évaluation de son état psychologique a été demandée.
Lorsque le juge s’est opposé à sa remise en liberté. McDonald, qui paraissait confus, fort irrité par ce refus, a lancé à la juge : « Pourquoi je ne peux pas être libéré ? Vous n’avez pas vu la vidéo ? », ajoutant qu'il n'avait pas agressé un policier.
Il a été accusé d’agression armée contre des policiers, de résistance à son arrestation et de ne pas avoir respecté ses conditions de libération liées à un autre dossier judiciaire dans lequel il lui a été interdit de posséder des armes.
Sa cause a été remise au lundi 12 janvier. D’ici ce moment, il devra demeurer incarcéré.
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Sources :
-Auteur 1107 : « Un ex-footballeur condamné à 4 ans et demi de prison ». 24 février 2016. https://lecourrierdusud.ca/un-ex-footballeur-condamne-a-4-ans-et-demi-de-prison/
-Frédérique Giguère, « Chaos au centre-ville de Montréal : l’homme impliqué dans l’intervention policière reste derrière les barreaux », TVA Nouvelles, 9 janvier 2026. https://www.tvanouvelles.ca/2026/01/09/chaos-au-centre-ville--lhomme-implique-dans-lintervention-policiere-reste-derriere-les-barreaux
-Ici Radio-Canada. « Arrestation mouvementée d’un homme armé d’un couteau au centre-ville de Montréal », 8 janvier 2026. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2219089/arrestation-mouvementee-spvm-couteau-montreal
-Paul Cherry. « A man armed with a knife is charged with assault and resisting arrest after a police chase in Montreal », The Gazette, 9 janvier 2026. https://montrealgazette.com/news/montreal-knife-wielding-man-charges-police-intervention-uqam
VISION CATHOLIQUE : Frère François Garon (1958-2012)
Par Benoit Voyer
11 janvier 2026
J’ai connu les Franciscains de l’Emmanuel il y a de nombreuses années. C’était en 1992. Les frères Denis Lévesque et François Garon habitaient un pauvre petit chalet, pour ne pas dire une cabane, dans un boisé de Roxton Pond, pas très loin de Granby.
Étant à la recherche d’une bonne histoire inspirante à raconter aux lecteurs de la Revue Notre-Dame-du-Cap, je me suis invité dans leur humble bicotte. À partir de ce jour, et pendant quelques années, je les côtoierai. J’écrirai quelques articles à leur sujet.
Ces franciscains réformés veulent être les plus pauvres parmi les pauvres, vivre de la radicalité de l’Évangile et devenir des saints. Rien de moins.
Leur mode de vie est exigeant. Personnellement, je n’aurais en rien été capable de le vivre.
Rapidement, au fil de mon premier échange avec eux, je me rends compte que le frère François vit une expérience spirituelle proche de celle des mystiques de l’histoire du christianisme. Devant moi, je reconnais un homme d’ascèse à la foi chrétienne exemplaire.
Après un long séjour dans la secte américaine des maoïstes, François est revenu à la foi chrétienne durant une visite du pape aux États-Unis. Sa vie ne sera plus jamais la même après qu'il eut entendu Jean-Paul II et prié auprès de lui.
Ainsi donc, à Roxton Pond, les deux hommes vivent une aventure particulière. Ils sont en contact avec la nature, s’intériorisent, prient beaucoup ensemble et partagent leurs idées. En plus de vivre une expérience de foi, leur amitié se scelle.
Leur travail se fait surtout auprès des jeunes. D’ailleurs, François sera pendant un certain temps animateur à la vie spirituelle au Cégep de Granby.
De 1994 à 1997, les deux religieux demeurent dans le Bronx newyorkais. Ils travaillent avec les Franciscains du renouveau. Ils songent même à se joindre officiellement à eux, mais…
À l’été 1997, ils reviennent au Canada. Ils font un passage à Granby et s’établissent finalement à Montréal, dans le secteur de Verdun.
Pour François, ce que Dieu veut est qu’on lui ouvre son cœur, qu'on accepte de faire un pas avec lui et qu'on le laisse prendre une petite place dans sa vie.
À l’été 1997, il me dit : « Notre humanité nous oriente vers Dieu si on la redécouvre, si on la connaît, si on l’accueille. Si on la rejette parce qu’on se réfugie dans toutes sortes de choses, on s’éloigne des chemins qui mènent à Dieu. »[1]
Il m’explique aussi que la rencontre de Dieu est toujours une expérience humanisante, une expérience qui rend plus humain et plus proche de Dieu : « C’est dans notre humanité que nous trouvons les traces de Dieu et que nous trouvons Dieu. »
Né le 27 décembre 1958, François Garon est décédé le 12 janvier 2012 au Cameroun, où il a dirigé l’aile africaine des Franciscains de l’Emmanuel.
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[1] Cf. Benoit Voyer. L’homme prie Dieu, Dieu prie l’homme, bulletin Trinité, septembre 1997, p. 1. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/07/il-etait-une-fois-dans-les-medias_0425693902.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Bernard Voyer, explorateur
Bernard Voyer, explorateur
Par Benoit Voyer
« Même s'il est petit, l'être humain est capable de grandes choses ! », confie l'explorateur Bernard Voyer à la Revue Sainte Anne.
Passionné d'aventures, ce Canadien a parcouru le monde pour répondre à sa soif d'aventures et à ses questions ; En 1989, il traverse le désert du Sahara dans le Grand Erg occidental ; En 1993, il est le premier Canadien à se rendre au pôle Nord magnétique en ski ; En 1994, il rejoint à ski le pôle Nord géographique par la Sibérie, en partant d'une base scientifique dérivante ; En 1995, il est le premier Canadien à traverser à ski le Groenland sur une distance de 650 km d'est en ouest. Il réalise des communications téléphoniques par satellite ; En 1996, avec Thierry Pétry, il traverse l'Arctique et atteint le pôle Sud à ski en totale autonomie le 12 janvier, à 10 h 47. Il parcourt 1 500 km en 65 jours avec une charge de 170 kg à tirer ; Le 5 mai 1999, il réussit l'ascension de l'Everest, à 8 848 mètres. Il s'agit de la plus haute montagne de la Terre ; il y a quelques semaines, il arrivait d'un voyage en Indonésie où il était parti à la découverte d'une des dernières tribus de la planète. Et il a encore des projets.
« J'ai eu un appel : si tu veux être heureux, si tu veux te réaliser, c'est là-dedans ! », explique-t-il. Cette voix qu'il a entendue ressemble beaucoup à celle d'Abraham, il y a plusieurs siècles : « Va, quitte ton pays… »
La spiritualité
Même s'il ne se considère pas très religieux, Bernard Voyer n'hésite pas à parler de sa quête spirituelle.
« Tous les êtres humains sont de grands spirituels. On a tous un petit jardin en soi, mais il y a plein de gens qui ne le visitent pas. C'est une question de choix », dit-il.
Pour lui, la spiritualité est toute la partie au fond de soi qui n'est pas toujours clairement explicable et celle-ci n'a rien à voir avec une croyance en un Dieu ou la foi en une philosophie.
« La spiritualité est le côté inexplicable de la vie. Plusieurs personnes refusent de s'y rendre. Pourquoi ? Parce que, dans notre société, on s'est donné comme défi de tout comprendre. C'est normal ! C'est le propre de l'intelligence ! Si on est intelligent, on veut comprendre ce qui nous entoure, on veut répondre à toutes les questions qui commencent par pourquoi. On se donne des moyens, on informatise, on cherche… On a besoin de comprendre, mais il y a une partie que l'humain doit accepter de ne jamais comprendre », explique ce Montréalais dont le quartier général est situé sur la rue Cherrier en plein Carré Saint-Louis.
Les questions qui restent sans réponse pour l'être humain sont nombreuses : Pourquoi tant de races humaines ? Pourquoi n'est-on pas tous pareils ? Pourquoi naît-on ici et non ailleurs ? Pourquoi avons-nous juste deux jambes et deux bras ? Pourquoi y a-t-il une quête spirituelle dans l'âme humaine ? Pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel ? Pourquoi l'homme et la femme prient ? Pourquoi parler à quelqu'un qui n'existe pas en chair et en os, qui n'a jamais été vu, qui n'a jamais été rencontré et qui, dit-on, a plusieurs formes ? Toutes ces questions appartiennent au mystère de la vie humaine.
« Mais nous n'avons pas les réponses ! Nous avons des réponses ! Mais est-ce que ce sont les bonnes ? J'arrive d'un voyage à Bali, en Indonésie, où l'hindouisme est la principale religion. Est-ce que ce sont eux qui ont raison ou est-ce que c'est moi ? Je serais assez prétentieux pour dire que c'est moi qui ai raison ! Mais ils font des choses aberrantes ! Mais nous aussi ! Qui a raison dans la spiritualité ? C'est bien que personne n'ait raison et que tous aient raison ! Chacun sa couleur. Est-ce que toutes les fleurs ont les mêmes coloris ? Est-ce que le vent vient toujours du même sens ? Est-ce que toutes les montagnes se ressemblent ? Est-ce que tous les lacs ont la même forme ? C'est différent ! Alors, pourquoi toute la croyance serait la même ? », questionne-t-il.
Pour lui, ce qui fait la beauté de la vie est que les humains ne se ressemblent pas ; ils n'ont pas tous la même couleur d'âme. Chaque personne a ses propres tempêtes, vents et hivers. La spiritualité prend la teinte que l'homme et la femme veulent bien lui donner. Chaque personne est différente et a sa propre intériorité. C'est peut-être pour cette raison qu'il est tant difficile de parler de ce sujet.
Un peu plus haut, un peu plus loin…
« Nous ne sommes pas grand-chose ! », s'exclame-t-il.
Lorsqu'il a mis les pieds à la base de l'Everest, il ne se sentait pas tellement gros devant le géant. Il a souvent vécu cette sensation de petitesse devant les éléments de la nature.
« C’est une dualité : nous ne sommes pas grand-chose et nous sommes très puissants, c'est-à-dire que ces grandes montagnes, nous pouvons nous entendre pour les protéger et nous sommes capables de les escalader ! Imaginez une photographie aérienne où nous voyons sur l'Himalaya un grimpeur. C'est un tout petit point comparativement à la montagne ! Ce petit point noir est capable de réfléchir, il a des jambes, des bras, un petit système de chaleur – nous sommes minuscules à l'échelle planétaire ! – et il est capable de monter sur les plus hautes montagnes du monde. C'est fabuleux ! Il est capable de traverser l'océan. Il est gros comme une crotte de nez et il est capable d'aller dans l'espace… C'est incroyable ! », s'exclame encore l'explorateur en disant que c'est cela qui nourrit sa spiritualité.
Pour gravir une haute montagne ou affronter les pires obstacles du globe, il faut avoir beaucoup d'humilité parce que la nature est plus forte que le petit point noir qu'est l'humain.
Une prière sur l'Everest
Bernard Voyer prie. Il se souvient avoir salué son défunt père sur le sommet de l'Everest. Il se disait que de son vivant il ne pourrait pas être aussi près de lui puisqu'il touchait le ciel, sur le plus haut sommet de la terre. Il lui a dit bonjour et lui a parlé quelques instants à haute voix.
Sens de sa vie
Le sentier inconnu est ce qui ressemble le plus à ce qu'il est en lui. En parcourant les lieux éloignés de la civilisation, il apprend à se comprendre et à savoir qui il est. Il croit trouver les réponses au sommet des montagnes, au milieu des tempêtes et dans ses expéditions. C'est sa voie. D'autres personnes répondront à ces interrogations existentielles en étant ébéniste ou programmeur en informatique. Il se qualifie de chercheur.
« Je fais des courses au trésor, comme lorsque j'étais enfant. J'aimais beaucoup ce jeu ! J'ai décidé de faire cela toute ma vie. La vie est comme une course au trésor. C'est cela mon véritable sens de l'existence : trouver le fameux trésor… » Mais qu'est-ce que le trésor ? Il répond sans tarder que « le trésor… c'est de chercher le trésor. Plus la course est longue, plus nous avons de plaisir. Il faut trouver des indices et… que les étapes soient réconfortantes… Les choses les plus importantes dans la vie ne sont pas de naître et de mourir ! C'est ce que nous faisons entre les deux… »
C'est en cherchant que l'humain apprend à devenir fort en lui et qu'il réalise de grandes choses. C'est le secret pour nourrir une saine spiritualité : explorer le monde en jouant à la chasse au trésor.
« Nous ne sommes pas grand-chose! »
Par Benoit Voyer
« Même s'il est petit, l'être humain est capable de grandes choses ! », confie l'explorateur Bernard Voyer à la Revue Sainte Anne.
Passionné d'aventures, ce Canadien a parcouru le monde pour répondre à sa soif d'aventures et à ses questions ; En 1989, il traverse le désert du Sahara dans le Grand Erg occidental ; En 1993, il est le premier Canadien à se rendre au pôle Nord magnétique en ski ; En 1994, il rejoint à ski le pôle Nord géographique par la Sibérie, en partant d'une base scientifique dérivante ; En 1995, il est le premier Canadien à traverser à ski le Groenland sur une distance de 650 km d'est en ouest. Il réalise des communications téléphoniques par satellite ; En 1996, avec Thierry Pétry, il traverse l'Arctique et atteint le pôle Sud à ski en totale autonomie le 12 janvier, à 10 h 47. Il parcourt 1 500 km en 65 jours avec une charge de 170 kg à tirer ; Le 5 mai 1999, il réussit l'ascension de l'Everest, à 8 848 mètres. Il s'agit de la plus haute montagne de la Terre ; il y a quelques semaines, il arrivait d'un voyage en Indonésie où il était parti à la découverte d'une des dernières tribus de la planète. Et il a encore des projets.
« J'ai eu un appel : si tu veux être heureux, si tu veux te réaliser, c'est là-dedans ! », explique-t-il. Cette voix qu'il a entendue ressemble beaucoup à celle d'Abraham, il y a plusieurs siècles : « Va, quitte ton pays… »
La spiritualité
Même s'il ne se considère pas très religieux, Bernard Voyer n'hésite pas à parler de sa quête spirituelle.
« Tous les êtres humains sont de grands spirituels. On a tous un petit jardin en soi, mais il y a plein de gens qui ne le visitent pas. C'est une question de choix », dit-il.
Pour lui, la spiritualité est toute la partie au fond de soi qui n'est pas toujours clairement explicable et celle-ci n'a rien à voir avec une croyance en un Dieu ou la foi en une philosophie.
« La spiritualité est le côté inexplicable de la vie. Plusieurs personnes refusent de s'y rendre. Pourquoi ? Parce que, dans notre société, on s'est donné comme défi de tout comprendre. C'est normal ! C'est le propre de l'intelligence ! Si on est intelligent, on veut comprendre ce qui nous entoure, on veut répondre à toutes les questions qui commencent par pourquoi. On se donne des moyens, on informatise, on cherche… On a besoin de comprendre, mais il y a une partie que l'humain doit accepter de ne jamais comprendre », explique ce Montréalais dont le quartier général est situé sur la rue Cherrier en plein Carré Saint-Louis.
Les questions qui restent sans réponse pour l'être humain sont nombreuses : Pourquoi tant de races humaines ? Pourquoi n'est-on pas tous pareils ? Pourquoi naît-on ici et non ailleurs ? Pourquoi avons-nous juste deux jambes et deux bras ? Pourquoi y a-t-il une quête spirituelle dans l'âme humaine ? Pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel ? Pourquoi l'homme et la femme prient ? Pourquoi parler à quelqu'un qui n'existe pas en chair et en os, qui n'a jamais été vu, qui n'a jamais été rencontré et qui, dit-on, a plusieurs formes ? Toutes ces questions appartiennent au mystère de la vie humaine.
« Mais nous n'avons pas les réponses ! Nous avons des réponses ! Mais est-ce que ce sont les bonnes ? J'arrive d'un voyage à Bali, en Indonésie, où l'hindouisme est la principale religion. Est-ce que ce sont eux qui ont raison ou est-ce que c'est moi ? Je serais assez prétentieux pour dire que c'est moi qui ai raison ! Mais ils font des choses aberrantes ! Mais nous aussi ! Qui a raison dans la spiritualité ? C'est bien que personne n'ait raison et que tous aient raison ! Chacun sa couleur. Est-ce que toutes les fleurs ont les mêmes coloris ? Est-ce que le vent vient toujours du même sens ? Est-ce que toutes les montagnes se ressemblent ? Est-ce que tous les lacs ont la même forme ? C'est différent ! Alors, pourquoi toute la croyance serait la même ? », questionne-t-il.
Pour lui, ce qui fait la beauté de la vie est que les humains ne se ressemblent pas ; ils n'ont pas tous la même couleur d'âme. Chaque personne a ses propres tempêtes, vents et hivers. La spiritualité prend la teinte que l'homme et la femme veulent bien lui donner. Chaque personne est différente et a sa propre intériorité. C'est peut-être pour cette raison qu'il est tant difficile de parler de ce sujet.
Un peu plus haut, un peu plus loin…
« Nous ne sommes pas grand-chose ! », s'exclame-t-il.
Lorsqu'il a mis les pieds à la base de l'Everest, il ne se sentait pas tellement gros devant le géant. Il a souvent vécu cette sensation de petitesse devant les éléments de la nature.
« C’est une dualité : nous ne sommes pas grand-chose et nous sommes très puissants, c'est-à-dire que ces grandes montagnes, nous pouvons nous entendre pour les protéger et nous sommes capables de les escalader ! Imaginez une photographie aérienne où nous voyons sur l'Himalaya un grimpeur. C'est un tout petit point comparativement à la montagne ! Ce petit point noir est capable de réfléchir, il a des jambes, des bras, un petit système de chaleur – nous sommes minuscules à l'échelle planétaire ! – et il est capable de monter sur les plus hautes montagnes du monde. C'est fabuleux ! Il est capable de traverser l'océan. Il est gros comme une crotte de nez et il est capable d'aller dans l'espace… C'est incroyable ! », s'exclame encore l'explorateur en disant que c'est cela qui nourrit sa spiritualité.
Pour gravir une haute montagne ou affronter les pires obstacles du globe, il faut avoir beaucoup d'humilité parce que la nature est plus forte que le petit point noir qu'est l'humain.
Une prière sur l'Everest
Bernard Voyer prie. Il se souvient avoir salué son défunt père sur le sommet de l'Everest. Il se disait que de son vivant il ne pourrait pas être aussi près de lui puisqu'il touchait le ciel, sur le plus haut sommet de la terre. Il lui a dit bonjour et lui a parlé quelques instants à haute voix.
Sens de sa vie
Le sentier inconnu est ce qui ressemble le plus à ce qu'il est en lui. En parcourant les lieux éloignés de la civilisation, il apprend à se comprendre et à savoir qui il est. Il croit trouver les réponses au sommet des montagnes, au milieu des tempêtes et dans ses expéditions. C'est sa voie. D'autres personnes répondront à ces interrogations existentielles en étant ébéniste ou programmeur en informatique. Il se qualifie de chercheur.
« Je fais des courses au trésor, comme lorsque j'étais enfant. J'aimais beaucoup ce jeu ! J'ai décidé de faire cela toute ma vie. La vie est comme une course au trésor. C'est cela mon véritable sens de l'existence : trouver le fameux trésor… » Mais qu'est-ce que le trésor ? Il répond sans tarder que « le trésor… c'est de chercher le trésor. Plus la course est longue, plus nous avons de plaisir. Il faut trouver des indices et… que les étapes soient réconfortantes… Les choses les plus importantes dans la vie ne sont pas de naître et de mourir ! C'est ce que nous faisons entre les deux… »
C'est en cherchant que l'humain apprend à devenir fort en lui et qu'il réalise de grandes choses. C'est le secret pour nourrir une saine spiritualité : explorer le monde en jouant à la chasse au trésor.
(Revue Sainte-Anne, novembre 2000, pp 439 et 478)
SANTÉ MENTALE ET ITINÉRANCE : Des détecteurs de métal à l’entrée d’un hôpital montréalais
Par Benoit Voyer
10 janvier 2026
À l’hôpital Notre-Dame, à Montréal, les patients doivent maintenant traverser un détecteur de métal et permettre aux agents de sécurité de fouiller leurs sacs. À cela s’ajoutent des boutons d’alerte à la cafétéria et des gardiens de sécurité aux entrées.
La mesure a été mise en place dans les dernières semaines à cause des craintes suscitées par la présence accrue d’itinérants et de toxicomanes aux comportements violents et imprévisibles à cause de troubles en santé mentale. Plusieurs d’entre eux ont été retrouvés couchés dans les cages d’escaliers ou en possession d’armes à feu, de couteaux et d'autres objets pouvant mettre à risque la sécurité du public et du personnel. D’autres sont même allés jusqu’à se droguer par injection devant tout le monde ou dans les toilettes de l’institution.
Le 26 novembre, je me montrais inquiet quant à la sécurité des membres du personnel dans les unités psychiatriques. J’indiquais qu’il faut installer des détecteurs de métal à l’entrée de ces départements et rehausser la sécurité.[1] À ce moment, j’aurais pu indiquer que les mesures de contrôle pourraient être également instaurées à l’entrée de tous les hôpitaux du Québec.
____________________
[1] Benoit Voyer. « On doit resserrer les procédures de contrôle à l’entrée des unités psychiatriques », Benoit Voyer en liberté, 26 novembre 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/sante-mentale-on-doit-resserrer-les.html
[1] Benoit Voyer. « On doit resserrer les procédures de contrôle à l’entrée des unités psychiatriques », Benoit Voyer en liberté, 26 novembre 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/sante-mentale-on-doit-resserrer-les.html
VISION CATHOLIQUE : Sainte Marguerite Bourgeoys
Par Benoit Voyer
10 janvier 2026
Marguerite Bourgeoys est née à Troyes (France), le vendredi saint 17 avril 1620.
Le 7 octobre 1640, à l'abbaye Notre-Dame de Nonnains, Marguerite, 20 ans, vit une expérience spirituelle intense. Sa vie changera du tout pour le Tout. Durant la procession religieuse, elle abandonne ses frivolités de jeunesse. Sa vie ne sera plus jamais la même.
![]() |
| Abbaye Notre-Dame de Nonnains |
Elle rencontre Louise Chomedey, une religieuse de la congrégation de Notre-Dame de Troyes et directrice d’une communauté externe de femmes.
Marguerite prend la tête d’un groupe de jeunes femmes laïques associées à la congrégation. Celles-ci enseignent aux enfants pauvres de Troyes. Rapidement, elle est reconnue pour son leadership et ses habiletés à rassembler des personnes autour d’une cause commune.
Louise est la sœur de Paul Chomedey, seigneur de Maisonneuve et gouverneur de Ville-Marie, en Nouvelle-France, la future ville de Montréal.
Lors d’un passage à Troyes, Paul demande à sa sœur religieuse de l’aider à trouver une enseignante pour la petite colonie qu’il dirige. Sans l’ombre d’un doute, elle lui suggère la jeune Marguerite en qui elle a une grande confiance. Il ne tarde pas à la rencontrer.
Elle racontera : « On a parlé du Canada et je m’y suis portée pour y aller, et mon confesseur, qui avait eu dessein de former une communauté pour honorer la vie que la sainte Vierge a menée étant sur terre, communauté dont il avait fait des règles approuvées à la Sorbonne de Paris, qui y avaient été présentées par Monsieur le Théologal de Troyes. Et quand le temps fut venu d’aller en Canada, mon confesseur me dit que ce que Dieu n’avait pas voulu, le voudrait peut-être à Montréal. Je crois qu’il avait eu connaissance de l’image envoyée par les religieuses de la congrégation. Je lui dis que j’étais seule, ce qui n’est pas communauté. Il me dit que mon bon ange, le sien et moi, c’était communauté. À quoi je répliquai qu’on m’avait refusé une compagne, qu’il fallait aller avec un gentilhomme que je n’avais jamais vu. Il me dit de mettre sous la conduite de Monsieur de Maisonneuve, comme sous la conduite d’un des premiers chevaliers de la chambre de la reine des anges, et que je m’en aille. Et j’eus quelque témoignage que la sainte Vierge agréait ce voyage. »[2]
Marguerite Bourgeoys, 33 ans, se joint aux recrues de 1653. Celles-ci doivent sauver Ville-Marie et sa cinquantaine d’habitants et les aider à se défendre des attaques des Iroquois. Cet équipage permettra de tripler la population du petit patelin.
De passage chez les Carmes, on lui fait douter de sa nouvelle vocation : « Et quand je fus à Nantes, j’allais à confesse aux Carmes. On écrit une lettre que, si je voulais être carmélite, que le provincial des Carmes, frère de Mademoiselle de Bellevue, où j’étais logée, me ferait mettre où je souhaiterais. Ce bon Carme presse fort là-dessus. J’écris à Paris, mais je n’en reçu point de réponse ; me voilà fort en peine. »[3]
Et puis, en s’arrêtant pour réfléchir et prier, tout s’éclaire : « Je vas aux Capucins, où je trouve le Saint-Sacrement exposé, et je reçus là une très grande force et une grande assurance qui fallait faire le voyage. »[4] […] J’ai eu quelque vue que notre Seigneur voulait que je fisse ce voyage. »[5]
Durant la traversée, elle devient l’infirmière de tous. Les gens se confient naturellement à elle.
Dans sa nouvelle communauté de vie, Marguerite collabore de près avec le gouverneur et Jeanne Mance, l’administratrice de l’hôpital. Elle devient partenaire dans l’administration de la colonie.
Pour elle, il est évident que les femmes jouent un rôle important dans le développement de ce nouveau pays. Sans tarder, elle met sur pied des ateliers de travaux pratiques. Grâce à eux, les femmes peuvent acquérir des connaissances et des habiletés essentielles à leur situation.
Marguerite accueillera les « filles du roi ». Ces nouvelles venues permettront la naissance de nouveaux enfants et garantiront la survie et la croissance de la colonie. Elle vit avec elles, les prépare à leur nouveau rôle et les aide à trouver un mari.
En 1655, elle demande de l’aide pour la construction d’une chapelle de pèlerinage située à quelques pas du village. Elle n’abandonnera jamais son rêve, malgré les obstacles rencontrés sur son chemin, jusqu’à sa réalisation finale en 1678.
En 1658, dans une étable, elle fonde la première école de Ville-Marie. Les enfants de la colonie y apprennent à lire, à calculer, à écrire et à découvrir la foi chrétienne. Parmi ceux-ci, figure fort probablement Jeanne Leber [6], la fille du riche commerçant Jacques Leber.
Marguerite porte une attention spéciale aux jeunes filles plus âgées. Elle enseigne à ses comparses féminines des compétences qui les prépareront à leurs responsabilités futures d’épouses et de mères.
Tout en faisant l'école, elle reçoit et accompagne les Filles du Roy, venues en Nouvelle-France pour y épouser des colons. Elle les prépare au mariage et les soutient dans la fondation des premières familles du pays.
En 1670 et 1671, durant son deuxième voyage en France, Marguerite met sa propre famille à contribution. Trois nièces orphelines, filles de sa sœur Marie Bourgeoys et d’Orson Soumillard, huissier à Troyes, la suivent en Nouvelle-France. Marguerite et Catherine entrent dans la congrégation de leur tante. La cadette, Louise, épouse François Fortin, un cordonnier originaire de Bretagne, et, à la suite de son décès, Jean-Baptiste Fleuricourt, un notaire. Trois des enfants de Louise perpétuent sa descendance jusqu’à nos jours.[7]
Marguerite recrute aussi d’autres jeunes femmes. Elles deviendront le noyau d’une communauté religieuse non cloîtrée, la congrégation Notre-Dame. L’affaire n’est pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ils n’approuvent pas ce genre de communauté religieuse. Malgré tout, Marguerite et ses sœurs persévèrent.
À 73 ans, Mgr de Saint-Vallier accepte sa démission comme supérieure de la congrégation et à 77 ans, elle écrit ses mémoires qui demeurent un témoignage historique et son testament spirituel.
La congrégation Notre-Dame sera finalement reconnue officiellement en 1698.
Son décès [8]
Durant la nuit du 31 décembre 1699 au 1ᵉʳ janvier 1700, les sœurs de la congrégation Notre-Dame de Montréal sont brusquement réveillées pour réciter les prières des agonisants au chevet de sœur Catherine Charly, leur jeune maîtresse des novices, gravement malade depuis quelque temps.
La fondatrice de la communauté religieuse, Marguerite Bourgeoys, bien portante malgré ses 79 ans avancés, lance spontanément en apprenant la nouvelle : « Ah ! Mon Dieu, que ne me prenez-vous, moi qui suis inutile à tout dans cette maison, plutôt que cette pauvre sœur qui peut y rendre encore de grands services ! » Surprise ! En quelques heures, sœur Catherine reprend du mieux. Elle est sauvée de la mort.
Le soir du 1ᵉʳ janvier 1700, Marguerite Bourgeoys commence une fièvre accompagnée de souffrances aiguës. Pendant douze jours, elle souffre effroyablement.
Voyant la maladie s'aggraver, une désolation envahit les religieuses. Malgré son purgatoire, la sainte vit dans l'allégresse. Elle le sait : l'heure de Dieu est arrivée, l'heure de son passage de vie à trépas.
Autour du lit, ses compagnes veillent. Rapidement, elle leur demande des cantiques (prières chantées). Dans la petite cellule glacée, les voix s'élèvent tremblantes pour chanter le ciel et Marie. Marguerite s'unit à ses filles malgré ses douleurs et son épuisement. Auprès d'elle, qui pleure à chaudes larmes, Catherine Charly revenue à la santé, comme par miracle.
La fête des Rois se passe dans la tristesse. Le mardi 12 janvier 1700, peu après minuit, Marguerite Bourgeoys entre en agonie. Elle décède paisiblement vers 3 h, les deux mains croisées sur sa poitrine. Marguerite a 79 ans.
De nos jours, elle repose dans la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, à Montréal.
Cette pionnière de Montréal et de la Nouvelle-France est canonisée en 1982. Elle est un modèle de vie chrétienne.
Sa mémoire liturgique est le 12 janvier.
Notre pauvre nature humaine
« Mon expérience m’apprend que les aises du corps se prennent avec facilité, à quoi la nature s’accommode quelquefois avec quelques petits scrupules qui se passent en un moment, spécialement quand on s’y sent obligé par quelques paroles qui nous flattent… et par condescendance, mais après avoir été quelque temps dans cette vie molle et relâchée, s’il faut retourner à la petite vie, il faut de grands efforts et notre ennemi ne manque point de venir au secours de notre pauvre nature qui ne dit jamais : C’est assez; et ensuite, a des recherches inutiles et souvent nuisibles. »[9]
Lors d’un passage à Troyes, Paul demande à sa sœur religieuse de l’aider à trouver une enseignante pour la petite colonie qu’il dirige. Sans l’ombre d’un doute, elle lui suggère la jeune Marguerite en qui elle a une grande confiance. Il ne tarde pas à la rencontrer.
Elle racontera : « On a parlé du Canada et je m’y suis portée pour y aller, et mon confesseur, qui avait eu dessein de former une communauté pour honorer la vie que la sainte Vierge a menée étant sur terre, communauté dont il avait fait des règles approuvées à la Sorbonne de Paris, qui y avaient été présentées par Monsieur le Théologal de Troyes. Et quand le temps fut venu d’aller en Canada, mon confesseur me dit que ce que Dieu n’avait pas voulu, le voudrait peut-être à Montréal. Je crois qu’il avait eu connaissance de l’image envoyée par les religieuses de la congrégation. Je lui dis que j’étais seule, ce qui n’est pas communauté. Il me dit que mon bon ange, le sien et moi, c’était communauté. À quoi je répliquai qu’on m’avait refusé une compagne, qu’il fallait aller avec un gentilhomme que je n’avais jamais vu. Il me dit de mettre sous la conduite de Monsieur de Maisonneuve, comme sous la conduite d’un des premiers chevaliers de la chambre de la reine des anges, et que je m’en aille. Et j’eus quelque témoignage que la sainte Vierge agréait ce voyage. »[2]
Marguerite Bourgeoys, 33 ans, se joint aux recrues de 1653. Celles-ci doivent sauver Ville-Marie et sa cinquantaine d’habitants et les aider à se défendre des attaques des Iroquois. Cet équipage permettra de tripler la population du petit patelin.
De passage chez les Carmes, on lui fait douter de sa nouvelle vocation : « Et quand je fus à Nantes, j’allais à confesse aux Carmes. On écrit une lettre que, si je voulais être carmélite, que le provincial des Carmes, frère de Mademoiselle de Bellevue, où j’étais logée, me ferait mettre où je souhaiterais. Ce bon Carme presse fort là-dessus. J’écris à Paris, mais je n’en reçu point de réponse ; me voilà fort en peine. »[3]
Et puis, en s’arrêtant pour réfléchir et prier, tout s’éclaire : « Je vas aux Capucins, où je trouve le Saint-Sacrement exposé, et je reçus là une très grande force et une grande assurance qui fallait faire le voyage. »[4] […] J’ai eu quelque vue que notre Seigneur voulait que je fisse ce voyage. »[5]
Durant la traversée, elle devient l’infirmière de tous. Les gens se confient naturellement à elle.
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| La chapelle Notre-Dame de Bonsecours de nos jours |
Pour elle, il est évident que les femmes jouent un rôle important dans le développement de ce nouveau pays. Sans tarder, elle met sur pied des ateliers de travaux pratiques. Grâce à eux, les femmes peuvent acquérir des connaissances et des habiletés essentielles à leur situation.
Marguerite accueillera les « filles du roi ». Ces nouvelles venues permettront la naissance de nouveaux enfants et garantiront la survie et la croissance de la colonie. Elle vit avec elles, les prépare à leur nouveau rôle et les aide à trouver un mari.
En 1655, elle demande de l’aide pour la construction d’une chapelle de pèlerinage située à quelques pas du village. Elle n’abandonnera jamais son rêve, malgré les obstacles rencontrés sur son chemin, jusqu’à sa réalisation finale en 1678.
![]() |
| Marguerite Bouregoys, enseignante |
Marguerite porte une attention spéciale aux jeunes filles plus âgées. Elle enseigne à ses comparses féminines des compétences qui les prépareront à leurs responsabilités futures d’épouses et de mères.
Tout en faisant l'école, elle reçoit et accompagne les Filles du Roy, venues en Nouvelle-France pour y épouser des colons. Elle les prépare au mariage et les soutient dans la fondation des premières familles du pays.
En 1670 et 1671, durant son deuxième voyage en France, Marguerite met sa propre famille à contribution. Trois nièces orphelines, filles de sa sœur Marie Bourgeoys et d’Orson Soumillard, huissier à Troyes, la suivent en Nouvelle-France. Marguerite et Catherine entrent dans la congrégation de leur tante. La cadette, Louise, épouse François Fortin, un cordonnier originaire de Bretagne, et, à la suite de son décès, Jean-Baptiste Fleuricourt, un notaire. Trois des enfants de Louise perpétuent sa descendance jusqu’à nos jours.[7]
Marguerite recrute aussi d’autres jeunes femmes. Elles deviendront le noyau d’une communauté religieuse non cloîtrée, la congrégation Notre-Dame. L’affaire n’est pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ils n’approuvent pas ce genre de communauté religieuse. Malgré tout, Marguerite et ses sœurs persévèrent.
À 73 ans, Mgr de Saint-Vallier accepte sa démission comme supérieure de la congrégation et à 77 ans, elle écrit ses mémoires qui demeurent un témoignage historique et son testament spirituel.
La congrégation Notre-Dame sera finalement reconnue officiellement en 1698.
Son décès [8]
Durant la nuit du 31 décembre 1699 au 1ᵉʳ janvier 1700, les sœurs de la congrégation Notre-Dame de Montréal sont brusquement réveillées pour réciter les prières des agonisants au chevet de sœur Catherine Charly, leur jeune maîtresse des novices, gravement malade depuis quelque temps.
La fondatrice de la communauté religieuse, Marguerite Bourgeoys, bien portante malgré ses 79 ans avancés, lance spontanément en apprenant la nouvelle : « Ah ! Mon Dieu, que ne me prenez-vous, moi qui suis inutile à tout dans cette maison, plutôt que cette pauvre sœur qui peut y rendre encore de grands services ! » Surprise ! En quelques heures, sœur Catherine reprend du mieux. Elle est sauvée de la mort.
Le soir du 1ᵉʳ janvier 1700, Marguerite Bourgeoys commence une fièvre accompagnée de souffrances aiguës. Pendant douze jours, elle souffre effroyablement.
Voyant la maladie s'aggraver, une désolation envahit les religieuses. Malgré son purgatoire, la sainte vit dans l'allégresse. Elle le sait : l'heure de Dieu est arrivée, l'heure de son passage de vie à trépas.
Autour du lit, ses compagnes veillent. Rapidement, elle leur demande des cantiques (prières chantées). Dans la petite cellule glacée, les voix s'élèvent tremblantes pour chanter le ciel et Marie. Marguerite s'unit à ses filles malgré ses douleurs et son épuisement. Auprès d'elle, qui pleure à chaudes larmes, Catherine Charly revenue à la santé, comme par miracle.
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| Chapelle Notre-Dame de Bonsecours [b] |
De nos jours, elle repose dans la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, à Montréal.
Cette pionnière de Montréal et de la Nouvelle-France est canonisée en 1982. Elle est un modèle de vie chrétienne.
Sa mémoire liturgique est le 12 janvier.
Notre pauvre nature humaine
« Mon expérience m’apprend que les aises du corps se prennent avec facilité, à quoi la nature s’accommode quelquefois avec quelques petits scrupules qui se passent en un moment, spécialement quand on s’y sent obligé par quelques paroles qui nous flattent… et par condescendance, mais après avoir été quelque temps dans cette vie molle et relâchée, s’il faut retourner à la petite vie, il faut de grands efforts et notre ennemi ne manque point de venir au secours de notre pauvre nature qui ne dit jamais : C’est assez; et ensuite, a des recherches inutiles et souvent nuisibles. »[9]
Le véritable amour de Dieu
« Je trouve qu’il y a plusieurs sortes d’amour parmi le monde : il y a l’amour des étrangers, des passants, des pauvres, des associés, des anges, des parents et des amants. Tous ces amours peuvent être bons ou indifférents. Il n’y a que celui d’amant qui pénètre le cœur de Dieu et à qui rien n’est refusé. […]
On aime les passants car ils apportent quelque gain; les pauvres a qui on donne le superflu; les associés, car leur perte nous est dommageable; les amis parce que leur conversation plait et est agréable; les parents, parce qu’on en reçoit du bien […]
Mais le véritable amour est celui d’amant qui se trouve rarement, car toute choses ne le touche : ni le bien, ni le mal, il donne la [sa] vie avec plaisir pour la chose aimée. Il ne connait point ses intérêts, ni même ses besoins. La maladie et la santé lui sont indifférentes; la prospérité ou l’adversité, la mort ou la vie, la consolation ou la sécheresse lui sont égales. »[10]
La prière du coeur
« Il me semble que l’on ne porte pas assez d’attention a la prière, car si elle ne part pas du cœur qui doit être son centre, elle n’est qu’un songe qui ne produit rien, car la prière doit être dans la pensée, la parole et l’exécution. On est donc obligé de s’exciter, autant que cela se peut, à faire réflexion sur ce qu’on demande ou promet; ce qui ne se fait point si l’on ne fait point d’attention à ses prières.»[11]
Dieu nous parle
« Dieu nous parle par les prédicateurs, les lectures, par toutes ses créatures et ses maximes, et il veut être écouté spécialement de ceux qu’il a reçus à son service, qui ne lui plaisent pas quand l’on s’entretient avec des pensées frivoles, avec ses inclinations ou ses bonnes amies, spécialement les matinées des jours de communion et la demi-heure du soir pour la préparation. Ce recueillement est très nécessaire après les récréations et je ne vois pas que cela s’observe.[12]
Aimer son prochain
« Dieu ne se contente pas que l’on conserve l’amour que l’on doit à son prochain, mais que l’on conserve le prochain dans l’amour qu’il nous doit porter. Il faut donc donner le manteau a qui veut avoir la robe, plutôt que de plaider »[13].
Le silence
« Le peu d’affection pour le silence tire à une vie molle et relâchée ».[14]
L’éducation des enfants
« Il est nécessaire de faire travailler les enfants a l’école et les pensionnaires. L’oisiveté est le moyen de les rendre libertines ».[15]
Les petites actions
« Notre bon Dieu se contente des petites vertus qui sont pratiquées pour son amour et il les relève, a proportion qu’elles sont exercées avec plus d’amour. Il faut donc que je tâche de faire tout pour son plus grand amour. »[16]
La communion
« Il m’a semblé que nous étions des charbons propres à faire du feu et la sainte communion était toute propre à nous allumer. Mais que ces charbons ne sont allumés que dans la superficie, aussitôt qu’ils sont écartés, ils s’éteignent; au lieu que ceux qui sont allumés jusque dans le centre ne s’éteignent pas, mais se consument.
On écarte ces charbons si, après la communion, on s’entretient dans ses humeurs naturelles, dans le soin et la recherche de ses commodités sans besoin, dans les conversations frivoles et inutiles. »[17]
La Parole de Dieu
« Quand le cœur est ouvert au soleil de la grâce, on voit des fleurs d’une bonne odeur s’épanouir, qui font voir qu’on a profité de la Parole de Dieu. »[18]
____________________
Références
[1] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 250 et 251
[2] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 250 et 251
[3] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 239
[4] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 239 et 240
[5] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 250 et 251
[6] Il s’agit de la vénérable Jeanne Leber.
[7] Claude Auger. « Marguerite Bourgeoys et les familles », Prions en Église – édition dominicale, 12 janvier 2025, p. 34
[8] Benoit Voyer. « 300e anniversaire du décès de sainte Marguerite Bourgeoys - Un cœur qui bat toujours », Revue Sainte-Anne, mars 2000, page 109 et 110 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/le-present-du-passe-un-cur-qui-bat.html
[9] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 73
[10] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 94 et 95
[11] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 243 et 244
[12] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 244
[13] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 244 et 245
[14] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 248
[15] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 249
[16] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 282
[17] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 287 et 288
[18] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 288
[a] Marguerite Bourgeoys dans un vitrail de la Basilique Notre-Dame du Cap, à Trois-Rivières.
[b] La chapelle Notre-Dame de Bonsecours, à Montréal, lieu où reposent de nos jours sainte Marguerite Bourgeoys et la vénérable Jeanne Leber.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Gaston L'Heureux
Gaston L'Heureux
Par Benoît Voyer, journaliste
Qui aurait cru qu'une simple rencontre amicale avec Gaston L'Heureux au Café Cherrier point de rencontre des artistes montréalais, situé à quelques pas du Carré Saint-Louis, me toucherait autant?
« J'ai failli m'enlever la vie par désespoir », me confiait-il, il y a quelques semaines. « Je me suis accroché en pensant à ceux que je laisserais. De plus, je me suis demandé si j'avais tout fait pour être heureux. Alors que je ne voyais plus la lumière au fond de mon tunnel, je me suis accroché à ce que d'autres personnes ont déjà vécu. Vouloir m'enlever la vie aurait été un geste d'égoïsme. »
Renversant. Trente ans de présence continue dans notre quotidien à cause de son travail d'animateur et de journaliste pour découvrir les difficultés que ce doyen de la télévision canadienne a traversées durant ces années, dont le terrible désir de s'enlever la vie.
J'ai voulu en savoir plus long : « Mais, Gaston, pourquoi vis-tu ? Tu as des raisons de vivre? »
« Parce que chaque jour est complètement différent. J'ai vu des gens dans le plus grand désespoir. J'en ai vécu de grands! Je m'accroche parce que j'ai vu trop de situations changer. Tu sais, quand tu t'en vas en mer, il y a une tempête. Crac! Ton mât est arraché. Tout à coup! Hop! C'est le calme... et puis tout continue comme si rien ne s'était passé. La sensation qui vient après l'épreuve ne s'explique pas », pense-t-il à haute voix.
Il se rappelle de Claude Brunet, un paraplégique avec qui il a travaillé. Pour lui, ce bonhomme aurait eu des raisons pour s'enlever la vie: pas de bras, pas de jambes, pas de vie sexuelle ... Et pourtant, il avait un grand goût de vivre à plein. « Ce n'était pas un imbécile! C'était un homme d'une très grande foi! Sa gestuelle et sa façon d'aller au fond de sa vie m'ont impressionné », ajoute-t-il. Il demeure réaliste. Dans le quotidien de l'existence, il n'est pas toujours possible d'être en constante sérénité. Pour lui, la nature étant ce qu'elle est, l'humain traverse des périodes de givre, des tempêtes et des orages. C'est un des secrets de l'âme.
N'est-ce pas aussi l'expérience des grands mystiques catholiques comme Jean de la Croix et Thérèse d'Avila? En eux, ils ne vivaient pas toujours en état de béatitude. La crise intérieure en soi est normale et nécessaire pour sa croissance personnelle.
Malheureux comme L'Heureux
Est-il possible de porter le nom de L'Heureux et se sentir malheureux? L'idée me fait sourire et je n'hésite pas à lui exprimer.
Attention, mon cher! Je ne suis pas malheureux! Mais je ne suis pas un optimiste. Je suis un inquiet. Je n'ai jamais la certitude des choses - du moins de ce qui est essentiel. Je suis un perfectionniste », lance-t-il pour me faire comprendre rapidement qui il est au plus intime de son être
Le roman de la vie
Pour Gaston L'Heureux, ce qui est important dans la vie c'est d'être pleinement humain: « Je pense que chaque vie est un roman. C'est comme les empreintes digitales : elles sont toutes différentes! Tu sais, comme dans les romans, il y a des vies plates, drôles, trépidantes, compliquées, optimistes, pessimistes et aussi, il y a des vies d'amertume. Les humains sont à la fois les plus exaltants et les plus décevants. »
Il s'intéresse au plus haut point à ce que vit chaque personne. Lors de notre rencontre, j'étais en plein « burn-out » et en grand questionnement sur ma vie, sur la vie. Après l'interview, il a pris plus d'une heure à s'intéresser à ce que je portais de difficile en moi. Sa présence a grandement influencé mon retour au bien-être.
Quelques minutes avant de nous quitter, il m'a dit : « Qu'importe l'heure, si tu vis un moment sombre, n'hésite pas à me téléphoner! » Je n'ai pas eu besoin de le faire, mais j'ai grandement apprécié sa disponibilité. C'est ce que j'appelle vivre à plein son humanité en étant un don de soi pour les autres.
Un p'tit gars de Québec
« Les premières années, j'étais enfant de chœur à la Basilique Notre-Dame de Québec. Le mercredi, Maurice Duplessis venait à la messe à la chapelle Saint-Joseph. Il me donnait toujours un pourboire : 0,10$. Il disait que c'était pour mon père qui était organisateur pour le Parti libéral! J'allais aussi servir la messe chez les Jésuites. J'avais déjà de la graine de curé! », relate-t-il les yeux pétillants et le sourire fendu jusqu'aux oreilles.
« Je me souviens aussi, j'habitais au coin Saint-Patrice et Saint-Augustin. Nous allions jouer à la cachette à l'Assemblée nationale. Les gardiens nous toléraient! J'allais aussi passer des heures à la bibliothèque du Parlement où il y avait une sympathique dame Bélanger qui me faisait lire « La Patrie », « Le Canada », et bien d'autres publications. Elle avait compris ma soif de tout connaître », ajoute l'homme aux cheveux poivre et sel.
Fils unique, ses parents avaient 46 ans de différence : elle 26 ans; lui 72 ans.
« Je n'étais pas un enfant qui vivait dans un cadre normal! », dit-il. Lorsque son père le cherchait, il n'était pas rare qu'il entende le commentaire : « Hey! Gaston, ton grand-père te cherche! »
De 6 à 13 ans, il est pensionnaire chez les Frères des écoles chrétiennes à Saint-Augustin-de-Desmaures, situé à 30 kilomètres de la maison familiale. Plus tard, il ira à l'Académie de Québec, également dirigée par les Frères des écoles chrétiennes. C'est là qu'il a débuté son cours classique, mais…
« J'étais un autodidacte. J'aimais étudier les choses qui m'intéressaient. Un jour que ma mère était inquiète pour mon avenir, Gustave Tardif (doyen de la Faculté de commerce) et monsieur Caron (mon directeur) lui dirent : « Écoutez, on va le garder jusqu'à la philo II ». Alors, j'ai continué mes études sans jamais passer d'examens. Ces professeurs avaient une pédagogie avant-gardiste. Je suis resté là jusqu'à mon entrée au quotidien Le Soleil », aime-t-il se rappeler.
Vocation : journaliste
S'il a choisi le journalisme, c'est qu'il voulait tout faire à la fois. Ce métier lui a permis de répondre à sa curiosité naturelle et à ses besoins fondamentaux : il est curieux et aime toucher un peu à tout.
Comme il dit : l'important ce n'est pas de tout savoir, mais de savoir où trouver. En se regardant droit dans les yeux et avec détermination, comme pour me convaincre, il me lance que la vocation journalistique, il faut l'avoir dans le sang. On l'a ou on ne l'a pas! C'est tout! Le journalisme naît du désir d'apprendre et de transmettre la connaissance. « Le journalisme d'aujourd'hui est contesté et contestable! », insiste-t-il.
« Et à l'heure de notre mort »
Cette question, il ne s'y attendait vraiment pas : « Lorsque tu vas mourir, qu'est-ce que tu veux que les gens retiennent de toi? » Ouf! Et le silence fut ... Il finit par répondre : « Quand je vais mourir, les seules choses que je veux que les gens retiennent sont les bons coups que j'ai faits. Les pires choses ... qu'ils s'en souviennent seulement afin de ne pas répéter les mêmes erreurs! [...] La chose que j'aime le plus entendre quand quelqu'un disparaît est ... qu'il repose en paix. Je pense que mon âme continuera à vivre dans la plénitude et la paix. Je ne suis pas un saint! J'aimerais juste que les gens disent de moi : Gaston était un bon gars! »
Merci, Gaston, de m'avoir touché l'âme!
« J'ai failli m'enlever la vie ... »
Par Benoît Voyer, journaliste
Qui aurait cru qu'une simple rencontre amicale avec Gaston L'Heureux au Café Cherrier point de rencontre des artistes montréalais, situé à quelques pas du Carré Saint-Louis, me toucherait autant?
« J'ai failli m'enlever la vie par désespoir », me confiait-il, il y a quelques semaines. « Je me suis accroché en pensant à ceux que je laisserais. De plus, je me suis demandé si j'avais tout fait pour être heureux. Alors que je ne voyais plus la lumière au fond de mon tunnel, je me suis accroché à ce que d'autres personnes ont déjà vécu. Vouloir m'enlever la vie aurait été un geste d'égoïsme. »
Renversant. Trente ans de présence continue dans notre quotidien à cause de son travail d'animateur et de journaliste pour découvrir les difficultés que ce doyen de la télévision canadienne a traversées durant ces années, dont le terrible désir de s'enlever la vie.
J'ai voulu en savoir plus long : « Mais, Gaston, pourquoi vis-tu ? Tu as des raisons de vivre? »
« Parce que chaque jour est complètement différent. J'ai vu des gens dans le plus grand désespoir. J'en ai vécu de grands! Je m'accroche parce que j'ai vu trop de situations changer. Tu sais, quand tu t'en vas en mer, il y a une tempête. Crac! Ton mât est arraché. Tout à coup! Hop! C'est le calme... et puis tout continue comme si rien ne s'était passé. La sensation qui vient après l'épreuve ne s'explique pas », pense-t-il à haute voix.
Il se rappelle de Claude Brunet, un paraplégique avec qui il a travaillé. Pour lui, ce bonhomme aurait eu des raisons pour s'enlever la vie: pas de bras, pas de jambes, pas de vie sexuelle ... Et pourtant, il avait un grand goût de vivre à plein. « Ce n'était pas un imbécile! C'était un homme d'une très grande foi! Sa gestuelle et sa façon d'aller au fond de sa vie m'ont impressionné », ajoute-t-il. Il demeure réaliste. Dans le quotidien de l'existence, il n'est pas toujours possible d'être en constante sérénité. Pour lui, la nature étant ce qu'elle est, l'humain traverse des périodes de givre, des tempêtes et des orages. C'est un des secrets de l'âme.
N'est-ce pas aussi l'expérience des grands mystiques catholiques comme Jean de la Croix et Thérèse d'Avila? En eux, ils ne vivaient pas toujours en état de béatitude. La crise intérieure en soi est normale et nécessaire pour sa croissance personnelle.
Malheureux comme L'Heureux
Est-il possible de porter le nom de L'Heureux et se sentir malheureux? L'idée me fait sourire et je n'hésite pas à lui exprimer.
Attention, mon cher! Je ne suis pas malheureux! Mais je ne suis pas un optimiste. Je suis un inquiet. Je n'ai jamais la certitude des choses - du moins de ce qui est essentiel. Je suis un perfectionniste », lance-t-il pour me faire comprendre rapidement qui il est au plus intime de son être
Le roman de la vie
Pour Gaston L'Heureux, ce qui est important dans la vie c'est d'être pleinement humain: « Je pense que chaque vie est un roman. C'est comme les empreintes digitales : elles sont toutes différentes! Tu sais, comme dans les romans, il y a des vies plates, drôles, trépidantes, compliquées, optimistes, pessimistes et aussi, il y a des vies d'amertume. Les humains sont à la fois les plus exaltants et les plus décevants. »
Il s'intéresse au plus haut point à ce que vit chaque personne. Lors de notre rencontre, j'étais en plein « burn-out » et en grand questionnement sur ma vie, sur la vie. Après l'interview, il a pris plus d'une heure à s'intéresser à ce que je portais de difficile en moi. Sa présence a grandement influencé mon retour au bien-être.
Quelques minutes avant de nous quitter, il m'a dit : « Qu'importe l'heure, si tu vis un moment sombre, n'hésite pas à me téléphoner! » Je n'ai pas eu besoin de le faire, mais j'ai grandement apprécié sa disponibilité. C'est ce que j'appelle vivre à plein son humanité en étant un don de soi pour les autres.
Un p'tit gars de Québec
« Les premières années, j'étais enfant de chœur à la Basilique Notre-Dame de Québec. Le mercredi, Maurice Duplessis venait à la messe à la chapelle Saint-Joseph. Il me donnait toujours un pourboire : 0,10$. Il disait que c'était pour mon père qui était organisateur pour le Parti libéral! J'allais aussi servir la messe chez les Jésuites. J'avais déjà de la graine de curé! », relate-t-il les yeux pétillants et le sourire fendu jusqu'aux oreilles.
« Je me souviens aussi, j'habitais au coin Saint-Patrice et Saint-Augustin. Nous allions jouer à la cachette à l'Assemblée nationale. Les gardiens nous toléraient! J'allais aussi passer des heures à la bibliothèque du Parlement où il y avait une sympathique dame Bélanger qui me faisait lire « La Patrie », « Le Canada », et bien d'autres publications. Elle avait compris ma soif de tout connaître », ajoute l'homme aux cheveux poivre et sel.
Fils unique, ses parents avaient 46 ans de différence : elle 26 ans; lui 72 ans.
« Je n'étais pas un enfant qui vivait dans un cadre normal! », dit-il. Lorsque son père le cherchait, il n'était pas rare qu'il entende le commentaire : « Hey! Gaston, ton grand-père te cherche! »
De 6 à 13 ans, il est pensionnaire chez les Frères des écoles chrétiennes à Saint-Augustin-de-Desmaures, situé à 30 kilomètres de la maison familiale. Plus tard, il ira à l'Académie de Québec, également dirigée par les Frères des écoles chrétiennes. C'est là qu'il a débuté son cours classique, mais…
« J'étais un autodidacte. J'aimais étudier les choses qui m'intéressaient. Un jour que ma mère était inquiète pour mon avenir, Gustave Tardif (doyen de la Faculté de commerce) et monsieur Caron (mon directeur) lui dirent : « Écoutez, on va le garder jusqu'à la philo II ». Alors, j'ai continué mes études sans jamais passer d'examens. Ces professeurs avaient une pédagogie avant-gardiste. Je suis resté là jusqu'à mon entrée au quotidien Le Soleil », aime-t-il se rappeler.
Vocation : journaliste
S'il a choisi le journalisme, c'est qu'il voulait tout faire à la fois. Ce métier lui a permis de répondre à sa curiosité naturelle et à ses besoins fondamentaux : il est curieux et aime toucher un peu à tout.
Comme il dit : l'important ce n'est pas de tout savoir, mais de savoir où trouver. En se regardant droit dans les yeux et avec détermination, comme pour me convaincre, il me lance que la vocation journalistique, il faut l'avoir dans le sang. On l'a ou on ne l'a pas! C'est tout! Le journalisme naît du désir d'apprendre et de transmettre la connaissance. « Le journalisme d'aujourd'hui est contesté et contestable! », insiste-t-il.
« Et à l'heure de notre mort »
Cette question, il ne s'y attendait vraiment pas : « Lorsque tu vas mourir, qu'est-ce que tu veux que les gens retiennent de toi? » Ouf! Et le silence fut ... Il finit par répondre : « Quand je vais mourir, les seules choses que je veux que les gens retiennent sont les bons coups que j'ai faits. Les pires choses ... qu'ils s'en souviennent seulement afin de ne pas répéter les mêmes erreurs! [...] La chose que j'aime le plus entendre quand quelqu'un disparaît est ... qu'il repose en paix. Je pense que mon âme continuera à vivre dans la plénitude et la paix. Je ne suis pas un saint! J'aimerais juste que les gens disent de moi : Gaston était un bon gars! »
Merci, Gaston, de m'avoir touché l'âme!
(Revue Sainte-Anne, octobre 2000, p.391)
POLITIQUE: Le manque de convictions d’Éric Duhaime
Par Benoit Voyer
9 janvier 2026
Frédéric Poulin, ancien maire de Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues, ne sera pas candidat du Parti conservateur du Québec (PCQ) lors de l’élection générale de cet automne. En 2022, il était arrivé deuxième avec 23,41 % des voix. Quelle est la raison officielle de son désistement ? Il dit qu’à cause des nouvelles normes sur le bien-être animal, il doit consacrer un nombre d’heures accrues dans son entreprise agricole.
Si on va plus loin, l’ancien maire trouve qu’Éric Duhaime fait trop de compromis. En entrevue, il disait dernièrement : « Si tu veux marquer l’histoire et provoquer un vrai changement, ce n’est pas avec des compromis que tu vas le faire, c’est avec des convictions […] Je pense que je suis peut-être trop conservateur pour le Parti conservateur. »[1] À ses yeux, Éric Duhaime est en train de faire perdre au PCQ son identité propre.
Cette observation de Frédéric Poulin ressemble à des centaines d’autres que j’ai entendues ces trois dernières années chez les membres et anciens membres du PCQ : le Parti conservateur du Québec a bien changé. Ce n’est plus la formation politique que les Québécois ont connue lors du dernier grand scrutin en 2022. Plusieurs aimeraient retrouver à sa tête une personne aux allégeances plus de droite comme Danielle Smith, la dirigeante conservatrice de l’Alberta.
De plus, au fil de ses derniers congrès, les membres du PCQ ont voté des résolutions avec lesquelles Duhaime ne semble vraiment pas à l’aise. Il ne s’en cache même pas. Cela veut concrètement dire qu’il ne travaillera pas très fort pour celles-ci, préférant mettre de l’avant son propre programme.
Ne se reconnaissant plus dans ce qu’est devenu le parti pour qui ils ont voté en 2022, plusieurs dizaines de milliers de membres ont quitté le navire. Il ne reste plus qu’entre 5000 et 6000 membres en règle. La courbe est en continuelle baisse. En 2027, il se pourrait que je sois parmi les prochains à ne pas renouveler ma carte de membre.
Comme bien d’autres, je n’écoute et je ne lis presque plus les déclarations d’Éric Duhaime. Sur X, j’ai souvent l’impression qu’il écrit ses déclarations en direct de son lit, bien étendu sous ses couvertures. On dirait qu’il s’ennuie de son ancien métier de commentateur et qu’il oublie qu’il est le chef d’une formation politique et qu’il est le porte-parole d’une partie importante de l’électorat québécois de droite.
____________________
[1] Cf. José Soucy, « Élection générale 2026 : Frédéric Poulin ne sera pas candidat pour le PCQ », La Pilule rouge, 7 janvier 2026, https://pilulerouge.ca/election-generale-2026-frederic-poulin-ne-sera-pas-candidat-pour-le-pcq/
GÉNÉALOGIE: Anniversaire de décès de mon arrière-arrière-grand-mère
Par Benoit Voyer
9 janvier 2026
Le 10 janvier 1897 décède Soulanges Gagné (1820-1897), mon arrière-arrière-grand-mère. Elle est inhumée le 14 janvier 1897, sous son banc dans l’église de Saint-André de Kamouraska, auprès de Rémi Garneau, son défunt époux.
Dans la marge du registre paroissial, il est écrit : « Sept. 1. Marie des Anges Gagné dit Bellavance ». Juste à côté, on déclare : « Le quatorze janvier mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, nous soussigné prêtre, supérieur du collège de Sainte-Anne (..) révérend Ferdinand Garneau, curé de Saint-Roch-des-Aulnaies, fils de la défunte, avons inhumé dans l’église de cette paroisse le corps de dame Marie des Anges Gagné dit Bellavance, veuve de feu Rémi Garneau de cette paroisse, décédée en cette paroisse le dix du courant, âgée de soixante-dix-sept ans. Furent présents : Rémi Garneau, Achille Garneau, Pierre Médéric Garneau, médecin, Félix Garneau, fils de la défunte, les révérends (…) Claude Guy, George (Guy), Charles Bourque, et autres parents et amis dont plusieurs ont signé avec nous. » Suivent les signatures, souvent illisibles, mais on reconnaît « Curé de Ste-Louise », « Guy, ptre, curé de Ste-Hélène », « Ed. Roy, ptre », « Bourque, ptre, curé de St-Alexandre », « Arthur F. Dumais, diacre », « Achille Garneau », « Pierre Pelletier », « Ferd. Garneau, curé, ptre », « Francois Chénard », « Ludger Massé » et cela se termine avec « D. Pelletier, ptre, supérieur du collège de Ste-Anne ».
VISION CATHOLIQUE: Le plus grand est souvent celui qui est près de la porte
Par Benoit Voyer
9 janvier 2025
Jésus ne cesse d’étonner. En parlant de Dieu, il dit : « Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse » (Jn 3,30).
En repensant à ces paroles, il m’est venu celles de Christian Beaulieu. Dans son livre « Du vent plein les voiles », il écrit [1] : « Mais, me ferez-vous remarquer, Dieu est immensément grand ! Bien sûr, mais sa grandeur est celle de l’amour, puisqu’il n’est qu’amour. Parce qu’infiniment grand, il renonce à sa grandeur. […] Il est humble. […] s’effacer. Qui ne sait pas le faire ne sait pas aimer. Jésus ne s’est pas penché sur ses disciples, il s’est mis le plus bas qu’on peut être : à terre, à genoux ! »
On s’attend à ce que la personne la plus importante soit toujours en avant, bien en vue. Jésus enseigne le contraire. Dans les choses de l’âme, le plus grand est souvent celui qui est près de la porte, c’est-à-dire le plus effacé. C’était ainsi dans la plus grande partie de la vie de saint Alfred Bessette et dans celle du vénérable Pierre Goursat.
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[1] Christian Beaulieu, Du vent plein les voiles, Éditions Le Renouveau, 1984, p.54.
[1] Christian Beaulieu, Du vent plein les voiles, Éditions Le Renouveau, 1984, p.54.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Gilles Poirier, p.m.é
Expulsé du Soudan par les musulmans
Benoît Voyer
Le 7 août 1999, tard en soirée, le père Gilles Poirier, 57 ans, de la Société des prêtres des missions étrangères, descend de l'avion où l'a fait monter, quelques heures plus tôt, le gouvernement du Soudan afin de l'expulser de son pays. Dans les couloirs de l'aéroport de Dorval, il est calme malgré la grande souffrance intérieure que viennent de lui infliger les dirigeants soudanais qui cherchent à restreindre toutes les actions de l'Église catholique en terre soudanaise passée sous régime islamique, il y a quelques années. Son seul commentaire en descendant de l'avion fut : « C'est dégradant d'être manipulé comme ça, comme un criminel ! »
L'ordre de partir arrive le 17 juillet 1999. Pendant trois semaines, il tente tout – avec l'avocat du diocèse où il habite – pour connaître les raisons qui poussent le gouvernement à le foutre à la porte du pays, allant jusqu'à visiter les ministères un par un. Officiellement, il n'a jamais obtenu de réponse.
« Le motif, ils ne me l'ont jamais dit. J'ai été au ministère de l'Immigration et ils m'ont exigé de quitter le pays. J'ai demandé quelles étaient les raisons de mon expulsion. Ils m'ont dit : « Nous, on est sous des ordres que nous accomplissons. Nous ne savons pas les raisons. J'ai demandé où je pourrais aller m'informer. Ils m'ont envoyé à la Sécurité d'État du ministère des Affaires sociales qui inclut les affaires religieuses. C'est à ce moment qu'a commencé mon pèlerinage d'un bureau à l'autre. Cela n'a pas donné de résultats », a-t-il confié à la Revue Sainte Anne.
Le 7 août, il doit quitter sous peine d'emprisonnement.
Comme convenu, il se rend à l'immigration. Ce sont les fonctionnaires soudanais qui l'amènent à l'aéroport pour s'assurer qu'il est bien parti. Ce n'est qu'une fois à bord de l'avion qu'ils lui remettent son passeport.
« On ne m'a jamais dit les motifs, sauf que nous les savons à la longue ! Le gouvernement avait payé un informateur qui vivait dans notre communauté chrétienne. On lui a donné quelques sous en échange de renseignements… », ajoute le missionnaire qui aimerait bien retourner là-bas.
Dans ce coin du Soudan, les missionnaires catholiques ont des petits projets de développement. Les femmes y font notamment un petit commerce pour apporter un peu de pain à la maison parce que les salaires des maris ne sont pas suffisants pour les besoins de leurs familles.
Il poursuit : « Un nouveau projet que nous voulions établir voulait être un apport pour l'Église afin de permettre à un prêtre soudanais qui arrive pour nous remplacer d'avoir des possibilités financières pour continuer les œuvres. Nous avions des machines à moudre le grain dans un secteur, des restaurants dans deux secteurs et un petit magasin dans un autre coin. Un des hommes les plus engagés de l'Église locale ne payait pas ses engagements. Il n'amenait rien ! Avec le temps, on a dû sévir. Par esprit de vengeance, il m'a dénoncé au gouvernement sous de faux prétextes. »
Les gens du village connaissent cette histoire. C'est d'eux que les vraies raisons sont venues.
Habituellement, c'est le silence sur les situations d'expulsion dans ce pays, mais cette fois-ci ce ne fut pas le cas à cause des pressions de l'Église. Le lendemain du départ de Gilles Poirier, l'affaire faisait la manchette des journaux soudanais, à la surprise du gouvernement. Celui-ci a répondu aux journalistes que le religieux a semé la haine entre les chrétiens et les musulmans, qu'il a fait de la corruption en donnant beaucoup d'argent – surtout aux étudiants afin d'alimenter la haine – et qu'il a été expulsé de plusieurs pays. Rapidement, le gouvernement a nié cette déclaration : « Nous n'avons pas dit cela ! »
« On m'a confirmé, lors des derniers échanges, que je serais réintégré. Cependant, je ne projette pas retourner immédiatement parce qu'il y a trop de douleurs et de conflits dans la paroisse où j'étais. Je ne suis pas assuré que mon retour soit une bonne chose pour l'instant» , explique-t-il. Au moment de l'entrevue, il lorgnait du côté du Kenya où il y a beaucoup de déplacés de guerre qui viennent du Soudan. C'est là qu'il risque de se retrouver en septembre.
Gilles Poirier est entré dans la Société des prêtres des missions étrangères en 1964 et est devenu prêtre en 1969. Il a travaillé 16 ans en Argentine, cinq ans à la formation des jeunes missionnaires de sa communauté et neuf ans au Soudan. Son expulsion du 7 août 1999 restera à jamais gravée dans son âme comme une blessure qui ne se guérit pas.
Gilles Poirier, p.m.é
« C'est dégradant d'être manipulé comme ça, comme un criminel! »
Benoît Voyer
Le 7 août 1999, tard en soirée, le père Gilles Poirier, 57 ans, de la Société des prêtres des missions étrangères, descend de l'avion où l'a fait monter, quelques heures plus tôt, le gouvernement du Soudan afin de l'expulser de son pays. Dans les couloirs de l'aéroport de Dorval, il est calme malgré la grande souffrance intérieure que viennent de lui infliger les dirigeants soudanais qui cherchent à restreindre toutes les actions de l'Église catholique en terre soudanaise passée sous régime islamique, il y a quelques années. Son seul commentaire en descendant de l'avion fut : « C'est dégradant d'être manipulé comme ça, comme un criminel ! »
L'ordre de partir arrive le 17 juillet 1999. Pendant trois semaines, il tente tout – avec l'avocat du diocèse où il habite – pour connaître les raisons qui poussent le gouvernement à le foutre à la porte du pays, allant jusqu'à visiter les ministères un par un. Officiellement, il n'a jamais obtenu de réponse.
« Le motif, ils ne me l'ont jamais dit. J'ai été au ministère de l'Immigration et ils m'ont exigé de quitter le pays. J'ai demandé quelles étaient les raisons de mon expulsion. Ils m'ont dit : « Nous, on est sous des ordres que nous accomplissons. Nous ne savons pas les raisons. J'ai demandé où je pourrais aller m'informer. Ils m'ont envoyé à la Sécurité d'État du ministère des Affaires sociales qui inclut les affaires religieuses. C'est à ce moment qu'a commencé mon pèlerinage d'un bureau à l'autre. Cela n'a pas donné de résultats », a-t-il confié à la Revue Sainte Anne.
Le 7 août, il doit quitter sous peine d'emprisonnement.
Comme convenu, il se rend à l'immigration. Ce sont les fonctionnaires soudanais qui l'amènent à l'aéroport pour s'assurer qu'il est bien parti. Ce n'est qu'une fois à bord de l'avion qu'ils lui remettent son passeport.
« On ne m'a jamais dit les motifs, sauf que nous les savons à la longue ! Le gouvernement avait payé un informateur qui vivait dans notre communauté chrétienne. On lui a donné quelques sous en échange de renseignements… », ajoute le missionnaire qui aimerait bien retourner là-bas.
Dans ce coin du Soudan, les missionnaires catholiques ont des petits projets de développement. Les femmes y font notamment un petit commerce pour apporter un peu de pain à la maison parce que les salaires des maris ne sont pas suffisants pour les besoins de leurs familles.
Il poursuit : « Un nouveau projet que nous voulions établir voulait être un apport pour l'Église afin de permettre à un prêtre soudanais qui arrive pour nous remplacer d'avoir des possibilités financières pour continuer les œuvres. Nous avions des machines à moudre le grain dans un secteur, des restaurants dans deux secteurs et un petit magasin dans un autre coin. Un des hommes les plus engagés de l'Église locale ne payait pas ses engagements. Il n'amenait rien ! Avec le temps, on a dû sévir. Par esprit de vengeance, il m'a dénoncé au gouvernement sous de faux prétextes. »
Les gens du village connaissent cette histoire. C'est d'eux que les vraies raisons sont venues.
Habituellement, c'est le silence sur les situations d'expulsion dans ce pays, mais cette fois-ci ce ne fut pas le cas à cause des pressions de l'Église. Le lendemain du départ de Gilles Poirier, l'affaire faisait la manchette des journaux soudanais, à la surprise du gouvernement. Celui-ci a répondu aux journalistes que le religieux a semé la haine entre les chrétiens et les musulmans, qu'il a fait de la corruption en donnant beaucoup d'argent – surtout aux étudiants afin d'alimenter la haine – et qu'il a été expulsé de plusieurs pays. Rapidement, le gouvernement a nié cette déclaration : « Nous n'avons pas dit cela ! »
« On m'a confirmé, lors des derniers échanges, que je serais réintégré. Cependant, je ne projette pas retourner immédiatement parce qu'il y a trop de douleurs et de conflits dans la paroisse où j'étais. Je ne suis pas assuré que mon retour soit une bonne chose pour l'instant» , explique-t-il. Au moment de l'entrevue, il lorgnait du côté du Kenya où il y a beaucoup de déplacés de guerre qui viennent du Soudan. C'est là qu'il risque de se retrouver en septembre.
Gilles Poirier est entré dans la Société des prêtres des missions étrangères en 1964 et est devenu prêtre en 1969. Il a travaillé 16 ans en Argentine, cinq ans à la formation des jeunes missionnaires de sa communauté et neuf ans au Soudan. Son expulsion du 7 août 1999 restera à jamais gravée dans son âme comme une blessure qui ne se guérit pas.
(Revue Sainte Anne, Juillet-août 2000, page 295)
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