JEAN-PAUL REGIMBAL : Mettre de l'amour dans cette vie

Mettre de l’amour dans cette vie

Par Benoit Voyer

8 septembre 2026

A l’automne 1953, pendant que le Québec et la France chantent presqu’en chœur « le p’tit bonheur » de Félix Leclerc, chanson du bonheur qui passe, qu’on perd et qu’on regrette, le frère Jean-Paul Regimbal chante, à travers les hymnes sacrés, un bonheur enraciné dans l’amour de Dieu. Les deux parlent du bonheur, mais dans un registre bien différent. Chez Félix, il est fragile et profondément humain. Chez Jean-Paul, il devient une force spirituelle enracinée dans l’amour divin.

En décembre 1953, « Trinitas – la revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité »[1] publie pour la première fois un billet du jeune religieux. Dans cette édition, il écrit l’article « Une résolution bien gardée »[2], dans lequel il salue la nouvelle année 1954 et fait une brève introduction à la vie d’Anna-Maria Taïgi [3] (1769-1837), une laïque, membre du tiers-ordre trinitaire.

D’abord, il commence par saluer la nouvelle année 1954 : « Une année s’achève, une autre suivra… Le temps infailliblement se perd dans le temps et entraine avec lui tous les hommes vers la maison du Père dont la porte est celle du tombeau. Oh ! Ce que peut être une vie ?… Un échec formidable ou un admirable triomphe, succès ou désastre souvent renfermé dans la décision énergique d’un moment. À l’aurore de cette année, une résolution est à prendre, un choix à établir. Cette fois, pourquoi ne pas apporter une résolution ferme, constante, durable, héroïque même ? N’est-ce pas l’assurance d’une vie pleinement vécue ? »

Puis, il expose son intention de « stimuler » chez son lecteur l’adhésion à une vie chrétienne pleinement vécue : « Pour vous stimuler, bien cher lecteur, dans la poursuite de votre vrai bonheur, je vous exposerai, à chaque numéro de « Trinitas », non pas tant la vie chrétienne dans ses principes – la longueur des discours finit toujours par ennuyer – mais bien la vie chrétienne dans ses modèles… qui entrainent à l’action. Il y a quelque chose d’étrange dans nos vies ! … Voyez : Les églises sont peuplées de statues antiques et vénérables : figurines plus ou moins artistiques de moines, d’évêques, de religieuses, de vierges, de martyrs, de confesseurs. Avec tout cela, il devrait se rencontrer beaucoup de saints chez nous. Et pourtant qu’en est-il ? Sans nier la valeur authentique des exemples qu’ils nous ont laissés, je ne puis manquer de constater le faible dynamisme spirituel qu’ils insufflent actuellement dans les âmes et les cœurs de nos contemporains. On se contente de dire : « Tout cela était bel et bien au Moyen Âge… ça se concevait. Mais, aujourd’hui ? »

Ainsi, en 1954 et 1955, à travers la revue Trinitas, Jean-Paul de Jésus, comme on l’appelle en communauté, contribue à stimuler la dévotion à la bienheureuse Anna-Maria Taïgi (1769-1837) et à Jean-Baptiste de la Conception, un réformateur de l’Ordre de la très sainte Trinité (1561-1613) [4]. En 1954, il signe quatre articles sur la bienheureuse. Sa démarche historique tire souvent sur l’hagiographie. En février, il est question de sa petite enfance [5]. En mai, de ses fréquentations et de son mariage avec Domenico Taïgi [6]. En septembre, de la jeune mère [7]. Enfin, en novembre, de sa dévotion mariale [8]. En janvier 1955, il y va avec le texte « La tertiaire »[9] et, en mars, la suite de ce même article [10]. En juillet-août, il aborde la question de la mystique telle qu’elle a été [11].

Tous ses articles sur la bienheureuse laïque trinitaire sont finalement révisés et fusionnés au texte de sa pièce de théâtre présentée au Gesu. Le livre “Celle qui a vécu sa vie” paraît en 1955 aux Éditions Trinitas.

Dans sa conclusion, le frère Jean-Paul écrit une phrase-clef : « Ma richesse n’est pas de ce monde et ma vie s’épanouira dans un monde meilleur. Fils bien-aimé du Père, frère de Jésus-Christ, fidèle ami du Saint-Esprit, ne puis-je pas aspirer de toute mon âme à la sainteté ? Le maître m’y appelle : “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait“ »[12]. Cette conclusion éclaire aussi la démarche intérieure du jeune religieux. Les paroles qu’il prête à Anna-Maria semblent annoncer l’idéal qui guidera toute sa vie : « ne puis-je pas aspirer de toute mon âme à la sainteté ? Le maître m’y appelle… »

Pendant plus de 18 mois, soit de septembre 1956 au début de l’année 1958, la revue Trinitas ne parait qu’une seule fois. Jean-Paul, qui prend peu à peu le « lead de l’affaire », est bien occupé par la fin de ses études et par son ordination sacerdotale qui s’en vient.

Dans le numéro de 1957, il signe le premier d’une série d’articles sur le thème “La Trinité dans ma vie”. Il intitule son billet : “Un peu de bonheur dans votre vie”.[13] Dans son introduction, avant d’y aller d’un premier jet sur la Trinité, comme un grand romantique, il écrit : “Voulez-vous mettre un peu de bonheur dans votre vie ? Mettez-y de l’amour ! Quand on aime beaucoup, la vie devient un charme ! Mais, l’embêtement, c’est de trouver pour notre amour un objet assez beau, assez bon et assez stable pour n’avoir pas à recommencer sans cesse à aimer. Une suggestion, chers amis : aimez donc l’amour !”[14] En d’autres mots, il invite chacun à mettre de l’amour dans cette vie.

A la veille de son ordination sacerdotale, Jean-Paul Regimbal aurait pu écrire comme Eugène Prévost : « Avec le nom de Jésus sur les lèvres et son amour dans le cœur, les âmes ont goûté des joies ineffables jusque-là inconnues à la terre… »

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[1] La revue « Trinitas » deviendra « Trinité et vie » et « Trinité liberté ». Les trois revues seront successivement éditées de décembre 1953 jusqu’au milieu des années 1970. Pour ce qui est de Trinitas, la SHHY détient les copies de décembre 1953 (vol. 1 no 1) à mars-avril 1960 (vol. 5 no. 5). BANQ Montréal détiendrait une copie de 1958. Pour ce qui est de « Trinité et vie », la Bibliothèque du Séminaire de Saint-Hyacinthe détient l’édition de septembre-octobre 1965 (vol. 11, no 1). Les autres sont en recherche. Enfin, BANQ Montréal détient les copies de « Trinité et vie ».
[2] Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – Une résolution bien gardée », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 1 no. 1, décembre 1953 – janvier 1954, pp. 9 à 11 (SHHY – Fonds P049).
[3] Son vrai nom est Anna-Maria Gianetti. Elle épousera Domenico Taïgi, le 7 janvier 1790.
[4] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Fête le 14 février – Le bienheureux Jean-Baptiste de la Conception (1561-1613) », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 2 no 1, janvier-février 1955, pp. 15 et 16 (SHHY – Fonds P049).
[5] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – La petite Annette », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 1 no 2, février-mars 1954, pp. 10 et 11 (SHHY – Fonds P049).
[6] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – Les fiançailles d’une sainte », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 1 no 3, avril-mai 1954, pp. 10 et 11 (SHHY – Fonds P049).
[7] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – Une maman modèle », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 1 no 4, septembre-octobre 1954, pp. 6 et 7 (SHHY – Fonds P049).
[8] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – La dévotion mariale d’Anna-Maria », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 1 no 5, novembre-décembre 1954, pp. 6 et 7 (SHHY – Fonds P049).
[9] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – La tertiaire », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 2 no 1, janvier-février 1955, pp. 15 et 16 (SHHY – Fonds P049).
[10] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – La tertiaire (suite) », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 2 no 2, mars-avril 1955, pp. 15 et 16 (SHHY – Fonds P049).
[11] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – La mystique », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, vol. 2 no 3, juillet-août 1955, pp. 8 et 9 (SHHY – Fonds P049).
[12] Cf. Jean-Paul Regimbal. Celle qui a vécu sa vie, Éditions Trinitas, 1955. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/celle-qui-vecu-sa-vie-une-biographie.html 
[13] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La Trinité dans ma vie - Un peu de bonheur dans ma vie », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 1, 1957, pp. 5 à 7 (SHHY – Fonds P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/05/un-peu-de-bonheur-dans-ma-vie.html
[14] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La Trinité dans ma vie - Un peu de bonheur dans ma vie », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 1, 1957, pp. 5 à 7 (SHHY – Fonds P049). 
https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/05/un-peu-de-bonheur-dans-ma-vie.html