POLITIQUE : Sous le ciel bleu de Maurice Duplessis

Sous le ciel bleu de Maurice Duplessis

Par Benoit Voyer

6 septembre 2026

Dans la population québécoise, durant les derniers jours de la campagne électorale de 1936, les espoirs de renouveau étaient évidents. Partout, la foule était au rendez-vous pour entendre et acclamer Duplessis. L'histoire n'a jamais dit combien de « 10 cennes » il lui aurait fallu distribuer pour susciter une telle popularité.

Le 12 août, notamment, Maurice Duplessis et l’Union nationale réunissent plus de 30 000 personnes au stade de Montréal. Les propos du chef sont un échange de questions et de réponses avec la foule survoltée, concernant particulièrement des dénonciations du Parti libéral et de la vision de l’UN. Naturellement, les plaisanteries sont au rendez-vous.

Le lendemain, dans le journal La Patrie [1], on écrira que Duplessis « a tenu […] une des plus grandes assemblées politiques qui ne se soient jamais vues à Montréal et dans la province de Québec ».

Et puis, le 14 août, à Victoriaville, « devant une foule très considérable réunie dans la cour du Collège des Frères, le chef de l’Union Nationale prononce l’un des derniers discours de sa campagne électorale »[2], près de 20 000 partisans vont à sa rencontre.

C’est chez lui, à Trois-Rivières, qu’il termine sa tournée de la province. Il n’y avait pas mis les pieds durant la campagne électorale. Dans la plus grande ville de la Mauricie, durant les deux derniers rassemblements, il n’est plus question de « Monsieur Duplessis », mais simplement de « Maurice ». Les électeurs trifluviens sont fiers de lui. Pour eux, « leur homme » est une bouffée d’air frais. Il répond à leurs attentes. Il y a longtemps que la région souffre de l’aristocratie de la ville de Québec et de la monstruosité commerciale et de l’angoisse montréalaise. À leurs yeux, Maurice est un héros.

Ce jour où Maurice devient premier ministre du Québec
Le 17 août 1936 est une chaude journée d’été. Le ciel du Québec est bleu. Il n’est pas question ici de jeu de mots, car il n’y avait vraiment pas de nuages à l’horizon [3].

À Trois-Rivières, en ce jour d’élections au Québec, la photographie de Maurice est dans de nombreuses vitrines de la ville et les électeurs se dirigent en grand nombre aux urnes.

En soirée, Maurice Duplessis est chez sa sœur. Elle habite près de la cathédrale de l’Assomption, au centre-ville. Il attend les résultats…

Aujourd’hui, 76 candidats sont élus sous la bannière de l’Union Nationale (UN) avec 57,5% du vote populaire et 14 pour le Parti libéral du Québec (PLQ) avec 41%. Pour le Premier ministre sortant, Adélard Godbout, c’est un échec monumental. Il n’est même pas réélu dans la circonscription de L'Islet.

À Trois-Rivières, l’UN obtient 3113 votes de plus que Philippe Bigué du PLQ. Pourtant, en 1931, ils étaient nez à nez. Duplessis devient député avec seulement 41 votes de plus que lui.

Ce soir, la joie est sur toutes les lèvres. Le nouveau leader de la province ne tarde pas à exiger qu’on appose un scellé aux documents du Trésor public afin d’empêcher les libéraux de les détruire. Une enquête publique est demandée.

Catholique
Comme la majorité des Canadiens-Français, Maurice Duplessis est catholique. Malgré ses occupations, il se rend régulièrement à la messe.

Le jeune Gaston L’Heureux, qui habite la Colline parlementaire, en est le témoin. Lors d’un entretien pour la Revue Sainte-Anne [4], il me racontait : « J'habitais au coin Saint-Patrice et Saint-Augustin. Nous allions jouer à la cachette à l'Assemblée nationale. Les gardiens nous toléraient! J'allais aussi passer des heures à la bibliothèque du Parlement où il y avait une sympathique dame Bélanger qui me faisait lire « La Patrie », « Le Canada », et bien d'autres publications. Elle avait compris ma soif de tout connaître. » [De plus] « J'étais enfant de chœur à la basilique Notre-Dame de Québec. Le mercredi, Maurice Duplessis venait à la messe à la chapelle Saint-Joseph. Il me donnait toujours un pourboire : 0,10 $. Il disait que c'était pour mon père qui était organisateur pour le Parti libéral ! ».

Décès
À Schefferville, le 7 septembre 1959, à 0 h 05, un peu après minuit, décède Maurice Duplessis.

Le Premier ministre du Québec passe quelques jours en Haute-Côte-Nord en compagnie de membres de son caucus et de quelques hommes d’affaires. L’hémorragie cérébrale et la paralysie complète de son côté droit mettent fin à ce temps de repos.

À la suite du drame, tous partent, laissant autour du leader de l’Union nationale sa sœur, Jacques Bureau, son neveu, son trésorier, Horst Rosmus, le médecin qui veille sur lui, et le jeune père Marcel Champagne, oblat de Marie Immaculée.

Son corps est transporté à Québec où il sera exposé à l’Assemblée législative. 100 000 personnes iront lui rendre un dernier hommage.

Le service funèbre a lieu à la cathédrale de Trois-Rivières en présence de tous les membres du gouvernement provincial, de tous les évêques, de près de la moitié du gouvernement fédéral conduit par Diefenbaker et des milliers de Trifluviens. C’est Mgr Maurice Roy qui présidera la messe funèbre.

Maurice Duplessis sera inhumé dans le lot 73 du cimetière Saint-Louis, situé à l’angle du boul. des Forges et de la côte Laflèche. Il est enterré auprès de son père, le juge Nérée Le Noblet Duplessis, décédé le 23 juin 1926, et de sa mère Marie-Berthe Genest, morte le 26 juillet 1921.

Son monument funéraire est très sobre. Une pierre blanche, surmontée d'une grande croix, porte l'inscription latine O crux ave spes unica, c’est-à-dire « Salut, ô croix, notre unique espérance ».
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[1] « Montréal acclame Duplessis », La Patrie, 13 août 1936, pp. 2 et 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4325152
[2] « M. Maurice Duplessis s’est fait entendre hier à Victoriaville », Le Nouvelliste, 15 août 1936, pp. 3 et 13. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3281912
[3] Benoit Voyer. « Il y a 60 ans, Duplessis devenait premier ministre », L’Hebdo journal, 21 juillet 1996, p. 3. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/il-y-60-ans-duplessis-devenait-premier.html
[4] Benoit Voyer. « Gaston L'Heureux - « J'ai failli m'enlever la vie ... » », Revue Sainte Anne, octobre 2000, page 391. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/le-present-du-passe-gaston-lheureux.html