Par Benoit Voyer
9 septembre 2026
Dans son récit au style littéraire évangélique, Luc rapporte des paroles de Jésus qui ont une grande portée : « Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant,
car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme» (Lc 6, 20-26) .
Lorsque je lis un texte biblique, j’aime me transporter dans le récit par le biais de mon imagination. J’ai appris cette manière de faire en lisant et relisant les écrits de saint Josémaria Escriva. En guise d’exemple, dans une méditation sur la scène de l’annonciation, il écrit : « Toi, tu es dans cette maison tout ce que tu voudras : un ami, un serviteur, un curieux, un voisin… — Quant à moi, je n’ose pas être quoi que ce soit en ce moment. Caché derrière toi, je contemple la scène, ébloui. » C’est un peu l’exercice que j’ai fait avec ce récit raconté par Luc.
En commençant la lecture, j’ai été étonné par un détail : Jésus lève la tête et regarde ses élèves, ces « gars » et, probablement, ces femmes, même si les textes ne le disent pas explicitement. Si on lit bien, on dirait qu’il veut les encourager à persévérer, malgré leur fatigue.
Puis, on pourrait presque entendre Jésus dire : « Debout ! ».
Le maître n’aime pas voir ceux qui le suivent à genoux. J’ouvre une parenthèse : C’est ici une figure de style. Je veux être clair. Je ne veux pas dire que je suis contre le fait qu’on se mette à genoux pour prier. Je parle ici d’humiliation. À genoux est ici employé dans le sens de « courber l’échine », se soumettre, s’humilier devant quelqu’un, céder sous la pression, accepter une domination ou une humiliation, etc. Je referme la parenthèse.
J’écrivais donc que le maître n’aime pas voir ceux qui le suivent à genoux.
C’est comme s’il disait : « Relève la tête ! » Sois dans la joie, même lorsque tu traverses l’épreuve. Le bonheur est près de toi, il est à ta portée. Accueille-le, laisse-le grandir en toi. Tu découvriras peut-être qu’il était déjà là, caché au plus profond de toi, attendant que le « règne de Dieu » le fasse éclore. N’est-ce pas saint Augustin qui écrivait : « Tu étais au-dedans de moi, et moi j’étais au-dehors » (Confessions, X, 27) ?
En d’autres mots, pour reprendre une réflexion de Christian Beaulieu : « On veut éviter le vide : pourtant on devrait le traverser. Une épreuve ne se contourne pas, elle se traverse. On ne sort pas d'une souffrance en la neutralisant, mais en la vivant. On ne guérit pas une blessure en l'oubliant, mais en l'ouvrant et en la vidant. »[1]
Malgré les défis de l’existence, Jésus nous redit que le bonheur n’est jamais bien loin. Allons, debout !
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[1] Christian Beaulieu. Du vent plein les voiles, Éditions du Renouveau, 1984.






