RÉFLEXION SPIRITUELLE : L’humilité du guide chrétien
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
Le véritable guide chrétien demeure lui-même disciple. Il est humble. Il ne conduit pas les autres vers lui, mais vers le Christ.
N’est-ce pas un peu ce que Jésus disait ? Dans son évangile, Luc écrit : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître » (extrait de Lc 6, 39-42). Luc transforme le propos en question pour interpeller son lecteur. C’est très habile. Ces paroles de Jésus se retrouvent également chez Matthieu, un autre évangile canonique.
Si on ose sortir de sa zone de confort, on trouve également dans l’évangile de Thomas, une sorte de recueil de paroles attribuées à Jésus : « Tu vois la paille qui est dans l'œil de ton frère, mais la poutre qui est dans ton œil, tu ne la vois pas… » (logion 34).
Aujourd’hui, nous sommes invités à regarder quelle sorte de guide nous sommes pour les autres.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Se donner sans demi-mesure
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
Jean-Paul Regimbal est un homme énergique. C’est un être entier. Chez lui, il n’y a pas de demi-mesure. Dans tout ce qu’il fait, il se donne corps et âme.[1]
En 1962, tout en poursuivant ses études universitaires à la maîtrise, il commence à s’impliquer dans le milieu carcéral.
En 1963, il est un des conférenciers du Centre catholique de l’Université d’Ottawa qui offre aux communautés religieuses un service de bandes magnétiques sur lesquelles sont enregistrées des conférences pour retraites, récollections ou causeries hebdomadaires, selon le cas. Ce service sert à suppléer à la difficulté de trouver des prêtres aumôniers et conférenciers. La série du Trinitaire porte sur le « mystère de la Trinité » sous le thème « Vers le Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit », série qu’il a commencé à développer dans les pages de Trinitas.
En juillet, il prend quelques jours de vacances aux États-Unis. Mais avec Jean-Paul, ces périodes de repos ne veulent pas dire ne rien faire. Au contraire, c’est l’occasion de faire autre chose.
Le « sept du sept », des chiffres chargés de symbolisme parce qu’il évoque la perfection, il rencontre le père Dismas Clark, un jésuite qui a fondé et dirige les maisons d’accueil « Dismas House » pour les ex-détenus. Dans la revue Trinité et Vie, nouveau nom de Trinitas, il y fera un compte rendu [2].
« C’était le 7 juillet 1963, à St. Louis, Missouri. Je revenais d’un voyage à la prison-modèle de Marion, Illinois, en compagnie de R.P. Yves, aumônier à la prison des femmes, rue Fullum à Montréal. Le P. Clark nous avait fixé un rendez-vous à 8 :30 p.m. et nous reçut tous deux avec un fraternel intérêt.
Il semblait épuisé et la mort se lisait déjà sur son visage. Sa parole hésitante, son geste lent, son attitude prostrée, nous déçurent beaucoup au premier abord. Mais en moins de cinq minutes, il avait réussi à dissiper ce nuage de déception par la clarté de sa pensée, la noblesse de son idéal et le mordant de son expérience.
Je ne crains pas de le dire, le père Clark est un révolté! Mais sa révolte est féconde. Ce n’est pas une révolte anti-sociale, ou anti-chrétienne. C’est une révolte anti-façade, anti-conformiste. C’est une révolte d’ « engagé », qui ne peut supporter le masque du pharisaïsme des « faux-chrétiens ». C’est une révolte évangélique contre le sort fait aux humains par d’autres humains qui se disent « chrétiens ».
Pour donner une idée de l’homme, il suffit d’examiner son style. Une question a réussi à mettre sa pensée à découvert :
- « Mon père, comment faites-vous pour financer vos œuvres?
-C’est bien simple, dit-il, je m’adresse à ceux qui ont vraiment compris l’Évangile : les Juifs et les athées! Environ 80 % des dépenses sont assumées par les Juifs et l’autre 20% par les athées. La différence est couverte par les œuvres de charité du diocèse de St. Louis.
-Qui vous aide le plus à réaliser votre idéal de secourir les ex-détenus?
-C’est vraiment l’évêque! Oui, l’évêque anglican de St. Louis qui m’a envoyé un séminariste en vue de le former aux œuvres d’assistance.
-Qui sont vos meilleurs amis, ceux qui vous secondent le plus dans ce travail épuisant?
-Les policiers viennent de l’abattre avec une balle dans la tête, malheureusement! Mais il me reste encore James Hoffa, qui est pour moi un vrai frère. Puis à bien y penser, il y a le cardinal Ritter, archevêque de St. Louis!
La pensée du P. Clark, on le constate, n’a rien de très « orthodoxe », mais elle est un écho fidèle de l’Évangile. Dans le royaume de Dieu, les petits et les courtisanes vous précéderont à grands pas.
Le P. Clark a compris d’une façon dynamique et personnelle la doctrine du Corps mystique et, d’instinct, il s’est porté au secours des membres souffrants du Corps du Christ. « Tout ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » - « J’étais nu et vous m’avez vêtu; J’étais malade et vous m’avez soigné; Assoiffé et vous m’avez donné à boire; Affamé et vous m’avez nourri; EN prison et vous m’avez visité! … »
Ce remarquable apôtre des ex-prisonniers, mieux connu sous le nom de « prêtre-voyou » (Hoodlum Priest), est né à Decatur, Illinois (E.U.), le 23 décembre 1901, de parents irlandais. Il compte sept frères et cinq sœurs. Il reçut sa formation académique à l’Université St. Louis et sa formation sacerdotale au Séminaire St. Mary’s (Kansas). Il s’est particulièrement signalé dans la lutte contre la peine capitale et s’est dépensé corps et âme auprès de criminels américains depuis 1936. Il fonda en 1959, son premier centre de réhabilitation connu sous le nom de « Dismas House » et son rayonnement est assuré aujourd’hui par 5 autres maisons du genre, dont les deux plus considérables sont à Chicago et à Toronto.
C’est le 15 août, en la fête de l’Assomption de la Vierge, que le R.P. Clark est mort après deux semaines d’hospitalisation.
L’homme a disparu et c’est une perte pour toute l’humanité, car son cœur et son esprit sont de ceux qu’on retrouve une fois par cent ans… Et encore! Cependant, sa pensée survit dans ses œuvres et la doctrine évangélique qui l’a éclairé dans sa doctrine devrait continuer à guider tous ceux qui œuvrent dans le champ de la réhabilitation sociale.
Pour le P. Clark, l’ex-détenu est un homme destiné au bonheur éternel et ses erreurs passées lui donnent droit, plus qu’aux autres, à la rédemption du Christ : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs ». Depuis l’avènement du Christ, tous les hommes sont liés entre eux par un nouveau lien : en plus de participer à la même nature humaine, ils sont tous appelés à la même vie divine. Si nous sommes frères dans le Christ, le prisonnier est donc mon frère, un frère dans le plus grand besoin. Il veut simplement sa part d’amour fraternel et sa part d’héritage! Un frère peut-il refuser cela à son frère? »
Cette rencontre a visiblement marqué Jean-Paul.
À Rome
Les 30 septembre, 1er et 2 octobre 1963, Jean-Paul Regimbal participe à des journées d’études organisées par le Secrétariat international pour l’apostolat trinitaire à Rome, qui regroupent les responsables nationaux d’Italie, d’Espagne, des États-Unis et du Canada. L’événement est organisé à l’occasion de la grande fête du 750e anniversaire du décès de Jean de Matha. Il s’agit de son premier voyage dans la ville éternelle.[3]
Il est accompagné de son supérieur provincial, le père Herman Coutu (en religion Rodrigue de Saint-Pierre).
Jean-Paul Regimbal y donne une conférence sur l’introduction de la très sainte Trinité dans les foyers.
Puis, du 3 au 6 octobre 1963, les deux Canadiens participent aux fêtes commémoratives officielles à Rome. Des instants féconds pour Jean-Paul et son Ordre.
Durant ces jours dans la ville de Pierre, Jean-Paul Regimbal a peut-être redit dans sa prière ces paroles de Jean de Matha : « Je suis tout à vous, ô mon Dieu, que voulez que je fasse ? […] Qui me donnera des ailes de colombe pour voler dans le désert et pour me reposer dans la solitude? »[4]
____________________
[1] Dans ses mémoires, le père Armand Gagné (« Il était une foi », p. 137. SHHY P049) décrit Jean-Paul Regimbal en ces mots : « Dans tout ce qu’il faisait, il se donnait corps et âme. Comme il souffrait d’asthme chronique, il devait faire attention à lui. Mais il était tellement généreux de son temps et enthousiaste qu’il finissait toujours par dépasser ses forces. »
[2] Jean-Paul Regimbal. « Rencontre avec le père Dismas Clarck, s.j. », Trinité et vie, septembre-octobre 1963.
[3] C’est ce que m’a déjà affirmé un trinitaire à la fin des années 1990. Cette information repose donc sur mon souvenir personnel.
[4] Cité dans : « Jean de Matha un fondateur d’avant-garde », Éditions Anthème Fayard, Paris, 1960.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Au service funéraire du père Jean-Paul Régimbal
Au service funéraire du père Jean-Paul Régimbal
Par Daniel Paquette
GRANBY — Plusieurs centaines de fidèles se sont pressés dans l'église Sainte-Famille de Granby, hier après-midi, pour assister aux funérailles du père Jean-Paul Régimbal. Dans les jubés, sur le parterre, dans les allées, la ferveur se lisait sur tous les visages.
Dans son homélie, Mgr Louis Langevin, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, a rassuré les charismatiques sur l'avenir de leur mouvement, contesté par certains évêques, en affirmant clairement que « le Renouveau charismatique doit continuer », ce qui a eu l'heur de plaire aux disciples du mouvement.
D'ailleurs, en début d'office, plusieurs personnes ayant travaillé aux côtés du père Régimbal, aux Centres Paul VI et à l'Eau Vive, par exemple, ont offert un moment de prière pour que les deux œuvres se poursuivent au-delà de sa vie.
Le père Jean-Paul Régimbal, grand évangélisateur, avait ses propres limites, a noté Mgr Louis Langevin, pour désamorcer les tensions existant avec les détracteurs du Renouveau charismatique. Il a aussi rappelé l'importance de recouvrer l'Esprit Saint dans la vie des hommes, le fondement de la charité qu'a toujours pratiquée le père trinitaire.
Étonnamment, la messe s'est déroulée sobrement. Pas de bras levés vers le ciel, pas de prière spontanée, pas de chant en langues, pas d'imposition des mains; toutes ces manifestations extérieures habituelles aux charismatiques ont fait place à des larmes discrètes et à une participation intense aux chants et à la liturgie mortuaire.
À la sortie du cercueil de l'église, la foule a applaudi, quoique brièvement, le père Régimbal en hommage à son œuvre.
Une bonne centaine de disciples sont venus toucher de la main le cercueil pour y prier et se recueillir avant que celui-ci soit poussé à l'intérieur du corbillard. Pendant ce temps, au loin, les cloches de l'église Notre-Dame, la paroisse voisine, volaient dans le ciel de Granby.
La famille du défunt occupait quatre rangées de bancs derrière les Pères trinitaires et plusieurs curés de paroisses de la région avaient revêtu l'aube. De plus, de nombreuses personnalités assistaient à la messe funéraire, dont MM. Jean Lapierre et Roger Paré, députés fédéral et provincial de Shefford, ainsi que MM. Mario Girard et Horace Boivin, respectivement maire et directeur des relations publiques de Granby.
La dépouille mortelle a été conduite à Saint-Bruno où elle fut inhumée dans le cimetière des Pères trinitaires. Ceux-ci n'ont eu accès au cimetière qu'à compter de midi, soit quelques heures avant l'inhumation, à cause de l'incendie de l'entrepôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand.
(La Voix de l'Est, 13 septembre 1988, p. 3)
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