Par Benoit Voyer
10 septembre 2026
Le Québec est en campagne électorale. Le 5 octobre, la population est invitée à voter pour un candidat ou une formation politique. Nous sommes à l’heure des choix.
Les sondages laissent croire que le Parti québécois dirigé par Paul Saint-Pierre Plamondon pourrait diriger le prochain gouvernement. Si cela se réalise, les Québécois seraient de nouveau appelés aux urnes au cours du prochain mandat afin de répondre à la question : Voulez-vous que le Québec devienne un pays? Oui ou non? La tenue d’un référendum sur l’indépendance constitue un engagement du Parti québécois.
En ce moment, mon propos n’est pas politique. Bien que je ne sois pas bien chaud à l’idée d’une autre campagne référendaire, je ne suis pas contre une consultation populaire. Pour moi, la démocratie est un principe sacré.
Ces dernières heures, je relisais le document « Le peuple québécois et son avenir politique »[1] publié le 15 août 1979 par les évêques catholiques du Québec en prévision du référendum de 1980.
Les évêques ne prennent pas parti. Ils adopteront d’ailleurs la même attitude en 1995. Il n’est pas question pour eux de déterminer qu’elle option est ou non moralement acceptable. La foi chrétienne ne détermine pas le choix constitutionnel ou partisan d’un peuple. Autrement dit, l’Évangile ne dit rien à ce sujet. En revanche, il interpelle chacun sur la réflexion à faire avant d’aller voter.
Dans mes souvenirs
En 1995, dans un entretien qu’il m’accordait pour la Revue Notre-Dame du Cap [2], l’évêque de Saint-Jean-Longueuil, Mgr Bernard Hubert, me disait : « On est bien conscient que ça doit relever de la démocratie et des choix de la population ».
Il reprend ainsi une déclaration épiscopale de 1972 : «Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif »[3].
Au cours de l’entretien, Mgr Hubert m’a retracé l’historique des déclarations faites depuis 1967 par les évêques qui ont toujours affirmé, depuis ce temps, qu’il y a deux groupes fondateurs distincts au Canada : «Les évêques ont été conscients du fait que le Québec constitue une communauté ayant son unité, son individualité et son génie propre et qu’il possède, à ces titres, un droit inaliénable et indiscutable à l’existence et à l’épanouissement.»
Parlait-on déjà parler d’une forme de société distincte? Mgr Hubert me répondait to de go : «On n’utilisait pas ce terme, mais une société qui avait, à cause de sa concentration francophone, un rôle particulier». Il estimait que le choix des individus devait s’exprimer clairement au moment du référendum.
Respecter l’adversaire
La déclaration des évêques québécois insistait fortement sur le respect. Il est possible de vivre ensemble collectivement sans avoir la même vision politique pour l’avenir du Québec. Il appartient à chacun de respecter « l’adversaire politique » et de chercher sans cesse un climat capable de clarifier, sinon de rapprocher les positions. Le désaccord ne justifie ni le rejet ni le mépris de l’adversaire.
Bien entendu, les conflits sont inévitables. Les évêques insistaient : « Le chrétien […] s’appliquera à les rendre positifs et féconds, en particulier par un effort soutenu pour qu’ils se vivent dans le respect des autres ». En tête des priorités de la discussion, on doit garder « la dignité des personnes », même lorsque « divergent les opinions et les intérêts ».
Ainsi donc, on peut avoir un « adversaire », être profondément en désaccord avec lui et combattre ses idées, tout en refusant de cesser de l’aimer et de le respecter. Le chrétien est appelé à dépasser son intérêt personnel et son égoïsme et, malgré tout, rechercher la fraternité et la solidarité.
En repensant à tout cela, me sont revenus à l’esprit ces propos du frère Marie-Victorin dans une lettre adressée à Marcelle Gauvreau le 21 juin 1937 : « Comme vous le dites, dans le domaine de la charité en paroles, l’exemple est la meilleure prédication. Dites du bien de ceux que l’on attaque quand cela est possible ».[4]
Et ces paroles de Jésus : « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient » (extrait de Lc 6, 27-35).
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[1] Assemblée des évêques catholiques du Québec. « Le peuple québécois et son avenir politique » message du 15 août 1979.
[2] Benoit Voyer. « L’Église et la politique – Le choix d’un peuple », Revue Notre-Dame du Cap, avril 1995, pp. 11 à 13.
[3] « Les évêques canadiens et la vie politique du Canada », L’Action-Québec, 27 avril 1972, p. 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3490324
[4] Frère Marie-Victorin. « Lettres sur la sexualité humaine », Boréal, 2024.




