Enfant, Jean-Paul Régimbal jouait à dire la messe le samedi
Par Daniel Paquette
GRANBY — Un enfant frêle mais fonceur, un génie musical et un missionnaire dans l'âme, le jeune Jean-Paul Régimbal n'est pas si différent du père trinitaire qu'il deviendra vers sa dix-septième année, témoignent ses frères Raymond et Louis-Joseph ainsi que sa sœur Jacqueline.
« D'aussi loin que je me souvienne, Jean-Paul jouait à dire la messe tous les matins pendant les vacances d'été », raconte Louis-Joseph, le cadet de la famille. Jacqueline, sa première servante de messe et cadette de deux ans, ajoute qu'enfant, il revêtait ses aubes et consacrait « la piquette du père ».
Pianiste de talent, il adorait également chanter. À dix ans, il compose sa première pièce musicale et, à douze ans, sa première messe à quatre voix, qu'il enregistre sur disque pour sa mère grâce à la participation du poste de radio de North Bay où il habite.
« Jean-Paul n'était pas un sportif à cause de son asthme. Il occupait son temps à d'autres activités », explique Raymond. Les deux enfants partent avec les Chanteurs Céciliens en tournée dans le nord-ouest de l'Ontario.
Les samedis après-midi, à son initiative, Jean-Paul entraîne son frère et l'amène visiter les personnes âgées du centre d'accueil situé près de la maison paternelle. « Pour moi, c'était un sacrifice, mais lui s'en faisait une joie », commente ce plus-que-frère, son ami.
Cette vocation d'entraide, de missionnariat, il la découvre vraiment vers l'âge de douze ans alors qu'il visite la prison de Cochrane. « Un prisonnier lui a demandé d'aller lui chercher un journal. Il a été vraiment impressionné de voir qu'il pouvait aider des gens à ce point. Il en a parlé longtemps, disant qu'il voulait œuvrer auprès des prisonniers », poursuit Raymond.
S'il aimait les « bonnes farces » et les jeux de mots, il adorait citer la Bible autour de la table. « Excédé par cette manie, un de mes frères lui demande : "Que feras-tu si je te frappe une joue?", raconte Raymond, fouillant dans ses souvenirs. Et mon Jean-Paul de répondre qu'il tendra l'autre joue. Alors mon frère l'a tapé et Jean-Paul lui a tendu l'autre joue, que mon frère a claquée sans hésitation. D'un bond, Jean-Paul lui a foutu son poing sur la mâchoire... »
Le jeune Jean-Paul entre au collège du Sacré-Cœur de Sudbury où son frère aîné, Albert, est déjà reçu chez les Jésuites. Fonceur et agissant toujours par conviction, il touche l'orgue et s'implique dans les diverses activités étudiantes.
Un jour, sa mère, veuve depuis quelques années, parcourt les 80 milles de North Bay à Sudbury pour visiter ses fils. Mais ce n'était pas jour de visite et madame Régimbal dut retourner bredouille, laissant un message et un paquet pour les fistons. « Il n'avait pas froid aux yeux. En apprenant que les pères avaient empêché maman de nous voir, Jean-Paul, fâché, a investi le bureau du directeur pour s'insurger contre de telles pratiques, signifiant qu'il n'est pas charitable d'avoir si peu de considérations pour les parents », se souvient Raymond, les yeux légèrement voilés.
À 17 ans, il choisit définitivement de vêtir l'aube et opte pour les Pères trinitaires, malgré l'insistance des Jésuites pour le garder.
Plus tard, lorsqu'il initie le Renouveau charismatique, l'unité familiale est troublée, tous les membres n'étant pas d'accord avec la vision du père Jean-Paul.
Toutefois, frères et sœurs s'entendent pour louer son engagement total dans la foi, ses relations humaines et sa mission.
« Il a touché bien des cœurs; on sent les flammes qu'il a allumées », conclut Louis-Joseph.
(La Voix de l'Est, 13 septembre 1988, p. 3)