RÉFLEXION SPIRITUELLE : Les fruits féconds de l’arbre

Les fruits féconds de l’arbre

Par Benoit Voyer

12 septembre 2026

Chacun de nous est appelé à devenir un bon arbre qui porte des fruits féconds. Comme le disait Jésus : « Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri » et « chaque arbre […] se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces. » Ainsi, « l’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 43-45).

Ces paroles sont particulièrement intéressantes.

On affirme que la foi et l’authenticité de la vie chrétienne ne se mesurent pas d’abord aux manifestations extraordinaires, aux paroles ou à l’image religieuse qu’une personne donne d’elle-même. Elle se reconnaît aux fruits d’amour qu’elle produit.

Puis, Jésus déplace le regard vers l’intérieur. Le fruit révèle l’arbre. La parole révèle quelque chose du cœur.

Enfin, entendre l’appel de Jésus ne suffit pas ; il faut mettre en pratique ce qu’il dit. C’est un peu pour cela que Jésus s’insurge : « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur ! Seigneur ! » et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Lc 6, 46).

Ici, c’est Jésus qui prie la personne humaine de se mettre en action. Comme l’écrivait Jean Ravary [1] : « Il faut […] prendre le risque de la foi. À force d’être prudent, on en vient parfois à éteindre l’Esprit. »

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[1] Jean Ravary. J’ose le dire, Les Éditions populaires du Québec, 1988.

JEAN-PAUL REGIMBAL : En prison

En prison

Par Benoit Voyer

12 septembre 2026

Ses études en criminologie terminées, le père Jean-Paul Regimbal devient aumônier à la prison pour hommes de Montréal (Bordeaux) [1] et à Mont Saint-Antoine auprès des jeunes [2]. D’ailleurs, son mémoire de maîtrise, publié en 1964, porte le titre : « Programme de la délinquance juvénile ».

Dans ces centres, il renouvelle la pastorale et organise des cours spécialisés pour le service des prisonniers et des jeunes délinquants.

Jean-Paul est aussi aumônier des prisons du Canada. Il se fait l’ardent défenseur de la suppression de la peine de mort. Son influence est grande dans le milieu carcéral.

Il ne chôme pas.

Pour donner plus de poids à sa pastorale, il fait appel à la psychologie, à la psychiatrie et à la sociologie. Plus le temps passe, moins la Parole de Dieu prend de l’importance dans son travail.

En 1981, il racontera : « Le corps est profondément secoué dans son évolution et son équilibre chaque fois qu’une passion vient perturber le métabolisme de son organisme. À titre d’exemple, il m’est arrivé comme criminologue de procéder à des autopsies. J’ai vu des cœurs, qui étaient noirs comme le charbon. Ces pauvres gens avaient tellement vécu dans la haine qu’au moment de respirer, ils ne parvenaient pas à se libérer du gaz carbonique. Ou encore, j'ai vu des personnes qui avaient la rate et la vésicule dures comme de la pierre. La haine et la colère peuvent tuer un homme! »[3]

En 1969, il dressera un bilan sombre de ses années de travail en milieu carcéral : « 10 ans de travail dans les prisons du Québec m’avaient fait voir la puissance de Dieu dans les cœurs et l’impuissance de mon ministère sacerdotal. Je travaillais dur et, pourtant, je trouvais que les conversions ne correspondaient pas aux efforts multiples que je déployais pour rejoindre cette population carcérale »[4].

En plus de l’asthme qui ne le lâche pas, il est visiblement dans une crise de vie. À 38 ans, il est psychologiquement dans un processus de remise en question avant d’amorcer la quarantaine. Quand on a la foi, on appelle cela un désert spirituel. On peut voir ici un rapprochement spirituel et symbolique entre la crise, la croix et la croissance.

De quoi seront faites ses prochaines années ? Le sait-il lui-même ?

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[1] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[2] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[3] Jean-Paul Regimbal. La Révolution de l’amour, Éditions internationales Alain Stanké Ltée, 1981, pp. 17 à 49. Livre conservé à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, à Granby (P049) et chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 248.83 R335R 1981)
[4] Propos tiré d’une conférence donnée en 1980 à des gens d’affaires réunis à Montréal a l’occasion d’un souper du regroupement ACTE. Cf. Benoit Voyer. « Le Renouveau charismatique... 25 ans déjà ! », Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 20 et 21.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Enfant, Jean-Paul Régimbal jouait à dire la messe le samedi

Enfant, Jean-Paul Régimbal jouait à dire la messe le samedi

Par Daniel Paquette


GRANBY — Un enfant frêle mais fonceur, un génie musical et un missionnaire dans l'âme, le jeune Jean-Paul Régimbal n'est pas si différent du père trinitaire qu'il deviendra vers sa dix-septième année, témoignent ses frères Raymond et Louis-Joseph ainsi que sa sœur Jacqueline.

« D'aussi loin que je me souvienne, Jean-Paul jouait à dire la messe tous les matins pendant les vacances d'été », raconte Louis-Joseph, le cadet de la famille. Jacqueline, sa première servante de messe et cadette de deux ans, ajoute qu'enfant, il revêtait ses aubes et consacrait « la piquette du père ».

Pianiste de talent, il adorait également chanter. À dix ans, il compose sa première pièce musicale et, à douze ans, sa première messe à quatre voix, qu'il enregistre sur disque pour sa mère grâce à la participation du poste de radio de North Bay où il habite.

« Jean-Paul n'était pas un sportif à cause de son asthme. Il occupait son temps à d'autres activités », explique Raymond. Les deux enfants partent avec les Chanteurs Céciliens en tournée dans le nord-ouest de l'Ontario.

Les samedis après-midi, à son initiative, Jean-Paul entraîne son frère et l'amène visiter les personnes âgées du centre d'accueil situé près de la maison paternelle. « Pour moi, c'était un sacrifice, mais lui s'en faisait une joie », commente ce plus-que-frère, son ami.

Cette vocation d'entraide, de missionnariat, il la découvre vraiment vers l'âge de douze ans alors qu'il visite la prison de Cochrane. « Un prisonnier lui a demandé d'aller lui chercher un journal. Il a été vraiment impressionné de voir qu'il pouvait aider des gens à ce point. Il en a parlé longtemps, disant qu'il voulait œuvrer auprès des prisonniers », poursuit Raymond.

S'il aimait les « bonnes farces » et les jeux de mots, il adorait citer la Bible autour de la table. « Excédé par cette manie, un de mes frères lui demande : "Que feras-tu si je te frappe une joue?", raconte Raymond, fouillant dans ses souvenirs. Et mon Jean-Paul de répondre qu'il tendra l'autre joue. Alors mon frère l'a tapé et Jean-Paul lui a tendu l'autre joue, que mon frère a claquée sans hésitation. D'un bond, Jean-Paul lui a foutu son poing sur la mâchoire... »

Le jeune Jean-Paul entre au collège du Sacré-Cœur de Sudbury où son frère aîné, Albert, est déjà reçu chez les Jésuites. Fonceur et agissant toujours par conviction, il touche l'orgue et s'implique dans les diverses activités étudiantes.

Un jour, sa mère, veuve depuis quelques années, parcourt les 80 milles de North Bay à Sudbury pour visiter ses fils. Mais ce n'était pas jour de visite et madame Régimbal dut retourner bredouille, laissant un message et un paquet pour les fistons. « Il n'avait pas froid aux yeux. En apprenant que les pères avaient empêché maman de nous voir, Jean-Paul, fâché, a investi le bureau du directeur pour s'insurger contre de telles pratiques, signifiant qu'il n'est pas charitable d'avoir si peu de considérations pour les parents », se souvient Raymond, les yeux légèrement voilés.

À 17 ans, il choisit définitivement de vêtir l'aube et opte pour les Pères trinitaires, malgré l'insistance des Jésuites pour le garder.

Plus tard, lorsqu'il initie le Renouveau charismatique, l'unité familiale est troublée, tous les membres n'étant pas d'accord avec la vision du père Jean-Paul.

Toutefois, frères et sœurs s'entendent pour louer son engagement total dans la foi, ses relations humaines et sa mission.

« Il a touché bien des cœurs; on sent les flammes qu'il a allumées », conclut Louis-Joseph.

(La Voix de l'Est, 13 septembre 1988, p. 3)