RÉFLEXION SPIRITUELLE : Existe-t-il une manière chrétienne de faire de la politique ?

Existe-t-il une manière chrétienne de faire de la politique ?

Par Benoît Voyer

22 septembre 2026

Le chrétien engagé en politique ne doit pas se croire supérieur aux autres. Bien au contraire, il doit respecter ceux qui ne partagent pas ses opinions et même admettre que leurs idées peuvent être meilleures que les siennes.

C’est en ces termes que Claude Ryan, ancien chef du Parti libéral du Québec, répondait à la question : Est-ce qu’il y a une manière chrétienne de faire de la politique? Il s’agit d’idées qu’il partageait, le 16 février 1997, dans une conférence qu’il donnait à la basilique-cathédrale Notre-Dame, à Québec.

Il n’y allait pas par quatre chemins : le christianisme doit être reconnaissable dans la manière d’agir du politicien, pas uniquement dans les convictions professées. En ce sens, il doit se méfier de ses ambitions personnelles et des « illusions messianiques » que peut susciter le pouvoir politique.

Concrètement, il disait : « Le chrétien qui s'engage en politique doit le faire à son titre de citoyen, avec une humilité de bon aloi, sans aucune pensée de supériorité ou d'infériorité envers quiconque. Il doit être conscient que, personnellement, il est l'égal — sans plus — des autres personnes qui partagent le même engagement, quelle que soit leur allégeance religieuse. Il doit en conséquence aborder son travail avec une attitude fondamentale de respect envers les personnes qui ne partagent pas ses opinions et en admettant a priori qu'il peut arriver que leurs idées soient meilleures que les siennes. Il doit aussi s'employer à bien comprendre l'objet et les enjeux de la politique, les limites inhérentes à ce mode d'action et les conditionnements concrets qui en règlent l'exercice en démocratie. La personne bien avertie de ces choses sera mieux prémunie contre ses propres ambitions et aussi contre certaines illusions messianiques trop souvent véhiculées par les milieux politiques. »

Il ajoutait : « il est impossible de traiter des partis politiques sans parler aussi de l'enjeu suprême de leur action, qui est le pouvoir. Celui-ci fascine l'imagination. On se le représente volontiers comme synonyme de puissance illimitée et de domination. Or, la réalité concrète du pouvoir invite bien davantage à la prudence et à l'humilité qu'à l'orgueil ou à la vanité. »

En revanche, Claude Ryan va encore plus loin. Certaines exigences évangéliques doivent devenir des comportements concrets. Il en donnait une liste précise : la soif de la justice, le respect de la vérité, le souci du travail en profondeur, l'attention aux membres les plus faibles de la société, l'amour de l'adversaire, le pardon des offenses, l'oubli de soi dans le service, le détachement à l'égard de la richesse et des honneurs et la liberté intérieure face à tous les pouvoirs humains. N’est-ce pas ce que Jésus disait ? « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique » (cf. Lc 8, 19-21).

Cela demande, évidemment, une conversion du cœur : « il ne fait pas exception pour ceux et celles qui sont engagés dans la politique. La conversion doit se traduire non par des gémissements vains mais par des actes concrets. »

Dans son allocution, Claude Ryan précisait même les domaines dans lesquels la foi chrétienne devrait devenir visible : l'intégrité politique, les droits de la personne, le respect de la vie, l'environnement, une juste répartition des chances et des charges, la famille et l'enfance, les conséquences humaines de l'économie, l'éducation, la santé, les services sociaux et la solidarité envers les personnes vulnérables.