MUSIQUE : Béatrice au grand cœur de pirate
Par Benoit Voyer
22 septembre 2026
C’est aujourd’hui l’anniversaire de Béatrice Martin
« Cœur de Pirate » est née le 22 septembre 1989 à Outremont, devenu un arrondissement de Montréal. Elle est la fille aînée de Nicolas Martin, un ingénieur en informatique et frère du comédien Alexis Martin, et d’Élise Desjardins. Sa mère est pianiste classique, chambriste et accompagnatrice.
Béatrice commence à jouer du piano à l'âge de trois ans. À l’âge de 9 ans, elle entre au Conservatoire de musique du Québec, à Montréal. Elle y étudie pendant cinq ans.
À 15 ans, elle se joint au groupe post-hardcore December Strikes First. Elle y joue du clavier. Plus tard, de la fin 2007 à avril 2008, elle sera brièvement la claviériste de Bonjour Brumaire.
C’est en 2008 que paraît son premier album.
En septembre 2025, Béatrice nous offre la pièce-titre Cavale, premier extrait de son nouvel album.
À partir du 6 novembre 2025, Cœur de Pirate part pour une nouvelle tournée. Elle termine son année 2025 à Montréal, Québec, Toronto, Sherbrooke et Moncton. En février et mars 2026, elle est en Europe où elle s’arrête, notamment à Strasbourg, le 26 février, et à Paris, le 12 mars. Enfin, en avril et mai, elle se produit en Montérégie, dans les Laurentides, à Laval, en Outaouais et dans la pittoresque région de Lanaudière.
Une artiste au tournant d’une nouvelle étape
Près de dix-huit ans après ses débuts remarqués aux Francos de Montréal, Cœur de Pirate demeure une figure importante de la chanson québécoise. Toutefois, derrière le succès, les tournées et les albums, Béatrice Martin arrive aujourd’hui à un moment de réflexion sur la suite de son parcours.
Lors d’une entrevue accordée au Journal de Montréal, le 19 juin 2026, elle confiait songer à ralentir la cadence. Les Francos de Montréal occupent une place particulière dans son histoire : en 2008, alors qu’elle n’avait qu’une vingtaine d’années, le festival lui avait offert une première grande visibilité en lui permettant de se produire au Club Soda. Cette occasion avait contribué à lancer sa carrière, notamment vers le marché européen.
Aujourd’hui, alors qu’elle poursuit la tournée Cavale, elle reconnaît que les longues heures sur la route sont plus exigeantes que jadis. La séparation avec ses enfants, Romy et Arlo, est toujours un peu difficile. Après plusieurs années consacrées à la musique, elle ressent le besoin de mieux prendre soin d’elle.
Dans cet entretien, Béatrice Martin racontait qu’elle vit avec un syndrome auto-inflammatoire non différencié, une réalité qui l’amène à considérer davantage ses limites physiques et mentales. Elle ne remet pas en question son amour de la musique, mais elle réfléchit à une nouvelle façon de poursuivre son parcours.
Après avoir connu les grandes scènes du Québec et de l’Europe, Cœur de Pirate semble maintenant chercher un équilibre différent entre la création artistique, la santé et la vie personnelle.
FLASH : Le sentier du puits, à Val-des-sources
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| Le sentier du puits, à Val-des-sources, en Estrie, le 22 septembre 2026. Il s'agit de l'ancienne mine d'Asbestos qui peu à se végétalise. |
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Existe-t-il une manière chrétienne de faire de la politique ?
Par Benoît Voyer
22 septembre 2026
Le chrétien engagé en politique ne doit pas se croire supérieur aux autres. Bien au contraire, il doit respecter ceux qui ne partagent pas ses opinions et même admettre que leurs idées peuvent être meilleures que les siennes.
C’est en ces termes que Claude Ryan, ancien chef du Parti libéral du Québec, répondait à la question : Est-ce qu’il y a une manière chrétienne de faire de la politique? Il s’agit d’idées qu’il partageait, le 16 février 1997, dans une conférence qu’il donnait à la basilique-cathédrale Notre-Dame, à Québec.
Il n’y allait pas par quatre chemins : le christianisme doit être reconnaissable dans la manière d’agir du politicien, pas uniquement dans les convictions professées. En ce sens, il doit se méfier de ses ambitions personnelles et des « illusions messianiques » que peut susciter le pouvoir politique.
Concrètement, il disait : « Le chrétien qui s'engage en politique doit le faire à son titre de citoyen, avec une humilité de bon aloi, sans aucune pensée de supériorité ou d'infériorité envers quiconque. Il doit être conscient que, personnellement, il est l'égal — sans plus — des autres personnes qui partagent le même engagement, quelle que soit leur allégeance religieuse. Il doit en conséquence aborder son travail avec une attitude fondamentale de respect envers les personnes qui ne partagent pas ses opinions et en admettant a priori qu'il peut arriver que leurs idées soient meilleures que les siennes. Il doit aussi s'employer à bien comprendre l'objet et les enjeux de la politique, les limites inhérentes à ce mode d'action et les conditionnements concrets qui en règlent l'exercice en démocratie. La personne bien avertie de ces choses sera mieux prémunie contre ses propres ambitions et aussi contre certaines illusions messianiques trop souvent véhiculées par les milieux politiques. »
Il ajoutait : « il est impossible de traiter des partis politiques sans parler aussi de l'enjeu suprême de leur action, qui est le pouvoir. Celui-ci fascine l'imagination. On se le représente volontiers comme synonyme de puissance illimitée et de domination. Or, la réalité concrète du pouvoir invite bien davantage à la prudence et à l'humilité qu'à l'orgueil ou à la vanité. »
En revanche, Claude Ryan va encore plus loin. Certaines exigences évangéliques doivent devenir des comportements concrets. Il en donnait une liste précise : la soif de la justice, le respect de la vérité, le souci du travail en profondeur, l'attention aux membres les plus faibles de la société, l'amour de l'adversaire, le pardon des offenses, l'oubli de soi dans le service, le détachement à l'égard de la richesse et des honneurs et la liberté intérieure face à tous les pouvoirs humains. N’est-ce pas ce que Jésus disait ? « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique » (cf. Lc 8, 19-21).
Cela demande, évidemment, une conversion du cœur : « il ne fait pas exception pour ceux et celles qui sont engagés dans la politique. La conversion doit se traduire non par des gémissements vains mais par des actes concrets. »
Dans son allocution, Claude Ryan précisait même les domaines dans lesquels la foi chrétienne devrait devenir visible : l'intégrité politique, les droits de la personne, le respect de la vie, l'environnement, une juste répartition des chances et des charges, la famille et l'enfance, les conséquences humaines de l'économie, l'éducation, la santé, les services sociaux et la solidarité envers les personnes vulnérables.
GRANDES RELIGIONS : L’islam peut-il se réformer ?
Par Benoit Voyer
22 septembre 2026
La question est au cœur des débats, parfois prisonniers d’une vision opposant un islam présenté comme immuable à une modernité qui lui serait étrangère : l’islam peut-il se réformer?
Dans un essai, l’historien et islamologue Olivier Hanne propose une lecture différente : l’histoire de l’islam est aussi celle de débats intellectuels, de courants multiples et de confrontations entre foi, raison et interprétation.
Dans L’islam des Lumières, l’auteur rappelle que l’idée de « Lumières islamiques » ne correspond pas à une copie du modèle européen, marqué par une séparation entre raison et religion. Elle renvoie plutôt à la capacité des sociétés musulmanes à développer leur propre réflexion sur le savoir, la philosophie et la place de l’être humain dans le monde.
Olivier Hanne cite notamment l’époque abbasside, au IXe siècle, comme un moment majeur d’ouverture intellectuelle. Sous le règne du calife Al-Mamoun, Bagdad devient un centre scientifique et philosophique important, où mathématiciens, astronomes et penseurs cherchent à faire dialoguer l’héritage grec et la pensée islamique. Le courant rationaliste des Mutazilites défend alors l’idée d’un être humain doté de raison et de libre arbitre.
Cette période d’effervescence ne sera toutefois pas sans opposition. Des courants religieux plus rigoristes contestent progressivement l’usage de la philosophie et privilégient une interprétation plus stricte de la tradition. Pour Olivier Hanne, cette tension entre ouverture et fermeture, interprétation et dogme, traverse toute l’histoire musulmane.
Olivier Hanne insiste aussi sur la diversité des expressions de l’islam selon les époques et les régions. « La diversité des formes de l’islam est frappante d’un espace à l’autre », écrit-il, rappelant qu’il n’existe pas une seule manière de vivre ou de comprendre cette religion.
Mais cette diversité s’est parfois accompagnée de violences contre des penseurs considérés comme hérétiques. Le philosophe mystique persan Sohrawardi, le grand poète soufi Mansur Al-Halladj ou encore le réformateur soudanais Mahmoud Mohamed Taha ont tous été victimes de persécutions en raison de leurs idées.
Aujourd’hui, des penseurs musulmans réformateurs continuent d’exister, mais leur influence demeure limitée. Selon Olivier Roy, qui signe la préface du livre, « les penseurs musulmans réformateurs existent aujourd’hui, mais ils n’ont pas encore trouvé leurs lecteurs parmi leurs coreligionnaires ».
La question demeure donc ouverte : l’islam peut-il évoluer tout en restant fidèle à ses fondements? L’histoire montre en tout cas qu’il n’a jamais été une tradition figée, mais un espace traversé par des débats, des interprétations et des visions différentes de la relation entre la foi, la raison et la société.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Des enfants esclaves, une réalité du Soudan en guerre
Marie-Claude Girard
« Ce n’est pas facile de parler d’esclavage au Québec. On n’arrive pas à croire que c’est possible. » Pourtant, l’organisme humanitaire où milite le père trinitaire Armand Gagné, de Granby, affirme avoir racheté et libéré récemment 1050 esclaves soudanais, surtout des femmes et des enfants enlevés par des groupes paramilitaires.
Selon Solidarité chrétienne internationale, une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Suisse, il y aurait toujours des dizaines de milliers d’esclaves dans ce pays d’Afrique de l’Est déchiré par la guerre civile et la famine qui en découle. Parmi eux, on compterait surtout des chrétiens et des animistes. Dirigé par une dictature islamiste, le Soudan est secoué par le conflit opposant le Nord, arabe et musulman, au Sud, noir, chrétien et animiste.
Le père Gagné revient d’Espagne où il a rencontré les responsables des opérations. On rapporte différents sévices, travaux forcés, torture, viol, excision, conversion obligée à l’islam. Selon les membres du CSI, certains des enfants revendus au Nord seraient entraînés et endoctrinés pour aller combattre leur propre peuple, au Sud-Soudan. D’autres pourraient alimenter l’industrie pornographique, avance M. Gagné, vice-président québécois de l’organisme.
D’après l’Agence France-Presse, le gouvernement soudanais a démenti la présence d’esclaves dans les régions qu’il contrôle, blâmant plutôt la guérilla sudiste. Les autorités affirment qu’une enquête a démontré dans le passé que ceux que l’ONG considère comme des esclaves sont des prisonniers de guerre capturés lors d’affrontements tribaux et relâchés habituellement après le paiement d’une rançon par la tribu ou le gouvernement.
Le gouvernement a toujours démenti, note le père Gagné. Les prises de position des membres de la CSI (Christian Solidarity International) leur ont fermé les frontières du Soudan. Ils y sont donc allés en douce, en janvier, quelques heures seulement, le temps de régler les transactions, explique M. Gagné. Ce sont des gens établis au pays qui aident les esclaves affranchis à retourner dans leurs familles, ajoute-t-il.
Depuis 1995, la CSI dit avoir libéré 5066 personnes au Soudan. Elle se défend d’encourager ainsi le trafic d’esclaves. En entrevue au réseau britannique BBC, un des responsables, John Eibner, déclarait l’été dernier que l’opération ne favorisait pas la pratique puisque celle-ci a cours de toute façon. Le prix d’échange, l’équivalent de 76 $ canadien, n’aurait pas changé depuis 1995.
Il aurait même baissé un peu, selon un reportage paru cette semaine dans le magazine français Le Point et consacré à l’esclavage au Soudan. On décrit ce trafic comme une arme pour « arabiser » le sud du pays déjà affligé par la famine.
Ironiquement, la congrégation des Pères trinitaires a été fondée il y a 800 ans pour enrayer l’esclavage. Aujourd’hui, le père Gagné ne peut que constater que les drames se répètent. « Je trouve ça effrayant. Surtout qu’avec des organismes internationaux humanitaires, on n’arrive pas à faire connaître ces situations. C’est un des scandales de cette fin de siècle. »
(La Presse, 1er février 1999)
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