17 septembre 2026


 

POLITIQUE : Adélard Godbout

Adélard Godbout

Par Benoit Voyer
17 septembre 2026

Joseph Adélard Godbout naît le 24 septembre 1892 à Saint-Éloi. Agronome de profession, il deviendra le 15e premier ministre du Québec sous la bannière du Parti libéral.

Le 25 octobre 1939, les élections québécoises portent Adélard Godbout au pouvoir. En ce début de la Seconde Guerre mondiale, son gouvernement semble prêt à accepter la demande de la Défense nationale d'utiliser les terrains et les bâtiments du Jardin botanique de Montréal pour y implanter une école d'aéronautique. L'affaire fait grand bruit dans les médias. Le frère Marie-Victorin, né Conrad Kirouac, finit par faire échouer le projet. Le 18 janvier 1940, il écrit à sa sœur Mère Marie-des-Anges que « la bataille a été très dure », mais que sa « santé n'a pas trop souffert de tous ces chocs ». Bien entendu, au Jardin botanique, tous sont « sur les dents ». Il confie à sa sœur que « C'est la carrière de chacun qui se jouait en quelques jours. Mais ils ont été tous bien courageux et ils méritaient ce que je pense être une victoire ».

Le 8 août 1936, Godbout subira une cuisante défaite électorale face à Maurice Duplessis. Le Parti libéral du Québec ne remportera que 14 sièges contre 76 pour l'Union nationale, et Godbout lui-même ne sera pas réélu dans la circonscription de L'Islet. En 1939, il reprendra le pouvoir.

Adélard Godbout décède le 18 septembre 1956 à Montréal. Il repose au cimetière Saint-François-d'Assise, à Frelighsburg, en Estrie.

FRÉDÉRIC JANSSOONE : Pensée


RÉFLEXION SPIRITUELLE : Aimer au-delà des préjugés

Aimer au-delà des préjugés

Par Benoit Voyer
17 septembre 2026

Nous ne sommes guère prisonniers de notre passé. Dieu ne nous y enferme pas. Au contraire, il nous veut libres et en bonne santé à l’intérieur de nous-mêmes.

On voit bien cette dynamique à travers les faits, gestes et paroles de Jésus. Il regarde toujours la personne au-delà de ce que les autres voient et jugent.

Se savoir aimés et pardonnés nous apprend à mieux aimer et pardonner en retour. La miséricorde de Dieu nous invite à ne pas enfermer l’autre dans un carcan de préjugés et à mieux l’accueillir dans sa différence, avec ses forces vives et ses blessures intérieures.

Et quand on a confiance, la foi finit toujours par nous guérir, nous délivrer, voire nous sauver de ce qui nous enchaîne. La foi conduit inévitablement à la paix.

Nous sommes invités à changer le regard que nous portons sur les gens. À les voir, comme Dieu les regarde.

GRANDES RELIGIONS : Multiculturalisme, islamisme et immigration


Multiculturalisme, islamisme et immigration

Par Benoit Voyer

17 septembre 2026

La montée de l’islamisme au Canada indique que la philosophie multiculturelle et les politiques d’ouverture et de tolérance qui ont été adoptées par la classe politique depuis l’époque du premier ministre Pierre Elliott Trudeau et continuées par son fils Justin, sont un échec. Elles conduisent aux mêmes troubles sociaux vécus en France, en Allemagne, en Italie et dans toute l’Europe et pourraient même nous conduire à une dictature islamique d’ici 50 ans.

Le multiculturalisme propose une vision de la personne qui est déracinée de toute appartenance politique, religieuse, nationale, culturelle et historique. Il va même jusqu’à une décomposition de la civilisation occidentale. Volontairement, il cherche à déconstruire le monde ancien pour implanter de nouveaux modèles.

Dans le domaine de l’immigration, il implique une ouverture totale aux demandes des immigrants. Cela conduit à un déni de son identité nationale propre afin d’accueillir sans restriction celle de la personne qui est accueillie.

Sur ce point, Mathieu Bock-Côté écrivait dans son livre « Le nouveau régime : essais sur les enjeux démocratiques » (Boréal, 2017) : « Ce que les idéologues du multiculturalisme rejettent essentiellement, c’est l’idée qu’un “nous” historique et cohérent sur le plan culturel soit fondateur d’une communauté politique et que les nouveaux arrivants doivent en prendre le pli pour s’y intégrer. »

Avec l’immigration massive, on contribue à l'effacement culturel et à la chute des sociétés occidentales.

Comme Mathieu Bock-Côté et plusieurs autres observateurs et penseurs, je suis très préoccupé par certains courants islamistes.

Je tiens ici à insister sur un point : Je distingue l’islam, qui est une religion, de l’islamisme, qui cherche à faire de l’islam le fondement de l’organisation politique et sociale. L’islamisme n’est pas propre au chiisme. Il existe sous diverses formes dans les univers sunnites et chiites. Certains de ces courants portent un projet de transformation profonde des sociétés et rejettent plusieurs principes politiques et sociaux des démocraties occidentales.

On le voit, l’islamisme est un système politique et religieux impérialiste. Il parle de colonisation de l’Occident - par le nombre et par l’influence - sur la pensée de chaque Occidental ou, en termes plus simples, de « coloniser les esprits ».

On le voit avec évidence en Europe et de plus en plus en Amérique, certains courants islamistes entrent ouvertement en conflit avec les institutions et les valeurs des sociétés occidentales. Le voile intégral et certaines revendications religieuses deviennent des instruments d’affirmation politique.

Mathieu Bock-Côté ajoute : « Ce qui heurte autant le commun des mortels dans le voile intégral, c’est qu’il représente un symbole agressif et militant du refus de l’intégration au monde occidental par une frange de l’islam qui ne doute pas de son droit de conquête. »

Il en va de même avec la prière en public, une autre de leurs armes.

L’islam politique est une théocratie avec son propre ensemble de lois. Cela amène plusieurs fondamentalistes musulmans à résister à l’intégration aux lois canadiennes, car ils veulent maintenir leur propre système juridique.

Un proche m’accusait, il y a quelques mois, de devenir intolérant. Ce n’est pas tout à fait le cas.

En novembre 1996, dans la Revue Sainte-Anne (pp. 439 et 440), dans le cadre d’un reportage, je donnais la parole à Aziza Blili, une Tunisienne de la communauté musulmane de Trois-Rivières. Elle déplorait que les conflits politiques menés au nom de la religion ternissent l’image de l’islam. Ses propos étaient forts : « Les conflits armés qu'il y a autour du globe viennent ternir l'image de l'Islam. Cela m'attriste parce que nous ne sommes pas tous dans le même sac. Il y a des gens qui agissent au nom de la religion, mais ce n'est pas vrai. C'est de la politique déguisée ... Je n'ai jamais vu une phrase dans le Coran qui affirme qu'il faut assassiner quelqu'un parce qu'il ne pense pas comme nous».

À cette époque, j’insistais sur ce qui rapproche chrétiens et musulmans. J’écrivais que tous deux sont « des frères dans la foi », héritiers, malgré leurs profondes différences doctrinales, de la tradition monothéiste issue d’Abraham.

Puis, je vantais les apports considérables de la civilisation musulmane : « Il faut le reconnaître, les Musulmans ont fait de grandes choses pour la société : les chiffres arabes, l'alchimie, l'alcool, l'hôpital (il vient de l'Iran), la pharmacie et le papier (inventé en Chine et transmis par les Musulmans). »

Et je mettais en garde contre les lectures littérales des textes sacrés anciens : « Ce qui est à la source de bien des problèmes, c'est que la méthode historico-critique et littéraire acquise par les Chrétiens pour lire la Bible est rejetée en bloc par de nombreuses communautés musulmanes pour une application au Coran. L'intégrisme vécu dans quelques pays vient d'une compréhension littérale (mot à mot) des textes sacrés. Cette problématique n'est pas étrangère à de nombreux groupes chrétiens. »

Cet article demeure d’actualité. Je crois toujours à la nécessité du dialogue et du respect des personnes, quelles que soient leurs convictions religieuses.

Trente ans plus tard, mon inquiétude porte sur l’instrumentalisation de la foi à des fins politiques. C’est ce que fait l’islamisme.

Je ne suis pas le seul à parler de « l’invasion islamiste du Canada ».

Par exemple, en 2024, si mon souvenir est bon, l’écrivain algérien Boualem Sansal allait beaucoup plus loin que moi et contestait cette distinction entre islam et islamisme. Il disait à l’émission « L’Invité » sur TV5 Monde. : « C'est idiot de séparer islam et islamisme. Au temps du prophète, des gens demandaient déjà l'application stricte de l'islam. De là à penser qu'il y a un islam modéré, c'est une analyse fausse. L'islam est conquérant, prosélyte. »

En 2024, dans plusieurs villes du pays, on a assisté à de grandes manifestations en faveur du Hamas. La rhétorique antisémite, accompagnée de vandalisme, de harcèlement et de perturbation de l’ordre public, est un comportement courant dans ces groupes extrémistes. Ce comportement est intolérable au Canada.

Au Canada, on doit freiner sans tarder l’immigration et arrêter d’accueillir les immigrés qui ne veulent pas s’intégrer aux valeurs de notre pays et qui veulent nous envahir et prendre le contrôle de nos institutions et de notre pays. Il faut une diminution de beaucoup plus que 20 % du nombre d’immigrants. Soyons plus fermes sur le nombre afin d’envoyer un message clair.

En matière d’immigration, notre priorité devrait être d’accueillir des immigrants économiques et des réfugiés appartenant à des groupes persécutés qui n’ont nulle part où aller dans les pays voisins. Je pense ici aux chrétiens, aux yézidis et aux membres de religions minoritaires dans les pays à majorité musulmane ou aux personnes qui sont persécutées parce qu'elles rejettent l'islam politique et adhèrent aux valeurs occidentales.

Et puis, comme l’a fait en 2024 la République du Tadjikistan, en Asie, où 97 % de la population est musulmane, le gouvernement canadien doit officiellement interdire le hijab islamique. Qu’attendons-nous pour dire avec fermeté comme le gouvernement du Tadjikistan que le hijab est une culture étrangère, une invasion culturelle et qu’ici, les femmes ne se couvrent pas les cheveux ?

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le choix d'un peuple

L’Église et la politique


Le choix d’un peuple

Les Québécois iront bientôt aux urnes pour se prononcer positivement ou négativement sur le projet d’accession à la souveraineté du Québec proposé par le premier ministre Jacques Parizeau. Se séparer du Canada, est-ce moralement acceptable? Quelle est la pensée de l’Église face à la démarche du Parti québécois? Comment devons-nous nous y préparer?

Par Benoit Voyer

Le Canada a connu plusieurs régimes politiques. Les ajustements d’après la conquête en 1774, le nouveau système de 1791, le régime de l’Union des deux Canada en 1840 et la Confédération en 1867. «Les régimes politiques ça se change! La France en est rendue à sa 5e République depuis la Révolution française», lance promptement le théologien André Beauchamp qui est reconnu pour ses options souverainistes.

Pour lui, la Confédération canadienne comme les autres structures politiques, ne sont que des façons d’administrer le pays. En 1867, la nouvelle alliance a été conçue à cause d’énormes intérêts économiques liés à la construction des chemins de fer. Cela a été fait sans démarche populaire auprès de la population.

«Si, en 1867, il y avait eu un référendum, poursuit André Beauchamp, il aurait été, vraisemblablement, battu au Québec. Il est clair que l’élection qui a précédé la Confédération a été en partie manipulée par le conservatisme clérical du Québec et que les gens ont élu un gouvernement conservateur, non pas pour adhérer à la Confédération, mais parce qu’ils avaient peur du péril religieux représenté par les “rouges”.»

Église et référendum
Les évêques du Québec, dans toutes questions constitutionnelles et politiques, n’ont jamais voulu indiquer quelle devrait être la route à prendre.

«On est bien conscient que ça doit relever de la démocratie et des choix de la population», dit l’évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, Mgr Bernard Hubert.

Il reprend, ainsi, une déclaration épiscopale de 1972: «Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif».

Au long de l’entretien, Mgr Hubert refait l’historique des déclarations faites depuis 1967 par les évêques qui ont toujours affirmé, depuis ce temps, qu’il y a deux groupes fondateurs distincts au Canada.

«Les évêques ont été conscients du fait que le Québec constitue une communauté ayant son unité, son individualité et son génie propre et qu’il possède, à ces titres, un droit inaliénable et indiscutable à l’existence et à l’épanouissement.» Parlait-on déjà d’une forme de société distincte?

«On n’utilisait pas ce terme, répond Mgr Hubert, mais une société qui avait, à cause de sa concentration francophone, un rôle particulier».

En 1979, l’Assemblée des Évêques du Québec (AEQ) déclare, finalement, que les Québécois constituent un véritable peuple et qu’il a droit à son autodétermination si cela est la volonté collective de ces compatriotes.

Bernard Hubert argumente: «Cela ne veut pas dire qu’on se sépare! Cela veut simplement dire qu’on choisit le mode politique dans lequel nous voulons vivre».

Mgr Bernard Hubert estime que le choix des individus doit s’exprimer clairement au moment du référendum. Les évêques ne feront pas connaître une position politique commune à l’occasion de ce vote historique.

Oui ou non?
Affirmer publiquement et collectivement et directement leur position référendaire, il n’en est pas question pour les évêques. Ils ne sont pas intéressés à jouer le jeu de la partisanerie. «Nous sommes les pasteurs de tous les Québécois», explique Mgr Hubert.

L’Assemblée des évêques du Québec est allée jusqu’à la Commission Bélanger-Campeau pour diffuser ses idées. L’ensemble des commissaires étaient contents, ils voyaient bien que les autorités de l’Église du Québec ne disaient guère de façon cléricale ce qu’il faut dire et penser.

Jacques Parizeau, lors du lancement télévisé de sa démarche préréférendaire, donnait l’impression de reprendre le mémoire des évêques tellement il y avait des similitudes.

L’Église n’est pas là pour se substituer à la société; elle est aussi partenaire de la vie sociale. Elle a un message pour le monde dans lequel elle est présente. L’Église a des choses à dire sur la paix, sur la justice, sur le partage, sur l’égalité homme-femme, sur le respect des minorités, sur la pauvreté dans le monde, etc.

Même s’il ne veut pas influencer le choix des gens, l’abbé André Beauchamp voit plus d’avenir pour le peuple québécois à faire l’option d’un pays bien à eux que de dire “non” à la consultation populaire.

«Une crise postréférendaire, il va y en avoir d’une manière ou d’une autre. Votez “oui” vous allez avoir une série de négociations avec le fédéral et votez “non” et vous aurez les problèmes qu’il y a au Canada depuis 20 ou 30 ans», affirme le théologien catholique.

Il ajoute: «Il y a un danger que dans la perception du Canada, une défaite référendaire veuille dire un enjeu considérable au niveau de l’identité et de l’originalité du Québec au pays. On peut s’attendre à ce que des regroupements, comme Alliance Québec, demandent un alignement du territoire québécois sur les autres provinces canadiennes. Nous aurons à ce moment-là des pertes considérables.»

André Beauchamp ne cache pas qu’il votera positivement au référendum.

Moralement acceptable?
André Beauchamp affirme clairement: se séparer du Canada ce n’est pas immoral! Ce n’est pas un péché! La démarche proposée par Jacques Parizeau est transparente et vraie, donc moralement acceptable.

Ce qui pourrait devenir néfaste au terme de l’éthique, par exemple, c’est le chantage que pourrait faire éventuellement le fédéral en faisant intervenir l’armée ou en faisant peu ou volontairement aux citoyens qui ont un choix à faire.

«Ce qui est fondamental, dit-il, au plan de la conscience, c’est que les gens s’informent, c’est-à-dire qu’ils soient capables d’écouter et d’entendre des arguments en jeu. Ce qui est le plus difficile lors d’un débat, c’est être capable d’entendre des nouveaux faits et de les analyser convenablement.»

Il ajoute que la meilleure façon de bien réfléchir à la question, c’est d’y participer de façon “non passionnelle” en se permettant de décoder les discours strictement idéologiques, les mensonges et les peurs des autres. «Dans ces choses-là, rien n’est jamais objectif. Il faut temporiser les secteurs et ne pas se laisser avoir par “l’hypersuggestivité”», complète André Beauchamp.

Le Vatican
Dans l’éventualité de l’accession à la souveraineté, le Vatican qui est un pays, va-t-il nouer des liens diplomatiques avec l’État québécois?

Mgr Bernard Hubert réagit sans tarder à cette hypothèse par un grand éclat de rire: «Je n’ai pas pensé à cette question!».

De son côté, André Beauchamp conclut que ça prendra un peu de temps car la bureaucratie vaticane est très conservatrice: «Elle va plutôt être en faveur du maintien du Canada dans sa forme actuelle».

(Revue Notre-Dame du Cap, avril 1995, pp. 11 à 13)