SCIENCES : Et si quelqu'un jouait réellement avec le temps ?
Par Benoit Voyer
19 septembre 2026
J'ai une confession à faire.
Chaque jour, je débute ma journée d’activités avec une liste bien organisée : il y a les priorités absolues, les fichiers importants et les choses qu'il faut absolument terminer. Puis, dans une autre colonne, toutes ces petites tâches à faire si j'ai le temps.
Mais, bon, en fin de journée, puisque je n’arrive jamais à réaliser la moitié des projets inscrits dans mon agenda, je dis souvent : « Coup donc ! Est-ce qu’il y a quelqu’un qui joue avec l'espace-temps ? Je suis sûr qu’on nous cache quelque chose et qu’ils ont enlevé des minutes à la journée. Nos journées ne durent sûrement plus 24 heures ! »
Bien entendu, je dis cela avec le sourire. Je ne suis pas un complotiste. Je ne suis donc pas en train d'élaborer une nouvelle théorie sur les horloges ou les calendriers.
Mais, savez-vous quoi ? J’ai un peu raison. Oui, les journées sont plus courtes. Les scientifiques reconnaissent désormais que notre façon de mesurer le temps repose sur un équilibre extrêmement fragile.
Je viens de lire un article paru dans l’édition du 21 mai 2026 de Sciences et Avenir qui rapporte que la Terre tourne actuellement légèrement plus vite sur son axe. La différence est infime : quelques fractions de milliseconde. Mais elle est mesurable avec les instruments les plus précis dont disposent les chercheurs.
Par exemple, le 12 juillet 2024, la Terre a même effectué une rotation complète avec 1,62 milliseconde d'avance, un record récent.
Cette avance de quelques millisecondes ne changera évidemment rien à mon quotidien. Je ne verrai pas mes journées disparaître sous mes yeux. Mais ce phénomène me rappelle une réalité fascinante : le temps que nous croyons stable et immuable est en réalité une notion que l’humanité doit constamment observer, mesurer et ajuster.
Depuis les années 1950, les scientifiques utilisent des horloges atomiques comme référence temporelle d’une précision extraordinaire. Ces horloges reposent sur la régularité des vibrations atomiques et constituent une sorte de « métronome absolu ».
Mais la Terre elle-même n’est pas une horloge parfaite. Elle bouge. Elle respire. Elle change. Sa rotation est influencée par plusieurs phénomènes : les mouvements de son noyau, des océans, de l’atmosphère et surtout l’effet de la Lune qui, depuis des milliards d’années, ralentit progressivement la rotation terrestre.
À l’échelle de l’histoire planétaire, ce changement est remarquable. Il y a des centaines de millions d’années, les jours terrestres étaient beaucoup plus courts. Il y a 400 millions d’années, une année comptait environ 410 jours, car chaque jour était plus court qu’aujourd’hui.
Finalement, cette petite découverte scientifique me pousse à repenser ce sentiment que le temps nous file entre les doigts.
Nous avons inventé les montres, les agendas, les calendriers et les applications qui organisent chaque minute de notre vie. Nous avons appris à diviser le temps en heures, minutes et secondes. Mais malgré toute cette précision, quelque chose me dépasse : le temps que je vis n'est pas toujours le temps mesuré dans la réalité.
Une heure peut sembler interminable quand on attend des nouvelles importantes. Elle peut sembler avoir passé en quelques secondes quand on est absorbé par un projet passionnant.
FLASH : La Porte Montcalm
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La reconstruction de la Porte Montcalm, au coin des routes 337 et 125, à Sainte-Julienne, avance bien. |
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Le semeur et la semence
Par Benoit Voyer
19 septembre 2026
Je suis en train d’écouter « Le semeur », une chanson de Mario Pelchat parue sur disque en 1995 sur son album « C’est la vie ». À mes yeux, c’est une chanson qui figure dans les plus belles du répertoire de la francophonie.
Les paroles d’Eddy Marnay sont belles et remplies de sens : « Il est de ces gens qui laissent des traces, au-delà du temps, au-delà du vent qui passe. Il est de ces hommes qui, de leurs mains, ont enfoui dans la terre un roseau qui fleurira même après qu'il partira, car plus fort que l'hiver, il survivra. »
Plus loin, on ajoute : « Le semeur a ses rêves qu'il emporte avec lui : Une veine, une sève où l'on s'abreuve aussi pour autant qu'il demeure, on vivra à travers lui. Contre toute attente, il ne voudra croire que d'un grain qu'on plante ne naîtra que peu d'espoir. Il n'écoutera pas ce que diront sa foi, sa raison. »
Évidemment, il y a quelque chose de profondément chrétien ici. On a un peu l’impression d’entendre Jésus qui racontait dans une parabole : « Le semeur sortit pour semer la semence, et comme il semait, il en tomba au bord du chemin. Les passants la piétinèrent, et les oiseaux du ciel mangèrent tout. Il en tomba aussi dans les pierres, elle poussa et elle sécha parce qu’elle n’avait pas d’humidité. Il en tomba aussi au milieu des ronces, et les ronces, en poussant avec elle, l’étouffèrent. Il en tomba enfin dans la bonne terre ; elle poussa et elle donna du fruit au centuple. » (extrait de Lc 8, 4-15)
On voit que le semeur de l’histoire racontée par le Maître sème généreusement, sans savoir à l’avance ce que deviendra chaque semence. Il y a des graines qui disparaissent, d’autres commencent à pousser et meurent, mais, bien entendu, celles qui tombent dans la bonne terre « portent du fruit au centuple ».
La chanson de Mario Pelchat déplace l’image, mais reste proche : le semeur travaille pour un fruit qui le dépasse : « Il le sait déjà, pour d’autres on moissonnera… » Ici, le semeur, qui ne possède pas nécessairement sa récolte, sème, mais pour un fruit qui le dépasse.
La chanson et l’évangile dialoguent. En les écoutant attentivement se parler, ils nous montrent que nous sommes en même temps un peu le terreau qui reçoit la semence et un peu la semence laissée par les générations qui nous ont précédés. Puis, à notre tour, faisons de même pour d’autres.
Par contre, le texte au style littéraire évangélique va plus loin. Il donne de la profondeur à la chanson. Pendant que Mario Pelchat jette un regard attendri sur celui qui sème, Luc s’intéresse davantage au terrain qui reçoit la semence. De plus, il présente Jésus qui donne l’explication de sa petite histoire : ce bon grain mis en terre, c’est la Parole de Dieu : celle héritée des textes anciens et celle que Jésus vient renouveler par son enseignement. Ainsi donc, Jésus, à travers le récit de Luc, nous invite à soigner la terre où tombe la semence.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Au désert
Par Benoit Voyer
19 septembre 2026
À la suite d’une recommandation médicale, la direction des Trinitaires du Canada décide d’envoyer Jean-Paul Regimbal à Phoenix [1], en Arizona, dans le Sud des États-Unis. Là-bas, l’air plus sec a la particularité d’être bienfaisant pour les problèmes d’asthme.
En prenant la route de l’Arizona, son cœur est lourd. Il ne comprend pas la décision de son supérieur. Il le trouve même un peu borné.[2]
Après une quinzaine de jours de repos, il téléphone à l’évêque du lieu afin de lui offrir ses services. Ce dernier accepte, bien entendu. Il lui propose de remplacer un prêtre malade à la paroisse Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, à Phoenix [3]. L’affectation plaît à Jean-Paul. Il entre en fonction le 9 septembre 1969, à 9 h.[4].
Ce matin-là, Sandy Winters vient à sa rencontre au bureau du presbytère. La dame de confession anglicane désire inscrire ses enfants à l’école catholique et se questionne sur le contenu académique.
En prenant la route de l’Arizona, son cœur est lourd. Il ne comprend pas la décision de son supérieur. Il le trouve même un peu borné.[2]
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| Église et presbytère Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus |
Ce matin-là, Sandy Winters vient à sa rencontre au bureau du presbytère. La dame de confession anglicane désire inscrire ses enfants à l’école catholique et se questionne sur le contenu académique.
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| école Sainte-Thérèse |
Sandy Winters insiste : « Je vis des situations étranges, des phénomènes spirituels particuliers et j’ai entendu dire que les catholiques attachent beaucoup d’importance à cela ».
Jean-Paul Regimbal finit par accepter de l’écouter. Elle lui raconte qu’elle parle en langues, qu’elle prophétise, qu’elle a reconduit trois prêtres à l’exercice de leur sacerdoce, etc.
Croyant à un cas de psychose religieuse, il conclut en lui disant qu’il recommuniquera avec elle afin de lui livrer sa réflexion. Avant de partir, il lui fait citer des passages de la Bible où il est question de ces manifestations.
Après une réflexion sérieuse et un regard en profondeur sur l’expérience de la Pentecôte des premiers disciples, de la vie des Pères de l’Église et de l’enseignement du Concile Vatican II, il se rend chez elle, le 11 septembre.
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| Église Sainte-Thérèse |
Jean-Paul a l’impression que se réalise dans sa vie un extrait du livre d’Osée : « C’est pourquoi, je vais le séduire, le conduire au désert et parler à son cœur. Je lui rendrai ses vignobles… » (Os 2,14)
Puisqu’il n’y a pas de catholiques qui vivent ce phénomène à Phoenix, il se joint à un groupe œcuménique charismatique.
Rapidement, la nouvelle se répand : « Un prêtre catholique prophétise et fait des miracles ».
Quelques semaines plus tard, Jean-Paul est invité au Groenland pour parler de son expérience et de la Parole de Dieu.
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| Père Jean-Paul Regimbal, O.ss.t. |
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[1] « C'est à Phoenix, en Arizona, en 1969, que je suis venu en contact avec le mouvement catholique du Renouveau charismatique et je peux dire, en toute franchise, que ma vie sacerdotale et religieuse en fut transformée, confirmant en cela ce que des milliers d'autres avant moi, comme des milliers d'autres après moi, ont eu le bonheur de connaître et de vivre », écrira Jean-Paul en mai 1971. Tiré de : Jean-Paul Regimbal. « Signes et témoins du royaume – Sous la mouvance de l’Esprit, le renouveau charismatique dans l’Église catholique », Ralliement pour le Christ, 1971.
[2] Propos tirés d’une conférence de Jean-Paul Regimbal donnée à l’occasion d’un souper du regroupement ACTE en 1980, conférence enregistrée sur cassette audio que j‘ai écoutée en 1995 afin d‘écrire son histoire: « Quand j’ai pris la route de l’Arizona, mon cœur était lourd. Je ne comprenais pas… Je trouvais mes supérieurs bornés… » Cf. Benoit Voyer. « Le Renouveau charismatique... 25 ans déjà !», Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 20 et 21.
[3] Saint Theresa Catholic Church, 5045 East Thomas Road, Phoenix, Arizona. www.stphx.org/
[4] Propos tirés d’une conférence de Jean-Paul Regimbal donnée à l’occasion d’un souper du regroupement ACTE en 1980. Il rigolera de la situation toute sa vie: “J’ai commencé à travailler à Sainte-Thérèse le 9 septembre 1969. C’est quand même une signification! Le 9 du 9e mois en 1969. Il était 9h et Dieu préparait dans ma vie l’avènement de la 9e heure”. Cf. Benoit Voyer. « Le Renouveau charismatique... 25 ans déjà !», Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 20 et 21.
DOCUMENT : Le renouveau charismatique (Par Jean Ravary)
Par Jean Ravary
tiré du livre "J'ose le dire" (1988)
tiré du livre "J'ose le dire" (1988)
Le Renouveau n’est pas une institution ni un mouvement organisé ni un club dont on pourrait dire: «Moi, j’en suis membre» ou «Je n’en suis pas». Ce n’est ni un lieu ni un phénomène qui se laisse facilement mesurer. [...]
Qu’est-ce qui caractérise spécialement le Renouveau dit charismatique? C’est tout simplement qu’il s’accompagne d’une floraison exceptionnelle de charismes. Et les charismes sont des dons gratuits accordés en vue de mieux exercer la charité, c’est-à-dire qu’ils sont donnés pour le bien des autres. [...]
Cela répond vraiment au vœu du Pape Jean XXIII lorsqu’il a lancé le Concile Vatican II. Il avait dit, la veille du Concile: "Ô Esprit-Saint envoyé par le Père au nom de Jésus, Toi qui assistes l’Église de ta présence et la diriges infailliblement, daigne, nous t’en prions, répandre la plénitude de tes dons sur ce Concile et renouveler en notre époque, comme pour une nouvelle Pentecôte, tes merveilles." [...]
La plupart des historiens font débuter le Renouveau charismatique avec l’éclosion du Pentecôtisme. L’événement survint, semble-t-il, dans la nuit du 31 décembre 1900 au 1er janvier 1901, aux États-Unis, au Kansas, où un pasteur méthodiste du nom de Charles Parham avait fondé une école pour étudier la Bible. Lui et ses étudiants étaient particulièrement déçus du contraste qui existait entre le caractère morne et morose de l’Église moderne et le dynamisme tonifiant de l’Église primitive, tel que décrit dans les Actes des Apôtres. Ils ne pouvaient pas croire que les dons du Saint-Esprit, les charismes, aient été distribués seulement à l’occasion de la fondation de l’Église et soient disparus ensuite. «La Bible, nous dit l’abbé René Laurentin, ne présente pas ces dons comme provisoires. L’histoire de l’Église tendrait à démontrer qu’ils resurgissent aux moments de vitalité chrétienne et plus spécialement dans des temps de mutation.» C’est donc dans cet état de questionnement que Parham organisa une veillée de prière. Et là, une de ses étudiantes, Agnès Ozman, «se sentit pressée de demander l’imposition des mains afin de recevoir le don du Saint-Esprit». Le pasteur accepta. Ce fut alors comme si des fleuves d’eau vive jaillissaient du plus profond de son être. Elle se mit à parler un langage inconnu d’elle-même mais qu’un bohémien reconnut pour sa propre langue maternelle. Dans les jours qui suivirent, plusieurs membres du groupe vécurent des expériences analogues.
Cela répondait vraiment à la parole de Jésus: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi.» Et Il ajoute: «[...] de son sein couleront des fleuves d’eau vive».[1] Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui. Cette expérience de l’Esprit-Saint dans le Renouveau fut vécue dans les Églises protestante, anglicane, méthodiste, épiscopalienne, luthérienne, presbytérienne et, enfin, dans l’Église catholique, en 1967. Mais, évidemment, l’accueil de ce phénomène chez les catholiques fut loin d’être spontané, parce qu’on croyait y voir des relents du protestantisme. Mais malgré cette peur, il y avait, dans le cœur des promoteurs du Renouveau, un désir sincère de communiquer l’expérience de Dieu de façon plus chaleureuse et plus dynamique que ce qu’ils avaient vécu jusqu’alors.
Au Congrès des Cursillos, des catholiques venus de l’Université Duquesne de Pittsburgh et qui cherchaient une formule dynamique rencontrèrent Steve Clark et Ralph Martin, deux responsables des étudiants dans la paroisse Saint-John, au Michigan. Steve leur parla alors d’un livre qu’il venait de lire et qui l’avait littéralement bouleversé: La Croix et le poignard, de John Sherill. C’était la biographie d’un pasteur, David Wilkerson, qui avait abandonné sa vie paroissiale routinière et bien rangée pour répondre à une impulsion intérieure et se lancer dans une dangereuse aventure missionnaire à New York parmi les délinquants et les drogués du quartier de Brooklyn.
Le chapitre 21 de cet ouvrage livrait le sens de cette expérience: «Le Saint-Esprit en est la réponse.» Alors, les professeurs de l’Université Duquesne découvrirent ce qu’ils cherchaient et qui manquait aux Cursillos: la Bible, l’Esprit Saint, les charismes. Puis l’un d’entre eux, Ralph Keifer, trouva le moyen de participer à une rencontre charismatique. Un pasteur épiscopalien le mit en contact avec l’une de ses paroissiennes déjà engagée dans ce genre d’expérience et, le 13 janvier 1967, Ralph Keifer, son épouse et deux collègues se retrouvèrent chez une dame presbytérienne qui avait organisé un petit groupe de prière. À la fin de cette réunion, ces catholiques demandèrent à recevoir ce qu’on appelle le «baptême dans l’Esprit». On pria alors sur chacun d’eux en leur imposant les mains. À la suite de ces prières, ils furent subitement envahis de l’Esprit-Saint et se mirent à prier en langues. La semaine suivante, Ralph imposa les mains à des collègues de l’Université Duquesne et ils vécurent cette même expérience d’envahissement intérieur de l’Esprit-Saint. Dès lors, l’expansion fut rapide, comme en témoigne le nombre des participants aux rencontres annuelles tenues à l’Université Notre-Dame d’Indiana: en 1967, 90 participants; en 1968, 100; en 1969, 450; en 1970, 1300; en 1971, 4500; en 1972, 11 000; et en 1973, 25 000. C’était comme un feu qui se répandait et c’était bouleversant de voir comment le Seigneur répondait aux prières de son Peuple pour le renouveler en profondeur.
La pensée des chefs de l’Église sur le Renouveau
Il est important d’avoir clairement à l’esprit la pensée des chefs de l’Église, les papes, parce que le Renouveau a souvent été perçu comme un résidu de protestantisme, ce qui n’était pas très bien vu dans l’Église. Voici ce que Paul VI a dit à l’audience du 16 octobre 1974: "La nécessité de la grâce suppose de la part de l’homme un besoin indispensable, le besoin que le prodige de la Pentecôte se poursuive dans l’histoire de l’Église et du monde. Et cela sous la double forme selon laquelle le don de l’Esprit-Saint est conféré aux hommes: d’abord personnellement et ensuite pour les enrichir de prérogatives spéciales que nous appelons charismes. C’est-à-dire des dons gratuits destinés au bien du prochain et spécialement à la communauté des fidèles."
Paul VI disait aussi, le 9 mai 1975, alors qu’il parlait de la joie chrétienne: "Il faut reconnaître une intuition prophétique chez notre prédécesseur Jean XXIII envisageant comme fruit du Concile une sorte de Pentecôte nouvelle. Nous-même avons voulu nous situer dans la même perspective et dans la même attente. Non que la Pentecôte ait cessé d’être actuelle tout au long de l’histoire de l’Église, mais si grands sont les besoins et les périls de ce siècle, si vastes les horizons d’une humanité portée à la coexistence mondiale et impuissante à réaliser qu’il n’y a de salut pour elle que dans une nouvelle effusion du don de Dieu, que vienne donc l’Esprit créateur renouveler la face de la terre."
Et plus tard, Jean-Paul II parlait aux leaders des groupes de prière à Rome, et voici ce qu’il disait: "Je souhaite vous assurer que votre amour du Christ et votre ouverture à l’Esprit de vérité sont un très important témoignage pour la mission de l’Église dans le monde. Aujourd’hui, il y a une autre chance: celle des groupes de prière qui se sont multipliés dans l’Église catholique comme en d’autres communautés ecclésiales, et cela spontanément, d’une façon imprévue. Avec le discernement qui convient, on peut parler d’une grâce venue à point pour sanctifier l’Église, y renouveler le goût de la prière, faire redécouvrir, avec l’Esprit-Saint, le sens de la gratuité, de la louange joyeuse, de la confiance dans l’intercession, et devenir une nouvelle source d’évangélisation."
Les effets de l’effusion de l’Esprit
On pourrait dire beaucoup de choses sur les effets de l’effusion de l’Esprit. Le premier effet est un accroissement de la vie divine. Les chrétiens se rendent compte tout à coup que Dieu n’est pas une idée mais une personne qui nous aime et entre en relation d’amour avec nous. «Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: "Abba, Père!"»[2] De plus, en nous rappelant que nous n’avons pas de cité permanente ici-bas mais que nous cherchons celle qui est à venir [3], l’Esprit-Saint nous fait désirer le retour du Christ et rend possible dans nos cœurs ce mot tout simple: «Marana tha!», qui veut dire: «Viens, Seigneur Jésus!»[4]
Le deuxième effet de l’effusion de l’Esprit est un amour fraternel. Il se manifeste dans l’entraide et aussi dans la joie de partager à travers les groupes de prière.
Un troisième effet est la prépondérance de la louange et de l’action de grâce dans ces assemblées fraternelles : on remercie Dieu pour ce qu’Il est Lui-même et on le remercie de ce qu’Il fait pour son Peuple. C’est très important.
Un autre effet : l’amour de la Parole de Dieu, c’est-à-dire la découverte de l’attrait de la Bible et de la Parole de Dieu. Il y a d’ailleurs une fréquentation plus assidue de l’Écriture. On prend conscience que le plus beau et le plus grand cadeau de la résurrection de Jésus est la compréhension des Écritures.
L’effusion de l’Esprit nous fait aussi retrouver l’attachement à l’Église. On essaie de regarder l’Église non pas comme si on n’avait rien à lui dire, mais comme des gens qui cherchent à l’améliorer, comme des gens qui sont capables de justifier le désir de Jésus de voir son Église vivante, et d’investir dans cette Église pour qu’elle devienne dynamique. Je suis certain que le jour où nous serons davantage renouvelés par cette effusion de l’Esprit, nos communautés chrétiennes retrouveront une vigueur nouvelle et cesseront d’être anémiques. Et enfin, une autre conséquence de cet envahissement de l’Esprit-Saint est de faire de nous des témoins comme nous l’a demandé Jésus: témoins de l’Évangile et témoins du Christ mort et ressuscité. C’est facile de dire de belles choses sur Dieu, mais le plus important est d’en vivre.
Ceci amène une autre conséquence: la libération et la délivrance. C’est-à-dire que nous cherchons à nous libérer de ce qui s’oppose à l’alliance de Dieu pour accueillir ce que Dieu veut faire par les charismes, par sa grâce et par sa gratuité.
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[1] La Bible, Évangile selon saint Jean, chapitre 7, versets 37-39.
[2] La Bible, Épître aux Galates, chapitre 4, verset 6.
[3] La Bible, Épître aux Hébreux, chapitre 13, verset 14.
[4] La Bible, Apocalypse, chapitre 22, verset 20.
Qu’est-ce qui caractérise spécialement le Renouveau dit charismatique? C’est tout simplement qu’il s’accompagne d’une floraison exceptionnelle de charismes. Et les charismes sont des dons gratuits accordés en vue de mieux exercer la charité, c’est-à-dire qu’ils sont donnés pour le bien des autres. [...]
Cela répond vraiment au vœu du Pape Jean XXIII lorsqu’il a lancé le Concile Vatican II. Il avait dit, la veille du Concile: "Ô Esprit-Saint envoyé par le Père au nom de Jésus, Toi qui assistes l’Église de ta présence et la diriges infailliblement, daigne, nous t’en prions, répandre la plénitude de tes dons sur ce Concile et renouveler en notre époque, comme pour une nouvelle Pentecôte, tes merveilles." [...]
La plupart des historiens font débuter le Renouveau charismatique avec l’éclosion du Pentecôtisme. L’événement survint, semble-t-il, dans la nuit du 31 décembre 1900 au 1er janvier 1901, aux États-Unis, au Kansas, où un pasteur méthodiste du nom de Charles Parham avait fondé une école pour étudier la Bible. Lui et ses étudiants étaient particulièrement déçus du contraste qui existait entre le caractère morne et morose de l’Église moderne et le dynamisme tonifiant de l’Église primitive, tel que décrit dans les Actes des Apôtres. Ils ne pouvaient pas croire que les dons du Saint-Esprit, les charismes, aient été distribués seulement à l’occasion de la fondation de l’Église et soient disparus ensuite. «La Bible, nous dit l’abbé René Laurentin, ne présente pas ces dons comme provisoires. L’histoire de l’Église tendrait à démontrer qu’ils resurgissent aux moments de vitalité chrétienne et plus spécialement dans des temps de mutation.» C’est donc dans cet état de questionnement que Parham organisa une veillée de prière. Et là, une de ses étudiantes, Agnès Ozman, «se sentit pressée de demander l’imposition des mains afin de recevoir le don du Saint-Esprit». Le pasteur accepta. Ce fut alors comme si des fleuves d’eau vive jaillissaient du plus profond de son être. Elle se mit à parler un langage inconnu d’elle-même mais qu’un bohémien reconnut pour sa propre langue maternelle. Dans les jours qui suivirent, plusieurs membres du groupe vécurent des expériences analogues.
Cela répondait vraiment à la parole de Jésus: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi.» Et Il ajoute: «[...] de son sein couleront des fleuves d’eau vive».[1] Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui. Cette expérience de l’Esprit-Saint dans le Renouveau fut vécue dans les Églises protestante, anglicane, méthodiste, épiscopalienne, luthérienne, presbytérienne et, enfin, dans l’Église catholique, en 1967. Mais, évidemment, l’accueil de ce phénomène chez les catholiques fut loin d’être spontané, parce qu’on croyait y voir des relents du protestantisme. Mais malgré cette peur, il y avait, dans le cœur des promoteurs du Renouveau, un désir sincère de communiquer l’expérience de Dieu de façon plus chaleureuse et plus dynamique que ce qu’ils avaient vécu jusqu’alors.
Au Congrès des Cursillos, des catholiques venus de l’Université Duquesne de Pittsburgh et qui cherchaient une formule dynamique rencontrèrent Steve Clark et Ralph Martin, deux responsables des étudiants dans la paroisse Saint-John, au Michigan. Steve leur parla alors d’un livre qu’il venait de lire et qui l’avait littéralement bouleversé: La Croix et le poignard, de John Sherill. C’était la biographie d’un pasteur, David Wilkerson, qui avait abandonné sa vie paroissiale routinière et bien rangée pour répondre à une impulsion intérieure et se lancer dans une dangereuse aventure missionnaire à New York parmi les délinquants et les drogués du quartier de Brooklyn.
Le chapitre 21 de cet ouvrage livrait le sens de cette expérience: «Le Saint-Esprit en est la réponse.» Alors, les professeurs de l’Université Duquesne découvrirent ce qu’ils cherchaient et qui manquait aux Cursillos: la Bible, l’Esprit Saint, les charismes. Puis l’un d’entre eux, Ralph Keifer, trouva le moyen de participer à une rencontre charismatique. Un pasteur épiscopalien le mit en contact avec l’une de ses paroissiennes déjà engagée dans ce genre d’expérience et, le 13 janvier 1967, Ralph Keifer, son épouse et deux collègues se retrouvèrent chez une dame presbytérienne qui avait organisé un petit groupe de prière. À la fin de cette réunion, ces catholiques demandèrent à recevoir ce qu’on appelle le «baptême dans l’Esprit». On pria alors sur chacun d’eux en leur imposant les mains. À la suite de ces prières, ils furent subitement envahis de l’Esprit-Saint et se mirent à prier en langues. La semaine suivante, Ralph imposa les mains à des collègues de l’Université Duquesne et ils vécurent cette même expérience d’envahissement intérieur de l’Esprit-Saint. Dès lors, l’expansion fut rapide, comme en témoigne le nombre des participants aux rencontres annuelles tenues à l’Université Notre-Dame d’Indiana: en 1967, 90 participants; en 1968, 100; en 1969, 450; en 1970, 1300; en 1971, 4500; en 1972, 11 000; et en 1973, 25 000. C’était comme un feu qui se répandait et c’était bouleversant de voir comment le Seigneur répondait aux prières de son Peuple pour le renouveler en profondeur.
La pensée des chefs de l’Église sur le Renouveau
Il est important d’avoir clairement à l’esprit la pensée des chefs de l’Église, les papes, parce que le Renouveau a souvent été perçu comme un résidu de protestantisme, ce qui n’était pas très bien vu dans l’Église. Voici ce que Paul VI a dit à l’audience du 16 octobre 1974: "La nécessité de la grâce suppose de la part de l’homme un besoin indispensable, le besoin que le prodige de la Pentecôte se poursuive dans l’histoire de l’Église et du monde. Et cela sous la double forme selon laquelle le don de l’Esprit-Saint est conféré aux hommes: d’abord personnellement et ensuite pour les enrichir de prérogatives spéciales que nous appelons charismes. C’est-à-dire des dons gratuits destinés au bien du prochain et spécialement à la communauté des fidèles."
Paul VI disait aussi, le 9 mai 1975, alors qu’il parlait de la joie chrétienne: "Il faut reconnaître une intuition prophétique chez notre prédécesseur Jean XXIII envisageant comme fruit du Concile une sorte de Pentecôte nouvelle. Nous-même avons voulu nous situer dans la même perspective et dans la même attente. Non que la Pentecôte ait cessé d’être actuelle tout au long de l’histoire de l’Église, mais si grands sont les besoins et les périls de ce siècle, si vastes les horizons d’une humanité portée à la coexistence mondiale et impuissante à réaliser qu’il n’y a de salut pour elle que dans une nouvelle effusion du don de Dieu, que vienne donc l’Esprit créateur renouveler la face de la terre."
Et plus tard, Jean-Paul II parlait aux leaders des groupes de prière à Rome, et voici ce qu’il disait: "Je souhaite vous assurer que votre amour du Christ et votre ouverture à l’Esprit de vérité sont un très important témoignage pour la mission de l’Église dans le monde. Aujourd’hui, il y a une autre chance: celle des groupes de prière qui se sont multipliés dans l’Église catholique comme en d’autres communautés ecclésiales, et cela spontanément, d’une façon imprévue. Avec le discernement qui convient, on peut parler d’une grâce venue à point pour sanctifier l’Église, y renouveler le goût de la prière, faire redécouvrir, avec l’Esprit-Saint, le sens de la gratuité, de la louange joyeuse, de la confiance dans l’intercession, et devenir une nouvelle source d’évangélisation."
Les effets de l’effusion de l’Esprit
On pourrait dire beaucoup de choses sur les effets de l’effusion de l’Esprit. Le premier effet est un accroissement de la vie divine. Les chrétiens se rendent compte tout à coup que Dieu n’est pas une idée mais une personne qui nous aime et entre en relation d’amour avec nous. «Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: "Abba, Père!"»[2] De plus, en nous rappelant que nous n’avons pas de cité permanente ici-bas mais que nous cherchons celle qui est à venir [3], l’Esprit-Saint nous fait désirer le retour du Christ et rend possible dans nos cœurs ce mot tout simple: «Marana tha!», qui veut dire: «Viens, Seigneur Jésus!»[4]
Le deuxième effet de l’effusion de l’Esprit est un amour fraternel. Il se manifeste dans l’entraide et aussi dans la joie de partager à travers les groupes de prière.
Un troisième effet est la prépondérance de la louange et de l’action de grâce dans ces assemblées fraternelles : on remercie Dieu pour ce qu’Il est Lui-même et on le remercie de ce qu’Il fait pour son Peuple. C’est très important.
Un autre effet : l’amour de la Parole de Dieu, c’est-à-dire la découverte de l’attrait de la Bible et de la Parole de Dieu. Il y a d’ailleurs une fréquentation plus assidue de l’Écriture. On prend conscience que le plus beau et le plus grand cadeau de la résurrection de Jésus est la compréhension des Écritures.
L’effusion de l’Esprit nous fait aussi retrouver l’attachement à l’Église. On essaie de regarder l’Église non pas comme si on n’avait rien à lui dire, mais comme des gens qui cherchent à l’améliorer, comme des gens qui sont capables de justifier le désir de Jésus de voir son Église vivante, et d’investir dans cette Église pour qu’elle devienne dynamique. Je suis certain que le jour où nous serons davantage renouvelés par cette effusion de l’Esprit, nos communautés chrétiennes retrouveront une vigueur nouvelle et cesseront d’être anémiques. Et enfin, une autre conséquence de cet envahissement de l’Esprit-Saint est de faire de nous des témoins comme nous l’a demandé Jésus: témoins de l’Évangile et témoins du Christ mort et ressuscité. C’est facile de dire de belles choses sur Dieu, mais le plus important est d’en vivre.
Ceci amène une autre conséquence: la libération et la délivrance. C’est-à-dire que nous cherchons à nous libérer de ce qui s’oppose à l’alliance de Dieu pour accueillir ce que Dieu veut faire par les charismes, par sa grâce et par sa gratuité.
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[1] La Bible, Évangile selon saint Jean, chapitre 7, versets 37-39.
[2] La Bible, Épître aux Galates, chapitre 4, verset 6.
[3] La Bible, Épître aux Hébreux, chapitre 13, verset 14.
[4] La Bible, Apocalypse, chapitre 22, verset 20.
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