Angèle Rizzardo


Angèle Rizzardo

Sœur Angèle est l'enfant chérie des Québécois. Elle continue sa grande tournée du Québec afin de promouvoir les produits d'ici, en plus de collaborer aux magazines TV Hebdo et Les Idées de ma maison. Enfin, avec l'agence Solbec Tours, elle accompagne des groupes dans des voyages culturels et gastronomiques. Elle a longtemps travaillé pour le compte de l'Institut du tourisme et d'hôtellerie du Québec.

Article paru en février 2002.

Les confidences de sœur Angèle

En l'espace de quelques minutes, sœur Angèle Rizzardo a été consacrée superstar. Cette religieuse, membre de l'Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil fondé par Marie Gérin-Lajoie, n'en revient toujours pas. Un après-midi, alors qu'elle remplace un collègue de l'Institut de l'hôtellerie et de l'alimentation du Québec pour une simple démonstration culinaire à l'émission télévisée All Boubou à la Société Radio-Canada, elle devint, malgré elle, une coqueluche du petit écran. En quelques minutes, la cuisinière inconnue s'impose comme l'amie de tous les Canadiens francophones. Connue pour sa bonne cuisine, sa spiritualité et sa vie intime demeurent des mystères. Voici une interview exclusive réalisée dans l'intimité de sa résidence du boulevard Saint-Joseph, le «Hollywood» de sa congrégation religieuse catholique.

BENOÎT VOYER - La vie trépidante que vous menez depuis tant d'années ne semble pas avoir ébranlé la foi en votre Dieu. Quelle est votre recette?

ANGÈLE RIZZARDO - Je dois prier quotidiennement pour garder la foi. Ce n'est pas acquis! Ma vie est comme celle d'un couple marié... L'homme et la femme doivent être présents l'un à l'autre pour stimuler leur relation d'amour! C'est la même chose dans la relation que j'ai avec mon Jésus.

Chaque jour, je lui dis: «Je te remercie de m'avoir choisie.» La foi, c'est-à-dire l'acte de croire en son amour, est un cadeau merveilleux qu'il m'offre. J'aurais pu faire autre chose dans la vie, mais il m'a amoureusement choisie. D'ailleurs, il choisit presque toujours des gens ordinaires, comme vous et moi!

B.V. - Quel est le lien entre votre travail et la foi que vous tentez de vivre?

A.R. - Pour moi, le poêle et la table sont comme une offrande, comme une messe...

B.V. - C'est une belle métaphore, mais vous êtes une religieuse! Votre travail est de nourrir le cœur des gens de la bonne nouvelle de votre Jésus!

A.R. Je vous rappelle que le corps et l'esprit sont des complices. Si un corps est mal nourri, l'esprit ne peut pas cheminer vers mon Jésus!

B.V. Il est étonnant de constater à quel point les artisans des médias vous aiment! Ils apprécient votre respect et vous le rendent bien.

A.R. - Ils me disent souvent: «Merci de ne pas nous avoir cassé les oreilles au sujet de votre Jésus, votre époux». Le respect des autres est très important pour moi. J'essaie de toujours imiter Jésus lorsqu’il disait: «Si tu m'aimes, allez viens! Suis-moi! Viens marcher à ma suite!» Il n'a pas dit: «Écoute-moi! Je suis Jésus le Messie! Je suis quelqu'un, moi! Alors, pas besoin de parler! Il me suffit d'être présente dans mon milieu de vie en montrant que nous, les chrétiens, sommes des personnes différentes, particulièrement au chapitre du pardon. En 2002, si chacun avait un petit brin plus de respect en l'être humain, tout irait mieux!

B.V. - Vous parlez donc de lui par votre exemple...

A.R. - Ma mère, qui a maintenant 95 ans, m'a dit dernièrement: «Tu sais, parfois la vie est difficile. Il faut apprendre à se dire que le Seigneur nous a mis sur la terre parce que nous avons une mission à accomplir. Tu as ta façon à toi de parler de lui!»

B.V. - Pour la société québécoise contemporaine, votre Jésus, votre amoureux, c'est de l'histoire ancienne...

A.R. - Plus ça va, plus les gens vont avoir besoin de lui. Il y a eu une évolution dans la société. Les gens ont reçu beaucoup de lui, et là, ils l'ont oublié. C'est comme quelqu'un qui dit: << Bien là, j'ai assez d'argent... Je ne passerai pas à la caisse. >> Il met la banque en état d'attente. C'est la même chose pour la foi! Bien des gens ont mis Jésus en situation d'attente, sur la tablette. Par chance, il est patient! C'est sa manière de nous montrer qu'il nous aime.

B.V. Comme Marie Gérin-Lajoie, vous avez une mission bien particulière. Vous arrive-t-il de vous comparer à la fondatrice de votre institut religieux?

A.R. Me comparer à elle serait une chose prétentieuse, parce que c'était une femme audacieuse.

B.V. - Mais vous êtes audacieuse!

A.R.- (Elle fait silence et pense à haute voix.) Oui, mais avec mon style à moi... Elle disait, soyez, dans la société, des femmes présentes, audacieuses et qui prennent les choses en main. (Elle continue sa réflexion après une brève rentrée en elle-même.) J'ai peut-être un peu reçu d'elle parce qu'elle m'a saisie, cette femme! (Ses yeux s'illuminent et une joie s'installe sur son visage en pensant à elle.) La première fois que je l'ai rencontrée, elle m'a touché le cœur. Elle m'a vraiment touchée!

Comme moi, elle avait une grande admiration pour la nature et pour l'être humain. Elle ne faisait pas de sélection et respectait chacun et chacune dans son cheminement. Elle disait: «Nous sommes tous au service de Dieu et des êtres humains. Nous devons demeurer humbles, pauvres et audacieuses.» Elle nous invitait à oser... Quelle femme merveilleuse!

B.V. - Vous avez montré au peuple québécois un autre visage de la religieuse. À votre façon, vous aussi avez beaucoup osé!

A.R. - Cette carrière publique est arrivée à mon insu. Si j'avais su, j'aurais eu peur! Croyez-moi! C'est en suivant l'exemple de Marie Gérin-Lajoie que j'ai accepté d'être là, au service des gens.

B.V. Marie Gérin-Lajoie vous aurait permis une telle mission publique?

A.R. - Je me suis toujours sentie comprise de cette femme. Elle croyait en ce que je faisais. Elle m'a tellement fait confiance que j'ai pris confiance en ce que je fais. Elle voyait toujours quelque chose de grand dans l'être humain. Comme vous... Je suis entière. Lorsque je suis avec vous, je ne suis pas ailleurs. J'oublie tout...

R.V. - Au fil des ans, quelle valeur avez-vous voulu transmettre au public?

A.R. L'amour de la famille. Présenter un petit plat, c'est une façon de dire l'amour. Je me suis toujours sentie complice de mon mari, de Jésus. C'est lui le plus grand. Imaginez ce qu'il a fait: la multiplication des pains, des poissons, du vin... Il commençait toujours par nourrir les gens. Il s'assurait toujours que le vin soit toujours de bonne qualité, du premier jusqu'au dernier verre...

B.V. - Vous ressemblez vraiment à votre fondatrice!

AR. - (Elle sourit bien humblement et ne répond pas à ce commentaire. Elle préfère continuer sur une autre voie. Elle se permet une confidence.) Un jour, Marie Gérin-Lajoie m'a dit: «Vous savez, ma p'tite sœur, le Seigneur va vous demander une mission pas comme les autres. Lorsque vous commencerez à avoir un petit filet blanc dans les cheveux, il y aura une nouvelle mission pour vous, une mission différente et spéciale...»

B.V. - Elle était clairvoyante!

A.R. - Oui! À cette époque, je pensais que je partirais pour l'Italie afin de fonder une mission! Ce n'était pas ça du tout! (Rires.) C'était la vie publique qui m'attendait...

B.V. - Le livre biographique de la journaliste Catherine Yoffé révèle plusieurs de vos petits secrets. On y apprend, notamment, que vous êtes « enfant de la guerre ». C'était la Deuxième Guerre mondiale...

A.R. - Je suis née au combat! Pour moi, la vie est un combat constant. Celui-ci ne doit pas en être un de tristesse, mais d'abandon, de service et d'amour en vivant un instant à la fois. Pour moi, chaque seconde ne peut pas se passer de la même façon parce que chacune est importante dans ma vie quotidienne.

B.V. - C'est la guerre qui a formé votre intériorité. On dirait que les enfants qui la connaissent sont façonnés avec plus de solidité en eux!

A.R. - Si les enfants d'aujourd'hui vivaient dix jours comme les enfants ont vécu de 1938 à 1945, ils seraient effectivement plus forts! Il faut dire aux jeunes que la vie est belle. Il y a toujours un dépassement dans celle-ci. Après les orages et la pluie, il y a toujours du soleil. Vous comprenez? Il y a toujours de l'espérance. Malgré les difficultés, il faut être forts comme les enfants au front. Avec un cœur rempli d'amour, il est possible de passer à travers toutes les épreuves. Pour arriver à apprécier la vie, il faut savoir faire silence en soi.

B.V. - Une petite prière avec ça? (lance à la blague le représentant de la Revue Sainte Anne, comme la petite fille de chez McDonald qui demande «Un chausson avec ça?»)

A.R. (Rires.) Pourquoi pas! Le mal à l'âme de la jeunesse d'aujourd'hui serait moins grand si elle savait s'arrêter pour prier. Quand on ne sait guère comment prier, la vie est plus difficile. La prière aide à espérer...

B.V. - Qui leur enseignera?

A.R. - Peut-être les grand-mamans! Et puis, elles sont moins occupées que les parents! Elles peuvent encore faire bien des choses... Elles ont un rôle extraordinaire! Celui-ci est essentiel. La mission de grand-maman est d'être présente et à l'écoute de ses petits-enfants. Imaginez l'effet qu'a la nourriture chez un enfant qui arrive chez sa grand-maman! La nourriture est un beau moyen d'entrer en contact avec ses petits-enfants. Le sucre à la crème est généralement irrésistible! Une recette, c'est comme un évangile... C'est plein d'amour.

B.V. - Nous apprenons, dans le livre de Catherine Yoffé que vous avez survécu aux bombes! Cela a dû être terrible!

A.R. - Il y avait plein d'enfants morts autour de moi. J'étais pleine de sang et de poussière...

B.V. Vous rappelez-vous ce qui se passait dans votre tête de gamine au moment où les bombes tombaient autour de vous?

A.R. - Comme si c'était hier! C'était terrible! Vraiment terrible! Je n'aime pas raconter ce que j'ai vu... Depuis la guerre, chaque fois que je me retrouve dans une situation extrême et que je ne sais plus ce qui va m'arriver, inconsciemment, je penche toujours ma tête dans la position du fœtus, e ressens toujours le choc. C'est encore terrible! Épouvantable!

B.V. - La position du fœtus est une position d'abandon...

A.R. - C'est un peu ça... Lorsqu'on sent la mort qui approche, on redevient comme des enfants. Tout ce qu'on réussit à faire, c'est de s'abandonner.

B.V. - Comme votre cher Niko a fait lorsqu'il est mort!

A.R. - (Elle s'enlise dans un long silence... Des larmes remplissent ses yeux. Le souvenir de son cousin et ami d'enfance, mort à l'âge de huit ans, la plonge dans une grande tristesse. Ses yeux bleus deviennent gris. En sanglotant, elle tente de continuer l'entretien, mais ce sera son dernier propos.) Je suis sûre qu'il est à la source de ma vocation.

B.V. - Il veille sur vous depuis votre jeunesse... C'est votre ange gardien?

A.R.-... (Elle acquiesce par un signe de la tête.)

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.107 à 113. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

ARTICLE DU JOUR: Tekakwitha, la sainte Catherine de Kanawake


Tekakwitha, la sainte Catherine de Kanawake

Par Benoit Voyer

17 avril 2025

En 1656, à Ossernenon, petit hameau connu de nos jours du nom d’Auriesville, dans l’État de New York, nait Tekakwitha. Ce prénom veut dire « celle qui met les choses en ordre ». Cette année-là, son père est chef mohawk.

Sa mère est de la lignée du peuple Algonquin. Elle fait partie du clan de la « Tortue » ou de la famille de la longue maison. Elle est baptisée dans la tradition catholique.

A l’âge de quatre ans, Tekakwitha contracte la variole, une maladie européenne. Elle survit à la pandémie, mais son corps en gardera des traces toute sa vie. En revanche, le virus ravage sa communauté, dont ses parents et son frère cadet.

Son visage est marqué par des cicatrices permanentes et deviendra quasi aveugle. Toute sa vie, elle devra tendre ses mains devant elle pour naviguer son chemin et se protéger contre les blessures.

À la suite de la pandémie, sa communauté se déplace de l'autre côté de la rivière à Caughnawaga, patelin devenu Fonda. Tekakwitha grandit chez sa tante et son oncle.

Comme les autres filles, elle aide à préparer les repas, cueille des baies dans les bois, confectionne des paniers et enfile des perles et du wampum.

A 11 ans, Tekakwitha rencontre pour la première fois un missionnaire jésuite. Le père James de Lamberville est de passage dans leur maison. Le Jésuites deviendra son confident. En bavardant avec lui, elle apprend à connaître la foi chrétienne de sa mère. D’une rencontre a l’autre, elle finit par demander le baptême. Elle portera maintenant le prénom de Catherine.

Sa famille n’est pas en accord avec le christianisation des amérindiens. Elle lui fera la vie dure.

En 1677, craignant pour sa sécurité, elle embarque à bord d’un canot avec un missionnaire catholique laïc amérindien. Ils font un long voyage. Ils traversent ce qui deviendra le Lac Champlain et remontent la rivière Richelieu jusqu’à la mission catholique Saint-François-Xavier, à La Prairie, sur la rive sud du Saint-Laurent. A cet endroit, elle pourra vivre sans contrainte sa foi chrétienne.

Le, 25 mars 1679, Catherine fait une promesse de virginité perpétuelle, ce qui signifie qu'elle désire rester célibataire, ne pas avoir de relations sexuelles et se dévouer totalement à son Jésus.

N’ayant pas une grosse santé et pratiquant des exercices de mortification comme c’était la coutume a son époque, elle décède le 17 avril 1680, à l'âge de 24 ans. Ses derniers mots sont: « Jésus, je t'aime ».

Témoins de sa mort, deux Jésuites raconteront jusqu’à la fin de leurs jours que, quelques instants après la mort de Catherine Tekakwitha, son visage balafré et défiguré par la vérole est devenu miraculeusement d'une beauté infaillible.

Elle est enterrée dans un cercueil en bois à côté de la croix de bois où elle a prié sur les rives du grand fleuve.

En 1684, Catherine Tekakwitha est exhumée du cimetière et ses restes transférés dans la sacristie. Ses restes humains sont placées à l’intérieur d’un coffre. Elle devient la première autochtone des Amériques à recevoir l’honneur de voir son corps reposer dans une église.

En 1972, les « Filles d’Isabelle » de Kahnawake recueille de l’argent et paient la confection d’un tombeau de marbre carrera qui est installé dans la chapelle de la mission catholique.

Au fil des ans, a cause de la communauté anglophone, Catherine devient Kateri Tekakwitha.

Catherine « Kateri » Tekakwitha est canonisée, au Vatican, le 21 octobre 2012 par le pape Benoît XVI. Sa mémoire liturgique est soulignée le 17 avril de chaque année.

PORTRAIT: Denis-Antoine Lévesque


Denis-Antoine Lévesque

Denis-Antoine Lévesque est actuellement l'assistant du frère ministre général des Franciscains de l'Emmanuel, frère François-Marie Garon, responsable de la formation des nouveaux membres de la fraternité franciscaine, et ira fonder une maison de formation au Cameroun, en Afrique, en septembre 2005. Les Franciscains de l'Emmanuel regroupent 68 membres. À Amqui et à Montréal, au Canada, ils sont quatre frères consacrés internes (avec quatre candidats), cinq membres externes (avec six candidats) et seize amis associés. Dans le diocèse de Nhongsamba, au Cameroun, ils sont 59 membres externes (dont 10 jeunes hommes qui cheminent pour devenir frères consacrés internes) et 92 amis associés. En novembre 2003, le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, a donné une reconnaissance canonique aux Franciscains de l'Emmanuel, à titre d'association de fidèles.

Article paru en mars 2001.

«Je me souviens, je pleurais... Ce fut une découverte foudroyante!»

«À l'âge de cinq ans, je m'en souviens comme si c'était hier, j'étais seul à l'arrière de l'église de Malartic, en Abitibi. Je me suis aspergé d'eau bénite et couché par terre en donnant ma vie au Seigneur. Je me suis relevé et je suis reparti avec un feu joyeux dans le cœur», raconte candidement le frère Denis-Antoine Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel, une nouvelle fraternité franciscaine qui compte une trentaine de membres.

«Cette première expérience de Dieu m'a profondément marqué. Pour moi, Jésus était un être vivant. Je m'en souviens, c'était écrit à l'avant de l'église: Mon Jésus, je t'aime! Je ne savais pas tout ce qui se passait à la messe, mais je répétais sans cesse ces paroles», dit-il. Il vivait déjà une relation particulière et personnelle avec Dieu.

Né le 12 juillet 1960, ce fils de mineur, était un p'tit gars vivant et dynamique qui avait déjà une attirance pour le sacré. Il y avait de l'exubérance dans ce cœur d'enfant. C'est vraiment une grâce spéciale qu'il a reçue parce que ses parents étaient de bons catholiques du dimanche, des gens pas plus religieux que les autres de ce temps.

C'est justement à cinq ans qu'il reçoit ses premières responsabilités à l'église paroissiale: servir la messe et fermer les lumières après les célébrations.

Au séminaire
À 10 ans, il entre au petit séminaire diocésain de Rouyn, le Séminaire Saint-Michel. Désirant consacrer sa vie au service de l'Éternel, il passe son adolescence dans ce lieu de croissance particulier. Parfois, il veut devenir prêtre ou policier. À d'autres moments, pompier ou prêtre. Ou encore, prêtre ou professeur. Son désir d'accéder au sacerdoce demeure cependant toujours présent.

François d'Assise
À 12 ans, il fait la rencontre de saint François d'Assise en regardant le film « François et le chemin du soleil ». A partir de ce jour, plus rien n'est pareil dans son cœur. C'est le coup de foudre! Un véritable choc de l'âme! Sans tarder, il dévore les cinq ouvrages consacrés au personnage qui se trouvent à la bibliothèque scolaire.

«Je me souviens, je pleurais... Ce fut une découverte foudroyante! Au premier livre, je pleurais en lisant chacune des pages. Ce qui m'a touché de François, c'est sa relation avec Jésus. Il était un passionné! C'était tout ou rien ! Je me retrouvais en lui. Moi aussi, je voulais tout donner au Christ!» raconte-t-il comme si c'était hier.

À partir de ce moment, la dimension franciscaine entre en lui. Cela s'est fait discrètement parce qu'il ne savait même pas qu'il existait des Franciscains au Québec. C'est à 15 ans qu'il rencontre des membres d'une fraternité laïque, le Tiers-Ordre franciscain. C'était au séminaire, lors d'un rassemblement d'un groupe de la paroisse, parce que l'église-cathédrale venait d'être détruite par un violent incendie.

«Je voyais des gens entre 40 et 50 ans qui venaient à une réunion. J'ai demandé ce qu'il y avait à cette rencontre. Ils m'ont répondu: Les Franciscains séculiers laïques». J'ai répondu: «Ah oui! Saint François d'Assise! Il me faisait tellement vibrer! Je suis allé à la rencontre et j'ai commencé à fréquenter ce groupe. J'allais aux réunions deux à trois fois par mois. C'est là que j'ai eu ma première formation franciscaine. J'ai fait mon noviciat dans le troisième ordre de François», ajoute Denis Lévesque.

Le feu de l'Esprit
À l'école secondaire, Denis Lévesque s'implique dans la pastorale. À 15-16 ans, Bob Digman, originaire de Waterloo, dans les Cantons-de-l'Est, et actuellement missionnaire au Mexique, est de passage en Abitibi pour une tournée d'évangélisation où il raconte son expérience de conversion. Une soixantaine de jeunes de l'école viennent l'entendre et prier avec lui, dont Denis. Ils sont touchés par l'expérience. Plusieurs repartent avec un renouvellement de leur vie de foi.

«Les p'tites filles me travaillent»
De 16 à 19 ans, il vit ses expériences amoureuses avec les filles, dont la majorité sont membres du groupe de la pastorale scolaire touchées par l'expérience Digman.

À 19 ans, il a une relation plus sérieuse avec une jeune fille qui lui demande de réfléchir à son avenir et de faire des choix. «C'était une fille extraordinaire! Elle s'appelait Sylvie!», lance l'homme aux yeux qui brillent encore de tendresse pour elle.

«Est-ce que je veux me marier? Est-ce que je désire avoir des enfants? Qu'est-ce que je veux faire de ma vie? » Il se pose bien des questions.

L'appel de la prêtrise revient encore plus fortement en lui. Il décide de poursuivre sa route seul et d'aller plus loin dans cette voie pour répondre au feu qui brûle en lui.

Un regard de père

Inscrit en sciences humaines au cégep, le jeune Lévesque continue sa recherche. «À 20 ans, mon père m'a amené visiter sa mine. Cela a été un moment qui m'a profondément marqué. Il m'a présenté à ses compagnons de travail. Il était fier de me présenter! Ce regard porté sur moi par papa m'a fait du bien. On a besoin d'être regardé pour pouvoir vivre! Surtout par ce regard de père!» dit Denis Lévesque sur le ton du secret, tout en se berçant sur une bonne vieille chaise pas trop confortable.

Montréal
Après ces années au collège public, il arrête ses études. Il déménage à Montréal et travaille à la Banque Nationale durant 18 mois.

Avec son colocataire, l'abbé Pierre Smith, il fonde le groupe de prières Saint-Louis-de-France. «Ça a été un peu phénoménal! Lorsque nous avons débuté, nous étions trois jeunes. Au bout de trois mois, nous étions 30! Six mois: 80! Huit mois: 200! Chaque semaine! J'ai été responsable durant un an et demi. Le groupe a fonctionné pendant cinq ans...», ajoute-t-il.

Il fait ensuite un stage dans une communauté franciscaine et part étudier la théologie à Ottawa.

Rome
À 22 ans, il entre au noviciat des Oblats de la Vierge Marie à Rome. Dans cette ville d'Italie, il y a des Franciscains et des Capucins à chaque coin de rue. Chaque fois que j'en voyais un, c'était comme si je recevais un coup de poignard en pleine poitrine. Par la suite, je suis souvent allé prier à Assise. Dans ce pays, j'ai renoué ma relation avec saint François», se souvient l'homme à la barbe et aux cheveux qui commencent à annoncer les années de la sagesse.

Il décide donc de quitter le postulat, de revenir terminer ses deux années de théologie à l'Université Laval de Sainte-Foy et à poursuivre sa réflexion.

Naissance des Franciscains de l'Emmanuel
Le 5 janvier 1985, avec un groupe d'amis, il fonde les Franciscains de l'Emmanuel, une fraternité communautaire dans l'esprit du saint d'Assise. Le groupe prend naissance avec la permission de l'archevêque de Montréal. Ses quatre compagnons du début décident de quitter la communauté. En 1986 se joint à lui François Garon, qui prend l'habit gris et avec qui il chemine depuis ce temps.

De 1990 à 1995, ils résident à Roxton-Pond, situé à quelques kilomètres de Granby, mais aucune nouvelle recrue à la fraternité. De 1995 à 1997, ils vivent une expérience avec les Franciscains du Renouveau dans le Bronx, en pleine jungle new-yorkaise. Ils songent à se joindre à cette nouvelle fraternité franciscaine prospère. Ils reviennent finalement au Canada et décident de s'établir à Montréal.

Mère Teresa: une amie
«Å New York, on rencontrait souvent Mère Teresa parce que ses religieuses habitent à 10 minutes de marche de chez les Franciscains du Renouveau. Les frères prêtres vont souvent célébrer la messe dans leur maison. Il y a beaucoup d'échanges entre les deux communautés. Quand elle venait à New York, elle habitait toujours à cet endroit. Nous allions souvent prier avec elle», raconte le frère Denis-Antoine Lévesque.

Il poursuit: «En juin 1997, avant qu'elle parte pour Calcutta, deux mois avant qu'elle décède, je lui donne une petite lettre lui expliquant que François et moi étions en réflexion pour savoir si nous revenions au Québec. Si nous restions à New York, il n'y avait pas de retour possible au Canada avant une quinzaine d'années. Je lui demandais donc conseil. Elle prend la lettre, elle l'amène à Calcutta et elle décède le 6 septembre 1997. Une semaine plus tard, nous recevions sa réponse. C'est donc une des dernières lettres écrites avant son départ.» Mère Teresa écrivait: «Dieu vous a sûrement amenés à New York afin de pouvoir mieux aimer et apprécier le don de votre communauté au Québec.»

Pourquoi persévérer?
S'il a persévéré, c'est qu'il est convaincu d'être dans sa vocation. Les deux franciscains se disent depuis plusieurs années que même si la communauté ne compte pas plus de deux ou trois membres, ils persévéreront et mourront en Frères franciscains de l'Emmanuel.

C'est un peu fou! Humainement, ce que nous avons vécu semble un échec, mais je sens que je fais vraiment la volonté de Dieu dans cet état de vie. Cela correspond à ce que je veux vivre », conclut frère Denis-Antoine.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.115 à 121. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 16 avril 2025

 Visite au Sanctuaire Kateri Tekakwitha, a Kanawake


En ce 4e jour de ma montée pascale, ce 16 avril 2025, j'ai participé a la messe de 10h30, au Sanctuaire Kateri Tekakwitha, a Kanawake, sur le territoire de la Nation Mohawk. Au préalable, a partir de 9h15, je me suis recueilli auprès de la tombe de Tekakwitha, baptisée dans la tradition catholique du prénom chrétien de Catherine, en anglais Kateri. Le 17 avril de chaque année, la liturgie catholique de partout sur la planète se souvient d'elle. Depuis ma jeunesse, j'ai une grande admiration pour cette jeune décédée a l'âge de 24 ans. Pour vivre sa foi chrétienne qui n'était pas bien vue autour d'elle, elle a dû fuir l'actuelle région de Fonda, dans l'État de New York, remonter le Richelieu en canot d'écorces et s'établir sur la rive du Saint-Laurent.


Messe chrismale a la cathédrale de Joliette


3e jour de ma montée pascale: J'ai participé a la messe chrismale en la cathédrale Saint-Charles-Borromée, a Joliette. Mgr Louis Corriveau a présidé la célébration. De nombreux diocésains étaient rassemblés autour de leur évêque, en présence des évêques émérites, prêtres et des membres de la famille diaconale. Au cours de la messe, Mgr Louis a procédé à la bénédiction de l'huile des catéchumènes, des malades et à la consécration du saint chrême. La célébration s'est terminée par la remise des huiles saintes aux représentants de chacune des régions pastorales du diocèse.



J'ai profité de l'occasion pour visiter l'exposition de peinture "Chemin de croix, chemin de vie" qui a lieu jusqu'au 20 avril. J'y ai croisé et salué Anne-Marie Forest, qui est une remarquable artiste en art sacré. Je l'ai connue lors d'une formation en accompagnement spirituel que je donnais a Montréal pour le SASMAD, entre 2005 et 2009.

Oeuvre de l'artiste Anne-Marie Forest "Institution de l'eucharistie - La messe sur le monde"

Robert Dutton


Robert Dutton

Depuis 1992, Robert Dutton assure la direction de RONA à titre de président et chef de la direction. De 1990 à 1992, il a occupé le poste de vice-président et de chef des opérations de cette même entreprise, chargé de l'ensemble des opérations de RONA. Depuis qu'il dirige l'entreprise, celle-ci a connu une croissance soutenue et est devenue le plus important distributeur et détaillant canadien de produits de quincaillerie, de rénovation et de jardinage.

Robert Dutton est titulaire d'un baccalauréat en administration des affaires, option marketing-finances, de l'École des hautes études commerciales (Montréal), 1977.

Article paru en mars 2002.

«L'entreprise demeure, pour moi, un endroit de choix pour servir Dieu»

«La foi est un cadeau que Dieu m'a donné. Je me suis toujours demandé pourquoi il m'a gâté ainsi. J'ai toujours aimé la solitude, avoir des moments de prière et aller à la messe. Durant ma jeunesse, je devais avoir 16 ans, je me suis interrogé: Qu'est-ce qu'il me veut? Qui suis-je pour qu'il s'intéresse à moi? Je ne suis que le fils d'un quincaillier!», lance d'entrée de jeu Robert Dutton, chef de direction chez RONA.

En plus de ces questions, une autre revenait sans cesse en lui. II s'agit de la célèbre phrase du marchand: «Est-ce que je peux vous aider? » Il se questionne sur sa vocation.

Un jour, il se rend au confessionnal de sa paroisse pour en parler au curé. Bien connu des gens de son village à cause de la situation bien en vue de son père, il se dit qu'en ce lieu anonyme le ministre du culte catholique ne le reconnaîtra pas. «Je voulais comprendre ce qui me bouleversait tant. En ouvrant la petite trappe du confessionnal, il me lance: "Ah! Je suis content de te voir! Est-ce que ma tondeuse est prête?" (Rires.)», raconte-t-il.

En cette journée qui l'a grandement marqué, Robert Dutton affirme avoir compris quelque chose dans la recherche de sa vocation... Sa mission est au service des autres. Finalement, il ne parle pas de son questionnement au prêtre et repart comme il est arrivé. Robert Dutton décide de se consacrer à sa formation universitaire et de s'impliquer dans le commerce familial. En 1977, il termine un baccalauréat aux Hautes études commerciales (HEC), à Montréal.

L'entrée chez RONA
«Je suis un gars timide et réservé. J'étais très craintif d'aller travailler dans les entreprises et j'avais clairement spécifié à mon père que je ne travaillerais jamais pour RONA, dit-il. La coop et la ceinture fléchée, ce n'était pas pour moi! Quelques jours après la fin du bac, papa m'a amené à une réunion des marchands RONA. Comme un trophée, il m'a présenté au président de la coopérative. Il était bien fier de son fils sorti des HEC!» (Rires.), raconte-t-il

Il poursuit: Quelques jours plus tard, il me téléphone: "Viens donc me voir!" A son bureau, il me dit: "Les projets de ton ton père, on pense les réaliser dans deux ans," Et il ajoute: "Écoute! l'ai besoin de quelqu'un qui connaît le commerce au détail. J'aurais besoin de toi pour environ deux ans. Ton père aura le temps de murir ses projets et, de ton côté, tu verrais comment vont les nôtres! À la fin du contrat, si tu décides de retourner dans le magasin familial, tu auras une plus grande expérience de l'entreprise!" Sans que je sache pourquoi, j'ai accepté! Ce fut un coup de foudre! Je suis tombé amoureux avec RONA!»

Durant quelques années, il travaille très fort et sans arrêt. Il se défonce. De cette manière, il rend service à la société et se réalise personnellement. Dans l'intimité, il entretient sa foi. Il prie et assiste fréquemment à la messe. Dans son milieu, on n'en sait rien. Ses valeurs religieuses sont une affaire privée.

L'entrée en lui
À 28 ans, il fait un voyage d'une dizaine de jours à Vancouver, dans l'Ouest canadien. A l'approche de la trentaine, il sent le besoin de faire un bilan de vie.

Devenu directeur de la mise en marché chez RONA, il songe à manifester son intérêt pour le poste de vice-président marketing que l'entreprise veut pourvoir.

«Je réalisais que je n'étais pas marié, mais que ce n'était pas un drame. La vie n'avait pas permis que je rencontre une femme avec qui je veuille faire un projet. En revenant d'une marche, dans ma chambre d'hôtel, une question surgit en moi: Robert, quels sont tes objectifs de vie spirituelle? Cette journée-là, j'ai pris la ferme résolution d'agrandir ma connaissance de Dieu, d'améliorer ma vie de prière et d'augmenter ma présence à l'Eucharistie en y allant aussi sur semaine», se souvient l'homme aux cheveux poivre et sel.

En ces jours de réflexion, il écrit son nouveau plan éthique. Celui-ci consiste en trois points: «a) Tu ne dois jamais rien faire pour l'argent. Ce que tu as à réaliser, tu le fais pour Dieu à travers ton service aux autres. Augmenter les revenus de l'entreprise, c'est louable! Cependant, pour toi, s'il y en a, tant mieux, s'il n'y en a pas, tant mieux aussi ! Tu es au service des autres et RONA est un instrument, un lieu d'efficacité pour atteindre ton objectif de service; b) Te ne dois rien faire pour ta reconnaissance personnelle. L'orgueil éloigne de la réalité; c) Tu as des devoirs et des responsabilités envers tes employés. Attention à ta manière d'exercer ton pouvoir!»

Professionnellement, il décide de garder le cap sur la vice-présidence et, peut-être, la présidence.

Enfin, il décide qu'à 40 ans il passera à autre chose. Il songe à une vocation de service comme celles de Mère Teresa et de Jean Vanier.

En 1990, en pleine récession économique, il atteint son objectif et devient président de RONA. Pendant quatre ans, il travaille activement à redresser la situation économique de l'entreprise et ouvre les premières grandes surfaces en créant 250 emplois.

L'entrée au Grand Séminaire
«En 1994, je rencontre le président du conseil d'administration de RONA. Je lui dis: "J'arrive à 40 ans. Il me semble que j'ai réalisé tous mes objectifs. Je ne sais plus quoi faire... Je ne suis pas intéressé par la besogne de patron d'une plus grande entreprise ni de travailler pour une autre que RONA." Il me répond: "As-tu déjà pensé faire quelque chose pour la vie spirituelle des gens?"», raconte Robert Dutton.

Surpris par cette réponse, le chef de direction reste coi et songeur. Le président ne sait rien de son cheminement. Comment a-t-il pu lire en lui? Il y a tant d'années qu'il se questionne. Pour la première fois de sa vie, il décide de consulter sérieusement un prêtre catholique. Il a besoin qu’on l’aide à décider ce qu'il doit faire. A la suite de cette rencontre, il choisit d'aller réfléchir, pendant quelques mois, au Grand Séminaire de Montréal.

Ignorant tout de son questionnement intérieur, le conseil d'administration de RONA lui accorde six mois de repos pour refaire le plein. Une belle façon de souligner son vingtième anniversaire au service de l'entreprise! «De toute façon, un refus de leur part aurait simplement provoqué ma démission. Mon besoin de me retirer était trop grand!» lance-t-il.

Pour lui, il s'agit d'un des plus beaux cadeaux de sa vie. Les cours de théologie l'aident à structurer ses projets d'avenir et à réfléchir au phénomène de la mondialisation qui, selon lui, est un nouveau signe des temps, et à la dignité de la personne humaine.

L'intuition première qu'il avait en entrant au Grand Séminaire ne se concrétise pas. Après quelques mois, il décide de poursuivre chez RONA. «J'ai pris conscience que l'entreprise demeure, pour moi, un endroit de choix pour servir Dieu!» confie Robert Dutton.

Durant ces mois, j'ai écrit un plan d'avenir pour l'entreprise. Quelles sont les valeurs que RONA doit avoir? Comment cela doit-il se traduire? etc. Les changements devaient se prendre progressivement dans le but de respecter le cheminement de chaque employé. Je suis revenu chez RONA pour créer un modèle d'entreprise afin de montrer notre différence», explique-t-il.

Plus ambitieux que jamais, il veut donner à ses travailleurs des conditions de vie respectueuses, créer encore plus d'emplois et instaurer des valeurs sociétales - comme la solidarité -, car, pour lui, il faut que le coopératisme évolue. Le «modèle de la ceinture fléchée est terminé!», parce que les modèles économiques changent. «On est poussé à la croissance, mais pas à n'importe quel prix!», insiste-t-il pour nuancer son idée. Enfin, il met sur pied un important programme de communication pour l'entreprise. Personnellement, il décide de sortir sa foi du placard.

L'entrée au pays des grands
Les fruits de mes petits gestes ne me regardent pas... Je n'ai pas la prétention de changer des choses dans la société et le monde des affaires. Ce que je fais est ma façon de construire un p'tit bout du royaume de Dieu», dit-il en toute humilité - un peu à la manière de saint Joseph qu'il affectionne (d'ailleurs, une petite statue qui le représente est bien en vue dans son bureau) - avant de passer à un autre sujet afin de ne pas trop s'attarder à celui-ci.

Pourtant, depuis six ans, RONA a grandement évolué. Robert Dutton et son équipe ont créé et sauvé des centaines et des centaines d'emplois en renforçant le pouvoir de l'entreprise face à la concurrence américaine et ontarienne. Avec ses 25 grandes surfaces au Québec, RONA figure parmi les grands.

De plus, la coopérative est devenue dans le milieu des affaires un modèle à imiter, notamment au chapitre des conditions de travail, qui ont la réputation d'être les meilleures au Québec.

Enfin, à l'interne, il a instauré un petit temps de méditation et une brève prière au début des réunions du conseil d'administration. En plus de continuer sur sa lancée, il caresse un vieux rêve: implanter un «salon du silence» au siège social de RONA. Le projet est annoncé...

Entrer, toujours entrer...
Le cadeau de sa foi, il le partage depuis deux ans. C'est l'abbé Roland Leclerc qui, le premier, lui a demandé d'en parler publiquement à l'occasion d'un petit-déjeuner de gens d'affaires de Montréal. En 2001, il a répété ce geste une quinzaine de fois.

«Ça me faisait un peu peur ces regroupements de chefs d'entreprise qui se rassemblent pour prier Dieu! Je me disais: Ils doivent penser qu'ils l'ont acheté! J'avais un malaise. Je me suis rendu compte que ce n'est pas ça», ajoute le patron de RONA qui est devenu, depuis ce temps, président des Déjeuners de la prière de Montréal. L'histoire est venue aux oreilles de quelques médias -

Paul Arcand l'a déjà reçu à son rendez-vous télévisé - et de ses employés. Plusieurs sont touchés par son audace et ses propos et ne manquent pas de le lui souligner.

«Actuellement, je commence à mijoter l'idée de me retirer dans deux ou trois ans afin de réfléchir encore une fois à quelle manière je pourrais être utile à Dieu», conclut Robert Dutton, qui se demande encore pourquoi Dieu l'a gâté avec «ce si merveilleux cadeau de la foi».

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.123 à 129. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 15 avril 2025


Mon père

Par Benoit Voyer
15 avril 2025

Le 15 avril 2021, mon père entrait dans la gloire des bienheureux du ciel. Il y a longtemps qu’il se préparait à entrer dans la grande lumière. Pour lui, la mort était une nouvelle forme de vie.

Il est décédé au CHSLD Villa-Bonheur, sur la rue Court, à Granby, à la suite de troubles pulmonaires causés par la Covid 19.

Je l’accompagnais depuis quelques nuits, avec ma conjointe Manon. Il est parti en me tenant la main.

Ses funérailles ont été célébrées le 19 avril 2021 en l'église catholique Immaculée-Conception, à Granby, Le père Michel Vigneau a présidé la cérémonie en faisant des parallèles entre Dieu le Père et Roméo, le père.

Il est inhumé dans le lot 40G section 19 du cimetière Mgr Pelletier a Granby, le même jour.

Naissance et baptême
En 1930, dans le haut pays du Kamouraska, sur les terres publiques de Mont-Carmel situées sur la rive est du Lac de l’Est, un groupe d’hommes et de femmes forment en ce lieu une petite communauté nommée la « mission du Lac de l’Est ». Pendant que les hommes travaillent à exploiter la forêt pour le compte des frères Plourde, les femmes s’occupent de leurs marmailles. Du 19e siècle jusqu'aux années 1960, le lac est utilisé par l'industrie forestière pour l'alimentation des moulins à scie et le flottage du bois.

Le secteur est également habité par quelques familles de la première nation Wolastoqiyik, communément appelée « les Malécites ». Les Wolastoqiyik l’appellent le lac Kijemquispam. Ce nom apparait pour la première fois sur une carte toponymique en 1944. Il s’agit d’un mot en wolastoq, la langue parlée par les Wolastoqiyik.

La chapelle du Lac de l'Est en 1927

Dans la petite chapelle en bois construite en 1926, tous vont à la messe lorsque le prêtre catholique est de passage. En ce début des années 1930, c’est l’abbé Albert Dionne qui est le desservant. Le lieu de prière est aussi l'endroit où les quelques enfants de la communauté vont à l’école et où se rassemble au besoin la petite communauté.


La grève du lac de l’Est est une place magnifique pour la pêche. L’eau est claire et y vit de nombreuses espèces de poissons délicieuses à savourer, notamment le touladi, l'omble de fontaine, la perchaude, le corégone, la ouananiche et la lotte.

Le lac est situé sur la frontière canado-américaine. De l’autre bord, au loin, c’est le comté d’Aroostock, dans l’État du Maine. La municipalité américaine la plus proche est Allagash.

En canot, si on suit le courant des eaux, on navigue sur le petit lac de l’Est et la rivière Chimenticook, un affluent du fleuve Saint-Jean.

A environ deux kilomètres de la chapelle, la famille d’Edgar Voyer et Alice Chenard est une des rares qui détient des droits de propriété. Leur lot est sur une pointe de terre située sur la rive du lac et un petit cours d’eau qui sera connu du nom de “ruisseau Voyer”, qui fait référence, bien entendu, aux occupants a son embouchure.

Leur maison en bois est construite au centre de la propriété. Sur le bord de la maison, Alice Chenard, la mère de famille, y a planté quelques fleurs, des « annuelles »[1].

C’est à cet endroit, au cœur de la forêt enneigée, que le 23 décembre 1930 Alice donne naissance à Roméo, mon père, qui sera le dernier marmot du couple. Après les douleurs de l’accouchement, le « p’tit Méo » sera rapidement entouré de ses frères et sœurs : Camille, l’aîné né en 1912, Jean-Marie, Madeleine, Isabelle, Simone, Germaine, Rachel et Gabriel. Jeanne-Mance n’a vécu que quelques heures.

Le lundi 25 décembre 1930, jour de Noël, le bambin est baptisé dans la petite chapelle de la mission par l’abbé Albert Dionne. Il reçoit les prénoms de Joseph, Henri et Roméo. Ses parrain et marraine sont Sigefroid Lizotte [2] et Bertha Dionne [3], un couple de voisins [4]. Le même jour, dans la chapelle, on baptise aussi Léo Gauvin, fils de Charles Gauvin et Alice Marquis. Le journal Le Peuple du 9 janvier 1931 [5] fera écho à ces nouvelles naissances.
Le 17 octobre 1953

Fiançailles et mariage

En 1952, quelques mois avant de se marier, ma mère – avec quelques amies de Mont-Carmel, au Bas Saint-Laurent - participe à une retraite spirituelle animée par le vénérable père Victor Lelièvre à la Maison Jésus-Ouvriers.

Elles prennent le train de Saint-Philippe-de-Néri jusqu’à Québec. Mon père qui était en route pour son travail de bucheron, la dernière « run » qu’il fera, s’arrêtera les saluer et passer quelques heures avec « les filles » qu’il connait bien avant de s’enfoncer dans la forêt boréale.

Maman gardera toute sa vie un précieux souvenir de cette retraite spirituelle.

Roméo arrive à Granby au printemps 1953. Il trouve un emploi à l’Esmond Mills. Engagé pour une journée, il y passera une quarantaine d’années.

Le 17 octobre 1953, il épouse ma mère, Jeannine Jean, dans l’église de Mont-Carmel, dans le Kamouraska. Ils s’installèrent à Granby.

Ils habitent d’abord sur la rue Decelles, devenue de nos jours la rue Matton, puis sur la rue Saint-Charles Nord, en face de l’avenue du Parc (la maison n’existe plus).

Yvon naît en juillet 1955 et Pauline en mai 1957.

En 1957, l’Annuaire téléphonique de Granby [6] indique qu’ils sont domiciliés au 343, rue Savage. Il s’agit de leur première maison.

En 1958, il est inscrit dans le bottin qu’il est domicilié au 98, rue Villeneuve et qu’il est journalier à l’Esmond Mills.

En 1960 arrive la Révolution tranquille québécoise [7]. Les annuaires de 1960 et 1961 indiquent qu’ils sont domiciliés au 98, rue Villeneuve, que mon père est journalier à l’Esmond que et leur numéro de téléphone est 8-5470.

Quelques jours après la naissance de Clément, le 24 mai 1961, ils emménagent le 667, rue Saint-François, où ils passeront le reste de leurs jours. Le duplex est construit pour eux par Léopold Dionne. Leur numéro de téléphone est FR8-5470. Leur premier locataire est Laurier Fontaine. Lui succéderont Raymond Paradis et Huguette Desormeaux.

En 1963, une année après l’ouverture des travaux du concile Vatican II, leur numéro téléphonique devient le 378-5470.

En 1964, Roméo, toujours a l’emploi de l’Esmond Mills, devient mécanicien d’entretien.

Je nais en novembre 1966.

En l’été 1975, on demande à Roméo de se rendre avec un patron de l’usine, étudier la mécanique de nouvelles machines pour l’Esmond Mills. Il apprend notamment les rudiments des « corner automatiques ». Il fera une pause de quelques jours pour assister au mariage d’Yvon, le 19 juillet.

En 1986, il ferme l’usine de la rue Cowie après avoir démonté la machinerie qu’il avait installée dix ans plus tôt. Il les installera une deuxième fois dans une usine de la Dominion Textile située à Magog.

On lui offre de se joindre aux employés de Magog, mais il décide de se prévaloir du plan de préretraite auquel il souscrit depuis quelques années. Il a 58 ans.

A l'usine Esmond Mills, rue Cowie, a Granby

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[1] Lors de ma visite du site, en 2013, elles étaient les reines du site puisque la maison n’existe plus.
[2] Né le 19 octobre 1897 et décédé le 12 février 1960. Inhumé dans le cimetière de Saint-Philippe-de-Néri
[3] Née le 24 juillet 1906 et décédée le 21 mars 1976. Inhumée dans le cimetière de Saint-Philippe-de-Néri
[4] En 1932, Edgar et Alice seront les parrain et marraine de leur fille Bartha Lizotte
[5] Le Peuple, 9 janvier 1931, p. 1 www.numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4020518?docsearchtext=le%20peuple%209%20janvier%201931
[6] Des annuaires téléphoniques de Granby sont conservés dans le centre de documentation de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY 920.011)
[7] Au Québec, la Révolution tranquille, débute en 1960 et prend fin en 1982.

Le Poste Magnan, a Sainte-Julienne

En ce 14 avril 2025, j'ai longuement marcher en plein champs sur le lieu du futur méga poste Magnan, a Sainte-Julienne.










Actualité Plus


En septembre 1986, Benoit Voyer, les Productions Vidéographes et les Productions Vidéos Granby, propose a la télévision communautaire de Transvision Plus, le bulletin "Actualité Plus".

Même si le projet n'a pas été retenu, le document produit et conservé dans le Fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska est une belle pièce documentaire.

D'abord, on y retrouve le jeune journaliste que j'étais, 19 ans. J'en suis a mes débuts dans l'univers des médias.

Au sommaire de l'émission:
1-Incendie dans le bâtiment de la Terrasse du Parc et un extrait d'un entretien avec Denis Turgeon, le chef des pompiers de Granby;
2-Les initiations étudiantes au Cégep de Granby et en entretien avec Yvan Vaillancourt, directeur général de l'institution;
3-Un accident sur la rue Denison Ouest, a Granby;
4-Opinion au sujet du stationnement du l'aréna de Granby.

François Lapierre


François Lapierre

Mgr François Lapierre est évêque du diocèse catholique de Saint-Hyacinthe. De 1967 à 1971, il est missionnaire dans le diocèse d’Ica, au Pérou, ou il œuvre à titre de curé de la paroisse San Joaquin et d'aumônier diocésain de l’Union nationale des étudiants catholiques (UNEC). Après un retour au Québec de quelques années, pendant lesquelles il travaille auprès des jeunes, il quitte à nouveau le pays en 1979 pour le Guatemala. Jusqu’en 1981, il y exerce son ministère au sein d’une équipe formée de prêtres et de laïcs missionnaires. Forcé alors de quitter le pays, il devient missionnaire au Honduras ou il travaille pendant deux ans auprès des séminaristes et dans des quartiers pauvres. Le 28 mai 1991, il devient le supérieur général de la Société des missions étrangères, à Montréal. En 1997, il est réélu pour un second mandat, interrompu le 7 avril 1998 par sa nomination comme évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe. Son ordination épiscopale a eu lieu le 16 juin 1998 et a été présidé par Mgr Louis Langevin, évêque émérite du diocèse, en la cathédrale de Saint-Hyacinthe.

Article publié en septembre 1998 et l’entrevue en avril 2003.

Malgré tout, l’espérance

“Je n’étais pas un homme de grande foi. Je voyais des paysans qui regardaient la mort avec tranquillité... Pas moi... J’avoue que je sentais beaucoup de peur: Je crois qu’on aurait mis cette menace-là a exécution. J’ai bien pensé que j’allais laisser ma vie au Guatemala”, raconte Mgr François Lapierre, évêque de Saint-Hyacinthe, sacré le 16 juin 1998, encore sous le choc des événements qui ont bouleversé sa vie en octobre 1980.

Un beau jour, il trouve sous sa porte une lettre au ton impératif: “Si dans les 48 heures vous n’êtes pas sorti du pays, nous devrons vous supprimer”. Sans tarder, il se rend chez son évêque pour lui demander conseil. Une quinzaine de prêtres viennent d’être tués. Ce sont les semaines les plus sanglantes de la guerre civile qui sévit au pays. Le prélat n’hésite pas un instant et va lui-même le reconduire à la frontière du Honduras ou François Lapierre restera jusqu’en 1983.

“En allant le rencontrer, je me disais: si j’ai des indications claires que je dois rester, je vais rester!” se soutient-il. Mgr Lapierre croit que cet événement est providentiel. D’ailleurs, pour lui, le hasard n’existe pas: “Nous ne sommes pas guidés comme des marionnettes ou téléguidées ou programmés comme un programme d’ordinateur: Je crois à la Providence divine et que nous sommes accompagnés par le Seigneur”.

C’est en 1979 qu’il arrive avec une équipe de prêtres et de laïcs au Guatemala pour y travailler. Le Guatemala vit une guerre civile très importante. L’expérience est très difficile pour ces personnes installées dans la région ou il y a un affrontement entre l’armée et la guérilla révolutionnaire qui combat le régime établi. Raoul Léger, un Acadien faisant partie du groupe de Canadiens, y a même laissé sa peau.

“J’ai beaucoup pensé à lui dernièrement. J’ai participé aux funérailles de Mgr Géraldi qui a été assassiné au mois d’avril à cause de son implication dans la réalité des droits humains. Je me suis rappelé notre expérience au Guatemala. Il y a eu des centaines de milliers de personnes qui ont été torturées, tuées ou déplacées”, confie-t-il.

Un évêque pas comme les autres
Francois Lapierre avoue avoir de la difficulté à apprivoiser le titre de “monseigneur”, car il n’aime pas les honneurs. Le successeur de Mgr Louis Langevin est humble, d’une grande intelligence et préfère l’apostolat sur le terrain, particulièrement dans les milieux les plus défavorisés. Ses propos touchent et dérangent. Il n’a rien de ces théologiens aux discours rigoureux. Il est spirituel. Ce qu’il dit, on le sent sorti directement de ses tripes.

Il parle trois langues (anglais, français et espagnol) et se débrouille bien dans deux autres (portugais et italien).

Il ne serait pas étonnant de le voir accéder à des fonctions plus importantes au sein du catholicisme. Il pourrait bien devenir cardinal. Il n’a que 56 ans et les spéculations courent au sein du clergé. “Disons que je vais commencer par être évêque!” répond-il, un peu ennuyé par les propos rapportés et pour mettre fin à un sujet qu’il ne veut pas trop développer par modestie. Il est fort probable que le portrait pastoral de ce diocèse de la Rive-Sud du Saint-Laurent change au fil des prochains mois.

Il est un adepte de la théologie de la libération. Gustavo Gutierrez, le père de ce courant spirituel, est son ami depuis de longues années. Le 16 juin 1998, le religieux était présent à la cathédrale de Saint-Hyacinthe parmi les nombreuses personnalités invitées de partout sur la planète - dont la majorité des évêques du Québec - pour son sacre.

Théologie de la libération
“La théologie de la libération est une façon d’aborder l’expérience chrétienne. Quand on lit la bible, on s’aperçoit que la liberté est au cœur de cette expérience. Qu’est-ce que la liberté? Est-ce que c’est juste de choisir entre dix sortes de shampoings? C’est d'abord la réalité de s’ouvrir à la souffrance de l’autre. Il ne faut pas avoir peur de la liberté et de la libération. Elles font partie de la foi. Nous devons changer nos façons de voir. Nous ne devons pas être des catholiques les pieds posés sur les freins. Nous sommes trop sur la défensive! Il faut avoir le courage d’être ce que nous sommes!”, explique le berger maskoutain.

Il poursuit: “Mon expérience en Amérique latine m’a amené à voir l’importance d’une option préférentielle pour les pauvres et à voir comment l’Église peut être non seulement au service des pauvres, mais faire que les pauvres soient des acteurs privilégiés dans l’Église. C’est ce que j'ai appris de la mission en Amérique latine. Les gens pauvres, très pauvres, même analphabètes, peuvent être des acteurs importants dans la mission. Ils ne sont pas uniquement des objets”.

Il n’aime pas l’étiquette d’“homme de la gauche catholique” qu’on lui attribue. Pour lui, ces termes de la gauche et de la droite correspondent plus à une réalité politique qu’a une réalité chrétienne. Il se méfie de la polarisation, car il y a un danger de faire passer les idées avant les personnes et, ainsi, de créer une mentalité sectaire à l’intérieur de l’Église.

C’est en 1966, après quatre mois d’apprentissage de l’espagnol, au Mexique, qu’il se rend au Pérou pour travailler dans un quartier pauvre d’Ica, une petite municipalité d’environ 10 000 habitants, située au sud du pays, en plein désert. A la demande de l’évêque, il se retrouve aumônier des étudiants à l’université de l’endroit qui regroupe près de 8000 jeunes. “ C’est comme ça que j’ai connu Gustavo Gutierrez. Il était responsable du Mouvement des étudiants catholiques du Pérou. Il est devenu mon ami. J’ai beaucoup appris à son contact. Il m’a aidé à revoir ma théologie, ma façon de comprendre la foi et, surtout, à découvrir que celle-ci a une dimension sociale, une dimension collective et pas seulement une dimension personnelle, individuelle. Il m’est devenu important de voir cette dimension sociale de la foi. Je suis demeuré à Ica jusqu’en 1971” relate-t-il.

Enfance
Francois est originaire du 1055 chemin Compton à West Shefford (aujourd’hui Bromont). Une plaque commémorative est installée devant la jolie maison de campagne.

Ses parents, René Lapierre et Rachel Jolin (aujourd’hui décédés), se sont connus et mariés dans ce petit village aux précieux paysages. Sa mère était originaire du 6e rang.

Il a cinq ans lorsque la petite famille déménage rue Albert, à Granby. C’est dans ce quartier de la célèbre cité du beau jardin zoologique en Amérique du Nord qu’il grandit. Il fait ses études primaires à l’école Saint-Eugène, de Granby - dirigées par les Frères du Sacré-Cœur – et ses études secondaires à l’Externat classique Mgr Prin (nom donné en l’honneur de Mgr Jean-Charles Prince, premier évêque de ce diocèse, de 1852 à 1860) de Granby et au Séminaire de Saint-Hyacinthe.

Le couple Lapierre donne naissance à 10 enfants: François, Mance, Hélène (psychologue), Marthe (elle travaille à Développement et paix), Zoé (enseigne la musique), Jérôme (sociologue), Guy (géologue), Benoit (journaliste au quotidien La Voix de l’Est), Louis (journaliste au quotidien Le Devoir) et Eugène (il travaille à Tennis Canada).

Monsieur Lapierre a besogné sur les chantiers de construction et a été propriétaire d’une petite usine d’emballage. Durant son adolescence, François a mis la main à la pâte pour aider son père, qu’il admire beaucoup.

“Ma mère n’avait pas souvent le temps s’aller à l’église. Malgré tout, nous avons été éduqués dans une atmosphère chrétienne. Comme dans plusieurs familles, nous disions le chapelet avec le cardinal Léger, qui passait chaque soir à la radio. Nous avions donc une vie de prière à la maison”, relate-t-il en puisant dans ses souvenirs.

La prêtrise
Sa vocation religieuse, il l’attribue à sa grand-mère qui lui a donné l’habitude d’aller à l’église, puisque ses parents occupés par la marmaille et l’entreprise ne pouvaient pas toujours s’y rendre.

Il n’est pas devenu prêtre parce qu’il n’avait pas d’attirance pour la gent féminine. Bien au contraire! Il a toujours éprouvé ce besoin de relations et gardé en lui cette attirance naturelle d’un homme pour une femme. “Mais c’est mystérieux... J’avais comme un attrait plus grand: la radicalité de l’Évangile, c’est-à-dire de suivre le Seigneur et d’aller vers les plus pauvres”, dit-il.

En aout 1961, il entre à la Société des prêtres des missions étrangères et est ordonné prêtre, le 18 décembre 1965, a l’église Saint-Eugène, de Granby, dix jours après la fin du concile Vatican II.

En mission
Il part pour le Mexique afin d’apprendre l’espagnol, puis est rapidement nommé aumônier en milieu universitaire à Ica au Pérou. De 1971 à 1979, il revient au Canada et est animateur missionnaire pour sa congrégation religieuse. Il met sur pied le Mouvement des étudiants catholiques du Québec. De 1973 à 1979, il est également membre du conseil central de la Société des prêtres des missions étrangères. De 1979 à 1980, il est aumônier du Mouvement international des étudiants catholiques et du Mouvement international des professionnels catholiques à Paris et à Genève. Enfin, en 1991, il est élu supérieur général de sa communauté. Une semaine avant son sacre, il quitte son bureau de Laval et déménage à l’évêché de son nouveau diocèse.

Il soutient l’Église
“L’an dernier, je suis allé au Synode de l’Amérique. Un soir, j’ai été invité à souper chez le pape. Avec lui, nous étions huit autour de la table, dont le supérieur des Jésuites. Après le souper, le souverain pontife nous a invités à prier dans sa chapelle. Pour s’y rendre, je marchais juste derrière lui. Il s’est arrêté, m’a pris la main et m’a invité à le soutenir, car il a de la difficulté à se déplacer. Nous avons marché ensemble jusqu’au lieu de prière. J’ai vécu la une expérience très profonde. J’ai senti un homme ayant un très grand poids à porter. J’ai trouvé ça très émouvant”, se plait-il à raconter, comme un enfant émerveillé. Cependant, il insiste pour dire que ce geste gratuit n’a rien à voir avec nomination.

Un homme d’espérance
“Nous sommes au début d’un grand renouveau spirituel et de l’Église. Nous n’avons rien vu encore. L’Église est une réalité de l’avenir. Il y a quelque chose qui est en train de grandir en elle. Les prochaines années vont être surprenantes!” conclut-il.

“Je n’étais pas un homme d’une grande fois... Tous ne sont oas d’accord avec lui. Sa foi est riche et intense. Il a cette capacité d’être docile a l’Esprit saint, a la Providence divine. C’est ce qui lui a permis de sortir vivant de son expérience au Guatemala et d’être a l’écoute des signes de Dieu sur sa route. Mgr Francois Lapierre est un véritable témoin de l’Évangile. Dans son diocèse, son intimité avec Dieu lui permettra de déplacer des montagnes. Surtout que bien des gens sont en attente d’un renouvellement de certaines pratiques pastorales.

L’entrevue

BENOIT VOYER – Monseigneur François Lapierre, qu’est-ce que la résurrection?

FRANCOIS LAPIERRE – C'est “être vivant”! C’est ce qu’affirme les évangiles. “Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts?” (Lc 24,5).

Cette réalité ne se vit pas uniquement lors de notre passage de la vie à trépas au terme de notre chemin humain. Nous la vivons déjà durant notre existence quotidienne. Toutes personne vit des moments de mort et de résurrection. Au moment des ténèbres que nous traversons, au moment où nous croyons qu’il n’y a plus rien de possible, il y a toujours l’espérance d’une vie nouvelle. Déjà cette espérance est très présente dans les psaumes. Je dois vous avouer que c’est ce qui soutient ma foi.

B.V. - Cela est le sens philosophique de la résurrection. Après la pluie vient toujours le beau temps. Au bout d’un long tunnel obscur, il y a toujours la lumière qui nous attend...

F.L. - Pour représenter la résurrection, j’aime l’image de l’enfant qui vient au monde. Lorsqu’il nait, il y a rapidement une rupture avec la mère. Ainsi, nous visons une expérience nouvelle. La résurrection chrétienne, c’est faire l’expérience de devenir une nouvelle création dans le Christ. J’aime beaucoup cette pensée de Pascal: “Quelle raison ont-ils de dire qu’on ne peut ressusciter? Quel est le plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui qui n’a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore? (...) La coutume nous rend l’un facile, le manque de coutume rend l’autre impossible: populaire façon de juger!” (Pascal, Pensées, 222-882). Son questionnement est intéressant: celui qui a créé le monde peut aussi nous re-créer!

B.V. - Thomas dit avoir touché concrètement à Jésus après sa mort. Cela pose un doute pour l’intelligence. Est-ce que vous êtes à l’aise avec cette affirmation?

F.L. - Jésus lui dit: “ Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru”. Je crois fermement que nous sommes appelés à vivre cette béatitude des gens qui ne l’ont pas vu et qui sont appelés à vivre cette béatitude des gens qui ne l’ont pas vu et qui sont appelés a la foi. Cependant, on peut penser que cette foi ne repose pas uniquement sur une réalité vraiment rationnelle ou logique parce que toute la spiritualité chrétienne nous invite à ressusciter chaque jour, à vivre la résurrection au quotidien.

Voici une autre image de la résurrection que j’aime beaucoup. A la fin d’une journée, parfois, il m’arrive d’être très fatigué. Je me couche et ne fais rien pendant huit heures. Le matin, je me réveille reposé. L’Écriture nous parle à plusieurs reprises de la résurrection comme d’un réveil.

B.V. - Peut-on faire ce parallèle avec la réalité de la résurrection du Christ qui est le fondement du christianisme?

F.L. - Ces images sont des réalités qui peuvent nous aider à découvrir le mystère de la résurrection et à le vivre au présent. La grande question n’est pas seulement de la vie après la mort, mais de la vie avant la mort. Nous avons à nous soucier de la qualité de cette vie. C’est là que l’expérience chrétienne, quand elle est bien vécue, devient une expérience de vie. Tout le cheminement de la foi est un art de vivre. La résurrection, c’est l’expérimentation de la vie en abondance.

B.V. – Revenons a Thomas. Est-ce qu’il a vraiment touché le Christ en chair et en os? Est-ce qu’il serait plus simple pour l’intelligence d’affirmer que c’était un corps métaphysique?

F.L. – C’est le corps du Christ ressuscité.

B.V. – Comment décrire ce corps du Christ ressuscité?

F.L. – C’est une réalité qui dépasse notre entendement. La résurrection n’est pas simplement comme dans le cas de Lazare un retour à la vie antérieure. Lazare a été réanimé. La résurrection est une nouvelle création. C’est une réalité nouvelle qui dépasse notre raisonnement humain.

B.V. – Est-ce que nous pourrions comparer la résurrection du Christ a une apparition?

F.L. – Vous avez bien compris. C’est un phénomène mystique. Ce n’était plus le corps de chair du Seigneur. C’était son corps transformé, ressuscité. Sans vouloir amenuiser l’importance de la nécessité d’une compréhension rationnelle de ce phénomène, je pense que c’est une réalité qui se comprend surtout avec le cœur.

B.V. – Comment surmonter le doute?

F.L. – Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d’Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l’aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d’animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole.

Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c’est le cœur : Il s’ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s’installe. L’amour qui renait nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner.

De plus, les jours saints que nous vivrons dans peu de temps (L’entrevue précède de peu la fête de Pâques) peuvent être une source pour retrouver l’élan. Par cette commémoration du passage de Jésus de l’épreuve a la mort et de la mort a la vie nouvelle, chacun célèbre ses vendredis saints et ses matins de Pâques,

B.V. – Qu’est-ce qu’il faut penser du doute?

F.L. – Il est normal de douter et de passer par des périodes ténébreuses. Les plus grands saints sont passés par des périodes de grande obscurité. Ce sont des étapes charnières dans notre vie. Elles ne se traversent pas toujours avec l’avancée en âge.

B.V. – Avez-vous déjà connu de ces périodes de doutes?

F.L. – (Silence. Il scrute du regard les yeux du journaliste. Il comprend que la question a pour principal but d’aider son interlocuteur à traverser ses propres doutes. D’une voix mi-éteinte, comme lorsqu’on confie un grand secret, il poursuit…) L’assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j’ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d’obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J’ai douté jusqu’à remettre en question mon apostolat.

Il y a quelques mois, lors de la présentation du nouveau film de l’ONF qui porte sur sa vie, j’ai vu un parallèle entre celle-ci et celle de Jésus. Raoul n’avait que 30 ans.

B.V. – Pourquoi avez-vous douté?

F.L. – C’est toujours la question du pourquoi qui hante l’esprit, surtout lorsqu’on a l’impression d’avoir été fidèle à l’appel reçu et qu’on a donné le meilleur de soi-même. J’ai beaucoup questionné Dieu.

B.V. – Qu’est-ce que l’épreuve a transformé en vous?

F.L. – L’expérience a été pour moi un tournant important. J’ai découvert une réalité nouvelle dans la spiritualité. Elle n’est pas une fuite, mais un au-delà. J’ai découvert une lumière dans ma nuit. C’est difficile à exprimer. C’est une expérience qui s’explique difficilement avec des mots. Si je n’avais pas vécu cet événement, mon cheminement n’aurait pas été le même. Après quelques pas dans la nuit, j’ai vu le soleil se lever. J’ai vécu l’expérience d’une vie nouvelle. La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure.


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.153 à 163. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).