SANTÉ MENTALE : La génération Z en crise de sens
Par Benoit Voyer
24 septembre 2026
La crise actuelle de la santé mentale chez les jeunes ne peut pas être expliquée uniquement par une augmentation des troubles psychologiques ou par un manque de ressources médicales. Elle serait aussi liée à une crise culturelle et morale, marquée par une perte de repères, un affaiblissement du sentiment d’appartenance collective et une difficulté à donner un sens à l’avenir.
C’est ce que soutient Pierre Valentin dans son livre « Malaise dans la génération Z » . Le 18 mai 2026, Le Figaro lui consacrait un article fort intéressant.
Ainsi donc, Pierre Valentin propose une analyse globale du mal-être qui touche une partie importante des jeunes nés entre 1995 et 2013.
Il identifie plusieurs facteurs qui contribueraient à cette situation. Le premier est la place prise par le numérique dans la vie des jeunes : l’omniprésence des réseaux sociaux, la comparaison permanente avec les autres et la fragmentation de l’attention auraient renforcé un sentiment de dépendance et d’absence de contrôle sur sa propre vie.
Pour Valentin, le téléphone intelligent et les contenus rapides réduisent la capacité à soutenir un effort dans la durée, alors que l’accomplissement personnel repose souvent sur l’apprentissage, la discipline et la persévérance.
Un autre élément central de son analyse concerne le rapport à l’avenir. La génération Z évoluerait dans un contexte où le futur apparaît plus incertain et difficile à construire : crise économique, changements sociaux, préoccupations environnementales et transformations du monde du travail alimenteraient une forme d’anxiété permanente. Il estime que cette difficulté à se projeter dans l’avenir fragilise la construction personnelle, car la personne peine à inscrire son existence dans une trajectoire durable.
Enfin, Pierre Valentin pense que la crise de santé mentale est aussi liée à une montée de l’individualisation et à ce qu’il appelle une « culture thérapeutique ». À ses yeux, une société centrée davantage sur l’individu, ses émotions et son bien-être immédiat pourrait paradoxalement accroître le sentiment d’isolement. Il avance que la santé mentale ne dépend pas seulement du rapport à soi-même, mais aussi de la capacité à appartenir à une communauté, à exercer des responsabilités, à construire des liens durables et à trouver un sens dépassant la seule recherche du confort personnel.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : La dignité
Jésus ne demande pas seulement de reconnaître la complexité de l'autre; il invite à reconnaître sa dignité
Par Benoit Voyer
24 septembre 2026
Le 29 mai 2026, à Paris, à l'âge de 104 ans, nous quittait le philosophe Edgar Morin. Ce dernier se disait être agnostique et humaniste.
Il disait parfois des choses intéressantes. Le 22 janvier 2024, Morin écrivait dans Le Monde [1] : « Le progrès des connaissances a suscité une régression de la pensée ». Dans ce texte, il appelait chacun à la « résistance de l’esprit ».
Son propos était un bel écho à ce qu’il écrivait dans le cinquième volume de son maître-livre, qui en compte six, « La Méthode »[2], publié en 2001 : « Plus nous connaissons l’humain, moins nous le comprenons. Les dissociations entre disciplines le fragmentent, le vident de vie, de chair, de complexité et certaines sciences réputées humaines vidangent même la notion d’homme. »
Ainsi donc, Edgar Morin constate que notre époque fragmente l'être humain jusqu'à le vider de sa complexité.
Jésus, dans Matthieu 25, un texte phare de la foi chrétienne, va un peu plus loin. Il ne demande pas seulement de reconnaître la complexité de l'autre ; il invite à reconnaître sa dignité. Le pauvre, l'étranger, le malade ou le prisonnier ne sont pas d'abord des catégories sociales. Ils sont des personnes. Mieux encore, ils deviennent le visage même du Christ : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).
C’est un peu ce qu’a essayé de faire la bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin. Malgré la lourde perte en bas âge de ses trois enfants et, un peu plus tard, de son mari, elle a consacré le reste de sa vie aux itinérants, aux orphelins, aux sans-travail, aux prisonniers, aux sourds, aux personnes isolées et aux malades et, fondant, à la demande de Mgr Ignace Bourget, la Congrégation des Sœurs de la Providence. Émilie a été un modèle pour les gens de son époque et demeure encore aujourd’hui une source d’inspiration.
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[1] MORIN, Edgar, « Le progrès des connaissances a suscité une régression de la pensée », Le Monde, rubrique Idées – Tribune, 22 janvier 2024. https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/01/22/edgar-morin-face-a-la-polycrise-que-traverse-l-humanite-la-premiere-resistance-est-celle-de-l-esprit_6212226_3232.html?utm_source=chatgpt.com
[2] MORIN, Edgar, La Méthode. Tome 5 : L'Humanité de l'humanité. L'Identité humaine, Paris, Seuil, 2001.
[1] MORIN, Edgar, « Le progrès des connaissances a suscité une régression de la pensée », Le Monde, rubrique Idées – Tribune, 22 janvier 2024. https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/01/22/edgar-morin-face-a-la-polycrise-que-traverse-l-humanite-la-premiere-resistance-est-celle-de-l-esprit_6212226_3232.html?utm_source=chatgpt.com
[2] MORIN, Edgar, La Méthode. Tome 5 : L'Humanité de l'humanité. L'Identité humaine, Paris, Seuil, 2001.
SAINTS ET SAINTES : Louis Émond, un laïc sur la route des autels
Par Benoit Voyer
24 septembre 2026
Louis Émond porte le nom de l’auteur du célèbre roman Maria Chapdelaine, mais n’a rien d’un intellectuel. Il s’agit plutôt d’un simple journalier de son époque, un homme issu du peuple qui consacrera sa vie au service des autres.
Il naît à Sainte-Famille, sur l'île d'Orléans, près de Québec, le 24 août 1876. Sa mère est Maria Rhéaume (1845-1922) et son père François-Xavier Émond, un petit cultivateur. Il sera baptisé dans la tradition catholique trois jours plus tard.
On ne vit pas riche chez les Émond. Afin d’aider ses parents, il commence à travailler à l’âge de 12 ans. Il gagne 1 $ par semaine dans la cave malsaine d'un sellier-tanneur. Il est un apprenti modèle, appliqué et dévoué aux intérêts de son patron.
Très tôt, il développe également une attention particulière envers les personnes plus fragiles. Louis passe ses soirées au service de la jeunesse défavorisée au Patronage Saint-Vincent-de-Paul. Cette présence auprès des autres annonce déjà ce qui marquera toute sa vie : une foi qui ne se limite pas aux pratiques religieuses, mais qui cherche à se traduire par un engagement concret.
Le 12 mai 1902, il unit sa destinée à Maria Gingras. Il a 26 ans. Rapidement, il achète une maison dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, au coût de 400 $. Leurs trois enfants y grandiront. En tout, ils y demeureront pendant 42 ans.
Il s’implique dans le syndicalisme catholique afin de se porter à la défense des ouvriers. Cette implication rejoint profondément son expérience personnelle. Louis Émond connaît le monde du travail de l’intérieur. Il n’est pas un observateur éloigné des difficultés des travailleurs, mais un homme qui partage leur réalité.
Au conseil municipal de Québec, il représente le quartier Saint-Sauveur, un secteur défavorisé de la ville. En 1926, 3 000 ouvriers sont mis à pied. Par solidarité, Louis Émond démissionne de son poste. Il deviendra percepteur des arrérages de taxes municipales.
Sur le plan religieux, il fonde le Comité du Sacré-Cœur. Il deviendra un proche du père Victor Lelièvre. Leur amitié durera une trentaine d’années. Le religieux dira de son ami Louis : « La découverte de ce Louis d'or fut l'une des grandes grâces de ma vie. »
Fondé en 1919, le Comité du Sacré-Cœur représente une vision particulière de l’engagement des laïcs. Il ne s’agit pas seulement d’aider un prêtre dans ses activités, mais de former des hommes capables d’unir la prière, la vie spirituelle et l’action auprès de leur milieu.
Le père Lelièvre était un prédicateur capable de toucher les foules. Louis Émond, pour sa part, possédait une autre force : celle de l’accompagnement. Il savait aider les personnes à transformer un moment de grâce en engagement durable.
En 1930, avec Victor Lelièvre, il fonde, à Québec, la Maison Jésus-Ouvrier. On s’y spécialise dans les retraites spirituelles pour « le monde ordinaire ». L’objectif est clair : offrir aux ouvriers et aux personnes simples un temps de ressourcement spirituel qui leur soit adapté.
À cette époque, les retraites spirituelles sont souvent associées aux milieux plus instruits ou aux classes dirigeantes. Louis Émond et le père Lelièvre veulent rejoindre les travailleurs, les familles et ceux qui n’ont pas toujours accès à ce type de formation spirituelle.
Louis Émond prend la direction de la Maison. Il n’hésitera pas à passer de maison en maison afin de « vendre » la retraite fermée comme étant une « police d'assurance pour le ciel ».
Cette expression révèle bien son tempérament. Louis Émond possède un sens pratique remarquable et une foi communicative. Il ne cherche pas à convaincre par de grands discours, mais par une parole simple, directe et profondément humaine.
Durant 27 ans, les retraites se terminent par une conférence de Louis Émond. Un retraitant dira un jour : « C'est le père Lelièvre qui a préparé ma confession, et le père X qui l'a entendue; mais c'est Louis Émond qui m'a décidé à persévérer. »
La phrase résume bien son rôle. Le père Lelièvre pouvait provoquer une conversion par la force de sa prédication. Louis Émond aidait ensuite les personnes à demeurer fidèles dans le temps.
Cette reconnaissance n’échappe pas à l’Église. En 1922, le pape Pie XI lui remet la décoration de chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.
Louis Émond représente une figure importante de l’histoire religieuse québécoise : celle d’un laïc engagé bien avant que la place des fidèles dans la mission de l’Église soit largement reconnue. Père de famille, travailleur, citoyen engagé et homme de prière, il démontre qu’une vie ordinaire peut devenir un véritable témoignage spirituel.
Il est décédé à Québec le 26 septembre 1949, à l'âge de 73 ans. Il est inhumé dans le lot A 4 43 du Cimetière Saint-Vallier, une composante du Cimetière Saint-Charles, à Québec.
Il a reçu le titre de « serviteur de Dieu ». Ainsi donc sa cause, en vue d’une future canonisation, est à l’étude.
Si l’Église devait un jour reconnaître officiellement sa sainteté, elle mettrait en lumière une figure particulière : celle d’un homme laïc qui, au cœur de sa famille, de son travail et de son milieu social, a consacré sa vie au service de Dieu et de ses frères.
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Sources:
Anonyme. « Le père Lelièvre », Renaissance catholique au Canada, page consultée le 16 juillet 2026. https://crc-canada.net/eglise-au-canada/20e-siecle/pere-lelievre.html
Benoit Voyer. « Louis Émond, un saint laïc », Benoit Voyer en liberté, 25 septembre 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/09/article-du-jour-louis-emond-un-saint.html
Benoit Voyer. « Louis Émond, cofondateur de la maison Jésus-Ouvrier » Benoit Voyer en liberté, 15 mai 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/louis-emond-cofondateur-de-la-maison.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le père Armand Gagné au service des chrétiens persécutés
Le père Armand Gagné
Depuis plus de douze ans, le père Armand Gagné, de l’Ordre des Trinitaires, s’est engagé à soutenir les chrétiens persécutés à cause de leur foi et à sensibiliser le plus de gens possible à ce problème. Il apporte une aide concrète dans certains pays où la liberté religieuse est interdite. Il sait que chaque geste est important, aussi petit soit-il. C’est pour cette raison qu’il demeure optimiste. « On ne peut pas désespérer. Oh non! Moi, je garde un grand espoir dans l’avenir. » Le père Gagné connaît les besoins grandissants de ces chrétiens, car il constate comme nous tous la montée de l’intégrisme, du fanatisme religieux et des manifestations d’intolérance.
Au Canada, l’intolérance commence à émerger envers ceux et celles qui vivent leur engagement religieux librement. Beaucoup de gens remettent leur foi en question.
Ailleurs dans le monde, par contre, les démonstrations d’intolérance sont empreintes de violence : en Algérie, dans la nuit du 26 au 27 mars dernier, sept moines trappistes ont été enlevés par le Groupe armé révolutionnaire. Le pire est toujours à craindre dans ces cas-là.
En Chine, le père Liao Hai Quing a passé trente-trois ans en prison à cause de ses convictions religieuses. En Égypte, trois chrétiens coptes ont été assassinés au mois d’octobre dernier. Au Burundi, depuis deux ans, quatorze prêtres ont été assassinés. Au Kenya, les tensions entre l’Église et l’État s’amplifient.
La liste s’allonge continuellement. Les gens comme vous et moi ont peine à croire qu’encore aujourd’hui on use de violence afin d’empêcher des prêtres, des religieuses et des laïques d’afficher leurs convictions.
Ainsi que l’affirme le père Armand Gagné dans son éditorial du dernier numéro de « La voix de Jésus Nazaréen », des pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Égypte, le Soudan, l’Algérie ainsi que plusieurs pays d’Afrique connaissent un manque de liberté religieuse flagrant.
Sa mission
Aujourd’hui, en plus des occupations de son ministère, le père Armand Gagné respecte toujours les responsabilités rattachées à ce désir de sensibilisation entrepris, il y a douze ans. « J’avoue ouvertement que la tâche est plus difficile si on pense, par exemple, qu’au Québec, il y a une grande baisse au point de vue de la foi et que cela équivaut à un manque d’intérêt de la part des chrétiens.
C’est donc en ce sens — information, support, aide concrète — qu’il a fondé un bulletin trimestriel « La voix de Jésus Nazaréen » publié et diffusé par la Fondation des amis du père Armand Gagné, en collaboration avec les Trinitaires.
Par l’entremise de ce bulletin, il lui est possible de souligner les faits récents concernant des injustices religieuses commises partout dans le monde. Mais, c’est aussi et surtout un message d’espoir qu’il désire propager en permettant à ses lecteurs de constater les résultats de l’aide apportée par la Fondation des amis dans certains pays où les conditions politiques et sociales le permettent.
Son parcours
Tout a commencé pendant les huit années (de 1975 à 1983) où il était missionnaire au Guatemala. Le père Armand Gagné voyait alors l’injustice humaine et religieuse de très près, mais sans se douter qu’il allait en apprendre davantage à ce propos.
En 1983, lors d’un séjour chez les Trinitaires, à Rome, on le nomme responsable d’une mission, soit sensibiliser et informer sur ce qui se passe vraiment par rapport à la persécution des chrétiens à cause de leur foi.
Pour ce faire, le père Gagné qui comme d’autres a de la difficulté à croire que le phénomène est aussi répandu qu’on le dit, va vérifier lui-même.
Sa recherche l’amène à séjourner dans plusieurs pays, souvent sous le couvert de l’anonymat puisque le simple fait de déclarer son état de prêtrise aurait pu lui empêcher de passer certaines frontières.
D’abord en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Russie, en Chine, au Vietnam, puis en Amérique Latine, partout il rencontre des prêtres, des évêques, des religieuses, des laïques. Avec eux, il échange sur la façon dont ils vivent leur foi là-bas et, parfois, ils doivent le sensibiliser sur un problème. Il entre en contact avec des organismes autant politiques, sociaux que religieux.
En Tchécoslovaquie, il réussit à parler à des prêtres qui vivent toujours cachés. En Pologne, il y retourne plus d’une fois, car avec l’aide des Polonais, il peut établir des contacts avec les pays de l’Est et ainsi répandre de l’information et de l’espoir. En cours de voyage, il apprend que c’est par milliers que des prêtres, des religieuses et des laïques sont tués et que d’autres ont passé trente ans et plus en prison à cause de leurs convictions religieuses. Il voit aussi les deux visages de l’Église en Chine : Église clandestine et Église patriotique (contrôlée par l’État).
À la fois, il donne et il reçoit des informations. Il en fait rapport régulièrement à Rome et à sa communauté. Il établit des contacts.
Des rencontres inoubliables, inestimables qui, à partir d’un parcours laborieux et parfois même dangereux, ont fait qu’il est revenu ici grandi dans sa foi et dans son espérance.
De retour au pays
Ces voyages qui s’échelonnent sur une période de 6 à 7 ans prennent fin et le père Gagné revient dans sa communauté de Montréal où il tient une correspondance continue avec ses nombreux amis de par le monde. Établi à Granby depuis maintenant trois ans, il poursuit son travail de sensibilisation.
« La voix de Jésus Nazaréen » adopte le projet d’aider un pays en particulier et c’est le Vietnam qui est choisi puisque les contacts y sont plus faciles et que là-bas on s’ouvre lentement à la liberté religieuse.
Sa pensée
Selon le père Gagné, il y a des chrétiens qui sont persécutés parce qu’ils s’engagent dans une lutte contre les injustices humaines et il y a ceux qui sont persécutés parce qu’ils essaient de pratiquer en toute liberté leur religion. Les uns rejoignent les autres quelque part, il est vrai, mais, selon lui, c’est la liberté religieuse qui est à la base de toutes les libertés.
« C’est l’unité de l’Église qui fait sa force; les chrétiens de par le monde savent qu’ils ne sont pas seuls », confie-t-il. De plus, maintenant, ils ont une voix en la personne du pape Jean-Paul II. C’est ce qui fait qu’il faut garder espoir.
Ce prêtre qui vit dans une communauté parmi tant d’autres consacre, à cette cause, efforts et prières.
Ses origines
Le père Armand Gagné est natif du Saguenay. Il a grandi dans la ville de La Baie. Ses études complétées au Séminaire de Chicoutimi, il entre chez les Trinitaires en 1954 et est ordonné prêtre en 1959. Rattaché à la paroisse Saint-Jean-de-Matha de Montréal, il travaille comme aumônier pendant deux ans à la prison des femmes Tanguay, entre autres, avant de partir en mission au Guatemala.
La Fondation des Amis du père Armand Gagné
C.P. 204
Succ. S
Montréal (Québec)
H4E 4H7
Au service des chrétiens persécutés
Depuis plus de douze ans, le père Armand Gagné, de l’Ordre des Trinitaires, s’est engagé à soutenir les chrétiens persécutés à cause de leur foi et à sensibiliser le plus de gens possible à ce problème. Il apporte une aide concrète dans certains pays où la liberté religieuse est interdite. Il sait que chaque geste est important, aussi petit soit-il. C’est pour cette raison qu’il demeure optimiste. « On ne peut pas désespérer. Oh non! Moi, je garde un grand espoir dans l’avenir. » Le père Gagné connaît les besoins grandissants de ces chrétiens, car il constate comme nous tous la montée de l’intégrisme, du fanatisme religieux et des manifestations d’intolérance.
Au Canada, l’intolérance commence à émerger envers ceux et celles qui vivent leur engagement religieux librement. Beaucoup de gens remettent leur foi en question.
Ailleurs dans le monde, par contre, les démonstrations d’intolérance sont empreintes de violence : en Algérie, dans la nuit du 26 au 27 mars dernier, sept moines trappistes ont été enlevés par le Groupe armé révolutionnaire. Le pire est toujours à craindre dans ces cas-là.
En Chine, le père Liao Hai Quing a passé trente-trois ans en prison à cause de ses convictions religieuses. En Égypte, trois chrétiens coptes ont été assassinés au mois d’octobre dernier. Au Burundi, depuis deux ans, quatorze prêtres ont été assassinés. Au Kenya, les tensions entre l’Église et l’État s’amplifient.
La liste s’allonge continuellement. Les gens comme vous et moi ont peine à croire qu’encore aujourd’hui on use de violence afin d’empêcher des prêtres, des religieuses et des laïques d’afficher leurs convictions.
Ainsi que l’affirme le père Armand Gagné dans son éditorial du dernier numéro de « La voix de Jésus Nazaréen », des pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Égypte, le Soudan, l’Algérie ainsi que plusieurs pays d’Afrique connaissent un manque de liberté religieuse flagrant.
Sa mission
Aujourd’hui, en plus des occupations de son ministère, le père Armand Gagné respecte toujours les responsabilités rattachées à ce désir de sensibilisation entrepris, il y a douze ans. « J’avoue ouvertement que la tâche est plus difficile si on pense, par exemple, qu’au Québec, il y a une grande baisse au point de vue de la foi et que cela équivaut à un manque d’intérêt de la part des chrétiens.
C’est donc en ce sens — information, support, aide concrète — qu’il a fondé un bulletin trimestriel « La voix de Jésus Nazaréen » publié et diffusé par la Fondation des amis du père Armand Gagné, en collaboration avec les Trinitaires.
Par l’entremise de ce bulletin, il lui est possible de souligner les faits récents concernant des injustices religieuses commises partout dans le monde. Mais, c’est aussi et surtout un message d’espoir qu’il désire propager en permettant à ses lecteurs de constater les résultats de l’aide apportée par la Fondation des amis dans certains pays où les conditions politiques et sociales le permettent.
Son parcours
Tout a commencé pendant les huit années (de 1975 à 1983) où il était missionnaire au Guatemala. Le père Armand Gagné voyait alors l’injustice humaine et religieuse de très près, mais sans se douter qu’il allait en apprendre davantage à ce propos.
En 1983, lors d’un séjour chez les Trinitaires, à Rome, on le nomme responsable d’une mission, soit sensibiliser et informer sur ce qui se passe vraiment par rapport à la persécution des chrétiens à cause de leur foi.
Pour ce faire, le père Gagné qui comme d’autres a de la difficulté à croire que le phénomène est aussi répandu qu’on le dit, va vérifier lui-même.
Sa recherche l’amène à séjourner dans plusieurs pays, souvent sous le couvert de l’anonymat puisque le simple fait de déclarer son état de prêtrise aurait pu lui empêcher de passer certaines frontières.
D’abord en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Russie, en Chine, au Vietnam, puis en Amérique Latine, partout il rencontre des prêtres, des évêques, des religieuses, des laïques. Avec eux, il échange sur la façon dont ils vivent leur foi là-bas et, parfois, ils doivent le sensibiliser sur un problème. Il entre en contact avec des organismes autant politiques, sociaux que religieux.
En Tchécoslovaquie, il réussit à parler à des prêtres qui vivent toujours cachés. En Pologne, il y retourne plus d’une fois, car avec l’aide des Polonais, il peut établir des contacts avec les pays de l’Est et ainsi répandre de l’information et de l’espoir. En cours de voyage, il apprend que c’est par milliers que des prêtres, des religieuses et des laïques sont tués et que d’autres ont passé trente ans et plus en prison à cause de leurs convictions religieuses. Il voit aussi les deux visages de l’Église en Chine : Église clandestine et Église patriotique (contrôlée par l’État).
À la fois, il donne et il reçoit des informations. Il en fait rapport régulièrement à Rome et à sa communauté. Il établit des contacts.
Des rencontres inoubliables, inestimables qui, à partir d’un parcours laborieux et parfois même dangereux, ont fait qu’il est revenu ici grandi dans sa foi et dans son espérance.
De retour au pays
Ces voyages qui s’échelonnent sur une période de 6 à 7 ans prennent fin et le père Gagné revient dans sa communauté de Montréal où il tient une correspondance continue avec ses nombreux amis de par le monde. Établi à Granby depuis maintenant trois ans, il poursuit son travail de sensibilisation.
« La voix de Jésus Nazaréen » adopte le projet d’aider un pays en particulier et c’est le Vietnam qui est choisi puisque les contacts y sont plus faciles et que là-bas on s’ouvre lentement à la liberté religieuse.
Sa pensée
Selon le père Gagné, il y a des chrétiens qui sont persécutés parce qu’ils s’engagent dans une lutte contre les injustices humaines et il y a ceux qui sont persécutés parce qu’ils essaient de pratiquer en toute liberté leur religion. Les uns rejoignent les autres quelque part, il est vrai, mais, selon lui, c’est la liberté religieuse qui est à la base de toutes les libertés.
« C’est l’unité de l’Église qui fait sa force; les chrétiens de par le monde savent qu’ils ne sont pas seuls », confie-t-il. De plus, maintenant, ils ont une voix en la personne du pape Jean-Paul II. C’est ce qui fait qu’il faut garder espoir.
Ce prêtre qui vit dans une communauté parmi tant d’autres consacre, à cette cause, efforts et prières.
Ses origines
Le père Armand Gagné est natif du Saguenay. Il a grandi dans la ville de La Baie. Ses études complétées au Séminaire de Chicoutimi, il entre chez les Trinitaires en 1954 et est ordonné prêtre en 1959. Rattaché à la paroisse Saint-Jean-de-Matha de Montréal, il travaille comme aumônier pendant deux ans à la prison des femmes Tanguay, entre autres, avant de partir en mission au Guatemala.
Christiane Pillette
La Fondation des Amis du père Armand Gagné
C.P. 204
Succ. S
Montréal (Québec)
H4E 4H7
(Revue Notre-Dame du Cap, juin 1996, pp. 10 à 12)
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