Le 4 septembre 1986, un accident survient sur la rue Denison Ouest, a Granby. Derrière la caméra, Benoit Voyer capte quelques images du remorquage de L'Unité 7/24.
PORTRAIT: Jean-Guy Dubuc
Jean-Guy Dubuc est conseil en communication et prêtre catholique. Deux fois par semaine, il signe des éditoriaux dans La Tribune (Sherbrooke), La Voix de l'Est (Granby) et Le Nouvelliste (Trois-Rivières). Après avoir enseigné la théologie à l'université, il a été éditorialiste à La Presse et éditeur à La Tribune et à La Voix de l'Est. Pour lui, sa présence dans les médias a été bien plus qu'un travail. Elle a été sa mission de vie, sa mission de prêtre, qui est celle de porter l'Évangile.
En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait: « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable [1].»
Article paru en mai 1999
«Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile, ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie...», dit Jean-Guy Dubuc. Cet homme, dont peu de gens soupçonnent qu'il est un prêtre catholique, travaille depuis 40 ans à diffuser l'Évangile... à sa façon.
Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme. «Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile », lance-t-il spontanément.
Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les frères des Écoles chrétiennes que débute sa longue montée. « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9e année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. A la fin de la 6º année, j'ai dit à mon père: "Je ne veux pas aller au Mont Saint-Louis!" "Pourquoi?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre!"», raconte le futur éditorialiste en chef du journal La Presse et président-éditeur des quotidiens La Voix de l'Est et La Tribune.
« Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image(!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine».
Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8h 15 et finissaient à 18h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.
Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). «Chez nous, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, nous allions au salon et papa s'installait au piano...», se souvient-il fièrement, le regard illuminé.
À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. II achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.
Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs.
«C'est pour cela que vous êtes devenu prêtre?» La réponse fuse: «Surtout pas! J'ai d'ailleurs été un des premiers à ne pas vouloir porter la soutane!»
Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.
Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.
«Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au Concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain! Le Cardinal était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu», explique-t-il.
En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.
Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Ille. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Ille.
«Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année », raconte-t-il.
Participation au Concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'Université Grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le Concile Vatican II et de se retrouver auprès du Cardinal et de ses deux collaborateurs.
Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d' «Église»
«Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le Cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui », commente le sympathique intellectuel.
Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.
La décentralisation est apparue et, surtout, les notions «Église peuple de Dieu» et «sacerdoce au service du peuple de Dieu». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.
«Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque: il y avait une opposition entre la foi et la raison», constate-t-il.
À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.
Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'Université de Montréal. Ses sujets: la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient: l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.
En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.
Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.
Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse.
«J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message: martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Age, les arts de la Renaissance...», ajoute le prêtre séculier.
Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.
En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait: « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable [1].»
Article paru en mai 1999
Mission: homme de service
«Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile, ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie...», dit Jean-Guy Dubuc. Cet homme, dont peu de gens soupçonnent qu'il est un prêtre catholique, travaille depuis 40 ans à diffuser l'Évangile... à sa façon.
Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme. «Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile », lance-t-il spontanément.
Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les frères des Écoles chrétiennes que débute sa longue montée. « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9e année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. A la fin de la 6º année, j'ai dit à mon père: "Je ne veux pas aller au Mont Saint-Louis!" "Pourquoi?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre!"», raconte le futur éditorialiste en chef du journal La Presse et président-éditeur des quotidiens La Voix de l'Est et La Tribune.
« Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image(!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine».
Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8h 15 et finissaient à 18h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.
Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). «Chez nous, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, nous allions au salon et papa s'installait au piano...», se souvient-il fièrement, le regard illuminé.
À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. II achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.
Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs.
«C'est pour cela que vous êtes devenu prêtre?» La réponse fuse: «Surtout pas! J'ai d'ailleurs été un des premiers à ne pas vouloir porter la soutane!»
Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.
Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.
«Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au Concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain! Le Cardinal était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu», explique-t-il.
En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.
Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Ille. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Ille.
«Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année », raconte-t-il.
Participation au Concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'Université Grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le Concile Vatican II et de se retrouver auprès du Cardinal et de ses deux collaborateurs.
Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d' «Église»
«Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le Cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui », commente le sympathique intellectuel.
Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.
La décentralisation est apparue et, surtout, les notions «Église peuple de Dieu» et «sacerdoce au service du peuple de Dieu». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.
«Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque: il y avait une opposition entre la foi et la raison», constate-t-il.
À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.
Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'Université de Montréal. Ses sujets: la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient: l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.
En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.
Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.
Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse.
«J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message: martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Age, les arts de la Renaissance...», ajoute le prêtre séculier.
Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.
La Presse
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.
Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.
Il reste attaché aux Journaux Trans-Canada et signe chaque semaine des éditoriaux qui sont publiés dans La Tribune, Le Nouvelliste et La Voix de l'Est.
Il est maintenant devenu consultant en communication auprès de grandes entreprises et de dirigeants de notre société qui désirent insérer des valeurs humaines, sociales et spirituelles dans leurs interventions publiques.
Tant qu'il y a des projets, il y a de la vie. Tant qu'il pourra rendre service, Jean-Guy Dubuc persistera. Voilà un modèle de vie au service des autres.
_____________________________________________
1. «Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique», Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349.
Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 95 à 101. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.
Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.
Il reste attaché aux Journaux Trans-Canada et signe chaque semaine des éditoriaux qui sont publiés dans La Tribune, Le Nouvelliste et La Voix de l'Est.
Il est maintenant devenu consultant en communication auprès de grandes entreprises et de dirigeants de notre société qui désirent insérer des valeurs humaines, sociales et spirituelles dans leurs interventions publiques.
Tant qu'il y a des projets, il y a de la vie. Tant qu'il pourra rendre service, Jean-Guy Dubuc persistera. Voilà un modèle de vie au service des autres.
_____________________________________________
1. «Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique», Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349.
Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 95 à 101. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).
En ce 18 avril 2025
"Hier, c'est dans le temple sacré de mon automobile que j'ai prié le Dieu de l'impossible"
18 avril 2025
Hier, c'était le 5e jour de ma montée pascale.
En ces années difficiles au Québec pour le christianisme et, de manière toute particulière pour la tradition catholique, il faut absolument garder accessibles des endroits ou une possible expérience de rencontre spirituelle intense puisse se faire. Une cathédrale est un de ces lieux.
Brièvement de passage a Saint-Jérôme, dans les Laurentides, je me suis rendu a la cathédrale afin de me recueillir a la tombe de la bienheureuse Marie-Anne Blondin dont c'est la mémoire liturgique aujourd'hui et méditer un peu en ce jeudi saint.
Malheureusement, vers midi, je n'ai pas pu entrer dans le lieu de prière. Toutes les portes étaient barrées, le grillage de sécurité bien verrouillé et le secrétariat fermé pour les jours saints.
Malheureusement, vers midi, je n'ai pas pu entrer dans le lieu de prière. Toutes les portes étaient barrées, le grillage de sécurité bien verrouillé et le secrétariat fermé pour les jours saints.
La situation est triste. C'est la semaine sainte et il n'y a aucun moyen de me recueillir dans l'église mère de ce diocèse qui est aussi l'église de son évêque, Mgr Raymond Poisson, sauf durant les heures des célébrations qui ne sont pas adaptées aux horaires des gens qui ne sont pas encore a leur retraite. En exemple, mardi dernier, la messe chrismale dans cette cathédrale était a 14h30, en plein coeur d'un jour de semaine. Il est clair que la clientèle cible avait plus de 65 ans.
En ces années difficiles au Québec pour le christianisme et, de manière toute particulière pour la tradition catholique, il faut absolument garder accessibles des endroits ou une possible expérience de rencontre spirituelle intense puisse se faire. Une cathédrale est un de ces lieux.
Ainsi donc, hier, c'est dans le temple sacré de mon automobile que j'ai prié le "Dieu de l'impossible".
Office du Vendredi saint
Histoire politique du Québec et du Canada
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| Brian Mulronney (1939-2024) |
Par Benoit Voyer
18 avril 2025
J’avais hâte que le printemps arrive afin de poursuivre ma tournée des lieux de sépultures des anciens premières ministres du Canada et du Québec et de nombreux personnages politiques. C’est en novembre dernier que j’ai commencé la visite de ces lieux.
Hier, au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges j’ai visité les lieux de mémoire de Robert Bourassa (1933-1996), Louis-Olivier Taillon (1840-1923), Honoré Mercier (1840-1894), Joseph-Alfred Mousseau (1837-1886), Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898), Gédéon Ouimet (1823-1905), Brian Mulronney (1939-2024), les parents du premier ministre Jean Chrétien, Henri Bourassa, George-Étienne Cartier et François-Xavier Garneau.
18e - Brian Mulronney (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
2e – Gédéon Ouimet (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
5e - Joseph-Adolphe Chapleau (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
6e - Joseph-Alfred Mousseau (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
8e - Louis-Olivier Taillon (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
9e – Honoré Mercier (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
15e – Adélard Godbout (Cimetière Saint-François-d’Assise, à Frelighsburg, 29 novembre 2024)
18e – Antonio Barrette (Cimetière de Joliette,13 novembre 2024)
20e - Daniel Johnson (Cimetière de Saint-Pie-de-Bagot, 12 décembre 2024)
21e - Jean-Jacques Bertrand (Cimetière Sainte-Rose-de-Lima, à Cowansville, 29 novembre 2024)
22e – Robert Bourassa (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
26e – Jacques Parizeau (Cimetière de Laval, 6 avril 2025)
28e - Bernard Landry (Cimetière Saint-François-Xavier, a Verchères,14 décembre 2024)
18 avril 2025
J’avais hâte que le printemps arrive afin de poursuivre ma tournée des lieux de sépultures des anciens premières ministres du Canada et du Québec et de nombreux personnages politiques. C’est en novembre dernier que j’ai commencé la visite de ces lieux.
Hier, au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges j’ai visité les lieux de mémoire de Robert Bourassa (1933-1996), Louis-Olivier Taillon (1840-1923), Honoré Mercier (1840-1894), Joseph-Alfred Mousseau (1837-1886), Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898), Gédéon Ouimet (1823-1905), Brian Mulronney (1939-2024), les parents du premier ministre Jean Chrétien, Henri Bourassa, George-Étienne Cartier et François-Xavier Garneau.
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| Les parents du premier ministre Jean Chrétien |
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| Gédéon Ouimet (1823-1905) |
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| Louis-Olivier Taillon (1840-1923) |
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| Henri Bourassa, fondateur du journal Le Devoir |
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| Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898 |
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| Joseph-Alfred Mousseau (1837-1886) |
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| George-Étienne Cartier, père de la Confédération canadienne |
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| François-Xavier Garneau |
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| Honoré Mercier (1840-1894) |
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| Robert Bourassa (1933-1996) |
Mes premiers ministres du Canada visités
18e - Brian Mulronney (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
Mes premiers ministres du Québec visités
2e – Gédéon Ouimet (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
5e - Joseph-Adolphe Chapleau (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
6e - Joseph-Alfred Mousseau (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
8e - Louis-Olivier Taillon (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
9e – Honoré Mercier (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
15e – Adélard Godbout (Cimetière Saint-François-d’Assise, à Frelighsburg, 29 novembre 2024)
18e – Antonio Barrette (Cimetière de Joliette,13 novembre 2024)
20e - Daniel Johnson (Cimetière de Saint-Pie-de-Bagot, 12 décembre 2024)
21e - Jean-Jacques Bertrand (Cimetière Sainte-Rose-de-Lima, à Cowansville, 29 novembre 2024)
22e – Robert Bourassa (Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, 17 avril 2025)
26e – Jacques Parizeau (Cimetière de Laval, 6 avril 2025)
28e - Bernard Landry (Cimetière Saint-François-Xavier, a Verchères,14 décembre 2024)
Mon ami Léon-Pierre Éthier
ARTICLE DU JOUR: La bienheureuse Marie-Anne Blondin
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| Buste de la bienheureuse Marie-Anne Blondin dans l'église catholique de Saint-Jacques-de-Montcalm, dans la région de Lanaudière |
La bienheureuse Marie-Anne Blondin
Par Benoit Voyer
18 avril 2025
Le 18 avril 1809, a Terrebonne, naît Marie-Esther Blondin, fille de Jean-Baptiste Sureau dit Blondin et de Marie-Rose Limoges. Elle est la troisième d’une famille de douze.
Elle vient d’un milieu pauvre et sa jeunesse est marquée par des deuils et des épreuves. Comme bien des enfants francophones du Canada, elle est analphabète. Toute sa vie son manque d’éducation sera une souffrance pour elle.
Jeune adulte, elle fera la connaissance de la Congrégation Notre-Dame, fondée par sainte Marguerite Bourgeois. Elle assiste à leur arrivée à Terrebonne et deviendra domestique au couvent. Les sœurs en profiteront pour lui apprendre à lire et à écrire.
A 21 ans, elle devient étudiante et novice a la Congrégation. On lui donne le nom de Sœur Sainte-Christine.
A cause de sa santé, on la renvoie. Esther vivra une grande tristesse.
Institutrice a l’école paroissiale de Vaudreuil, Suzanne Pineault, l’invite à se joindre à elle pour enseigner aux enfants. En peu de temps, Esther deviendra la directrice de l’établissement qu’on nommera l’Académie Blondin. En plus d’instruire les petits, elle forme des jeunes filles afin qu’elles deviennent enseignantes pour les écoles rurales.
En 1848, Esther par a l’abbé Paul-Loup Archambault, le curé de Vaudreuil, son rêve de fonder une communauté religieuse pour l’éducation des enfants pauvres. Il la soutient dans ses démarches mais lui dit : Ma fille, « attendez-vous a beaucoup souffrir».
Le 8 septembre1850, Mgr Ignace Bourget officialise la fondation des Filles de Sainte-Anne. Esther devient soeur Marie-Anne et en est la première supérieure.
Malgré la pauvreté de la communauté, les premières années seront tout de même heureuses.
Nommé aumônier, l’abbé Louis-Adolphe Maréchal lui fait la vie dure. Il ne cesse de la dénigrer auprès de Mgr Bourget et des religieuses. De plus, il s’immisce dans les décisions de la communauté pour imposer se vision des choses.
En 1854, la fondatrice est destituée et occupera des taches secondaires jusqu’à la fin de sa vie.
Le 2 janvier 1890, à Lachine, à l’âge de 80 ans, décède Esther Blondin, mieux connu sous le prénom de Marie-Anne, fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. Un jour elle sera béatifiée. Ses restes reposent dans la cathédrale de Saint-Jérôme. Elle disait souvent: « Si vous saviez comme le Bon Dieu est bon! »3
Angèle Rizzardo
Angèle Rizzardo
Sœur Angèle est l'enfant chérie des Québécois. Elle continue sa grande tournée du Québec afin de promouvoir les produits d'ici, en plus de collaborer aux magazines TV Hebdo et Les Idées de ma maison. Enfin, avec l'agence Solbec Tours, elle accompagne des groupes dans des voyages culturels et gastronomiques. Elle a longtemps travaillé pour le compte de l'Institut du tourisme et d'hôtellerie du Québec.
Article paru en février 2002.
Les confidences de sœur Angèle
En l'espace de quelques minutes, sœur Angèle Rizzardo a été consacrée superstar. Cette religieuse, membre de l'Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil fondé par Marie Gérin-Lajoie, n'en revient toujours pas. Un après-midi, alors qu'elle remplace un collègue de l'Institut de l'hôtellerie et de l'alimentation du Québec pour une simple démonstration culinaire à l'émission télévisée All Boubou à la Société Radio-Canada, elle devint, malgré elle, une coqueluche du petit écran. En quelques minutes, la cuisinière inconnue s'impose comme l'amie de tous les Canadiens francophones. Connue pour sa bonne cuisine, sa spiritualité et sa vie intime demeurent des mystères. Voici une interview exclusive réalisée dans l'intimité de sa résidence du boulevard Saint-Joseph, le «Hollywood» de sa congrégation religieuse catholique.
BENOÎT VOYER - La vie trépidante que vous menez depuis tant d'années ne semble pas avoir ébranlé la foi en votre Dieu. Quelle est votre recette?
ANGÈLE RIZZARDO - Je dois prier quotidiennement pour garder la foi. Ce n'est pas acquis! Ma vie est comme celle d'un couple marié... L'homme et la femme doivent être présents l'un à l'autre pour stimuler leur relation d'amour! C'est la même chose dans la relation que j'ai avec mon Jésus.
Chaque jour, je lui dis: «Je te remercie de m'avoir choisie.» La foi, c'est-à-dire l'acte de croire en son amour, est un cadeau merveilleux qu'il m'offre. J'aurais pu faire autre chose dans la vie, mais il m'a amoureusement choisie. D'ailleurs, il choisit presque toujours des gens ordinaires, comme vous et moi!
B.V. - Quel est le lien entre votre travail et la foi que vous tentez de vivre?
A.R. - Pour moi, le poêle et la table sont comme une offrande, comme une messe...
B.V. - C'est une belle métaphore, mais vous êtes une religieuse! Votre travail est de nourrir le cœur des gens de la bonne nouvelle de votre Jésus!
A.R. Je vous rappelle que le corps et l'esprit sont des complices. Si un corps est mal nourri, l'esprit ne peut pas cheminer vers mon Jésus!
B.V. Il est étonnant de constater à quel point les artisans des médias vous aiment! Ils apprécient votre respect et vous le rendent bien.
A.R. - Ils me disent souvent: «Merci de ne pas nous avoir cassé les oreilles au sujet de votre Jésus, votre époux». Le respect des autres est très important pour moi. J'essaie de toujours imiter Jésus lorsqu’il disait: «Si tu m'aimes, allez viens! Suis-moi! Viens marcher à ma suite!» Il n'a pas dit: «Écoute-moi! Je suis Jésus le Messie! Je suis quelqu'un, moi! Alors, pas besoin de parler! Il me suffit d'être présente dans mon milieu de vie en montrant que nous, les chrétiens, sommes des personnes différentes, particulièrement au chapitre du pardon. En 2002, si chacun avait un petit brin plus de respect en l'être humain, tout irait mieux!
B.V. - Vous parlez donc de lui par votre exemple...
A.R. - Ma mère, qui a maintenant 95 ans, m'a dit dernièrement: «Tu sais, parfois la vie est difficile. Il faut apprendre à se dire que le Seigneur nous a mis sur la terre parce que nous avons une mission à accomplir. Tu as ta façon à toi de parler de lui!»
B.V. - Pour la société québécoise contemporaine, votre Jésus, votre amoureux, c'est de l'histoire ancienne...
A.R. - Plus ça va, plus les gens vont avoir besoin de lui. Il y a eu une évolution dans la société. Les gens ont reçu beaucoup de lui, et là, ils l'ont oublié. C'est comme quelqu'un qui dit: << Bien là, j'ai assez d'argent... Je ne passerai pas à la caisse. >> Il met la banque en état d'attente. C'est la même chose pour la foi! Bien des gens ont mis Jésus en situation d'attente, sur la tablette. Par chance, il est patient! C'est sa manière de nous montrer qu'il nous aime.
B.V. Comme Marie Gérin-Lajoie, vous avez une mission bien particulière. Vous arrive-t-il de vous comparer à la fondatrice de votre institut religieux?
A.R. Me comparer à elle serait une chose prétentieuse, parce que c'était une femme audacieuse.
B.V. - Mais vous êtes audacieuse!
A.R.- (Elle fait silence et pense à haute voix.) Oui, mais avec mon style à moi... Elle disait, soyez, dans la société, des femmes présentes, audacieuses et qui prennent les choses en main. (Elle continue sa réflexion après une brève rentrée en elle-même.) J'ai peut-être un peu reçu d'elle parce qu'elle m'a saisie, cette femme! (Ses yeux s'illuminent et une joie s'installe sur son visage en pensant à elle.) La première fois que je l'ai rencontrée, elle m'a touché le cœur. Elle m'a vraiment touchée!
Comme moi, elle avait une grande admiration pour la nature et pour l'être humain. Elle ne faisait pas de sélection et respectait chacun et chacune dans son cheminement. Elle disait: «Nous sommes tous au service de Dieu et des êtres humains. Nous devons demeurer humbles, pauvres et audacieuses.» Elle nous invitait à oser... Quelle femme merveilleuse!
B.V. - Vous avez montré au peuple québécois un autre visage de la religieuse. À votre façon, vous aussi avez beaucoup osé!
A.R. - Cette carrière publique est arrivée à mon insu. Si j'avais su, j'aurais eu peur! Croyez-moi! C'est en suivant l'exemple de Marie Gérin-Lajoie que j'ai accepté d'être là, au service des gens.
B.V. Marie Gérin-Lajoie vous aurait permis une telle mission publique?
A.R. - Je me suis toujours sentie comprise de cette femme. Elle croyait en ce que je faisais. Elle m'a tellement fait confiance que j'ai pris confiance en ce que je fais. Elle voyait toujours quelque chose de grand dans l'être humain. Comme vous... Je suis entière. Lorsque je suis avec vous, je ne suis pas ailleurs. J'oublie tout...
R.V. - Au fil des ans, quelle valeur avez-vous voulu transmettre au public?
A.R. L'amour de la famille. Présenter un petit plat, c'est une façon de dire l'amour. Je me suis toujours sentie complice de mon mari, de Jésus. C'est lui le plus grand. Imaginez ce qu'il a fait: la multiplication des pains, des poissons, du vin... Il commençait toujours par nourrir les gens. Il s'assurait toujours que le vin soit toujours de bonne qualité, du premier jusqu'au dernier verre...
B.V. - Vous ressemblez vraiment à votre fondatrice!
AR. - (Elle sourit bien humblement et ne répond pas à ce commentaire. Elle préfère continuer sur une autre voie. Elle se permet une confidence.) Un jour, Marie Gérin-Lajoie m'a dit: «Vous savez, ma p'tite sœur, le Seigneur va vous demander une mission pas comme les autres. Lorsque vous commencerez à avoir un petit filet blanc dans les cheveux, il y aura une nouvelle mission pour vous, une mission différente et spéciale...»
B.V. - Elle était clairvoyante!
A.R. - Oui! À cette époque, je pensais que je partirais pour l'Italie afin de fonder une mission! Ce n'était pas ça du tout! (Rires.) C'était la vie publique qui m'attendait...
B.V. - Le livre biographique de la journaliste Catherine Yoffé révèle plusieurs de vos petits secrets. On y apprend, notamment, que vous êtes « enfant de la guerre ». C'était la Deuxième Guerre mondiale...
A.R. - Je suis née au combat! Pour moi, la vie est un combat constant. Celui-ci ne doit pas en être un de tristesse, mais d'abandon, de service et d'amour en vivant un instant à la fois. Pour moi, chaque seconde ne peut pas se passer de la même façon parce que chacune est importante dans ma vie quotidienne.
B.V. - C'est la guerre qui a formé votre intériorité. On dirait que les enfants qui la connaissent sont façonnés avec plus de solidité en eux!
A.R. - Si les enfants d'aujourd'hui vivaient dix jours comme les enfants ont vécu de 1938 à 1945, ils seraient effectivement plus forts! Il faut dire aux jeunes que la vie est belle. Il y a toujours un dépassement dans celle-ci. Après les orages et la pluie, il y a toujours du soleil. Vous comprenez? Il y a toujours de l'espérance. Malgré les difficultés, il faut être forts comme les enfants au front. Avec un cœur rempli d'amour, il est possible de passer à travers toutes les épreuves. Pour arriver à apprécier la vie, il faut savoir faire silence en soi.
B.V. - Une petite prière avec ça? (lance à la blague le représentant de la Revue Sainte Anne, comme la petite fille de chez McDonald qui demande «Un chausson avec ça?»)
A.R. (Rires.) Pourquoi pas! Le mal à l'âme de la jeunesse d'aujourd'hui serait moins grand si elle savait s'arrêter pour prier. Quand on ne sait guère comment prier, la vie est plus difficile. La prière aide à espérer...
B.V. - Qui leur enseignera?
A.R. - Peut-être les grand-mamans! Et puis, elles sont moins occupées que les parents! Elles peuvent encore faire bien des choses... Elles ont un rôle extraordinaire! Celui-ci est essentiel. La mission de grand-maman est d'être présente et à l'écoute de ses petits-enfants. Imaginez l'effet qu'a la nourriture chez un enfant qui arrive chez sa grand-maman! La nourriture est un beau moyen d'entrer en contact avec ses petits-enfants. Le sucre à la crème est généralement irrésistible! Une recette, c'est comme un évangile... C'est plein d'amour.
B.V. - Nous apprenons, dans le livre de Catherine Yoffé que vous avez survécu aux bombes! Cela a dû être terrible!
A.R. - Il y avait plein d'enfants morts autour de moi. J'étais pleine de sang et de poussière...
B.V. Vous rappelez-vous ce qui se passait dans votre tête de gamine au moment où les bombes tombaient autour de vous?
A.R. - Comme si c'était hier! C'était terrible! Vraiment terrible! Je n'aime pas raconter ce que j'ai vu... Depuis la guerre, chaque fois que je me retrouve dans une situation extrême et que je ne sais plus ce qui va m'arriver, inconsciemment, je penche toujours ma tête dans la position du fœtus, e ressens toujours le choc. C'est encore terrible! Épouvantable!
B.V. - La position du fœtus est une position d'abandon...
A.R. - C'est un peu ça... Lorsqu'on sent la mort qui approche, on redevient comme des enfants. Tout ce qu'on réussit à faire, c'est de s'abandonner.
B.V. - Comme votre cher Niko a fait lorsqu'il est mort!
A.R. - (Elle s'enlise dans un long silence... Des larmes remplissent ses yeux. Le souvenir de son cousin et ami d'enfance, mort à l'âge de huit ans, la plonge dans une grande tristesse. Ses yeux bleus deviennent gris. En sanglotant, elle tente de continuer l'entretien, mais ce sera son dernier propos.) Je suis sûre qu'il est à la source de ma vocation.
B.V. - Il veille sur vous depuis votre jeunesse... C'est votre ange gardien?
A.R.-... (Elle acquiesce par un signe de la tête.)
Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.107 à 113. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).
ARTICLE DU JOUR: Tekakwitha, la sainte Catherine de Kanawake
17 avril 2025
En 1656, à Ossernenon, petit hameau connu de nos jours du nom d’Auriesville, dans l’État de New York, nait Tekakwitha. Ce prénom veut dire « celle qui met les choses en ordre ». Cette année-là, son père est chef mohawk.
Sa mère est de la lignée du peuple Algonquin. Elle fait partie du clan de la « Tortue » ou de la famille de la longue maison. Elle est baptisée dans la tradition catholique.
A l’âge de quatre ans, Tekakwitha contracte la variole, une maladie européenne. Elle survit à la pandémie, mais son corps en gardera des traces toute sa vie. En revanche, le virus ravage sa communauté, dont ses parents et son frère cadet.
Son visage est marqué par des cicatrices permanentes et deviendra quasi aveugle. Toute sa vie, elle devra tendre ses mains devant elle pour naviguer son chemin et se protéger contre les blessures.
À la suite de la pandémie, sa communauté se déplace de l'autre côté de la rivière à Caughnawaga, patelin devenu Fonda. Tekakwitha grandit chez sa tante et son oncle.
Comme les autres filles, elle aide à préparer les repas, cueille des baies dans les bois, confectionne des paniers et enfile des perles et du wampum.
A 11 ans, Tekakwitha rencontre pour la première fois un missionnaire jésuite. Le père James de Lamberville est de passage dans leur maison. Le Jésuites deviendra son confident. En bavardant avec lui, elle apprend à connaître la foi chrétienne de sa mère. D’une rencontre a l’autre, elle finit par demander le baptême. Elle portera maintenant le prénom de Catherine.
Sa famille n’est pas en accord avec le christianisation des amérindiens. Elle lui fera la vie dure.
En 1677, craignant pour sa sécurité, elle embarque à bord d’un canot avec un missionnaire catholique laïc amérindien. Ils font un long voyage. Ils traversent ce qui deviendra le Lac Champlain et remontent la rivière Richelieu jusqu’à la mission catholique Saint-François-Xavier, à La Prairie, sur la rive sud du Saint-Laurent. A cet endroit, elle pourra vivre sans contrainte sa foi chrétienne.
Le, 25 mars 1679, Catherine fait une promesse de virginité perpétuelle, ce qui signifie qu'elle désire rester célibataire, ne pas avoir de relations sexuelles et se dévouer totalement à son Jésus.
N’ayant pas une grosse santé et pratiquant des exercices de mortification comme c’était la coutume a son époque, elle décède le 17 avril 1680, à l'âge de 24 ans. Ses derniers mots sont: « Jésus, je t'aime ».
Témoins de sa mort, deux Jésuites raconteront jusqu’à la fin de leurs jours que, quelques instants après la mort de Catherine Tekakwitha, son visage balafré et défiguré par la vérole est devenu miraculeusement d'une beauté infaillible.
Elle est enterrée dans un cercueil en bois à côté de la croix de bois où elle a prié sur les rives du grand fleuve.
En 1684, Catherine Tekakwitha est exhumée du cimetière et ses restes transférés dans la sacristie. Ses restes humains sont placées à l’intérieur d’un coffre. Elle devient la première autochtone des Amériques à recevoir l’honneur de voir son corps reposer dans une église.
En 1972, les « Filles d’Isabelle » de Kahnawake recueille de l’argent et paient la confection d’un tombeau de marbre carrera qui est installé dans la chapelle de la mission catholique.
Au fil des ans, a cause de la communauté anglophone, Catherine devient Kateri Tekakwitha.
Catherine « Kateri » Tekakwitha est canonisée, au Vatican, le 21 octobre 2012 par le pape Benoît XVI. Sa mémoire liturgique est soulignée le 17 avril de chaque année.
PORTRAIT: Denis-Antoine Lévesque
Denis-Antoine Lévesque
Denis-Antoine Lévesque est actuellement l'assistant du frère ministre général des Franciscains de l'Emmanuel, frère François-Marie Garon, responsable de la formation des nouveaux membres de la fraternité franciscaine, et ira fonder une maison de formation au Cameroun, en Afrique, en septembre 2005. Les Franciscains de l'Emmanuel regroupent 68 membres. À Amqui et à Montréal, au Canada, ils sont quatre frères consacrés internes (avec quatre candidats), cinq membres externes (avec six candidats) et seize amis associés. Dans le diocèse de Nhongsamba, au Cameroun, ils sont 59 membres externes (dont 10 jeunes hommes qui cheminent pour devenir frères consacrés internes) et 92 amis associés. En novembre 2003, le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, a donné une reconnaissance canonique aux Franciscains de l'Emmanuel, à titre d'association de fidèles.
Article paru en mars 2001.
«Je me souviens, je pleurais... Ce fut une découverte foudroyante!»
«À l'âge de cinq ans, je m'en souviens comme si c'était hier, j'étais seul à l'arrière de l'église de Malartic, en Abitibi. Je me suis aspergé d'eau bénite et couché par terre en donnant ma vie au Seigneur. Je me suis relevé et je suis reparti avec un feu joyeux dans le cœur», raconte candidement le frère Denis-Antoine Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel, une nouvelle fraternité franciscaine qui compte une trentaine de membres.
«Cette première expérience de Dieu m'a profondément marqué. Pour moi, Jésus était un être vivant. Je m'en souviens, c'était écrit à l'avant de l'église: Mon Jésus, je t'aime! Je ne savais pas tout ce qui se passait à la messe, mais je répétais sans cesse ces paroles», dit-il. Il vivait déjà une relation particulière et personnelle avec Dieu.
Né le 12 juillet 1960, ce fils de mineur, était un p'tit gars vivant et dynamique qui avait déjà une attirance pour le sacré. Il y avait de l'exubérance dans ce cœur d'enfant. C'est vraiment une grâce spéciale qu'il a reçue parce que ses parents étaient de bons catholiques du dimanche, des gens pas plus religieux que les autres de ce temps.
C'est justement à cinq ans qu'il reçoit ses premières responsabilités à l'église paroissiale: servir la messe et fermer les lumières après les célébrations.
Au séminaire
À 10 ans, il entre au petit séminaire diocésain de Rouyn, le Séminaire Saint-Michel. Désirant consacrer sa vie au service de l'Éternel, il passe son adolescence dans ce lieu de croissance particulier. Parfois, il veut devenir prêtre ou policier. À d'autres moments, pompier ou prêtre. Ou encore, prêtre ou professeur. Son désir d'accéder au sacerdoce demeure cependant toujours présent.
François d'Assise
À 12 ans, il fait la rencontre de saint François d'Assise en regardant le film « François et le chemin du soleil ». A partir de ce jour, plus rien n'est pareil dans son cœur. C'est le coup de foudre! Un véritable choc de l'âme! Sans tarder, il dévore les cinq ouvrages consacrés au personnage qui se trouvent à la bibliothèque scolaire.
«Je me souviens, je pleurais... Ce fut une découverte foudroyante! Au premier livre, je pleurais en lisant chacune des pages. Ce qui m'a touché de François, c'est sa relation avec Jésus. Il était un passionné! C'était tout ou rien ! Je me retrouvais en lui. Moi aussi, je voulais tout donner au Christ!» raconte-t-il comme si c'était hier.
À partir de ce moment, la dimension franciscaine entre en lui. Cela s'est fait discrètement parce qu'il ne savait même pas qu'il existait des Franciscains au Québec. C'est à 15 ans qu'il rencontre des membres d'une fraternité laïque, le Tiers-Ordre franciscain. C'était au séminaire, lors d'un rassemblement d'un groupe de la paroisse, parce que l'église-cathédrale venait d'être détruite par un violent incendie.
«Je voyais des gens entre 40 et 50 ans qui venaient à une réunion. J'ai demandé ce qu'il y avait à cette rencontre. Ils m'ont répondu: Les Franciscains séculiers laïques». J'ai répondu: «Ah oui! Saint François d'Assise! Il me faisait tellement vibrer! Je suis allé à la rencontre et j'ai commencé à fréquenter ce groupe. J'allais aux réunions deux à trois fois par mois. C'est là que j'ai eu ma première formation franciscaine. J'ai fait mon noviciat dans le troisième ordre de François», ajoute Denis Lévesque.
Le feu de l'Esprit
À l'école secondaire, Denis Lévesque s'implique dans la pastorale. À 15-16 ans, Bob Digman, originaire de Waterloo, dans les Cantons-de-l'Est, et actuellement missionnaire au Mexique, est de passage en Abitibi pour une tournée d'évangélisation où il raconte son expérience de conversion. Une soixantaine de jeunes de l'école viennent l'entendre et prier avec lui, dont Denis. Ils sont touchés par l'expérience. Plusieurs repartent avec un renouvellement de leur vie de foi.
«Les p'tites filles me travaillent»
De 16 à 19 ans, il vit ses expériences amoureuses avec les filles, dont la majorité sont membres du groupe de la pastorale scolaire touchées par l'expérience Digman.
À 19 ans, il a une relation plus sérieuse avec une jeune fille qui lui demande de réfléchir à son avenir et de faire des choix. «C'était une fille extraordinaire! Elle s'appelait Sylvie!», lance l'homme aux yeux qui brillent encore de tendresse pour elle.
«Est-ce que je veux me marier? Est-ce que je désire avoir des enfants? Qu'est-ce que je veux faire de ma vie? » Il se pose bien des questions.
L'appel de la prêtrise revient encore plus fortement en lui. Il décide de poursuivre sa route seul et d'aller plus loin dans cette voie pour répondre au feu qui brûle en lui.
Un regard de père
Inscrit en sciences humaines au cégep, le jeune Lévesque continue sa recherche. «À 20 ans, mon père m'a amené visiter sa mine. Cela a été un moment qui m'a profondément marqué. Il m'a présenté à ses compagnons de travail. Il était fier de me présenter! Ce regard porté sur moi par papa m'a fait du bien. On a besoin d'être regardé pour pouvoir vivre! Surtout par ce regard de père!» dit Denis Lévesque sur le ton du secret, tout en se berçant sur une bonne vieille chaise pas trop confortable.
Montréal
Après ces années au collège public, il arrête ses études. Il déménage à Montréal et travaille à la Banque Nationale durant 18 mois.
Avec son colocataire, l'abbé Pierre Smith, il fonde le groupe de prières Saint-Louis-de-France. «Ça a été un peu phénoménal! Lorsque nous avons débuté, nous étions trois jeunes. Au bout de trois mois, nous étions 30! Six mois: 80! Huit mois: 200! Chaque semaine! J'ai été responsable durant un an et demi. Le groupe a fonctionné pendant cinq ans...», ajoute-t-il.
Il fait ensuite un stage dans une communauté franciscaine et part étudier la théologie à Ottawa.
Rome
À 22 ans, il entre au noviciat des Oblats de la Vierge Marie à Rome. Dans cette ville d'Italie, il y a des Franciscains et des Capucins à chaque coin de rue. Chaque fois que j'en voyais un, c'était comme si je recevais un coup de poignard en pleine poitrine. Par la suite, je suis souvent allé prier à Assise. Dans ce pays, j'ai renoué ma relation avec saint François», se souvient l'homme à la barbe et aux cheveux qui commencent à annoncer les années de la sagesse.
Il décide donc de quitter le postulat, de revenir terminer ses deux années de théologie à l'Université Laval de Sainte-Foy et à poursuivre sa réflexion.
Naissance des Franciscains de l'Emmanuel
Le 5 janvier 1985, avec un groupe d'amis, il fonde les Franciscains de l'Emmanuel, une fraternité communautaire dans l'esprit du saint d'Assise. Le groupe prend naissance avec la permission de l'archevêque de Montréal. Ses quatre compagnons du début décident de quitter la communauté. En 1986 se joint à lui François Garon, qui prend l'habit gris et avec qui il chemine depuis ce temps.
De 1990 à 1995, ils résident à Roxton-Pond, situé à quelques kilomètres de Granby, mais aucune nouvelle recrue à la fraternité. De 1995 à 1997, ils vivent une expérience avec les Franciscains du Renouveau dans le Bronx, en pleine jungle new-yorkaise. Ils songent à se joindre à cette nouvelle fraternité franciscaine prospère. Ils reviennent finalement au Canada et décident de s'établir à Montréal.
Mère Teresa: une amie
«Å New York, on rencontrait souvent Mère Teresa parce que ses religieuses habitent à 10 minutes de marche de chez les Franciscains du Renouveau. Les frères prêtres vont souvent célébrer la messe dans leur maison. Il y a beaucoup d'échanges entre les deux communautés. Quand elle venait à New York, elle habitait toujours à cet endroit. Nous allions souvent prier avec elle», raconte le frère Denis-Antoine Lévesque.
Il poursuit: «En juin 1997, avant qu'elle parte pour Calcutta, deux mois avant qu'elle décède, je lui donne une petite lettre lui expliquant que François et moi étions en réflexion pour savoir si nous revenions au Québec. Si nous restions à New York, il n'y avait pas de retour possible au Canada avant une quinzaine d'années. Je lui demandais donc conseil. Elle prend la lettre, elle l'amène à Calcutta et elle décède le 6 septembre 1997. Une semaine plus tard, nous recevions sa réponse. C'est donc une des dernières lettres écrites avant son départ.» Mère Teresa écrivait: «Dieu vous a sûrement amenés à New York afin de pouvoir mieux aimer et apprécier le don de votre communauté au Québec.»
Pourquoi persévérer?
S'il a persévéré, c'est qu'il est convaincu d'être dans sa vocation. Les deux franciscains se disent depuis plusieurs années que même si la communauté ne compte pas plus de deux ou trois membres, ils persévéreront et mourront en Frères franciscains de l'Emmanuel.
C'est un peu fou! Humainement, ce que nous avons vécu semble un échec, mais je sens que je fais vraiment la volonté de Dieu dans cet état de vie. Cela correspond à ce que je veux vivre », conclut frère Denis-Antoine.
Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.115 à 121. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).
En ce 16 avril 2025
Visite au Sanctuaire Kateri Tekakwitha, a Kanawake
Messe chrismale a la cathédrale de Joliette
J'ai profité de l'occasion pour visiter l'exposition de peinture "Chemin de croix, chemin de vie" qui a lieu jusqu'au 20 avril. J'y ai croisé et salué Anne-Marie Forest, qui est une remarquable artiste en art sacré. Je l'ai connue lors d'une formation en accompagnement spirituel que je donnais a Montréal pour le SASMAD, entre 2005 et 2009.
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| Oeuvre de l'artiste Anne-Marie Forest "Institution de l'eucharistie - La messe sur le monde" |
Robert Dutton
Robert Dutton
Depuis 1992, Robert Dutton assure la direction de RONA à titre de président et chef de la direction. De 1990 à 1992, il a occupé le poste de vice-président et de chef des opérations de cette même entreprise, chargé de l'ensemble des opérations de RONA. Depuis qu'il dirige l'entreprise, celle-ci a connu une croissance soutenue et est devenue le plus important distributeur et détaillant canadien de produits de quincaillerie, de rénovation et de jardinage.
Robert Dutton est titulaire d'un baccalauréat en administration des affaires, option marketing-finances, de l'École des hautes études commerciales (Montréal), 1977.
Article paru en mars 2002.
«L'entreprise demeure, pour moi, un endroit de choix pour servir Dieu»
«La foi est un cadeau que Dieu m'a donné. Je me suis toujours demandé pourquoi il m'a gâté ainsi. J'ai toujours aimé la solitude, avoir des moments de prière et aller à la messe. Durant ma jeunesse, je devais avoir 16 ans, je me suis interrogé: Qu'est-ce qu'il me veut? Qui suis-je pour qu'il s'intéresse à moi? Je ne suis que le fils d'un quincaillier!», lance d'entrée de jeu Robert Dutton, chef de direction chez RONA.
En plus de ces questions, une autre revenait sans cesse en lui. II s'agit de la célèbre phrase du marchand: «Est-ce que je peux vous aider? » Il se questionne sur sa vocation.
Un jour, il se rend au confessionnal de sa paroisse pour en parler au curé. Bien connu des gens de son village à cause de la situation bien en vue de son père, il se dit qu'en ce lieu anonyme le ministre du culte catholique ne le reconnaîtra pas. «Je voulais comprendre ce qui me bouleversait tant. En ouvrant la petite trappe du confessionnal, il me lance: "Ah! Je suis content de te voir! Est-ce que ma tondeuse est prête?" (Rires.)», raconte-t-il.
En cette journée qui l'a grandement marqué, Robert Dutton affirme avoir compris quelque chose dans la recherche de sa vocation... Sa mission est au service des autres. Finalement, il ne parle pas de son questionnement au prêtre et repart comme il est arrivé. Robert Dutton décide de se consacrer à sa formation universitaire et de s'impliquer dans le commerce familial. En 1977, il termine un baccalauréat aux Hautes études commerciales (HEC), à Montréal.
L'entrée chez RONA
«Je suis un gars timide et réservé. J'étais très craintif d'aller travailler dans les entreprises et j'avais clairement spécifié à mon père que je ne travaillerais jamais pour RONA, dit-il. La coop et la ceinture fléchée, ce n'était pas pour moi! Quelques jours après la fin du bac, papa m'a amené à une réunion des marchands RONA. Comme un trophée, il m'a présenté au président de la coopérative. Il était bien fier de son fils sorti des HEC!» (Rires.), raconte-t-il
Il poursuit: Quelques jours plus tard, il me téléphone: "Viens donc me voir!" A son bureau, il me dit: "Les projets de ton ton père, on pense les réaliser dans deux ans," Et il ajoute: "Écoute! l'ai besoin de quelqu'un qui connaît le commerce au détail. J'aurais besoin de toi pour environ deux ans. Ton père aura le temps de murir ses projets et, de ton côté, tu verrais comment vont les nôtres! À la fin du contrat, si tu décides de retourner dans le magasin familial, tu auras une plus grande expérience de l'entreprise!" Sans que je sache pourquoi, j'ai accepté! Ce fut un coup de foudre! Je suis tombé amoureux avec RONA!»
Durant quelques années, il travaille très fort et sans arrêt. Il se défonce. De cette manière, il rend service à la société et se réalise personnellement. Dans l'intimité, il entretient sa foi. Il prie et assiste fréquemment à la messe. Dans son milieu, on n'en sait rien. Ses valeurs religieuses sont une affaire privée.
L'entrée en lui
À 28 ans, il fait un voyage d'une dizaine de jours à Vancouver, dans l'Ouest canadien. A l'approche de la trentaine, il sent le besoin de faire un bilan de vie.
Devenu directeur de la mise en marché chez RONA, il songe à manifester son intérêt pour le poste de vice-président marketing que l'entreprise veut pourvoir.
«Je réalisais que je n'étais pas marié, mais que ce n'était pas un drame. La vie n'avait pas permis que je rencontre une femme avec qui je veuille faire un projet. En revenant d'une marche, dans ma chambre d'hôtel, une question surgit en moi: Robert, quels sont tes objectifs de vie spirituelle? Cette journée-là, j'ai pris la ferme résolution d'agrandir ma connaissance de Dieu, d'améliorer ma vie de prière et d'augmenter ma présence à l'Eucharistie en y allant aussi sur semaine», se souvient l'homme aux cheveux poivre et sel.
En ces jours de réflexion, il écrit son nouveau plan éthique. Celui-ci consiste en trois points: «a) Tu ne dois jamais rien faire pour l'argent. Ce que tu as à réaliser, tu le fais pour Dieu à travers ton service aux autres. Augmenter les revenus de l'entreprise, c'est louable! Cependant, pour toi, s'il y en a, tant mieux, s'il n'y en a pas, tant mieux aussi ! Tu es au service des autres et RONA est un instrument, un lieu d'efficacité pour atteindre ton objectif de service; b) Te ne dois rien faire pour ta reconnaissance personnelle. L'orgueil éloigne de la réalité; c) Tu as des devoirs et des responsabilités envers tes employés. Attention à ta manière d'exercer ton pouvoir!»
Professionnellement, il décide de garder le cap sur la vice-présidence et, peut-être, la présidence.
Enfin, il décide qu'à 40 ans il passera à autre chose. Il songe à une vocation de service comme celles de Mère Teresa et de Jean Vanier.
En 1990, en pleine récession économique, il atteint son objectif et devient président de RONA. Pendant quatre ans, il travaille activement à redresser la situation économique de l'entreprise et ouvre les premières grandes surfaces en créant 250 emplois.
L'entrée au Grand Séminaire
«En 1994, je rencontre le président du conseil d'administration de RONA. Je lui dis: "J'arrive à 40 ans. Il me semble que j'ai réalisé tous mes objectifs. Je ne sais plus quoi faire... Je ne suis pas intéressé par la besogne de patron d'une plus grande entreprise ni de travailler pour une autre que RONA." Il me répond: "As-tu déjà pensé faire quelque chose pour la vie spirituelle des gens?"», raconte Robert Dutton.
Surpris par cette réponse, le chef de direction reste coi et songeur. Le président ne sait rien de son cheminement. Comment a-t-il pu lire en lui? Il y a tant d'années qu'il se questionne. Pour la première fois de sa vie, il décide de consulter sérieusement un prêtre catholique. Il a besoin qu’on l’aide à décider ce qu'il doit faire. A la suite de cette rencontre, il choisit d'aller réfléchir, pendant quelques mois, au Grand Séminaire de Montréal.
Ignorant tout de son questionnement intérieur, le conseil d'administration de RONA lui accorde six mois de repos pour refaire le plein. Une belle façon de souligner son vingtième anniversaire au service de l'entreprise! «De toute façon, un refus de leur part aurait simplement provoqué ma démission. Mon besoin de me retirer était trop grand!» lance-t-il.
Pour lui, il s'agit d'un des plus beaux cadeaux de sa vie. Les cours de théologie l'aident à structurer ses projets d'avenir et à réfléchir au phénomène de la mondialisation qui, selon lui, est un nouveau signe des temps, et à la dignité de la personne humaine.
L'intuition première qu'il avait en entrant au Grand Séminaire ne se concrétise pas. Après quelques mois, il décide de poursuivre chez RONA. «J'ai pris conscience que l'entreprise demeure, pour moi, un endroit de choix pour servir Dieu!» confie Robert Dutton.
Durant ces mois, j'ai écrit un plan d'avenir pour l'entreprise. Quelles sont les valeurs que RONA doit avoir? Comment cela doit-il se traduire? etc. Les changements devaient se prendre progressivement dans le but de respecter le cheminement de chaque employé. Je suis revenu chez RONA pour créer un modèle d'entreprise afin de montrer notre différence», explique-t-il.
Plus ambitieux que jamais, il veut donner à ses travailleurs des conditions de vie respectueuses, créer encore plus d'emplois et instaurer des valeurs sociétales - comme la solidarité -, car, pour lui, il faut que le coopératisme évolue. Le «modèle de la ceinture fléchée est terminé!», parce que les modèles économiques changent. «On est poussé à la croissance, mais pas à n'importe quel prix!», insiste-t-il pour nuancer son idée. Enfin, il met sur pied un important programme de communication pour l'entreprise. Personnellement, il décide de sortir sa foi du placard.
L'entrée au pays des grands
Les fruits de mes petits gestes ne me regardent pas... Je n'ai pas la prétention de changer des choses dans la société et le monde des affaires. Ce que je fais est ma façon de construire un p'tit bout du royaume de Dieu», dit-il en toute humilité - un peu à la manière de saint Joseph qu'il affectionne (d'ailleurs, une petite statue qui le représente est bien en vue dans son bureau) - avant de passer à un autre sujet afin de ne pas trop s'attarder à celui-ci.
Pourtant, depuis six ans, RONA a grandement évolué. Robert Dutton et son équipe ont créé et sauvé des centaines et des centaines d'emplois en renforçant le pouvoir de l'entreprise face à la concurrence américaine et ontarienne. Avec ses 25 grandes surfaces au Québec, RONA figure parmi les grands.
De plus, la coopérative est devenue dans le milieu des affaires un modèle à imiter, notamment au chapitre des conditions de travail, qui ont la réputation d'être les meilleures au Québec.
Enfin, à l'interne, il a instauré un petit temps de méditation et une brève prière au début des réunions du conseil d'administration. En plus de continuer sur sa lancée, il caresse un vieux rêve: implanter un «salon du silence» au siège social de RONA. Le projet est annoncé...
Entrer, toujours entrer...
Le cadeau de sa foi, il le partage depuis deux ans. C'est l'abbé Roland Leclerc qui, le premier, lui a demandé d'en parler publiquement à l'occasion d'un petit-déjeuner de gens d'affaires de Montréal. En 2001, il a répété ce geste une quinzaine de fois.
«Ça me faisait un peu peur ces regroupements de chefs d'entreprise qui se rassemblent pour prier Dieu! Je me disais: Ils doivent penser qu'ils l'ont acheté! J'avais un malaise. Je me suis rendu compte que ce n'est pas ça», ajoute le patron de RONA qui est devenu, depuis ce temps, président des Déjeuners de la prière de Montréal. L'histoire est venue aux oreilles de quelques médias -
Paul Arcand l'a déjà reçu à son rendez-vous télévisé - et de ses employés. Plusieurs sont touchés par son audace et ses propos et ne manquent pas de le lui souligner.
«Actuellement, je commence à mijoter l'idée de me retirer dans deux ou trois ans afin de réfléchir encore une fois à quelle manière je pourrais être utile à Dieu», conclut Robert Dutton, qui se demande encore pourquoi Dieu l'a gâté avec «ce si merveilleux cadeau de la foi».
Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp.123 à 129. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).
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