RÉFLEXION SPIRITUELLE : Monter en descendant

Monter en descendant

Par Benoit Voyer

28 septembre 2026

Habituellement, lorsqu’on veut progresser, on monte. On gravit des échelons. On veut devenir meilleur, plus fort, plus compétent.

Dans notre manière de vivre notre relation à Dieu, on s’imagine une ascension similaire, un peu à la manière de sainte Thérèse d’Avila avec la théorie des Sept demeures ou des Sept ciels.

De son côté, Christian Beaulieu a toujours eu une manière étonnante de parler de la vie spirituelle. Dans ses ouvrages et ses conférences, il parlait souvent de cette image d’une montée en descendant, en d’autres mots, pour rencontrer Dieu, il faut descendre en soi. Il se cache dans les coins cachés de notre cœur.

Un jour, il me disait : « Il y a une force dans ma fragilité. Il y a une puissance dans mon impuissance. Étant donné que je vis avec des gens très souffrants, je suis toujours confronté à affronter mon impuissance. Il faut que je sache me réfugier dans le cœur de Dieu ou je vais retrouver la paix, la sérénité, la confiance et où je vais m’abandonner. L’abandon n’est vraiment pas naturel pour moi. Je vais facilement parler de lâcher-prise dans les conférences, mais si j’en parle autant que ça c’est parce que c’est chaque jour que je dois aller rechercher personnellement ce lâcher-prise et faire un combat intérieur pour arriver à l’abandon »
(Revue Sainte Anne, juillet 1999, page 295).

L’image est forte. Pour toucher la grandeur du cœur de Dieu, il faut descendre jusqu’à sa propre petitesse, entrer en contact avec ses fragilités et ses faiblesses.

Repli sur soi? Nombrilisme? Au contraire, Christian Beaulieu reste une personne tournée vers les autres, notamment les personnes marginalisées. Sa rencontre avec les autres est la rencontre de deux fragilités.

Ces dernières heures, il m’est également revenu en mémoire le souvenir de sœur Marie-Reine Beaudry, la fondatrice, avec un groupe de personnes vulnérables de Granby, du Partage Notre-Dame.

Un jour, elle me disait : L'essentiel, tout en leur donnant à manger, est « de leur apprendre qui ils sont, leur faire prendre conscience de l'importance de leur participation à l'élaboration de dem
ain » (Revue Sainte Anne, juin 1999, page 247). Cette vision des choses nous dit que la personne pauvre n'est plus seulement celle qui reçoit. Elle a quelque chose à donner. Elle n'est pas uniquement quelqu'un dont nous devons nous occuper. Elle est quelqu'un dont nous avons besoin pour construire demain. Autrement dit : elle compte.

Ça me fait penser à cette vieille histoire : « En ce temps-là, une discussion survint entre les disciples pour savoir qui, parmi eux, était le plus grand. Mais Jésus, sachant quelle discussion occupait leur cœur, prit un enfant, le plaça à côté de lui et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom cet enfant, il m’accueille, moi. Et celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. En effet, le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand. » (cf. Lc 9, 46-50). Voilà, tout est dit.

Jésus ne demande pas seulement à ses disciples d'accepter leur propre petitesse. Il leur demande d'accueillir le petit.

La grandeur selon Dieu ne consiste pas à monter plus haut que les autres. Elle commence lorsque j'accepte de descendre vers ma fragilité. Elle grandit lorsque je mets ce que je suis au service des autres. Elle devient accueil lorsque je reconnais la dignité de celui que notre société considère comme petit. Et elle devient encore plus grande lorsque j'accepte que Dieu puisse aussi agir chez celui qui ne marche pas exactement avec moi. Nous ne deviendrons grand qu’en nous faisant petits.