SEXUALITÉ : Une médecin dénonce la réduction du désir féminin à une question hormonale
Par Benoit Voyer
28 septembre 2026
C’était il y a quelques mois, mais le sujet demeure d’intérêt.
Dans une chronique publiée le 3 avril 2026 dans les pages de La Presse, Géraldine Lachance-Fortin, une médecin de famille, remet en question l’idée que la baisse du désir féminin puisse être principalement expliquée par un manque de testostérone.
Elle écrivait : « Avons-nous atteint, comme société, un niveau de simplisme tel que l’on accepte l’idée qu’un concept aussi complexe et fascinant que le désir sexuel féminin peut être réduit à un taux de testostérone? »
Tout en reconnaissant la souffrance réelle des femmes vivant un trouble du désir sexuel hypoactif, elle estimait que la médecine ne doit pas faire oublier les dimensions psychologiques, conjugales et sociales du désir.
À ses yeux, la question dépasse largement la biologie. Elle évoque notamment la charge mentale, les inégalités dans le couple, la pression liée à l’apparence physique et le manque d’espace personnel.
Elle questionnait : « Se pourrait-il que l’espace mental des femmes ait été à ce point colonisé par les désirs des autres qu’il n’y reste pas la moindre parcelle libre pour y cultiver leur propre désir et leur créativité? »
FLASH : Un ministre en santé mentale
Afin de mieux coordonner les actions du gouvernement du Québec et, à long terme, de maintenir la santé mentale au sommet des priorités, l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) demande aux prochains dirigeants de la province qui seront élus le 5 octobre de créer un ministère de la Santé mentale.
L’AMPQ souhaite aussi qu’il y ait davantage de solutions de rechange à l’hospitalisation, un meilleur soutien aux travailleurs de la santé et qu’on utilise davantage la télémédecine. Dans un article de La Presse canadienne paru sur le site de CBC News, le 5 août 2026, l’Association dit que les besoins en santé mentale augmentent alors que l’accès aux soins demeure difficile. Les hospitalisations pour idées suicidaires chez les filles de 10 à 14 ans auraient triplé entre 2010 et 2023. (Benoit Voyer, 28 septembre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Monter en descendant
Par Benoit Voyer
28 septembre 2026
Habituellement, lorsqu’on veut progresser, on monte. On gravit des échelons. On veut devenir meilleur, plus fort, plus compétent.
Dans notre manière de vivre notre relation à Dieu, on s’imagine une ascension similaire, un peu à la manière de sainte Thérèse d’Avila avec la théorie des Sept demeures ou des Sept ciels.
De son côté, Christian Beaulieu a toujours eu une manière étonnante de parler de la vie spirituelle. Dans ses ouvrages et ses conférences, il parlait souvent de cette image d’une montée en descendant, en d’autres mots, pour rencontrer Dieu, il faut descendre en soi. Il se cache dans les coins cachés de notre cœur.
Un jour, il me disait : « Il y a une force dans ma fragilité. Il y a une puissance dans mon impuissance. Étant donné que je vis avec des gens très souffrants, je suis toujours confronté à affronter mon impuissance. Il faut que je sache me réfugier dans le cœur de Dieu ou je vais retrouver la paix, la sérénité, la confiance et où je vais m’abandonner. L’abandon n’est vraiment pas naturel pour moi. Je vais facilement parler de lâcher-prise dans les conférences, mais si j’en parle autant que ça c’est parce que c’est chaque jour que je dois aller rechercher personnellement ce lâcher-prise et faire un combat intérieur pour arriver à l’abandon » (Revue Sainte Anne, juillet 1999, page 295).
L’image est forte. Pour toucher la grandeur du cœur de Dieu, il faut descendre jusqu’à sa propre petitesse, entrer en contact avec ses fragilités et ses faiblesses.
Repli sur soi? Nombrilisme? Au contraire, Christian Beaulieu reste une personne tournée vers les autres, notamment les personnes marginalisées. Sa rencontre avec les autres est la rencontre de deux fragilités.
Ces dernières heures, il m’est également revenu en mémoire le souvenir de sœur Marie-Reine Beaudry, la fondatrice, avec un groupe de personnes vulnérables de Granby, du Partage Notre-Dame.
Un jour, elle me disait : L'essentiel, tout en leur donnant à manger, est « de leur apprendre qui ils sont, leur faire prendre conscience de l'importance de leur participation à l'élaboration de demain » (Revue Sainte Anne, juin 1999, page 247). Cette vision des choses nous dit que la personne pauvre n'est plus seulement celle qui reçoit. Elle a quelque chose à donner. Elle n'est pas uniquement quelqu'un dont nous devons nous occuper. Elle est quelqu'un dont nous avons besoin pour construire demain. Autrement dit : elle compte.
Ça me fait penser à cette vieille histoire : « En ce temps-là, une discussion survint entre les disciples pour savoir qui, parmi eux, était le plus grand. Mais Jésus, sachant quelle discussion occupait leur cœur, prit un enfant, le plaça à côté de lui et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom cet enfant, il m’accueille, moi. Et celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. En effet, le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand. » (cf. Lc 9, 46-50). Voilà, tout est dit.
Jésus ne demande pas seulement à ses disciples d'accepter leur propre petitesse. Il leur demande d'accueillir le petit.
La grandeur selon Dieu ne consiste pas à monter plus haut que les autres. Elle commence lorsque j'accepte de descendre vers ma fragilité. Elle grandit lorsque je mets ce que je suis au service des autres. Elle devient accueil lorsque je reconnais la dignité de celui que notre société considère comme petit. Et elle devient encore plus grande lorsque j'accepte que Dieu puisse aussi agir chez celui qui ne marche pas exactement avec moi. Nous ne deviendrons grand qu’en nous faisant petits.
SAINTS ET SAINTES : La vénérable Délia Tétreault
Par Benoit Voyer
28 septembre 2025
Elle s’appelle Délia. C’est une petite jumelle née le 4 février 1865, à Marieville, dans l’actuelle région de la Montérégie. Son père est cultivateur. Dans l’ordre des choses, elle est la 6ᵉ de la famille. Son jumeau ne vivra que 7 mois.
Elle n’a pas encore 3 ans lorsque sa mère décède. Elle est adoptée par Jean Alix et sa conjointe Julie, son oncle et sa tante, et, du même coup, son parrain et sa marraine.
La gamine aime se réfugier dans le grenier de la maison. Elle y a déniché une pile des Annales de la Propagation de la foi et de la Sainte-Enfance. Elle parcourt ces feuilles de chou pieuses. Elle est transportée dans ses rêves devant ce qu’elle voit.
Délia est de nature fragile. Toute sa vie, elle gardera sa constitution délicate. Sa petite santé sera pour elle toute une épreuve lors de ses études.
À Montréal, pendant une dizaine d’années, elle travaille à l’œuvre du père Almire Pichon, un jésuite, auprès des démunis. Bénévolement, elle visite les malades et fait la catéchèse aux marginaux.
En 1883, elle se sent appelée à fonder une communauté religieuse destinée aux missions dans les terres étrangères. Ainsi, elle fonde, en 1902, une première école de formation, qui donnerai naissance à la congrégation des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception. En communauté, elle prend le nom de « Marie du Saint-Esprit ». Avec ses sœurs, elle lance la revue « Le Précurseur » dans laquelle on raconte les œuvres des religieuses autour du globe.
En 1933, elle tombe malade. Pendant huit ans, elle vit paralysée.
Son âme quitte son corps le 1ᵉʳ octobre 1941.
Le 18 décembre 1997, le pape Jean-Paul II la déclare vénérable.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Un diable d'ange ce démon !
Le clergé catholique et les théologiens contemporains parlent peu du diable. Ceux qui le font croient au mythe, tandis que d’autres voient celui-ci partout. Quelle est la pensée officielle de l’Église sur ce sujet?
Par Benoit Voyer
« Le mal qui est dans le monde est l’occasion et l’effet d’une intervention, en nous-mêmes et dans notre société, d’un obscur agent ennemi, le démon. Le mal n’est pas seulement une déficience, mais un être vivant, spirituel, perverti et pervertisseur », disait le pape Paul VI lors de l’audience générale du 15 novembre 1972.
Depuis le quatrième concile de Latran, en 1215, le Vatican n’a jamais changé d’orientation. Sa croyance aux forces obscures du mal était même réaffirmée dans le renouvellement du Catéchisme paru en 1993.
« Un gros être méchant avec des fourches, raconte l’abbé Fernand Laroche du diocèse de Chicoutimi, je pense que ce n’est pas comme cela qu’il faut le voir. »
Le père Benoît Lacroix, un dominicain qui a longtemps enseigné la théologie à l’Université de Montréal, affirme croire que le mal existe vraiment. Pour lui, il arrive qu’à certains moments les humains ne sont point capables de se dominer comme ce fut le cas au Rwanda, il y a quelques mois, ou en Bosnie, actuellement.
« Si nous sommes croyants, et c’est mon cas, nous sommes prêts à l’identifier, mais pas à la manière des images avec des ailes, des pattes et des cornes », spécifie-t-il.
L’identité importe peu. L’humain a voulu le nommer parce que c’est sa tendance normale de vouloir savoir de ce qu’il parle. « Quand je nomme quelqu’un, je le possède. C’est une façon de prendre une réalité et chercher à lui donner un pouvoir. Quand je donne un nom à quelqu’un ou quelque chose, ça ne veut pas nécessairement dire que je le connaisse, mais plutôt que je sais qui il est », explique le père Lacroix.
Ce que la croyance demande aux chrétiens même si l’Église n’a jamais proclamé de dogme sur l’existence du diable, c’est de ne pas laisser tomber cette idée qu’il y aurait un ange qui aurait mal tourné en tenant tête à Dieu. Celui-ci est un être ayant un pouvoir spirituel, invisible.
« N’allons pas plus loin, poursuit Benoît Lacroix, de dire que le diable est quelque chose de spirituel, d’inaccessible dans un sens, et de très puissant qui peut s’insinuer dans l’humanité à titre de force spirituelle négative ». Croire c’est délimiter un certain territoire, chercher une certaine certitude.
« La valeur d’une religion, dit le dominicain montréalais, c’est de me donner le sens du mystère. Lorsqu’elle me donne des réponses trop certaines, trop exclusives, à ce moment-là elle joue un rôle qui n’est pas nécessairement le sien ».
Pour comprendre le pouvoir du mal, il faut accepter qu’il y ait un mystère, une énigme du mal telle que la souffrance, la mort, etc.
La société contemporaine cherche à se débarrasser du matérialisme et de la technique pour revenir aux mystères et aux légendes.
Le diable dans la Bible
Les spécialistes de la Bible ont fait de longues enquêtes afin de trouver la personnalité du maître des ténèbres. L’Évangile parle de la possibilité d’une présence diabolique dans l’homme. C’est ce que rappellent les évêques de Toscane dans une lettre pastorale écrite en 1994. Cette lettre portait sur la magie et la démonologie. Ils rappellent que Satan peut exercer une influence dans la vie de l’homme : « Satan est en mesure d’interférer dans la vie d’un homme par une action ordinaire, en tentant l’homme pour qu’il commette le mal (Jésus lui-même a accepté d’être tenté), et cela concerne tous les fidèles. »
Pour sa part, Jésus s’emploie dans les Évangiles à guérir tout ce qui risque de détruire l’homme. Ses interventions visent à rétablir l’harmonie humaine et spirituelle. Marie-Michèle Bourrat et Anne Soupa signalent dans un livre qui a pour titre « Faut-il croire au diable » que les tentations de Jésus au désert nous indiquent que Satan est vu comme « le tentateur qui veut faire oublier à Jésus que l’homme est lié à Dieu. »
Ces auteures concluent le récit des tentations en affirmant que « le tentateur ne peut offrir à l’homme que la solitude, l’envie et la jalousie. » Il est cependant important de constater que Jésus ne cède pas à la tentation contrairement à l’aventure vécue par Adam et Ève. Les Évangiles nous disent que le diable n’a plus le dernier mot à la suite de la victoire de Jésus.
Il y a aussi dans les Évangiles les cas de possessions. Jésus ne nie pas la possession. Il va au-delà des apparences pour voir la personne atteinte par un mal mystérieux. Les auteures du livre « Faut-il croire au diable » écrivent quelque chose d’intéressant : « Jésus devient la force qui manque au possédé. Son action montre que la libération du mal dépend de l’aide d’un autre. Devant la souffrance causée par le mal, Jésus fait face et se montre fraternel. Il démontre ainsi que le combat contre le mal est l’affaire de Dieu lui-même. » Voilà qui est rassurant!
Exorcismes
Selon le Droit canon, seul un individu délégué par un évêque peut exercer l’exorcisme solennel pour chasser les démons. Lors de la préparation de ces lignes, le frère Guy Giroux s.c.c., un prêtre de la région de Sherbrooke, disait avoir dû cesser cette pratique à la suite d’une rencontre avec Mgr Jean-Marie Fortier parce qu’il n’avait pas de mandat officiel de l’évêque.
De son côté, Mgr Fortier a tenu à préciser lors d’un entretien au téléphone qu’il faut être très prudent et bien regarder les enjeux psychologiques et médicaux chez le sujet avant de faire la chasse à la sorcière. Ceci n’était guère respecté par le frère Giroux.
L’archevêché de Montréal, de son côté, a refusé d’accorder un entretien sur ce thème, prétextant que parler de ce sujet ne ferait qu’inquiéter inutilement le public.
Le diocèse de Chicoutimi, à la demande de Mgr Jean-Guy Couture, a transféré l’appel téléphonique de la Revue à l’abbé Fernand Laroche qui nous a dit ceci :
« Écoutez, il y a eu quelques cas dans le diocèse. Est-ce qu’on peut parler d’exorcismes comme tel? Peut-être! » L’abbé Laroche se rappelle de deux cas :
« Au seul nom de Jésus et à la vue de la croix, une personne se mettait en transe, bavait et hurlait comme dans les films d’horreur. »
Il raconte : « On a été pris au dépourvu car il s’agissait d’une femme équilibrée. Qu’est-ce qui s’est passé? Je ne sais pas! Notre prière l’a calmée. Ça ne s’est plus reproduit après. Peut-on appeler ça un exorcisme? Je crois plutôt qu’il s’agissait d’un ministère de délivrance ou d’une prière d’intercession pour la pacification... ».
Dans une autre situation, il se souvient d’une jeune femme de passage qui lui était référée. Il aurait aimé poursuivre l’analyse de ce cas plutôt problématique. Cette jolie fille, de noir vêtue de la tête aux pieds, s’était assise volontairement dans le bureau du prêtre le dos tourné au crucifix en lui disant : « Lui je ne peux pas le regarder! » Lorsqu’elle voyait Jésus en croix, ses yeux venaient à l’envers et elle rageait.
« Celle-ci aurait demandé de nombreuses rencontres de discernement. Vous savez, il faut être très délicat. Il nous faut regarder entièrement l’aspect humain et psychologique, et situer son cheminement de foi chrétienne avant de procéder à un exorcisme », dit Fernand Laroche.
Dans sa proposition de démarche spirituelle, il invite à une fréquentation plus active des sacrements du Pardon et de l’Eucharistie. Sa seule référence c’est le Christ qui a vaincu le mal et qui a donné sa vie.
« Il faut mettre l’accent sur la victoire de Jésus et quand on regarde en entier l’enseignement de la théologie et des textes bibliques, nous nous apercevons que Jésus est venu écraser les forces du mal. C’est lui le plus fort! » insiste l’abbé Fernand Laroche.
Il reprend ainsi, sans véritablement le savoir, le cardinal Joseph Ratzinger, le préfet de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi, qui affirmait au journaliste Vittorio Messori : « Unis à Jésus, nous avons la certitude de vaincre Satan. C’est le Christ, le “Dieu proche”, qui a force et volonté pour nous libérer : c’est pourquoi l’évangile est vraiment une Bonne nouvelle ».
« Ce chapitre sur le démon et l’influence qu’il peut exercer, en voilà des éléments importants de la doctrine catholique qu’il faudrait réétudier, alors qu’aujourd’hui on l’étudie trop peu », disait le Pape Paul VI.
(Revue Notre-Dame du Cap, septembre 1995, pp. 10 à 12)
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