VISION CATHOLIQUE: Ma rencontre avec Michel Quoist

Ma rencontre avec Michel Quoist

Par Benoit Voyer

17 décembre 2025

À l’été 1995, dans un restaurant français situé au coin des rues Sherbrooke Est et Monsabré, à Montréal [1], je rencontre l’auteur Michel Quoist. Il est au Québec dans le cadre d’une tournée afin de promouvoir son livre « Dieu n’a que des désirs », publié aux Éditions Sciences et Culture. L’ouvrage a été écrit à la suite d’entretiens avec le journaliste Élie Maréchal. Auprès de son diffuseur au Canada, j’ai demandé à le rencontrer afin d’écrire un article sur la prière pour la Revue Notre-Dame du Cap [2], le magazine du grand sanctuaire marial trifluvien pour lequel je collabore depuis 1992.

Je suis intimidé par cette rencontre. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un auteur qui a un rayonnement international. Ce n’est pas rien : Plus de huit millions d’exemplaires de ses livres ont été vendus. Son bouquin « Prières » a été traduit en 26 langues. Il s’agit d’un phénomène jamais rencontré en littérature religieuse. Même le pape Jean-Paul II a lu ses bouquins pour nourrir sa vie intérieure.

Afin de bien me préparer, j’ai passé plusieurs journées à lire un imposant dossier de presse, son livre "Dieu n'a que des désirs" et trois de ses ouvrages et à préparer soigneusement mes questions.

La veille de l’entretien, me vient une idée : Mettre de côté toutes mes questions complexes de journaliste et y aller avec des interrogations simples, vraiment simples… comme si c’était un enfant ou un commençant dans la foi, c’est-à-dire un néophyte, qui mène l’échange. Sur ma feuille de route, je note : “La prière : qu'est-ce que c’est ? À quoi ça sert ? Comment on fait ? Comment se placer physiquement pour prier ? Que penser des prières toutes faites, c’est-à-dire écrites par diverses personnes ? Quand je prie, Dieu écoute vraiment ? Est-ce qu’il y a des mots qu’il aime que je lui dise ? Et j’écris bien lisiblement dans la marge : « M’en tenir à des questions courtes et très simples ».

Tel que convenu, Michel Quoist m’attend dans l’entrée du restaurant. J’entre avec mon appareil photo, mon magnétophone et mon calepin de notes. « Vous êtes monsieur Voyer ? » Avec son accent de France, je comprends qu’il est arrivé bien avant moi. Je m’excuse de l’avoir fait attendre. « Ben non ! C’est moi qui suis en avance… »

Ce qui se passe est inhabituel. En temps normal, j’arrive le premier aux rencontres et les invités arrivent à l’heure pile ou en retard. De plus, lorsqu’il s’agit d’une vedette, il est accompagné d’un attaché de presse. Michel Quoist est seul et en avance sur l’horaire.

À mon grand étonnement, je rencontre un homme d'une très grande simplicité. D’ailleurs, je lui dis en préparant mon magnétophone. Il m’explique que pour demeurer ainsi, il a longtemps opté pour l’humble apostolat en paroisse et auprès des jeunes. Il me confie qu’il n’a jamais accumulé ses honoraires d’écrivain. Il les a tous donnés à des associations catholiques de jeunes Français.

Nous nous asseyons à la table que nous propose le serveur. Nous lui demandons des cafés et lui expliquons brièvement que nous sommes là pour une interview.

Parce que je sens que l’entretien a débuté dès que nos regards se sont croisés. Sans tarder, j’ouvre le magnétophone, je le place devant lui et lance avec le sourire aux lèvres et sarcasme : « Ainsi donc, vous êtes un spécialiste de la prière ? » Visiblement, il n’aime pas la question. Il me lance : « Vous savez, je suis un chrétien et un prêtre comme les autres qui essaient de prier. J’ai surtout cherché à le faire à partir de toute la vie. Je me suis dégagé très tôt des textes de prières tout faits. Ce qui est important, c’est de rencontrer le Seigneur dans toutes circonstances et avec nos goûts. Il faut prier avec nos mots à nous… »

J’entre sans tarder dans mon plan de match : Mais « qu'est-ce que prier ? »

Il me répond : « C’est parler à Dieu comme à un ami, c’est exprimer son amour par la parole, par des gestes, en chantant, en offrant quelque chose à celui que l’on aime, avec des gestes… Il y a bien des formes possibles et inimaginables de prières. Prier c’est, aussi, s’exprimer par le silence, c’est-à-dire être là à côté de quelqu’un par amour. Prier c’est aimer. Il y a de nombreuses façons d’exprimer son amour.

Tout va comme prévu, je lui lance ma deuxième question : « À quoi sert la prière ? »

Un peu "soupe au lait", il s’emporte : « Mais coup donc, lisez mes livres ! » Je ne m’attendais vraiment pas à une telle réaction.

Laissant mes notes de côté, je le regarde dans les yeux et lui raconte ma préparation des derniers jours. Durant mes explications, le calme s’installe. Il sourit. Il semble apprécier l’orientation éditoriale.

Je reprends l’entretien : Alors, « à quoi sert la prière ? »

Il répond : « Elle sert à répondre à l’amour infini de Dieu. Il est venu au-devant de nous pour nous le déclarer. On peut s’ouvrir à celui-ci ou bien lui dire : « Je n’en ai rien à faire de ton amour ! » Si on s’ouvre à un amour, on est transformé par lui. »

Je demande : « Comment prier ? »

Il répond : « À ceux qui me disent : « Je ne suis pas capable de prier ! », je dis toujours : « Est-ce que tu es capable de dire bonjour ? Bonsoir ? Je t’aime ? J’ai fait ceci ? J’ai fait cela ? » Ils disent « ben oui ». Alors, je rétorque à ces gens : « C’est cela, aimer. » Il s’agit de le dire à Dieu. C’est simple ! Pas besoin d’apprendre à prier… Ça m’agace un peu les histoires d’écoles de prière. On n’apprend pas à dire « je t’aime ! ».

Je rétorque tout de go : « Comment dire « Je t’aime » à quelqu’un que je ne connais pas ? »

Michel Quoist : « C’est comme dans l’amour humain : quand une fille se présente à un gars et vice-versa, ils ne se connaissent pas au début et, pourtant, ils dialoguent dès la première rencontre. Ensuite, au fil du temps, la relation s’approfondit. »

Question : « Y a-t-il une position corporelle, une façon de respirer qui favorise davantage le dialogue avec Dieu ? »

Michel Quoist : « Ce sont des préfaces à la prière. Ce n’est pas la rencontre. Les techniques de respiration, je ne suis pas contre, mais je n’aime pas beaucoup cela, parce qu’au fond on mélange la méthode avec la prière. Ces longues préparations engendrent beaucoup d’illusions. Quand on fait de longs exercices de préparation, on se retrouve en face de soi. La prière, c’est se trouver en face de Dieu. »

Je tente de voir si j’ai bien compris : « La prière se fait donc au cœur du quotidien… »

Michel Quoist : « Bien oui, bien oui… Vous savez, ça me barde d’aller faire des courses. Je demande au Seigneur : « Viens-tu avec moi ? » C’est une prière ça ! En faisant des courses, je lui dis : « Regarde la dame, elle a une drôle de tête ! » Dans ma tête, je vois une image. Je me permets de rire.

Reprenant le fil de l’entretien, je lui demande son opinion : « Alors que pensez-vous des formules de prières ? »

Michel Quoist : « Eh bien, il faut s’en servir quand on n’a pas les mots à sa disposition… Encore une fois, quand un garçon aime une fille, il n’a pas une liste de formules. L’amour c’est l’expression d’une vie. »

Je réponds : « Donc, ce n’est guère nécessaire… »

Michel Quoist : « Eh non ! Quand on est pauvre, quand on ne sait pas quoi dire au Seigneur, il faut les utiliser. Quand on prie en commun, il y a la belle formule du « Notre Père ». Cependant, on n’utilise pas une formule pour exprimer son amour ; on parle avec ses mots à soi. Cela dépend du cheminement de chaque personne. Il y en a qui ont besoin de beaucoup de mots pour s’exprimer et d’autres qui n’en ont pas besoin. C’est la présence qui compte. »

Après un bref silence, je lui demande : « Et quand on n’a plus rien à dire ? »

Il me regarde en souriant : « Il suffit d’être là, l’un à côté de l’autre… Il suffit de se regarder et de se mirer par nos regards. »

Je pense à voix haute : « C’est comme la prière au Saint-Sacrement ! »

Il me sourit : « L’adoration c’est ça ! C’est d’être là pour celui qui est là, gratuitement. »

Je demande : « Combien de temps devrait-on prier chaque jour ? »

Il éclate de rire et me lance : « Combien ? (rire)… Avec une parade (rire)… Je ne sais pas ! C’est comme si vous me demandiez : « Combien de temps dois-je embrasser ma femme ? » Je ne sais pas. Ça dépend de vous ! Ça dépend d’elle ! Ça dépend si elle a besoin de sentir votre amour ! »

Le rire fait place à l’intensité des regards. Comme s’il lisait en moi…

Après un silence, l’agnostique en moi lui demande : « Est-ce que Dieu écoute vraiment ? Est-ce qu’il nous répond ? »

Il ne me lâche pas du regard : « C’est lui qui a parlé le premier… par l’Écriture. On y croit ou on n’y croit pas ! C’est sûr ! Sa Parole c’est une lettre d’amour qu’on a reçue. C’est lui qui a parlé le premier et c’est nous qui ne répondons pas. Il répond par les Écritures, les événements, les personnes que nous rencontrons, etc. Pour le voir et l’entendre, il faut la foi. »

Naïvement, je demande : « Est-ce qu’il y a des mots et des gestes que Dieu aime plus que d’autres ? »

Il ne se laisse pas distraire : « Ben non !!! Il connait tous ses enfants et il sait qu’ils sont différents. Chaque enfant a une façon différente de dire « papa, je t’aime bien ! ». Dieu accueille les différentes façons. Ce n’est pas la façon extérieure qui importe, c’est le contenu. »

Je me fais intime : « Dieu veut que je me révèle tel que je suis… »

Il ajoute : « On n’a pas à copier l’autre dans sa prière. C’est quelque chose de personnel. C’est pour cela qu’il est difficile d’en parler d’une façon générale. C’est tellement différent pour chacun, comme est différent l’amour vécu par telle ou telle personne. »

En conclusion, j’ose entrer dans son univers secret : Et vous, « comment est votre prière ? »

Il accepte la confidence : « Elle est pleine de silences. C’est plus contemplatif… Au début d’une relation amoureuse, les mots et les gestes sont importants. Au fil des années, il y en a de moins en moins. »

Je referme mon magnétophone. Je le remercie du fond du cœur pour l’échange.

Sans le savoir, ce jour-là, Michel Quoist m’a fait la plus belle des catéchèses sur la prière que j’ai eu l’occasion d’avoir de toute ma vie. Quelques mois plus tard, j’apprendrai avec regret son décès.

Michel Quoist nous a quittés le 18 décembre 1997. Il repose au Havre, en France.

____________________

[1] Bâtiment démoli. Il s’agit maintenant du 5780, rue Sherbrooke Est.
[2] Benoit Voyer. « LA PRIÈRE : Un dialogue d’amoureux », Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 8 et 9.

PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 17 (1994)


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 17 (1994)

Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: L'histoire de Samson; 
2-Soeur Marie-Claire Leduc, C.N.D. du Carrefour Saint-Eusèbe, a Montréal (1ere partie); 
3-Mgr Raymond Saint-Gelais, évêque Nicolet; 
4- Soeur Marie-Claire Leduc, C.N.D. du Carrefour Saint-Eusèbe, a Montréal (2e partie); 
5-Les Moines cisterciens de Rougemont chantent le Psaume 4; 
6- Le père Benoit Lacroix. Le parrain et la marraine d'hier et d'aujourd'hui; 
7- René Laprise parler d'une commission sur l'appauvrissement au diocèse catholique de Gatineau-Hull; 
8- Une table ronde animée par Yvon Cousineau. Sujet: De quoi sommes-nous prisonniers dans nos vies? 
9- Chronique sur les rayons avec Christiane Gagnon. Suggestion de livres; 
10-André Beauchamp livre une réflexion: L'environnement; 
11- La comédienne Mireille Thibault lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 17 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, à Granby

PAROLE DE René Lévesque

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


LE MOT DU JOUR: Petite réflexion sur la politique canadienne


20231217 LE MOT DU JOUR - Réflexion politique canadienne

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le SAPIN de NOËL, une tradition religieuse à redécouvrir

Le SAPIN de NOËL, une tradition religieuse à redécouvrir

Par Benoît Voyer


Lorsque la tradition de l'arbre de Noël a pris naissance en Alsace - au Moyen-âge - il symbolisait le paradis terrestre et le péché originel. Le choix du sapin voulait, probablement, illustrer l'Eden, car il est le seul arbre vert annuellement

Le sapin était, jadis, décoré de délicieuses pommes rouges remémorant le moment où les deux premiers supposés habitants du monde ont croqué à belles dents dans le fruit défendu par Dieu. Plus tard, des hosties étaient ajoutées pour illustrer le Christ, nouvel Adam; Jésus est celui qui vient apporter un nouveau matin pour le monde.

On ajouta, avec le temps, des roses fabriquées en papier aux multiples couleurs et des bougies allumées. Le premier symbole rappelait l'arbre de Jessé et, l’autre, Jésus qui est la lumière du monde.

Les véritables fruits du verger ont été changés par des boules en verre soufflé. Cette idée originale d'un verrier de Maisenthol qui aurait vécu au siècle dernier, avait pour but de remplacer la véritable pomme qui, selon la légende, était devenue rare à cause d'une année de sécheresse. Les gâteaux et les friandises vinrent remplacer les hosties.

Origines lointaines
Il est difficile de retracer l'histoire de l'arbre de Noël. Au Moyen-âge, les livres étaient rares et coûteux. Ils étaient recopiés à la main, car l'imprimerie n'était pas encore inventée.

Une façon populaire de transmettre l'héritage de la foi était la pièce théâtrale Celle-ci était connue sous le nom de «pièce miraculeuse» parce qu'elle servait à la formation biblique et à se souvenir des saints. Les représentations ouvertes à tous les fidèles se tenaient dans les églises.

Une des plus populaires auprès du peuple racontait la tentation d'Adam et Ève au paradis. L'unique décor était constitué d'un sapin orné de pommes rouges. Il fut rapidement surnommé du nom d'«arbre du paradis».

Puisque la petite dramatique était présentée durant la période de l'Avent, la conclusion du sketch annonçait la venue de Jésus. Malheureusement, certains abus amenèrent l'Église à arrêter ces jeux scéniques au XVe siècle.

(Revue Sainte Anne, décembre 2002, page 501)

16 décembre 2025

EN LIBERTÉ: Un nouvel album pour le quintette à vent Pentaèdre


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Serge Bélair et Louise Cliche animent en direct la veillée du jour de l'an No 3


PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 16 (1994)


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 16 (1994)

Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: La Thorah; 
2-Le Service de préparation au mariage de l'Oratoire Saint-Joseph; 
3-Mgr Louis Langevin, évêque de Saint-Hyacinthe; 
4- La Maisonnette des Parents; 
5-La prière d'un prisonnier de Denis Fréchette lue par le comédien et animateur Jean-Marie Lapointe; 
6- Benoit Voyer s'entretient avec Jeannine Ouellet: Les femmes dans l'antiquité; 
7- La bibliothèque de la paroisse Jean XXIII a Trois-Rivières. Invitée Micheline Laperrière; 
8- La chronique Entre deux âges animée par Yvon Cousineau. Est-ce que Jésus est vraiment pierre d'angle dans notre société? 
9- Chronique sur les rayons avec Sophie Giroux. Suggestion de livres; 
10-André Beauchamp livre une réflexion: La sexualité dans le couple; 
11- La comédien Paul Buissonneau lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 16 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, à Granby

PAROLE DE René Lévesque


NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

LE MOT DU JOUR: La Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby


20231216 LE MOT DU JOUR - La Société d'histoire de la Haute Yamaska

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Pénurie de professeurs

Pénurie de professeurs

MONTRÉAL - Est-ce qu'il y aura encore, dans quelques années, une formation sérieuse en enseignement moral et religieux pour les enfants francophones du Québec? La réponse est négative puisqu'une importante pénurie de professeurs- spécialistes guette le Québec. En septembre 2002, seulement cinq étudiants ont été admis dans les programmes de formation en enseignement moral et religieux dans les universités francophones de la province. Pourtant 85% des élèves du primaire et 62% du secondaire sont toujours inscrits dans ces matières. En ce moment, les futurs enseignants de l'enseignement général au primaire n'ont qu'un cours de didactique de la morale et de la religion à leur programme d'études. Il n'est pas rare de rencontrer de nouveaux enseignants qui ne connaissent même pas le nom de la ville est né Jésus.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, avril 2003, page 162)

15 décembre 2025

 

EN LIBERTÉ: Un nouvel album pour l’ensemble Caprice


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Julien Clerc (R)


PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 15 (1994)


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 15 (1994)

 Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: Le mot Sacrifice; 
2-Chantal Boisclair, mère monoparentale; 
3-Mgr Gilles Lussier, évêque de Joliette; 
4- Les fondements du renouveau charismatique du père Jean-Paul Regimbal avec Thérèse Corriveau et Marcel Boisvert; 
5-Les Recluses missionnaires chantent; 
6- Benoit Voyer s'entretient avec Jeannine Ouellet: Les femmes dans l'antiquité; 
7- Le Projet avenir au diocèse de Saint-Jean Longueuil avec Isabelle Brosseau; 
8- La chronique Entre deux âges animée par Yvon Cousineau. Est-ce qu'il a un livre qui vous a marqué? 
9- Chronique sur les rayons avec Gilles Leblanc. Suggestion de vidéos. 
10-Thérèse Miron livre une réflexion: Vivre dans le passé... 
11- La comédienne Élisabeth Lesieur lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 15 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, à Granby

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

PAROLE DE Fernando Ocariz


LE MOT DU JOUR: Messe aux intentions de Joseph Beaulieu


20231215 Messe aux intentions de Joseph Beaulieu

MOT DU JOUR: Messe aux intentions de Dorilda Garneau


20231215 SUR LA ROUTE - Messe aux intentions de Dorilda Garneau a Ste-Julienne

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le curé des pauvres

Le curé des pauvres

Même s'il n'est pas prêtre, Norman Dunn est surnommé « le curé des pauvres » Depuis 1985, il cherche des moyens pour venir en aide aux nécessiteux de la société. Il est directeur général de S.O.S. Dépannage et de moisson Granby, le plus important organisme sans but lucratif de la région granbyenne.

Norman Dunn est né de l'union maritale d'une Canadienne-française et d'un Irlandais, à l'hôpital Saint-Joseph de Granby (devenu le Centre hospitalier de

Granby), le 24 juillet 1956. Le couple qui a élu domicile sur la rue Roy, située dans la nouvelle paroisse Saint-Joseph de Granby (fondée en 1948 par l'abbé Joseph Poitevin), aura 6 enfants (4 filles et 2 garçons). Il est le 4e de cette lignée de marmots. Son père est copropriétaire d'un magasin de meubles à Cowansville, une municipalité située à 20 minutes de route de la maison familiale de Granby. « Nous étions assez privilégiés, car nous avions des loisirs : nous faisions du ski alpin et du camping. Nous étions une famille active », se souvient-il.

Enfance -adolescence
Norman Dunn est élevé avec des filles parce que son frère aîné a presque dix ans de plus que lui. À l'école, il est un élève médiocre. «J'étais toujours dans les derniers. Je ne performais pas dans les examens. Je n'avais pas beaucoup d'intérêts pour le milieu scolaire. J'étais plutôt attiré par les pièces de théâtre, les chorales à l'église et à monter des "patentes" dans le domaine artistique», raconte-il. À l'église, comme plusieurs jeunes de son époque, il est servant auprès du curé-fondateur de sa paroisse. Au primaire, il fréquente l'école francophone et, au second cycle, l'école anglophone. En secondaire IV, il décroche.

Le malaise qu'il vit à ce moment, il ne réussissait guère à l'identifier. Un profond vide intérieur ne cessait de le poursuivre. À quatorze ans, il commence à consommer de la drogue. Une dépendance à l'alcool apparaît de manière sournoise. «Au début, tu penses que c'est juste pour le plaisir», insiste M.Dunn. Malgré sa délinquance, il travaille. Il paie tout bonnement ce dont il a besoin pour sa consommation.

Devenir prêtre
«Très jeune, je sentais que j'avais un appel à devenir prêtre. J'ai toujours rejeté cela. A 25 ans, malgré que j'étais sur la "rumba", j'ai décidé de faire une démarche pour répondre à la petite voix qui parlait à l'intérieur de moi depuis mon enfance. J'ai refusé de répondre à l'appel. C'est à ce moment que je me suis vraiment enfoncé dans la délinquance», se rappelle-t-il en fouillant dans sa mémoire.

Recherche spirituelle
Pendant deux ans, il continue sa recherche intérieure en se promenant dans divers groupes religieux et Églises protestantes (Église Baptiste, Église Pentecôtiste, Témoins de Jéhovah, etc.). Sa course finit par s'arrêter au monastère des Trinitaires de Granby, au sein du renouveau charismatique catholique, initié par le père Jean-Paul Regimbal, décédé en septembre 1988.

«C'est l'Esprit saint que je cherchais. Je voulais le sentir. Dans l'Église catholique, je ne le sentais pas! Je n'y ressentais pas ce que je ressentais ailleurs», dit l'homme de 42 ans.

«Ce mouvement m'a nourri et détruit à la fois. Autant il me faisait du bien, autant il me perturbait. Je suis un extrémiste : j'aime ou j'aime pas ! Lorsque j'embarque, j'embarque "foule pin" ! Je ne suis pas un "yes man" ! Je n'achète pas n'importe quoi ! Au début, j'étais comme emballé ! Par la suite, j'ai commencé à me questionner et à me poser des questions. Les réponses que je recevais ne faisaient pas mon affaire. Ce n'est pas parce que les Charismatiques avaient tort ! C'est simplement à cause de mon cheminement personnel», ajoute- t-il. Pour être honnête avec lui-même il a abandonné le groupe d'inspiration charismatique.

Il ne regrette rien. Il est convaincu que tous les gestes qu'il a posés font de lui ce qu'il est devenu aujourd'hui. Il n'est pas en accord avec ceux qui disent «Ha ! Ça n'a rien donné ce que j'ai fait !» Pour lui, chaque geste et chaque journée que nous vivons a une importance. On ne recule jamais dans la vie.

Malgré les débordements parfois exagérés et les excès de pouvoir de certains leaders de ce mouvement, il convient que c'est là que sa foi en Dieu a grandi et que sa crainte d'un Dieu sévère est disparue. Dieu est devenu pour lui un partenaire de vie.

Un tournant radical
Au moment où sa vie prend une nouvelle direction, il est soudeur. Il occupe un second emploi dans le milieu de la restauration. Il réussit à trouver des temps libres pour s'impliquer quelques heures par semaine au Centre de bénévolat de Granby.

Il finit par abandonner radicalement ses dépendances à la drogue et à l'alcool grâce à une désintoxication, au mouvement des Alcooliques anonymes, et surtout, à Dieu.

«J'ai fait une promesse à mon Dieu. Je me suis abandonné entre ses mains en lui disant "que ta volonté soit faite ... Montre-moi quelque chose qui va faire que vais décrocher".»

Le 29 septembre 1985, il est convoqué à une entrevue au Centre de bénévolat de Granby pour occuper un emploi temporaire au Carrefour d'entraide, un service d'aide alimentaire mis sur pied par l'institution. Il est engagé pour trois ou quatre ans, le temps que le niveau de pauvreté descende dans la petite localité.

«J'ai senti qu'une porte s'ouvrait dans ma vie. Je savais intérieurement que c'était un changement radical qui m'attendait. Et puis, c'est là que j'ai fait une promesse à mon Dieu : "Si j'ai c'te job là, je ne touche plus à rien ! » Raconte-t-il avec sa diction à la québécoise. Le lendemain, il reçoit une réponse positive

Les seules conditions exigées par la directrice du Centre de bénévolat étaient qu'il se consacre à temps complet à cette mission (5 jours par semaine), qu'il laisse ses autres emplois, qu'il retourne sur les bancs d'école pour compléter jusqu'à la 5e année du secondaire et qu'il prenne des cours en intervention. Le salaire :132$ par semaine. C'était bien loin des 550$ qu'il récoltait

«J'ai laissé mes deux emplois et "mon gang de tripeux". Je pensais que je me mettais dans la misère, mais j'avais foi en Dieu. J'avais 29 ans», confie Norman Dunn. Il était assuré que c'était là la réponse à sa prière.

Éducation à la pauvreté

C'est vraiment un nouveau départ dans sa vie. Le milieu communautaire, la pauvreté et les femmes ont fait son éducation. Il goûte à la vraie misère. Son adaptation est difficile. Il goûte aux résultats de la crise économique de 1982. Il aide jusqu'à 1500 personnes par année. Il est rapidement attristé de constater que les plus pauvres de la société sont les plus vulnérables aux problèmes psychologiques et à créer des dépendances à l'alcool, à la drogue ou aux médicaments

Il est aussi confronté à la violence verbale, psychologique et physique qui vient de ce milieu. Pourtant, il savait que cela l'attendait tôt ou tard. Avant son embauche, deux jeunes femmes ont occupé son poste et quitté au bout de trois mois à cause de cette difficulté. La deuxième sortait tout droit de l'université et était une véritable intervenante, mais elle n'a pas réussi.

Durant sa première année de service, il est seul. Il n'a aucun bénévole pour l'aider. Les demandes d'aide ne cessent d'augmenter. Le Carrefour d'entraide est devenu un trop gros service pour demeurer au Centre de bénévolat de Granby.

Dieu est bon. La Providence met dans le cœur d'un homme la pensée de laisser un montant d'argent au Centre de bénévolat au moment de son décès.

Naissance de S.O.S.dépannage
En 1987, l'œuvre reçoit un legs testamentaire de 90 000$. Il est tout de suite remis au Carrefour d'entraide pour la création d'une corporation sans but lucratif autonome. Tout arrive au bon moment. Norman Dunn lance S.O.S. Dépannage et donne le titre de fondateur à ce monsieur généreux qui ne savait même pas que son don servirait à la création du plus gros service communautaire de la région de Granby.

Cheminement vocationnel
À 37 ans, Norman Dunn refait un cheminement vocationnel pour vérifier une fois pour toute cette petite voix qui ne cesse de le poursuivre. Il rencontre à plusieurs reprises Yvon Alix de la pastorale des vocations du diocèse de Saint-Hyacinthe

Les paroles de ce prêtre finissent par mettre la paix en lui. Il n'a aucune indication d'une véritable vocation presbytérale. L'abbé Alix lui suggère de se donner à fond à S.O.S. Dépannage, car c'est dans ce genre de ministère que Dieu le rendra vraiment heureux et qu'il s'épanouira.

Un travail colossal
Aujourd'hui, l'œuvre que le vaillant gaillard dirige comprend 40 bénévoles et vient en aide à un peu plus de 10 000 personnes par année dont la moitié sont des enfants. Il forme des travailleurs sociaux avec le milieu universitaire. Il reçoit des subventions pour réintégrer dans la société des personnes prestataires de la Sécurité du revenu du Québec. Il fonde Moisson Granby qui distribue de la nourriture à 47 organismes communautaires (cuisines collectives, centres d'hébergement pour les femmes victimes de violence et pour les hommes en crise, etc.). Il récupère de 300 à 400 tonnes de nourritures par année qui pourraient se chiffrer à un demi-million de dollars. Durant la crise du verglas (janvier 1998), il pilote le centre de distribution alimentaire qui vient en aide à toute la population de la région de Granby. Ce fut une tâche gigantesque.

En mai 1998 (trois mois après le verglas), il est épuisé et donne sa démission. Le conseil d'administration de S.O.S. Dépannage, dirigé par Jean Rainville, un animateur de pastorale au secondaire, refuse. Il lui donne un congé payé de trois mois pour qu'il puisse se reposer et réfléchir. «Je prenais tout sur mes épaules» explique-t-il. «Aujourd'hui, ce n'est plus ma cause. C'est la cause de la société.»

L'Église catholique et la pauvreté
«Je dois avouer honnêtement que j'ai plus d'aide des Églises protestantes que de l'Église catholique. Ha ! J'ai eu quelques coups de main de curés de Granby, mais l'Église catholique est peu impliquée. Je sens même un peu de désintéressement », dit-il sans se cacher. Cependant, il loue l'initiative de la paroisse Notre-Dame-de-Granby qui a mis sur pied Partage Notre-Dame (un reportage sera publié prochainement dans la Revue Sainte Anne), une tablée populaire pour les nécessiteux.

Il refuse maintenant l'étiquette de «curé des pauvres» qui lui est donnée depuis 1985. Il a appris à faire une coupure entre son travail et sa vie personnelle afin de pouvoir se ressourcer intérieurement et physiquement.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, mars 1999, pp. 103 et 142)

14 décembre 2025

INTERMEDE: Sainte-Julienne


EN LIBERTÉ: Le nouveau disque de la flutiste Nadia Labrie 3


IL FAIT TOUJOURS BAU: L'amitié devrait être la base de la relation amoureuse


PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 14 (1994)



PAROLE DU frère Marie-Victorin

NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

INVITATION: Benoit Voyer en liberté


20231213 PUB Benoitvoyerenliberte.blogspot.com

DES MOTS POUR PRIER: Désir


20231214 Benoit Voyer, Désir, Je prie comme je peux 2004 

LE MOT DU JOUR: Le Parti conservateur du Québec


20231214 Le Parti conservateur du Québec

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Confidence du médecin de Robert Bourassa

Docteur Joseph Ayoub Cancérologue, Hôpital Notre-Dame


Confidence du médecin de Robert Bourassa

« Un jour j'ai dit à Robert Bourassa : " Le Québec vous aime, monsieur Bourassa! " Des larmes d'émotion contenue ont alors coulé sur son visage, silencieusement », dit d'une voix touchante Joseph Ayoub, l'oncologue qui a accompagné l'ex-premier ministre du Québec sur le chemin de l'autre vie. Ce qui l'a surpris, c'est la simplicité et la foi en Dieu qui habitaient ce personnage important de l'histoire du Québec, décédé le 2 octobre 1996 à 5h45 à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal, emporté par un cancer.

Accompagner cette personnalité québécoise a été un événement circonstanciel, voire providentiel. Lors de l'arrivée de Robert Bourassa à l'hôpital, Joseph Ayoub était de garde. « J'ai appris à voir l'homme à travers le politicien. J'ai appris à découvrir un être d'une grande simplicité et d'une très grande humilité », ajoute-t-il.

L'hommage qu'il a fait le jour du décès et qui a été repris par tous les médias de la métropole québécoise a profondément touché les sensibilités de ses compatriotes d'adoption. Le monde catholique a découvert en lui une âme riche de la présence de Dieu. Son témoignage n'a pourtant pas été quelque chose de très planifié.

« Dans ses dernières minutes, je suis venu d'urgence à son chevet pour encourager sa famille. Sur la route pour me rendre à l'hôpital, je me suis dit: c'est le 2 octobre, fête des anges gardiens. C'est en ces termes que j'ai parlé à la famille Bourassa lorsqu'il a exhalé son dernier souffle. " Son ange gardien a accompagné son âme au Seigneur "», raconte le réputé spécialiste du cancer.

Il poursuit : « En sortant de la messe vers 7h30 (à l'Hôpital Notre-Dame où je participe souvent à l'eucharistie), je me suis dit ; ça ne se peut pas qu'un homme qui a tellement contribué à l'évolution du Québec parte sans que quelqu'un livre un dernier hommage. Je savais que la famille ne voulait émettre aucun commentaire officiel aux médias. Alors, je me suis rendu à mon bureau (le K5219 du Pavillon Mailloux de l'Hôpital Notre-Dame de Montréal) pour griffonner un petit texte et j'ai téléphoné à madame Bourassa pour lui demander la permission de livrer ma déclaration aux médias. »

Andrée Bourassa accepte la proposition. Joseph Ayoub se rend alors au bureau de Jacques Wilkins, directeur des communications de l'institution, pour lui remettre son bout de papier. M Walkins le met au propre et l'envoie à toutes les salles de presse par le biais de l'agence Telbec.

Son geste réalisé, le docteur Ayoub se rend à une réunion au Collège des médecins du Québec sans trop se soucier de la conséquence de son geste spontané. Rapidement, M. Wilkins lui lance un appel urgent au téléphone :

« Monsieur Ayoub, on a des téléphones de partout. Les médias veulent vous voir et vous entendre lire ce témoignage que vous avez rédigé. » À midi, il était la vedette d'un point de presse en direct sur les ondes de plusieurs stations de radio et de télévision.

« Êtes-vous conscient que vous avez touché les cœurs des Québécois ? Avouez que c'était bien plus qu'un hommage à Robert Bourassa ! Vos propos de foi ont pénétré la sensibilité collective. Par la suite, la population ne parlait que de cela ! Elle disait de vous : Quel grand humaniste ! Quel grand homme ! » lui envoie le représentant de la Revue Sainte Anne pour tenter de le faire sortir quelques secondes de sa grande humilité

Il répond après un bref silence comme pour se justifier : « Ce témoignage est sorti de mon cœur après avoir côtoyé ce monsieur pendant cinq semaines ... »

Après un silence lourd à la recherche d'une réponse au fond de lui, il ose des commentaires puisés à la source de sa spiritualité : « C'est là que je te dis: c'est la voie du Seigneur. Il a des voies qui nous dépassent, toi et moi. » Il y a longtemps que j'ai constaté - et cela bien avant cet événement - que les Québécois ont une foi profonde, mais qu'elle est endormie. Ils ont peur de l'exprimer. »

Pour lui, la foi au Québec est omniprésente et il n'y a qu'à simplement enlever une couche de terre, une couche de poussière pour qu'elle apparaisse. La racine de la foi est bien vivante. Pour qu'elle revive, il faut qu'il y ait de véritables témoins. Seuls des gens qui vivent pleinement de la Parole de Dieu permettront à la foi de fleurir à nouveau.

Un médecin pas comme les autres
Joseph Ayoub est oncologue au Pavillon Notre-Dame du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), directeur d'oncologie médicale et professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et responsable de l'unité du cancer du poumon pour le Fonds de recherche en santé du Québec (Réseau cancer). Il s'occupe aussi des protocoles de recherche clinique pour le cancer du poumon.

Il est rare de rencontrer une telle qualité humaine chez un spécialiste de la santé. Il est bien plus qu'un médecin du corps. Il est celui de l'âme. N'est-ce pas cela apporter le salut ? Dans sa racine hébraïque, ce mot veut dire «la guérison ». C'est ce que Jésus a fait et Joseph Ayoub tente de l'imiter à sa façon.

« Le regard de Joseph Ayoub ressemble au regard de compassion que le Christ, docteur des âmes, portait sur les malades », lance promptement Johanne Grondin au seul souvenir de cet homme qu'elle a vu à la télévision à quelques occasions.

Son visage est rempli de lumière. Son regard est chargé de tendresse. Ses paroles sont pleines de bonté. Il n'a pas de besoin de parler. De sa personne transparaissent les traces du Ressuscité. Il côtoie tellement de près la mort, qu'il est constamment en contact avec les âmes du ciel. Dieu doit tellement être fier de la préparation qu'il fait à ses patients pour aller à sa rencontre, qu'il doit lui préparer une des plus belles places au royaume des bienheureux du ciel. Vraiment, il est rare de rencontrer une si belle âme

Médecin catholique
Joseph Ayoub est né en Égypte, en janvier 1937. Il est le fils d'un père égyptien et d'une mère libanaise. Il gradue en médecine en 1961. Après deux ans de travail en résidence, il commence sa carrière de médecin à Alexandrie. En cette même année 1963, il rencontre sa future femme et ils se marient.

En octobre 1966, il quitte son pays pour s'établir au Canada avec son épouse (ses yeux s'illuminent lorsqu'il parle d'elle) et leur bébé d'un an qui se prénomme Jean-Pierre. Ils deviennent officiellement citoyens canadiens, cinq ans plus tard.

« Avant de venir ici, j'ai lu de nombreux livres sur l'histoire du Québec. Ce qui m'a attiré, ce sont les origines mystiques de la Nouvelle-France. J'en rêvais. Je me disais que ce serait là que je pourrais vivre ma foi d'une façon pleine et idéale. C'était juste avant la révolution culturelle qu'a vécu le Québec », commente le sympathique spécialiste.

Être un médecin catholique passe bien auprès des malades. Cela est moins facile auprès des intellectuels. Il croit cependant que la foi vécue pleinement, simplement et normalement, finit par faire dire aux réfractaires qu'il y a quelque chose de sérieux dans la manifestation religieuse.

« Il y a une certaine réflexion qui s'établit parmi mes collègues et les autres médecins. Ils arrivent à voir que l'on peut faire une alliance entre la foi et la science. C'est une évolution de la pensée. Dans les années 1970, il fallait choisir entre l'une ou l'autre. Tu ne pouvais pas avoir les deux. Comme le disait si bien le cardinal Poupart : " Pour la science, connaître c'est expliquer. Pour la foi, connaître c'est aimer. Expliquer et aimer peuvent aller ensemble "», conclut-il.

Le mélange science et foi est ce qu'il a utilisé pour soigner Robert Bourassa et tant d'autres malades. Pour lui, la médecine n'est pas une profession, mais une vocation particulière, une mission apostolique.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, février 1999, pp. 55 et 77)

13 décembre 2025

POLITIQUE: Les élections canadiennes du 14 décembre 2008

Jack Layton, chef du NPD
Les élections canadiennes du 14 décembre 2008

Par Benoit Voyer

13 décembre 2025

À l’été 2008, en pleine campagne électorale au Canada, j’arrive difficilement à me situer sur le plan politique et, surtout, à être à l’aise avec les programmes proposés. Le 4 septembre, j’écris dans les pages du quotidien Le Devoir [1]: « Il y a des jours où je doute de mon choix des derniers mois. »

Mon ambivalence dure depuis quelques années. Dans ma réflexion, j’avoue qu’« il m'est déjà arrivé de voter pour les conservateurs, les libéraux, le Nouveau Parti démocratique (NPD), le Bloc québécois et le Parti vert (PV) ».

En cette période estivale, je pense que Stéphane Dion ferait le meilleur premier ministre pour le pays, mais ma fidélité reste fragile. « Il n’est pas très charismatique, mais Dion est pour moi un intellectuel de grande valeur » et son « plan vert » est fort intéressant et audacieux.

Durant cette saison estivale, comme bien des Canadiens, l’homme qui trouble mon esprit est le charismatique Jack Layton. Son assurance « me plaît davantage que la timidité de Harper », mais « quelques points du programme de gauche de sa formation politique freinent mon intérêt ».

Depuis des années, le Parti vert du Canada demeure mon second choix de vote. « L'arrivée d'un premier député vert à la Chambre des communes me donne le goût de voter pour la formation dirigée par Elizabeth May. Toutefois, rien n'est acquis. » Comme je dis souvent, tant qu’à voter pour n’importe qui, vaut mieux encourager le parti écologique.

Qu’est-ce que je pense du Bloc québécois : Depuis un moment déjà, « je pense qu'une formation souverainiste n'a plus sa place à Ottawa ».

Enfin, à propos de la droite politique canadienne, j’insiste dans ma réflexion : « Je ne voterai pas pour le Parti conservateur, car son programme est trop à droite, et ses coupes sauvages dans le domaine de la culture, injustifiées. » Dans quelques années, je comprendrai mieux la pensée libertarienne et je sourirai en relisant cette réflexion publiée dans le quotidien montréalais.

Le 14 décembre 2008, jour des élections canadiennes, je me laisserai finalement charmer par Jack Layton.

____________________
[1] Benoit Voyer. « Pour qui voter à la prochaine élection », Le Devoir, 4 septembre 2008, www.ledevoir.com/opinion/lettres/203858/pour-qui-voter-a-la-prochaine-election

EN LIBERTÉ: Le nouveau disque de la flutiste Nadia Labrie 2


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Femmes et pornographie


PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 13 (1993)

 


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 13 (1993)

Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: Le livre des Psaumes; 
2-Pèlerinage a Denver a l'occasion de la visite du Pape Jean-Paul II. Le Cardinal Jean-Claude Turcotte est du nombre des pèlerins 1ere partie; 
3-Lorraine Caza: La visiteuse chez Simon 
4- Le courrier de l'évêque: Mgr Roger Ébacher: L'importance de la pratique dominicale; 
5-Pèlerinage a Denver a l'occasion de la visite du Pape Jean-Paul II. Le Cardinal Jean-Claude Turcotte est du nombre des pèlerins 2e partie; 
6- Les moines cisterciens de Rougemont chantent le Psaume 90; 
7- Le père Benoit Lacroix (Joachim Lacroix de son vrai nom) parle des marguillers;
8-René Laprise parle de l'avenir des paroisses dans le diocèse de Gatineau-Hull; 
9- La chronique Pour une foi qu'on se parle animée par Yvon Cousineau. Une table ronde avec 6 jeunes: Quels sont les signes de la Providence dans notre vie? 
10- Chronique Sur les rayons avec Christiane Gagnon: Proposition de quelques livres. 
11-Pierre Bélanger livre une réflexion: Médias, races et cultures; 
12- La chanteuse Danièle Oddera lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 13 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby


PENSÉE: René Lévesque




NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

DÉCÈS: Denis Jean, mon cousin


20231213 Décès de mon cousin Denis Jean

LIVRE: Je prie comme je peux


20231213 je prie comme je peux

AU COEUR DE LA PAROLE: 3e dimanche de l'Avent B


20231215 Benoit Voyer Au coeur de la Parole 3e dimanche de l'avent B

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Un médecin parle de la mort

Un médecin parle de la mort

La mort fait partie de la vie et il est facile de le constater, nous vivons dans une conjoncture sociale qui fait d'elle un sujet tabou qui rend bien des personnes inconfortables. La mort provoque de vives réactions. Les gens ont peur de vieillir, de se dégrader, de souffrir et d'être l'objet d'un acharnement thérapeutique. La mort donne des remords. Comment réagir face à elle et de quelle façon l'apprivoiser?

Joseph Ayoub, hémano-oncologue médical au Centre d'oncologie médical du Centre hospitalier universitaire de Montréal est clair: sans la foi en Dieu, la mort est cruelle et atroce. Elle n'a point de sens et demande un combat stoïque au malade en phase terminale. Sans un cheminement spirituel, la personne atteinte de cancer vit ses derniers moments dans une souffrance morale effrayante.

Euthanasie
Face à la souffrance des grand malades condamnés à mourir, l'euthanasie est-elle la solution?

En décembre 1994, les résultats d'un sondage Gallup effectué auprès de 1002 Canadiens, indiquent que 50% des personnes interrogées sont d'accord pour mettre fin à la vie d'un enfant s'il souffre d'une maladie incurable, 35% sont contre et 15% n'ont pas d'opinion. 76% sont en faveur du suicide réalisé avec l'assistance d'un médecin, 16% s'y opposent et 8% n'ont pas d'opinion.

L'heure est grave ... Ce n'est pas parce que c'est légal que c'est moral! L'Église demeure totalement contre une telle pratique. Les articles 2276 et 2279 du nouveau Catéchisme de l'Église catholique ne passent pas par quatre chemins: l'euthanasie est un meurtre « toujours à proscrire ». Le Catholique soucieux d'intégrer des valeurs évangéliques à son quotidien est appelé à vivre sa vie jusqu'au bout, malgré les souffrances.

Mais si la personne est condamnée à mourir, quelle est la différence à partir, entre aujourd'hui ou dans deux semaines? « J’ai vu de mes propres yeux – une semaine, un jour, une heure avant sa mort - des choses qui ont été dites par les malades aux êtres qu'ils aiment ou à d'autres personnes qui n'auraient pas profité de ces confidences compte tenu du choix de l'euthanasie. Ces propos ont complètement transformé et changé la vie de ces gens qui, eux, continuent la route de la vie humaine et qui ont besoin d'un tel témoignage pour grandir intérieurement et aller de l’avant », dit Joseph Ayoub.

« Or, en faisant l'euthanasie ou en tuant la personne, tu bloques notre société d'un témoignage et d'un testament spirituel, car ces malades aux abords de la mort reconnaissent des choses dans la vie que nous ne pouvons capter. Nous n'avons pas les antennes nécessaires. Face à la mort, ils voient des choses que nous ne voyons pas. Ils veulent donner ces éléments-là aux êtres qu'ils aiment.

Ils veulent dire à leur enfant où à leurs proches quelle est la chose la plus essentielle pour notre vie. Tu sais ce que vaut cela pour un jeune de savoir par son père ou pour sa mère qu'est-ce qui est le plus important dans la vie?

S'empêcher de voir passer un être cher de la vie à la mort et de la mort à la vie éternelle, c'est priver notre monde d'une grande richesse », poursuit-il.

Pourquoi mourir?
«Personnellement, je suis profondément convaincu que chacun de nous a une mission sur terre et qu'au moment de la mort, nous passons le relais à d’autres », commente le médecin catholique qui a assisté le premier ministre Robert Bourassa dans son combat contre le cancer.

Il pense que la mort est devenue un tabou parce que notre génération a pensé pouvoir, avec la science, le savoir et la modernisation, arrêter la mort, de pouvoir la remettre à l'infini.

« Je dis toujours à mes malades: Écoutez, le Seigneur vous a donné une option. Vous avez touché quelque chose que ceux qui sont en santé ne touchent pas Vous avez réalisé la valeur de la vie. Et si à l'heure actuelle vous êtes en rémission, relevez-vous, témoignez et continuez! Vous êtes mieux que quiconque à savoir la vraie valeur de cette vie que vous vivez. Votre mort va être repoussée et tant mieux pour vous! Vous allez pouvoir mieux vivre avec votre famille, avec vos amis, avec la société, 5 ans, 10 ans, 15 ans ... Tant mieux! Vous allez pouvoir vivre pleinement ».

Vaincre la peur de la mort
La peur de la mort est due à deux raisons: la grande solitude des personnes aînées (l'isolement) et l'absence d'une foi profonde. Il est donc important d'accompagner les malades en donnant les soins appropriés et en étant simplement présent en les touchant. La plus grande chose dont la personne en phase terminale a besoin, c'est de la présence humaine; juste quelqu'un qui est là, auprès d'elle, pour la rassurer (pas besoin de tenir des conversations à ne plus finir).

Le docteur Ayoub essaie toujours de faire un cheminement spirituel avec eux. Parce que mourir en présence de Dieu est plus facile. Parfois, ils ont des peurs. Des victimes du cancer et condamnées à trépas disent: « Toute ma vie, je me suis dissocié du Bon Dieu. Ce n'est pas possible que Dieu à une semaine de ma mort ... » - « Il faut leur parler de la grande miséricorde de Dieu, de son grand amour et de sa grande compassion », insiste-t-il.

Le cheminement spirituel va atténuer et dissiper la souffrance morale. Donner de la dignité à la personne au dernier instant de son existence, c'est justement faire l'effort de passer quelques heures avec elle.

Dieu et la maladie
Est-ce que Dieu veut la maladie? Est-ce que Dieu veut la souffrance? « Dieu ne veut pas la maladie et ne veut pas la mort. Jésus a voulu vivre et partager avec nous la souffrance de la maladie. Tout au long de sa vie nous voyons son amour merveilleux pour ceux qui souffrent. À chaque fois, il essaie de compatir à la souffrance. Celle-ci fait partie de notre monde. Jésus est venu pour dire: je partage avec vous cette souffrance. Il a voulu souffrir comme nous. Il a voulu mourir comme nous. Il est venu humain pour ne pas être un Dieu théorique et pour dire qu'il a partagé et vécu nos joies, nos joies, nos grandeurs et nos misères. Si nous voulons voir et contempler sa lumière divine... Si nous voulons rencontrer le Seigneur... Nous devons accepter ce passage vers la vie éternelle par la mort », expose Joseph Ayoub.

Ses propos correspondent à la pensée de l'Église. Les articles 1009 et 1010 du nouveau Catéchisme indiquent: « La mort est transformée par le Christ. Jésus, le Fils de Dieu, a souffert lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle, Il l'assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son Père. L'obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction ». [...] «Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. »

Apprivoiser la mort en accompagnant des malades en phase terminale est le chemin qu'emprunte des centaines de personnes membres de diverses associations comme Albatros qui a son siège social à Trois-Rivières. Visiter les malades, c'est un peu être disciple de Jésus. Face à la mort, le Christ a souffert, mais n'a pas eu peur.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, Novembre 1998, p. 446)

12 décembre 2025

EN LIBERTÉ: Le nouveau disque de la flutiste Nadia Labrie 1


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Qu'est-ce qu'un dépendant?


PAROLE ET VIE animée par Roland Leclerc No 12 (1993)


Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 12 (1993)

Au programme: 
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: Le livre d'Amos; 
2-Suzane Cousineau, responsable de paroisse dans le diocèse de Saint-Jérôme; 
3- Le courrier de l'évêque: Mgr Maurice Couture: La résignation chrétienne devant le mal; 
4-Pèlerinage a l'Oratoire Saint-Joseph, a Montréal, par la communauté italienne; 
5- Les moines cisterciens de Rougemont chantent; 
6- Le père Benoit Lacroix (Joachim Lacroix de son vrai nom) parle du servant de messe; 
7-Johanne Boisvert du diocèse catholique de Saint-Hyacinthe parle d'un guide produit pour l'Année internationale de la famille; 
8- La chronique Pour une foi qu'on se parle animée par Yvon Cousineau. Une table ronde avec 6 jeunes: Est ce que les jeunes ont du coeur? 
9- Chronique Sur les rayons avec Christiane Gagnon: Proposition de quelques livres. 
10-Thérèse Miron livre une réflexion: Dieu et l'argent; 
11- Le comédienne Mireille Thibault lit un extrait de la bible.

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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 12 (Fonds Benoit Voyer) 
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby

PAROLE DE René Lévesque


NATURE: Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby


Le Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin, a Granby

LE MOT DU JOUR: 12 décembre 2023


20231212 Benoit Voyer sur médias sociaux

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le plus fort c'est mon père

Rachel et Jérôme Saint-Pierre


Le plus fort c'est mon père

Jérome Saint-Pierre et Rachel Saint-Pierre (née Rainville) ont bien fait marcher la machine à rumeurs depuis 5 ans : une coquette fille de 25 ans fréquente un beau prêtre moustachu à l'aube de la cinquantaine ... Ils ne cachent point leur tendresse et l'amour qu'ils se portent l'un pour l'autre. Lorsqu'ils se retrouvent ensemble, leurs yeux brillent d'une joie sans faille. Il l'a confirmée dans sa féminité. Elle lui a permis d'être l'homme profondément humain et le religieux qu'il est devenu. Ce qu'ils vivent est très touchant.

Il n'est pas son amant. Elle n'est pas sa maîtresse. En réalité, il est son père. Il l'est devenu, il y a quelques mois, après plusieurs années de rencontres et de démarches personnelles, religieuses et civiles. Chez les Oblats de Marie-Immaculée, il est un pionnier au chapitre de l'adoption pour cause psychologique. Il y a bien eu quelques cas pour des motifs humanitaires, mais jamais pour aider une personne à guérir de certaines difficultés affectives, émotives et intérieures. Ils sont également des défricheurs sur le plan légal puisque les lois ne disent rien à ce sujet. C'est le vide. Pour leur avocate, Louise Richard de Montréal, puisque la loi ne dit rien, elle le permet. Leur expérience est unique

Un beau soir de novembre 1993, Rachel Rainville rencontre le père Jérome Saint-Pierre au Café Chrétien Centre-Sud où elle s'implique depuis 2 ans et où il travaille depuis 15 ans. Elle lui demande carrément : « Veux-tu être mon père ? » Il répond tout de go « non ». Il prétexte être trop occupé, ne pas avoir le temps à consacrer à développer une telle relation et en avoir trop à faire au « café ».

Cependant, il en parle à son directeur de conscience et à des confrères de sa communauté. Il finit par réviser sa position auprès de la jeune femme.

« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. S'avançant vers le premier, il lui dit : " Mon enfant, va donc aujourd'hui travailler à la vigne ". Celui-ci lui répondit : " Je ne veux pas ". Un peu plus tard, s'étant repenti, il y alla. S'avançant vers le second, il lui dit la même chose. Celui-ci répondit : " J'y vais, Seigneur "; mais il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté de mon Père? » (Mt 21, 28-30)

Le père Saint-Pierre explique sa réaction : « C'était très compliqué à cause de mon fonctionnement au Café Chrétien. J'étais totalement donné à l'œuvre. Je travaillais de 100 à 110 heures par semaine ! Ce n'était donc pas facile de prendre une partie de mon attention juste pour elle. Pendant de nombreux mois, j'ai été obligé de la rencontrer à la maison des Oblats (Saint-Pierre-Apôtre), en secret, une heure par semaine, le jeudi de 16 à 17 heures. Cela a causé de nombreuses tensions. J'avais de la difficulté à faire faire la besogne, car j'avais de la misère à m'imposer ».

C'est de 18 à 25 ans que Rachel Rainville prend conscience du grand vide affectif laissé par l'absence de son père parti alors qu'elle était en bas âge et qui s'est fait peu présent au fil des années. Cette paternité absente a créé en elle de graves problèmes d'anxiété, des périodes de dépression et une recherche permanente de confirmation de sa féminité (par l'admiration, le réconfort, l'affection, l'intérêt pour elle, etc.). Depuis un an, Rachel Saint-Pierre ne fait plus de crises d'anxiété. Sa relation avec son père adoptif a grandement contribué à sa guérison

Adoption
Les démarches d'adoption se sont réalisées sur un an et demi. Le plus gros problème à surmonter a été l'acceptation de la démarche par les supérieurs du père Jérôme Saint-Pierre qui - au moment de son adhésion à la congrégation religieuse - a fait le vœu d'obéissance.

De rencontre en rencontre (une dizaine), la direction de la communauté n'arrivait pas à dire un « non » définitif à la demande. Les Oblats de Marie-Immaculée étaient devant une patate chaude. Les expériences vécues par sa communauté n'ont jamais été très positives : Des Vietnamiens, un Amérindien et bien des histoires d'immigration. Mais le « cas Saint-Pierre » était bien différent puisqu'il invoquait une raison encore jamais invoquée

Après de long mois de démarches, le supérieur provincial finit par informer le père Jérôme de sa décision. Le religieux ne tarde pas à téléphoner à Rachel pour l'informer : « J'espère que tu ne seras pas trop déçue, il n'y a rien à faire c'est non ». Sans tarder et sans lui demander la permission, elle téléphone au supérieur et demande une rencontre le même jour.

« J'y suis allée aussi, pour qu'il me connaisse, me présenter. Le supérieur comprenait mon point de vue, mais sur le plan légal, il ne voyait pas l'utilité. Je lui ai expliqué que nous vivons en société et qu'il est important de reconnaître les liens entre les personnes, au même titre qu'un homme et une femme qui se marient », se souvient la femme aux yeux bleus.

Elle a provoqué le supérieur en disant : « Vous dites que vous vous engagez, mais êtes-vous vraiment prêt à prendre un engagement ? » Finalement, la décision a été renversée.

« J'ai appelé le barreau de Montréal pour être référée à une avocate. Louise Richard m'a dit : " Je vérifie dans mes livres et si rien ne l'interdit, tout est possible ". Elle a finalement fait une bonne requête en 25 points. Ma mère m'a appuyée à cette étape du processus puisque jusqu'à ce moment, elle croyait plus ou moins au sérieux de ma démarche », dit-elle.

Le père adoptif rencontre le père biologique
Un beau jour, il emmène Rachel rencontrer son père biologique à Saint-Thomas-d'Aquin où il demeure. C'était sa façon bien à lui d'avoir une autre version des propos de sa future fille au sujet du père à remplacer.

« Je l'ai emmenée de force ! Elle ne voulait pas venir ! J'ai vraiment vu qu'il n'y avait aucune relation entre les deux. Il ne lui a même pas demandé si elle allait bien. Il y avait 4 ans qu'il ne l'avait pas vue ! Il lui a simplement dit "bonjour " !

Au long de notre rencontre, il a surtout parlé avec moi. Elle séchait dans son coin. J'ai essayé de détourner un peu l'attention, mais il ne s'intéressait vraiment pas à elle. Je voyais bien que les liens étaient coupés. Il l'a invitée à rester pour la nuit. Le lendemain, il est venu la conduire à Montréal. Sans tarder, elle m'a téléphoné. Elle pleurait à chaudes larmes : " C'est toi mon papa ! C'est toi mon papa ! " Pour moi, ça a été important cet événement-là. C'est ce jour -à que je me suis "branché "», raconte Jérôme Saint-Pierre, la voix pleine d'émotions comme si ce souvenir venait à peine de se produire.

« J'ai réalisé que cet homme n'avait pas été présent et que je ne le voulais pas dans ma vie. Notre rencontre ne s'est pas mal déroulée, mais notre relation ne voulait plus rien dire pour moi », insiste-t-elle.

Lorsque son père biologique a reçu la requête de la cour, il n'a même pas bronché. Il avait 20 jours pour réagir et contrer le projet d'adoption en disant : « C'est moi son père et je refuse qu'elle soit adoptée ! » Il n'a jamais donné de nouvelles.

« J'ai un frère plus jeune que moi qui est encore en lien avec lui. Il a voulu lui en parler. Il lui a simplement répondu sur le ton de la fermeture : " Je ne veux plus entendre parler de ça ! " »

Depuis 2 ans, Rachel Rainville porte légalement le nom de Rachel Saint-Pierre. Elle a été obligée de changer son nom parce qu'elle n'a plus de liens légaux avec son père biologique. Cependant, elle aurait pu porter un nom composé de celui du religieux et de sa mère, mais le résultat fait un peu trop humoriste à son goût : « Rachel Paradis-Saint-Pierre ». L'idée a vite été oubliée.

Un prêtre transformé
Se sentant un peu au-dessus des choses parce qu'il est prêtre, il a fait – au départ - la démarche pour lui venir en aide. Il trouvait que ses raisons étaient sérieuses et réfléchies. Il se donnait un peu la mission d'un sauveur. Il a vite constaté que ses partages avec Rachel étaient enrichissants pour lui-même.

Au fil des rencontres, il a reçu une véritable « grâce de révélation ». Il a rapidement constaté que sa manière de faire son travail apostolique « n'avait pas d'allure ». La présence de cette femme lui a permis de s'objectiver face à son vécu. « Sans le savoir, elle m'a forcé à prendre un recul face à ce que je faisais au "café " et à me resituer. Il faut que je l'avoue, elle m'a grandement aidé sur le plan affectif », confesse le prêtre de la rue

L'évangélisateur a vite été évangélisé. Elle lui a fait comprendre - par ses multiples propos - le grand désengagement des membres du clergé face aux personnes. Lorsqu'elles commencent à s'attacher, ils partent pour d'autres missions. De plus, le discours du monde clérical est souvent anti-évangélique : « On appartient au Christ, donc il ne faut pas trop s'attacher aux personnes et aux choses ». « Ha ! Telle personne est collante, je ne veux plus la voir ! Telle autre personne me fatigue ! » et « Ça fait deux fois qu'elle me téléphone aujourd'hui ! » C'est du désengagement pur et simple. Pour faire une véritable pastorale d'évangélisation, il faut savoir se donner entièrement aux autres, aux personnes.

Le Père et le père
L'enfant dit de son Père : « Est-ce que je vaux quelque chose ? " Pour moi, la question élémentaire c'est la valeur de la personne. La mère ne peut pas pleinement répondre à cette question. Seul le père peut le faire. C'est pour cela que le phénomène des pères qui abandonnent leurs enfants est très problématique. L'abandon dit à l'enfant : Je ne veux rien savoir de toi. L'exemple de l'expérience de Rachel est frappant : à deux ans et demi, elle se retrouve à l'hôpital, car elle ne veut plus vivre. À trois ans et demi, elle repousse les gens. C'est sa façon de rejeter l'amour, car elle ne se sent rien au fond d'elle. Le père confirme comme Dieu le Père confirme. D'ailleurs Jésus parle en ces mots : il dit toujours que le Père confirme ce qu'il dit et ce qu'il fait. Le père donne la vie de façon bien différente de la mère. Sa façon de faire est vitale, surtout pour la petite fille », explique Jérôme Saint-Pierre.

« Un père c'est quelqu'un qui m'appuie et qui m'aime comme je suis inconditionnellement. Je me sens moins enfant qu'avant. Je me sentais toujours comme une petite fille en moi. Je ne me sentais jamais adulte. Depuis que j'ai un père, je sens que je peux devenir adulte. Je me sens plus sécurisée et plus femme. Je remarque que les femmes qui ont eu des pères très présents, sont des femmes fortes et savent où elles vont dans la vie », conclut Rachel Saint-Pierre.

Les rumeurs ne courent plus. Tout est maintenant clarifié sur leur vie intime et émotive. Son amour pour elle est d'ordre filial. Rachel Saint-Pierre est la fille du père Jérôme Saint-Pierre. Il est très fier d'elle. Lorsqu'il parle de « sa » Rachel, une flamme de tendresse allume son visage. De son côté, elle voue une admiration sans limite à son nouveau papa. C'est lui qui l'a vraiment fait naître à la vie. Elle est heureuse de dire à tous, comme une gamine : Le plus fort c'est mon père!

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, octobre 1998, pp. 396 à 398)