RÉFLEXION SPIRITUELLE : Le trio de la vie spirituelle
Par Benoit Voyer
29 septembre 2026
Il est fascinant de voir Jésus à l’œuvre. Sa démarche est révélatrice. Il prend l’initiative et se révèle. Puis, la personne découvre qu’elle est personnellement concernée par lui. Enfin, cette rencontre permet de voir avec des horizons nouveaux.
On voit notamment cette dynamique dans la rencontre de Nathanaël avec Jésus (cf. Jn 1, 47-50) et dans plusieurs récits des livres de la Bible.
Ce triple mouvement revient régulièrement chez les spécialistes de la vie chrétienne, notamment Jean-Paul Regimbal. Il en parle abondamment dans son document « Signes et témoins du royaume », paru en 1971.
D’abord « Dieu se manifeste »; il fait entrer l’humain dans une « expérience vécue du Dieu vivant ». En ce sens que le regard de Jésus précède la réponse de la foi. Avant même que la personne comprenne tout, Jésus la voit, la connaît et l'appelle. La foi peut alors commencer par cette découverte bouleversante : Dieu me connaît personnellement. Je ne suis pas simplement quelqu’un dans la foule; son regard m’atteint. Être connu par lui n'est pas le terme de la rencontre, mais le commencement d'un chemin.
Puis, cette expérience devient une « prise de conscience en profondeur du Christ ressuscité », [une] découverte expérimentale et existentielle de Jésus ressuscité comme Seigneur et sauveur » jusqu’à devenir une « relation intime et personnelle avec le Fils de Dieu fait homme ».
Enfin, la découverte « s’épanouit progressivement ». Elle produit une « compréhension plus profonde des réalités de la foi » et conduit à ce « commerce admirable avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit ».
Quelques années plus tard, Regimbal parlera en d’autres mots de ces trois mouvements : « La conversion chrétienne repose essentiellement sur la découverte de QUELQU'UN vers qui on se retourne. C'est la découverte de l'AUTRE avec qui on établit des rapports de personne à personne, et cet AUTRE c'est DIEU. »
Et il ajoutait : « Au lieu de se situer soi-même au sein de contingences bio-psycho-socio-culturelles, le converti se situe par rapport à une PERSONNE, qui est un absolu et dont dépend un plan universel de salut au sein duquel on a sa place précise ; une personne qui propose des valeurs nouvelles ; valeurs qui exigeront, par voie de conséquence, un comportement nouveau. »
Un jour, Alain Massé me racontait sa « rencontre de Dieu ». On y retrouve, en d’autres termes, le mouvement trinitaire.
Avant 1988, la personne de Jésus est déjà pour lui « une personne importante et intéressante ». Déjà dans sa petite enfance, à l’église, il percevait une présence qu’il ne savait pas encore définir.
Au fil des ans, quelque chose finit par lui manquer. La seule connaissance de Jésus ne lui suffit pas. Il me disait : « Je cherchais... Je le désirais ! Je voulais voir Jésus ! Je voulais le connaître intimement. » Il y avait donc chez lui un désir.
En 1988, tout bascule. Dès son arrivée à la maison de ressourcement spirituel des Trinitaires, à Granby, il dit retrouver en ce lieu cette présence ressentie durant sa jeunesse, une présente “tellement pacifiante”».
Durant l'adoration du Saint-Sacrement, il vit une expérience spirituelle particulière : « Cette journée-là, en regardant l'hostie dans l'ostensoir, je vois comme une lumière vive jaillir d'elle. Après quelques instants, je ne suis plus capable de garder mes yeux ouverts. Je pleure... C'est plus fort que moi ! Le Jésus que je désirais tant est là ! »
Ici, on parle bien entendu d’une expérience christique, voire mystique. La lumière qu’Alain Massé voit répond à sa quête, à son désir.
À partir de ce jour, il ne pourra plus se taire. On ne peut pas garder pour soi une telle révélation. Il devient un « témoin de la lumière ». Il ne fait pas qu’en parler. En parallèle à son boulot en comptabilité, il s’implique concrètement dans de nombreuses œuvres.
