Fondée en 1978, la Conférence de pastorale scolaire du Québec (CPS) a pour but de promouvoir l’animation spirituelle dans les écoles primaires et secondaires, publiques et privées. Il s’agit d’une organisation professionnelle qui réunit un peu plus de 600 membres.
par Benoit Voyer
« Un de nos points forts, introduit Lucille Lanoie, de l’École secondaire Sacré-Coeur de Granby et présidente de la CPS, est de créer beaucoup de liens avec les instances civile et religieuse que ce soit le Ministère de l’éducation, la Direction de l’enseignement catholique, le Comité épiscopal de l’éducation de l’Assemblée des évêques du Québec et quelques autres. »
De nombreuses actions marquent la vie de l’association: un bulletin de liaison qui paraît quatre fois par année, participation aux commissions parlementaires et autres assises de consultation, différentes tables de réflexion dont celles de la pastorale au primaire et l’autre, au secondaire, « Promotion prière » pour les élèves de 5e et 6e et des deux premières années du secondaire, etc.
« À la CPS, poursuit madame Lanoie, une femme douce qui possède une grande intériorité, nous investissons pour que notre travail soit reconnu comme un service qui favorise le développement personnel des jeunes, tant sur les plans humain, spirituel et religieux. »
« Nous ne sommes point un syndicat, rétorque-t-elle. Quand un collègue m’annonce qu’il va être congédié, je ne peux rien revendiquer. Mais, je suis autorisée à envoyer une lettre au directeur de l’institution pour lui rappeler qu’il faut un ratio qui a de l’allure et qu’il y a des conditions d’exercice de la pastorale. Le regroupement fait de même avec le Ministère de l’éducation afin de l’amener à améliorer les conditions de notre travail d’animation. »
« Contrairement à nos amis de l’enseignement religieux, explique Michel Gervais de la Polyvalente Cavalier-de-Lasalle de Montréal, nous recevons un mandat de l’évêque du diocèse. Nous œuvrons en son nom. C’est pourquoi, il est important pour nous d’être au cœur de la vie de l’Église. »
La rentrée des classes
D’un établissement à l’autre, le retour à l’apprentissage scolaire est différent. Une chose est assurée, ces pasteurs laïques ont un grand rôle à jouer. Comme le déclare Michel Gervais qui est à l’emploi de la CECM où règnent souvent la violence et le décrochage scolaire: « La pastorale à l’école, c’est la vie. C’est nous qui devons donner une âme à ce monde. »
« À Sacré-Coeur, raconte Lucille Lanoie, l’an dernier, le thème portait sur la persévérance. En ce sens, nous avions bâti tout un décor. L’élève entrait dans un monde coloré. L’opération se faisait en équipe avec le psychologue, l’orienteur et d’autres membres du service aux élèves. Je m’occupais particulièrement des banderoles thématiques et à préparer un feuillet contenant une réflexion. Trois semaines plus tard, je commençais la tournée des salles de cours où je présentais un temps d’intériorité et une liste d’engagements possibles pour eux. »
« Cette année, nous reprenons un scénario semblable. Le thème porte sur le respect de l’autre. Ce discours est d’actualité puisque nous avons eu, il y a quelques mois, de la brutalité autour de l’école. Une histoire vécue au Parc Victoria, situé pas très loin d’ici a d’ailleurs fait la manchette dans tous les médias du Québec. »
À la Polyvalente Jean-Jacques Bertrand, Jacques Charron, se mêle, lui aussi, aux pédagogues. « On fait partie d’un même club, dit-il. Les instituteurs forment une équipe de baseball et c’est pour eux une façon originale de signaler le 25e anniversaire de notre institution. »
Marc Lacroix travaille à la Polyvalente St-Maxime de Ville-de-Laval. Il invite les nouveaux à deux genres d’initiation. Il rencontre dans un premier temps les nouveaux qui viennent chercher leur horaire. Un peu plus tard en septembre, ils sont conviés à la journée des appartenances. À cette occasion, les jeunes participent à un jeu qui consiste à essayer de reconnaître le plus rapidement possible leurs enseignants. Cela se fait à l’aide d’une série de photographies des maîtres prises de profil.
L’expérience de la rentrée est souvent difficile pour les jeunes du primaire. Pierrette Raymond, une chargée de pastorale dans deux établissements de St-Luc, en sait quelque chose. « Pour les petits, la rentrée est quelque chose de spécial. Ceux-ci ont souvent la larme à l’œil. Nous les amenons au gymnase que nous avons soigneusement festonné. Nous leur présentons la mascotte de l’école. Dans le fond, ils sont tout petits, mais il faut penser qu’ils sont bien grands. »
Où sont les jeunes ?
Il y a lieu de se questionner devant les interrogations que suscite l’absence des adolescents aux messes paroissiales. Cet éloignement est rempli d’un message pour les communautés chrétiennes.
« Les curés sont tous dépassés. Ils sont trop vieux, lance promptement Michel Gervais. Leur langage n’est pas adapté, poursuit Pierrette Raymond. Chez-nous, je prépare les célébrations des enfants pour le curé et je lui dis quoi dire. Les gens aiment cela! Pourquoi? Ma façon de m’exprimer est appropriée pour les petits. De plus, lorsque je parle ainsi, les plus vieux comprennent. C’est la même chose pour les célébrations du pardon où les écoliers participent à l’église. À chaque année, le temple est plein à craquer. »
Les liturgies ne sont peut-être pas assez vivantes, affirme Lucille Lanoie. Les jeunes préfèrent un décor et une ambiance. Ils doivent se sentir impliqués et cela pas seulement pour boucher des trous. De toute façon, ajoute Michel Gervais, ma priorité n’est pas de récupérer, mais d’évangéliser. La première chose qui compte ce n’est pas la sacramentalisation, mais l’évangélisation.
Le manque de préoccupation des jeunes face à la vie ecclésiale n’a guère pour seules causes les commentaires des animateurs. Il semble qu’il y ait aussi des facteurs familiaux et sociaux. Les transformations que vivent les adolescents sur le plan physique, intellectuel, social et psychologique ont leur importance. À l’âge de la puberté, c’est le « gang » qui est important. C’est dans ce groupe qu’ils apprennent à s’identifier et à se définir eux-mêmes. « Une des facettes de notre action, de conclure la présidente de la CPS, est de favoriser les petits groupes où les jeunes peuvent grandir humainement et spirituellement. »
(Revue Notre-Dame du Cap, septembre 1993, p. 13-14)
