LA CRISE INTÉRIEURE: Comment sortir de la crise intérieure? Propos de Rolande Parrot


Rolande Parrot

Rolande Parrot est responsable des communications à l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ). Elle a longtemps été rédactrice en chef de la revue L’Église canadienne et a écrit, en collaboration, le livre Faire face à la crise spirituelle (Fides, 1995). Elle a aussi travaillé au service des communications du diocèse catholique de Saint-Jean-Longueuil, a CKTM TV, à Trois-Rivières, et au diocèse de Joliette. Elle n’a jamais été mariée, car elle a fait, à l’âge de 14 ans, l’option du célibat.

Article paru en octobre 2001

Pour sortir d’une crise,
il faut la laisser agir en soi

Il n’y a pas de recette miracle pour sortir de la crise intérieure. Il faut du temps, beaucoup de temps, le temps qu’il faut... “On ne peut pas passer par-dessus le temps. Avec le rythme de la vie d’aujourd’hui, cela n’est pas facile. Lorsque nous traversons des étapes difficiles, il faut laisser les choses descendre en foi afin d’en tirer le meilleur part”, affirme Rolande Parrot, rédactrice en chef de la revue L’Église canadienne et responsable des communications à l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ), qui a écrit, en 1995, le livre toujours d’actualité Faire face à la crise spirituelle, en collaboration avec Bertrand Ouellet et Luc Phaneuf (Fides).

Sa pensée est restée la même depuis ce temps sur la compréhension de la crise. C’est dans son expérience personnelle qu’elle a puisé son inspiration et ses propos. De nature discrète, il n’a pas été facile de la convaincre, au-delà de la théorie d’ouvrir les portes de son intimité. Cet univers est privé. Il faut une bonne raison pour qu’elle accepte d’y laisser entrer les gens. C’est pour aider les lecteurs à mieux traverser leurs propres crises intérieures qu’elle a accepté de lever le voile.

“Des crises, on en traverse toute sa vie. C’est un passage à autre chose. Elle est normale dans le cheminement humain et, parce qu’elle provoque un choc en soi, elle nous fait grandir. Elle nous dit quelque chose de ce que nous sommes réellement et nous demande de trouver notre propre chemin. C’est l’arrivée à un carrefour: Maintenant, qu’est-ce que je fais de ma vie?” explique-t-elle.

La crise est donc une aventure, une occasion d’évoluer, d’avancer. Lorsqu’elle survient, il ne faut pas la raisonner, c’est-à-dire s’interroger inutilement sur les motifs qui la font apparaitre. Il faut la laisser travailler en soi et aller jusqu’où elle voudra bien nous mener. Un accompagnement humain peut aider à mieux la traverser et la laisser nous transformer.

La spiritualité au cœur de la crise
Pour Rolande Parrot, la spiritualité chrétienne est une voie privilégiée à explorer. Elle donne des pistes intéressantes qui amènent l’humain à mieux vivre les difficultés de la vie. Lorsqu’elles surviennent, il y a –notamment – deux éléments à toujours garder en mémoire

Le côté philosophique du concept élémentaire de la résurrection enseigne qu’il y a toujours un matin de Paques après un vendredi saint, c’est-à-dire qu’il y a de grandes expériences de vie à la suite des épreuves. Après la pluie le beau temps quoi!

De plus, “quand j’entre en crise, je me dis toujours, en premier, que l’Esprit saint parle par les événements. Je me questionne: Comment est-il présent dans ce qui m’arrive? Qu’est-ce qu’il veut m’enseigner? Ou veut-il me conduire? Il y a toujours, pour les gens qui restent ouverts, un appel intérieur a une certaine spiritualité. Celle-ci vient chercher tout l’être dans son orientation et son devenir”, renchérit-elle.

Désirer Dieu
Qu’est-ce qu’il faut faire pour reprendre contact avec Dieu, après l’avoir mis de côté, ou comment le rencontrer de manière sensible, voire significative? Selon Rolande Parrot, chaque personne doit se donner des lieux pour favoriser cette rencontre personnelle avec le Dieu révélé par Jésus-Christ. Elle donne en exemples les petits groupes de partage de la foi et le retrait, pour quelques heures, quelques jours ou quelques semaines, dans une maison de retraites spirituelles, un monastère ou une abbaye, comme à Saint-Benoit-du-Lac, Oka, Granby, Trois-Rivières. Rougemont et Québec.

Elle encourage aussi la lecture, à petite dose, de traités de spiritualité chrétienne. De son côté, elle ne cache pas son grand intérêt pour les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

Elle insiste: “Ce qui est encore plus important, c’est surtout de faire naitre le désir de rencontrer Dieu ou de le retrouver. Il suffit de demander! Personnellement, lorsque j’entre en période où j’ai le cœur froid, c’est ce que je fais! Il n’est pas nécessaire de faire de longues prières. Il suffit de faire la prière comme elle vient! Il suffit de demander avec la vérité de ce que je porte!”

“Dans les conditions nouvelles qui sont les nôtres, il importe de remonter là où la foi prend sa source, c’est-à-dire au cœur de l’expérience des gens. La source, elle se trouve dans les personnes, aux moments essentiels de leur vie, dans les expériences de base à travers lesquelles se manifestent les premiers frémissements, les premières rumeurs de la foi. C’est cette source qui est au point de départ de tout cheminement. C’est elle qu’il faut sans cesse rechercher, dégager, canaliser. Comme des sourciers, il nous faut redevenir attentifs à ce cheminement, lointain ou proche, de la source de vie. Attentif au puits secret, que chacun porte au plus profond de soi”, comme on lit dans Propose aujourd’hui la foi aux jeunes, une force pour vivre (AEQ). Rolande Parrot reprend cette idée à sa façon, avec des mots simples, puisés dans son propre cheminement de vie.

Être vrai
Pour sortir de la crise, il faut être vrai avec soi et trouver sa propre vocation, sa voie.

Le temps d’une minute, elle oublie l’interview et s’adresse à l’âme de l’homme derrière le journaliste: “A travers les entrevues que tu fais, il y a une ligne dans ta tête et dans ton cœur, même s’il n’y a pas deux textes pareils. Tu fais une recherche personnelle à travers cela... Tu as ta vocation propre de journaliste. Une autre personne qui viendrait me voir n’aurait pas les mêmes questions que toi! Tu les as choisies à partir de toi-même. Tu fais des interviews a la manière de Benoit Voyer. C’est là qu’est la richesse de ce que tu apportes à la société. C’est cela ta vocation!”

“Revenir à la source. Oublier le schéma des canalisations et des aqueducs pastoraux qui ne donnent plus guère d’eau. Chercher les sources de la foi, toujours souterraines, mais qui affleurent tôt ou tard, au ras de la vie. Elles sont là où les gens, fatigués, retrouvent le gout de boire, le gout de l’eau, le gout de vivre et de revivre”, lit-on dans le document d’orientation de l’AEQ.

Rolande Parrot reste fidèle à sa réflexion de 1995: “La connaissance de soi n’est jamais totalement acquise. Ce qui importe surtout, c'est de pouvoir tabler sur ses richesses, ses qualités, ses capacités, ses compétences; en fait, sur les éléments positifs de sa personnalité. A partir de là, il est plus facile de découvrir son style propre pour évoluer dans la vie. [...] Savoir qui on est pour reconnaitre les richesses que le Seigneur nous a données constitue un élément indispensable pour trouver la volonté de Dieu sur soi à travers les activités courantes et les engagements de sa vie.”

Il était une fois... la crise
Rolande Parrot est passée par une sévère crise intérieure pour en arriver à sa réflexion.

Avant 1968, tout allait pour le mieux en elle. Pendant 7 ans, elle se donne à une vie de célibataire au sein d’un nouvel institut séculier, la Société du Christ Seigneur, fondé par le père Ludger Brien, s.j. De 1960 à 1967, elle se donne corps et âme au service du Centre Leunis.

“Nous avions une formation très religieuse, presque cloitrée. Je suis tombée malade d’épuisement parce que je marchais à contre-courant du type de formation qui nous était donné. Malgré tout, je suis redevable au père Brier, surtout pour la formation spirituelle à l’école des exercices spirituels de saint Ignace de Loyola”, raconte-t-elle.

Ce rythme de vie ne lui va pas. Elle tombe malade. C’est le début de sa grande crise de vie. Elle souffre d’épuisement total. S’agit-il d’un burn-out, d’une mononucléose? Elle ne le saura jamais parce que ces concepts n’étaient pas encore très connus à l’époque. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’il lui faut trois mois de repos juste pour en arriver à être capable de tordre sa débarbouillette lorsqu’elle se lave et que, lorsqu’elle s’assoit, il lui faut, comme un bébé, des coussins pour se tenir assise. Il ne lui reste que sa volonté.

Dix-huit mois plus tard, elle réussit, de peine et de misère, à reprendre la direction du marché du travail. Elle n’a pas la santé, mais il faut bien manger et payer le loyer!

Elle rencontre Mgr René Audet, évêque de Joliette, qu’elle connait depuis quelques années. Elle lui explique son désir d’occuper un emploi permanent adapté à son état physique. Il lui confie un poste de secrétaire au département des communications de son diocèse. Elle ne connait rien au domaine, mais elle tente l’aventure.

“Au fond, c’est le Seigneur qui m’a dit: “C’est là que tu vas!” “Les événements ont fait que, par la suite, j’ai toujours travaillé dans l’univers des communications”, relate-t-elle.

Par la suite, pendant cinq ans, on la retrouve a CKTM TV (canal 13) à Trois-Rivières. La petite secrétaire goute à une série de nouvelles expériences qui l’amènent à travailler, pendant quelque temps, avec Roland Leclerc – animateur des émissions télévisées Le Jour du Seigneur (SRC) et Parole et vie (VOX) -, et lui font découvrir les métiers de la direction des programmes et de la production.

Pour mieux se connaître
Elle finit par se retrouver au journal du diocèse de Saint-Jean-Longueuil. “C’était énervant parce qu’il fallait écrire bien des articles et réaliser des interviews... A l’intérieur de moi, je me croyais assez forte! Au bout d’une année, j’étais complètement réépuisée. J’étais inquiète et très déçue. J’ai pris un été de congé. Sur les conseils d’une amie, je suis allée en thérapie pour apprendre à mieux me connaitre”, résume-t-elle.

“Lors de la première rencontre, poursuit Rolande Parrot, la thérapeute m’a dit: “A partir de ce soir, je vous demande deux choses: 1) Vous ne dites pas ce qui se passe dans mon bureau; 2) Vous arrêtez de penser. Vous n’avez rien réglé par vous-même? Alors laissez-moi travailler avec vous!” Je me suis dit: Qu’est-ce que je vais faire si je ne pense plus? Je suis alors rentré chez moi. Je me revois encore dans mon salon, décontenancée, me mettant à lire les psaumes. A partir de ce soir-là, toute ma vie spirituelle et tout le rapport a moi-même et à Dieu ont changé”.

Elle découvre, notamment, une nouvelle façon de prier. Elle trouve aussi sa propre manière d’avancer dans la connaissance d’elle-même et que, dans la vie, il faut apprendre à dire non.

Il lui a surtout fallu apprendre à faire beaucoup de choses avec son peu de force physique. Depuis ce temps, tout ce qu’elle entreprend, elle l’évalue en termes d’énergie. Est-ce qu’elle en a assez pour faire telle ou telle activité? De plus, “j’ai réappris à lire la bible, dit-elle. J’ai arrêté de faire de longues lectures et je me contente de petits passages à la fois” pour mieux les laisser produire son effet en elle.

En découvrant son univers intérieur et une nouvelle manière de vivre sa foi, elle est finalement sortie de sa crise commencée en 1968. A partir de 1980, tout change.

De l’énergie à revendre
En 1982, elle travaille toujours pour le diocèse de Saint-Jean-Longueuil, et sollicite de l’évêque du lieu, Mgr Bernard Hubert, la possibilité de poursuivre des études universitaires en théologie. Il accepte. Elle terminera sa formation trois ans plus tard.

En 1988, elle devient rédactrice en chef de la revue L’Église canadienne. “Je suis entrée la comme dans mon salon. J’ai découvert le plaisir de réfléchir. Depuis ce temps, je découvre beaucoup de gens: des théologiens, des gens d’Église...”, dit-t-elle.

En 1995, elle quitte son poste. Elle décide de rendre service à un éditeur et remplit des contrats ici et là. En 1998, elle devient adjointe au secrétaire général pour les communications a l’AEQ. En mars 1999, elle reprend son poste de rédactrice en chef à la revue L’Église canadienne tout en poursuivant son travail à l’AEQ. Le jour, elle rend service aux évêques, et les soirs et les fins de semaine à ses lecteurs. Elle ne chôme pas et a, maintenant, de l’énergie comme elle n’en a jamais eu depuis sa jeunesse.

Toujours célibataire, elle n’a jamais manqué à son option pour le célibat, une ferme décision prise à l’âge de 14 ans.

Rolande Parrot a travaillé fort pour sortir de la crise. Il lui a fallu du temps, beaucoup de temps, rien que du temps pour retrouver l’énergie d’antan. Elle y est parvenue. Depuis 1980, elle est heureuse comme jamais et, à l’heure de la retraite qui approche, elle n’a pas l’intention de s’arrêter. Lorsqu’elle y arrivera, elle souhaite écrire et continuer à rendre service. La recette miracle pour sortir de la crise, elle la connait maintenant. Il suffit d’être soi-même et de ne pas vouloir être autre chose que ce qui habite en soi. Pour être heureux, il faut trouver sa vocation, sa voie.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 45 à 52. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 23 avril 2025


Ce matin, j'ai fait quelques heures de recherche a la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby

Guy Boucher


Guy Boucher

Guy Boucher, l’ex-coqueluche du petit écran, a quitté la région de Sherbrooke pour retourner s’établir à Saint-Hyacinthe, ou il est né en 1943. Il prépare une nouvelle série pour la télévision et collabore à la pastorale au diocèse catholique de Saint-Hyacinthe. Enfin, il compose des chansons que les plus grands interprètes d’ici reprennent avec leur voix et leurs émotions. Guy Boucher a étudié à l’École nationale de théâtre puis il a obtenu quelques rôles à la radio et à la télévision de Radio-Canada. En1963, il devient animateur de l’émission Jeunesse oblige. En 1965, il connait un grand succès sur disque avec la chanson Devant le Juke Box, chantée en duo avec Ginette Sage.

Article paru en octobre 2002

"Dieu n’est qu’amour:
Il est complètement démuni devant nous!”

Malgré quelques épreuves qu’il a eues à traverser, Guy Boucher n’a jamais cessé d’être fidèle à l’appel intérieur qu’il a reçu, il y a une vingtaine d'années, lors d’un séjour chez les moines de l’Abbaye Saint-Benoit-du-Lac. Après avoir été l’ami de tout le peuple québécois, grâce à ses rendez-vous sur la scène, à la télévision et à la radio, il s’est retiré, en ermite urbain, pour vivre a plein sa relation avec Dieu. Lorsqu’il est question de son Jésus, son complice de vie, il parle de lui comme s’il le voyait en chair et en os, comme si l’invisible existait vraiment.

A travers son Échange, on découvre en lui les traces d’un grand témoin de la foi et de l’invisible.

BENOIT VOYER – Comment fait-on pour rencontre Dieu?

GUY BOUCHER – Pour chaque personne, ce n’est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale! Maintenant, je sais qu’il m’aime et qu’il est miséricordieux. Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n’en revenais pas. Je disais à mes amis: “J’ai eu une vie assez mouvementée. J’ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j’ai vécus, il n’y a rien qui peut égaler ce que je vis avec le Seigneur”.

B.V. - Pourquoi?

G.B - Parce que ça ne se vit pas de la même façon! (Il cherche des mots pour parler de son expérience) Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n’a rien de sexuel. C’est un amour inconditionnel. C’est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous...

B.V. - Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J’ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C’est ma souffrance... Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui? Qu’est que je dois faire pour le sentir présent?

G.B - La première chose à faire est qu’il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant. Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant deux ans et demi. Très fortement, je ressentais la présence de dieu.

Un jour, je me suis levé et Dieu n’était plus là. J’ai paniqué! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit: “Le Seigneur n’est plus là!” Il m’a dit: “C’est normal! On dirait que le Bon dieu se retire. Ce retrait n’est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C’est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n’avions pas d’épreuves, nous ne grandirions pas.”

B.V. - Il se manifeste toujours dans l’épreuve?

G.B. - C’est souvent ainsi! C’est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis. Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les psaumes! “Pourquoi Seigneur tu n’es plus là? Pourquoi m’as-tu abandonné?” Je t’invite à persévérer...

B.V. - Après l’épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu’avant?

G.B. - Mon expérience spirituelle n’est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n’y a rien pour m’enlever ce que je vis avec lui. C’est trop beau! C’est trop grand!

Certains matins, au moment où je fais oraison avec l’office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf! Ils me donnent de la misère à respirer! Je me lève, je me promène dans la maison... C’est ça, le bon Dieu! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste.

B.V. - Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles chaque matin...

G.B. - Je ne lui parle pas que le matin! Nous nous parlons aussi en soirée... et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n’ai même pas de radio! Lui et moi on en profite pour bavarder!

G.B. - Comme un ami!

G.B. - C’est bien plus que ça! Tu sas, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le gout d’être avec elle. Tu as le gout d’y communier! Tu as le gout de lui écrire ou de téléphoner... C’est comme ça dans ma relation avec lui. C’est une très grande relation d’amour.

B.V. - Parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai.

G.B. - Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient: “Ce n’est pas vrai tout ça!” Je leur dirais la même chose qu’à toi: “Voyons donc! Je le sais, moi Je l’ai vécu! Et je le vis tout le temps! Dieu n’est qu’amour. Il est complètement démuni devant nous... Il attend toujours après nous qu’on l’aime! Il attend toujours! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes... Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demande! Et n’oublie pas que c'est lui le boss! C’est lui qui va décider du meilleur moment.”

B.V. - Lors de ta conversion, tu as assurément reçu une grâce spéciale pour avoir une telle certitude...

G.B. - J’ai probablement reçu le charisme de la piété. Pour moi, la prière ce n'est vraiment pas une corvée. Sois attentif à la voix qu’il y a en toi. Il t’a aussi donné un charisme particulier.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 53 à 56. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 22 avril 2025


Café Jasette de l'ARPCQ


En ce matin du 22 avril, chez Tim Horton, sur la rue Saint-Isidore, à Saint-Lin-Des-Laurentides, avait lieu un "Café Jasette" de l'Association de Rousseau du Parti conservateur du Québec (ARPCQ). Benoît Voyer, le président de l'Association, et Vincent Curadeau, le vice-président, étaient présents. Un autre "Café Jasette" aura lieu très bientôt.

Le Parc récréotouristique de Saint-Lin-des-Laurentides


En ce 22 avril, je suis allé marcher au Parc récréotouristique de Saint-Lin-des-Laurentides. J'ai fait le sentier des lacs.











Moment de prière pour le repos de l'âme du Pape François


En ce 22 avril, à 9h, j'ai participé a la messe a l'église catholique de Saint-Lin-Des-Laurentides. Nous avons prié pour le repos de l'âme du Pape François et son successeur qui sera connu dans peu de temps.

Crisse!


Crisse!

Inédit
Août 2000

Crisse que ça fait mal en dedans quand t'es pas là.
Dans mon cœur y a un trou béant, un vide immense.
Crisse que j'ai besoin de toi, de tes beaux yeux.
Avec toi, y a pu rien de pareil.

On fera l'amour jusqu'au soleil levant.
On se donnera de la tendresse, on s'aimera pour vrai.

On se fera des projets, des plans pour demain.
On se fera des câlins, pis des bisous partout.

Je déballerai ton trésor et j'y mettrai dedans
une belle fleur de plus, un beau cadeau d'amour
parce que moi je crois en toi.

Jean-Claude Turcotte


Jean-Claude Turcotte

Le cardinal Jean-Claude Turcotte est archevêque de Montréal depuis le 17 mars 1990 et est membre du Collège des cardinaux depuis le 26 novembre 1994. Il est né à Montréal le 26 juin 1936 et a fait ses études classiques au Collège André-Grasset (1947-1955). Il entre au Grand Séminaire de Montréal, il y poursuit ses études en théologie et obtient une licence. Il est ordonné prêtre le 24 mai 1959. Après avoir été vicaire en paroisse et assistant-aumônier diocésain a la Jeunesse ouvrière catholique (JOC), il poursuit ses études en France afin d’y obtenir un certificat en pastorale sociale. Après avoir occupé de nombreuses fonctions, il est nommé évêque auxiliaire de Montréal, le 15 avril 1982.

Article paru en septembre 2002

"Je vais te confier qu’il y a des matins que
ca ne me tente pas de célébrer la messe…"

Homme de terrain, le cardinal Jean-Claude Turcotte accepte rarement les entrevues journalistiques intimistes. Il est très pudique. Il se confie difficilement, car, pour lui, sa vie intérieure est un jardin secret qu’il veut préserver. Cependant, après plusieurs mois d’hésitation, il a accepté un rendez-vous journalistique. Cette interview, qui devait porter sur le bonheur et sur ce qui donne du sens a sa vie, s’est rapidement transformée en une rencontre très intime entre deux âmes : une qui vit tout simplement son bonheur et l’autre qui le cherche.

BENOIT VOYER – Monsieur le cardinal, pour vous qu’est-ce que le bonheur?

JEAN-CLAUDE TURCOTTE – Pour moi le bonheur c’est d’avoir le sentiment d’être utile. Il me semble que lorsque quelqu’un se rend compte qu’il est important pour d’autres, qu’il peut aider les autres, cela contribue à lui donner de la satisfaction intérieure. A mes yeux, le bonheur n’a rien à voir avec les sentiments d’excitation et la jouissance émotive.

Et puisque j’ai reçu le sacerdoce, ce bonheur est lié à l’engagement que j’ai pour le Christ et pour l’Église. Dans cette vocation, je rends service aux gens. La façon dont je vis et les valeurs auxquelles je crois me font vivre, c’est-à-dire qu’elles donnent un sens a ma vie.

B.V. – Le bonheur parfait existe?

J.-C.T – Ce sentiment d’utilité est le seul qui rend vraiment heureux. Ce n’est pas le bonheur dans sa plénitude, je sais. Tous les chrétiens savent bien que le bonheur par excellence ne se trouve pas ici-bas. Nous ne le trouverons qu’au ciel!

B.V. – Le bonheur se trouve donc en se donnant totalement aux autres jusqu’à s’oublier…

J.-C.T – Il y a une sorte de masochisme dans le don de soi auquel il faut faire attention. Je crois que les gens qui estiment qu’il faut s’oublier totalement et ne penser qu’aux autres sont sur une mauvaise piste… Dans le don de soi, il faut qu’il y ait rencontre entre l’autre et soi, et soi et l’autre. Nous ne sommes pas des êtres désincarnés! Je veux dire que nous ne sommes pas des robots, voire des machines. Malheureusement, on a présenté à une époque la spiritualité comme une espèce d’altruisme a l’état pur. Il est entendu que l’altruisme est bon, car il est important de sortir de soi. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il est important de revenir en soi-même pour se retrouver après s’être donné au service de l’autre.

B.V. – Le don de soi, c’est partager, c’est être avec l’autre… C’est bien cela?

J.-C.T – C’est en plein ça! Ce n’est pas une abstraction. L’autre est une personne concrète, comme moi. Cet autre-là, il faut que je sente que je lui apporte quelque chose et qu’il apporte également un plus a ma vie. Si le don de soi est à sens unique, il est une illusion.

B.V. – Puisque vous êtes religieux, est-ce que cet échange se fait aussi avec votre Jésus?

J.-C.T – C’est le départ! Le goût de me donner aux autres vient de ma rencontre avec Jésus-Christ. C’est un être tout à fait séduisant. A travers l’Évangile, il nous a laissé un message. Celui-ci ne dit pas quoi faire, mais nous indique comment le faire.

B.V. – Des pistes pour être heureux, quoi!

J.-C.T – Tout à fait! C’est pour cela que, pour moi, l’Évangile est une bonne nouvelle.

Les disciples, qui ont vu le maître vivant, trois jours après sa mort, ont fait l’expérience d’une présence nouvelle de Jésus. A ce moment, ils se sont rendu compte que certaines paroles qu’il avait dites, du temps qu’il était avec eux, incarnaient la présence de Dieu parmi nous, c’est-à-dire qu’il était tout simplement Dieu.

Je pense que c’est dans la rencontre de ce Christ toujours vivant que réside la source du chemin qui nous conduit vers les autres.

B.V. – Et vous l’avez rencontré intimement ce Jésus vivant?

J.-C.T – Bien entendu que je l’ai faite, cette rencontre personnelle avec le Christ. Je l’ai découvert dans ma jeunesse grâce a ma famille et à mes éducateurs.

Pour moi, les signes de sa présence nous sont donnés dans l’Évangile… Je trouve que le plus beau signe vivant de celle-ci est l’eucharistie. Cependant, le signe qui me parle le plus demeure le fait qu’il réside dans les plus pauvres. « J’ai eu soif, tu m’as donné à boire. J’ai eu faim, tu m’as donné à manger. » « Tout ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

De plus, je le rencontre dans ma relation avec les autres. N’est-ce pas lui qui disait : « Lorsque vous êtes deux ou trois réunis en mon nom, je suis au milieu de vous »?

Enfin, je le rencontre dans ma prière personnelle et celle que je fais communautairement au quotidien. Celle-ci me permet de dialoguer avec lui…

B.V. – Et s’il y a un dialogue, il doit inévitablement répondre à vos propos!

J.-C.T – Bien entendu! Comme je dis souvent à la blague : Moi, je parle beaucoup et quand j’ai fini de tout lui raconter et que je fais silence, il me répond. (rires)

Je trouve que le Christ me parle beaucoup à travers le questionnement que j’ai en moi, c’est-à-dire les questions qui montent de mon intérieur a propos des choses que j’ai vécues. Lors que je l’écoute dans la prière, il me vient à l’esprit, par mon intérieur, des questionnements.

Puisque le Christ habite en nous, c’est à travers cette voix intérieure qui nous habite qu’il nous répond. Pour l’entendre, il faut préalablement faire silence. C’est dans ce dialogue entre lui et nous, a travers la voix qui parle en nous, que nous nous remettons continuellement en question.

B.V. – Mais, Monsieur le cardinal, ce même dialogue intérieur est inné chez l’humain. Il n’est pas forcément lié au Christ qui parle en soi. Cette voix n’est qu’un dialogue avec soi-même.

J.-C.T – (Surpris par ce commentaire, il fait silence. Il cherche une réponse en lui et poursuit.)

C’est possible, mais ce n’est pas mon expérience! Moi, la mienne, c’est avec lui que je l’ai faite. C’est aussi l’expérience de beaucoup de gens que je connais. Est-ce qu’il y a des gens qui sont capables de rencontrer Bouddha, Krishna? Je n’en sais rien! Moi, tout ce que je peux témoigner, c’est de mon expérience!

(Dans une attitude paternelle, il regarde le journaliste dans les yeux et sur un ton plus tendre, il décide de s’adresse directement à lui. L’entretien prend une autre direction.)

La seule chose que je peux te dire est que si tu veux avoir ce contact avec le Christ vivant, il faut y consacrer du temps. Si tu ne t’imposes pas dans ta vie un temps de contact, un temps de prière, autant que possible quotidien, comment veux-tu établir une relation sérieuse avec le Christ? Les gens simples comprennent ça… C’est un peu comme l’amour humain. Si tu es amoureux de ta femme, mais que tu ne lui parles jamais, tu ne t’en occupes pas, tu passes à côté d’elle sans la voir… Ce ne peut pas durer! L’amour comme la foi sont des choses qui s’entretiennent avec du dialogue, de l’attention, un regard profond et des petits gestes. La relation avec le Christ ressemble à celle que tu as avec ta femme. En tout cas, moi, dans ma vie, j’essaie chaque jour d’avoir de 90 à 120 minutes de présence a lui. Je ne suis pas toujours en train de jaser, mais je suis là.

B.V. – Il y a des périodes de crise et de sécheresse en soi! Vous en avez eu!

J.-C.T – Tu sais, c’est comme quand on fait de l’exercice physique… Il y a des matins ou ne nous tente pas. Tu le fais pareil sinon ta santé ne sera pas bonne!

Quand tu es amoureux et que tu vis avec ta femme, il y a des matins ou ça ne te tente pas d’être avec elle. Tu es la, pareil! L’être humain est ainsi! Il est libre. Il fait des choix. Dieu le convie à rester fidèle à ses choix. Tu sais, un gars qui se marie… Ce n’est pas pour une fin de semaine! […] S’il a décidé de faire un projet d’amour pour la vie, il faut qu’il l’entretienne comme un trésor! Je te donne aussi l’exemple des parents qui décident de mettre au monde un enfant : s’ils ne s’en occupent pas, ils vont avoir de sérieux problèmes! Alors, tout est comme ça dans la vie spirituelle! C’est la loi de la vie quoi!

B.V. – Aux matins de sécheresse intérieure, vous vous êtes donc accroché a votre choix de vie en disant : c’est mon devoir…

J.-C.T – Je vais te confier qu’il y a des matins ou ça ne me tente pas de célébrer la messe. J’y vais quand même… J’ai choisi cette vie et je dois aller au bout des responsabilités de mon choix. Sinon, le désert intérieur m’attend… Et je serai malheureux.

B.V. – Mais vous l’avez, l’ami de route! Il vous dit : si tu veux être heureux, il faut souffrir…

J.-C.T – Non! Il ne dit pas cela directement de cette manière. Tu sais, la vie comporte la souffrance, comme la vie comporte la mort. La plus grande cause de la mort, c’est la vie. Quand tu entres dans la vie, il y a une loi inévitable, tu vas mourir. Aucun être humain ne peut y échapper. Cependant, entre le moment de la naissance et le moment de la mort, il y a des joies et il y a des peines. C’est une illusion de croire qu’une vie peut se vivre sans qu’il y ait de souffrances. Je n’accuserai pas Dieu de la maladie qui pourrait me frapper parce que je suis mis dans un monde qui comporte ça. C’est mon univers! A partir du moment ou je suis dedans, il faut que j’accepte un certain nombre de conditions. La souffrance fait partie du paysage humain. Elle est normale. Alors, Dieu ne veut pas la souffrance, il veut que nous soyons heureux, dans la condition de vie qu’il nous est donné de vivre. Jésus a souffert, lui aussi. Il est donc humain de souffrir! Cela fait partie de notre condition.

B.V. – La rencontre de Dieu se fait souvent dans la souffrance…

J.-C.T – Je ne dirais pas qu’il faut absolument souffrir pour rencontrer Dieu, mais c’est sûr que lorsque nous souffrons, nous sommes plus réceptifs. Les événements du 11 septembre 2001 ont fait que les gens se sont questionnés sur les fins de la souffrance. La vie est fragile.

Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 57 à 63 (BANQ 204.4 V975t 2005). Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne.

En ce 21 avril 2025

Sur le vif a Montréal

 

Sur le vif a Montréal en septembre 1986

Saisi de drogue a Granby

 

Saisi de drogue au 350, rue Simond Sud, a Granby, le 26 septembre 1986

Léon-Pierre Éthier


Léon-Pierre Éthier

Né le 28 mars 1936 (fils de Marie-Ange Lajeunesse et Éloi Éthier), Léon-Pierre Éthier nous a quittés le 12 décembre 2001, à l’Hôpital Saint-Luc, à Montréal. Il est inhumé dans le lot 04463 (section L) du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. Il a été un pionnier dans l’accompagnement spirituel en phase terminale des sidéens.

Article paru en juillet 1998

Du sida du corps au sida de l’âme

A la demande de son médecin, Léon-Pierre Éthier vit maintenant retiré. Depuis quelques semaines, il a laissé son travail auprès des sidéens. Son apostolat missionnaire a été considérable, se concrétisant entre autres dans l’accompagnement spirituel des sidéens en phase terminale. Au moment d’entrer en réclusion, Léon-Pierre Éthier, ce modèle a imiter, a accepté de raconter son itinéraire.

Pauvre parmi les pauvres. Rejeté parmi les rejetés. Voici la vie de Léon-Pierre Éthier.

Pendant neuf ans, il s’est occupé des sidéens a l’approche de la mort, en plein centre-ville de Montréal. La maladie n’était guère sa principale préoccupation. Alors que la recherche médicale s’active afin de trouver des médicaments pour améliorer l’état physique des malades, Léon-Pierre Éthier s’adresse à leur âme. Il présente « Jésus modèle de la route à suivre » aux sidéens et les accompagne spirituellement de la vie a la mort physique, et de la mort physique a la vie après la vie, au royaume des bienheureux du ciel.

Il est l’un des rares à aborder les sidéens avec le thème de la spiritualité, ce qui n’est guère à la mode au Québec. D’ailleurs, parmi des centaines de titres traitant du sida conservés à la Bibliothèque nationale du Québec, qui possède la plus importante collection de livres édités dans la belle province, aucun ne traite d’une approche spirituelle.

Tu vas attraper le sida!
« C’était un soir, il y avait des funérailles pour un sidéen. Les cendres étaient sur la table. Au baiser de paix, il y avait là un bonhomme qui avait l’air d’un cure-dent. Je me suis senti attiré par lui, alors que nous étions plus de 80 ans cette grande salle. Au moins 50 étaient porteurs du virus. J’ai été vers lui. Je l’ai pris dans mes bras. Je lui ai souhaité la paix de Jésus. Je l’ai embrassé et j’ai entendu à l’arrière de moi : « Attention, Tu vas attraper le sida! » Comme je venais de l’embrasser sur les deux joues – il avait plein d’herpès et de sans dans la figure -, je l’ai embrassé encore une fois sur la joue. Je lui ai dit : « Je t’aime et Jésus t’aime encore plus que moi ». Il m’a fait un beau sourire… Lorsque je suis dans la tristesse, je pense à lui et tout disparait. Ce jour-là, j’ai vu en lui la sainte face de Jésus », raconte Léon-Pierre qui, depuis cet incident n’a plus peur des sidéens et du sida.

Durant ses années de dévouement, il accompagne 610 malades. Une vingtaine d’entre eux meurent dans ses bras. Cela peut sembler héroïque, mais il ne faut pas croire que cela a été facile à vivre pour lui.

Daniel, qui a rendu l’âme le 4 décembre 1988, est de ce nombre. Léon-Pierre Éthier s’en souvient comme si c’était hier. Longtemps, le malheureux malade a hanté ses rêves. Aujourd’hui, l’accompagnateur a la certitude qu’il est en paix.

Il y a aussi Denis. Son histoire est unique. « Le père de Denis n’acceptait pas que son fils soit homosexuel », poursuit l’homme de 62 ans au verbe facile. « Il est venu le visiter quatre fois avant sa mort. Après son décès, il m’a dit : « Je veux mourir comme mon gars ». « Tu veux mourir comme une tapette !? », lui ai-je demandé. Il m’a répondu : « Oui! » Cet homme a été rejoint par les attitudes de son fils. Au moment de sa mort, Denis disait : « Je tiens la main de mon chum. Il est tellement beau, mon Jésus… » Lorsque son père venait le voir, il répétait les mêmes paroles : « Tais-toi papa, je tiens la main de mon chum… qu’il est beau!... Qu’il est beau... » Deux semaines avant de mourir, Denis s’est confessé et a assisté à la messe. »

Ghislain Robert est celui qui a le plus marqué sa vie. Il en parle comme un père parle de son fils. « J’ai vécu avec lui une profondeur spirituelle que je n’ai jamais vécue avec un autre sidéen. » Ce chic homme qui a été la victime d’un pédophile a l’âge de 9 ans – un ami de la famille – a souvent suivi Léon-Pierre Éthier dans ses tournées d’un bout a l’autre du Québec. Il parlait de sa maladie, de sa vie et de la foi en Dieu qui l’habitait. « Pendant 3 ans, j’ai visité 45 000 jeunes dans les écoles secondaires. Quatre mille m’ont écrit à peu près la même chose : si tu es venu juste pour moi, tu m’as sauvé… Je vais suivre tes conseils. Dernièrement, j’ai refusé l’invitation de 51 écoles parce que je suis malade. J’ai des pierres aux reins », dit-il, fier de son exploit et déçu de ne pouvoir y donner suite.

Le sida, l’affaire de tous
Pour Léon-Pierre Éthier, le sida n’est pas seulement l’affaire des homosexuels et des plus pauvres de la société. Toutes les classes sociales sont touchées. Mais les gens ont honte de cette maladie et les décès par cause du sida sont souvent annoncés sous le couvert du cancer ou d’autres maladies.

« Condom du fun »
Le condom protège un peu des infections, mais n’empêche pas toujours la contamination des partenaires sexuels. Le latex contient de très petits trous : trop petits pour laisser passer les spermatozoïdes, mais assez grands pour laisser passer le virus du sida.

Le meilleur moyen de ne pas attraper le virus est l’abstinence, bien sûr. Beaucoup prônent aussi une meilleure éducation sexuelle comme protection. Mais on se trompe : ce n’est pas d’une éducation sexuelle que les jeunes ont besoin, mais d’une éducation a l’amour. Aimer, c’est savoir attendre l’autre. Néanmoins, pour les aventures compulsives, deux épaisseurs de latex valent encore mieux que rien.

Enfance
Léon-Pierre Éthier est né dans une famille de 13 enfants. Il a connu une enfance difficile : son père était alcoolique, très intransigeant, qui faisait souvent pleurer sa mère.

Comme tous les membres de sa famille, a 15 ans, il « bummait » dans les rues de Montréal. Pendant 3 ans, il a mené une vraie vie de clochard.

Il confie : « Il y a 45 ans, lorsqu’on bummait, on avait pitié de nous autres : c’est un mendiant, un petit de la rue, c’est un pauvre! Alors on nous accueillait, on nous gardait dans une petite chambre pour dormir l’hiver. L’été nous couchions dehors. J’aimais bien fouiner d’un bord a l’autre, à me déniaiser… C’est comme ça que j’ai visité une partie de la province de 15 à 18 ans. J’étais un clochard, un bum… Pis j’aimais ça! J’étais bien dans ça! »

Vie en communauté
Heureusement, son cas n’était pas désespéré. En 1954, il entre en communauté. Il avait 18 ans. Huit ans plus tard, juste avant de prononcer ses vœux, il quitte la congrégation. « En arrivant chez moi, mon père m’a dit : « Tu es défroqué! Tu es le déshonneur de la famille! Retourne donc dans la rue! » Léon-Pierre passe encore six mois à la rue, à vagabonder.

En novembre 1962, il est décidé à se suicider, mais le hasard allait changer son plan. « J’entre dans une église. Il y avait là un prêtre qui prêchait. Il m’a touché. Après la cérémonie, je suis allé le rencontrer. Il m’a fait entrer dans son groupe religieux. Mais… Je trouvais ça trop riche. Alors il m’a dit : « Je vais t’envoyer dans une communauté qui ramasse n’importe quoi ». Si au moins il m’avait dit… n’importe qui! J’y suis entré et demeuré pendant 14 ans. C’était une congrégation semi-contemplative. »

Diaspora
Après des années passées dans cette congrégation, il la quitte dans le but de devenir diacre permanent dans un diocèse ou l’évêque désire ses services. Le berger diocésain l’aide afin qu’il soit relevé de ses vœux perpétuels. Après quelques mois de formation universitaire, l’évêque meurt… Son projet tombe à l’eau. Cependant, il deviendra agent de pastorale. Pendant huit ans, il s’occupera des clochards, des pauvres de la Saint-Vincent-de-Paul et des jeunes de la rue. Durant ces années, il passe également 6 mois en France, a l’Arche de Jean Vanier.

En 1980, a la mort de la deuxième épouse de son père (sa mère est décédée en 1974), il décide volontairement de retourner vivre dans la rue. Il se donne doux mois a temps plein pour toucher du doigt les souffrances morales des jeunes de la rue. Mais la vie de clochard n’offre plus le même confort ni la même joie de vivre que dans sa jeunesse. Les problèmes sociaux ne sont plus les mêmes après tant d’années.

En 1981, il commence une série d’expérience : trois mois à la Famille Myriam Beth’léem à Baie-Comeau, trois mois à Hauterive au service de la prévention du suicide, trois mois a la Trappe de Mistassini, trois mois à Sutton avec les alcooliques et un séjour un peu plus prolongé au monastère des Trinitaires à Granby ou il travaille auprès du père Jean-Paul Regimbal. Il revient finalement à Montréal pour s’occuper des jeunes de la rue, jusqu’au jour où il fonde une fraternité pour les sidéens,

Un vrai « bum »
« Je suis un vrai bum! Bummer est une vocation spéciale! On a la liberté! On n’a pas un dollar dans les poches, mais on a tout! » lance-t-il avec élan.

Aux hommes? Aux femmes?
La question de l’orientation sexuelle d’une personne est toujours délicate à aborder. Léon-Pierre Éthier, lui, n’hésite pas l’ombre d’un instant à dire sa préférence pour la gent féminine.

Longuement, il parle des deux femmes qu’il a profondément aimés. A 17 ans, il a connu une étudiante en soins infirmiers qui a été envoyée de Montréal à Québec chez une tante puisque ses parents s’objectaient a cette relation. A 26 ans, a sa sortie de communauté, il a aimé une jeune fille dont le père était avocat. Encore une fois, a cause de la famille de la jeune fille qui ne voulait guère du jeune Léon-Pierre dans le clan familial parce qu’il n’était pas du même rang social, l’histoire amoureuse prend fin. La première s’est finalement mariée. Il n’a jamais eu de nouvelles de la seconde (lorsqu’il parle de cette dernière, ses yeux et sa voix s’emplissent d’émotions). Il a visiblement encore plein de tendresse pour elle.

Des saints sidéens
« Il faut faire cheminer les âmes vers Dieu. Le Seigneur a mis dans mon cœur que ces malades ont plus besoin de la lumière éternelle que de simples soins du corps. C’est vrai qu’il faut les soigner physiquement, mais le soutien moral est très important pour ces personnes qui bien souvent ont été délaissées, mises de côté a 15-18 ans et qui ont dû cheminer dans une voie qui n’était pas celle qu’ils désiraient pour gagner un repas ou un coucher le soir », explique-t-il.

Il conclut : « A travers tous mes amis, les malades du sida, je découvre Jésus. Je découvre un Jésus à l’agonie quand ils apprennent qu’ils sont porteurs du virus du sida; je découvre un Jésus crucifié lorsqu’ils avancent dans leur maladie; et je découvre un Jésus ressuscité au moment de leur départ vers le Père et qu’ils me disent : « Tu sais, j’embrasserai Jésus pour toi! » Ce qu’ils attendent de nous, c’est un regard de tendresse et d’amour ».


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 65 à 71. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 20 avril 2025

Le chemin de notre amour

Paul-André Comeau


Paul-André Comeau

Né à Montréal, le 9 mars 1940, Paul-André Comeau est professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ENAP). Il s’est surtout fait connaître pour son travail de journaliste. Il a longtemps été correspondant de Radio-Canada auprès de la Communauté économique européenne, de 1970 à 1982, et à Londres, de 1982 à 1985. Par la suite, il a été rédacteur en chef au quotidien Le Devoir, de 1985 à 1990, année où il devient président de la Commission d’accès à l’information du Québec. Il a une maitrise en science politique de l’Université de Montréal (1965) et une DES de la Fondation nationale des Sciences politique, de Paris (1967).

Article paru en partie en septembre 2001
Voici l’article complet.


Métier: chercheur didactique, chercheur de vérité

« Comment s’y retrouver dans cet hypermarché des opinions et des idées, et, surtout, comment arriver à se situer?”, questionne l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) dans son document « Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle », publié en 1999. « Chez une personne non suffisamment éclairée, cela peut conduire à l’indécision et engendrer la perplexité. Tout devient relatif, ce qui signifie que rien ne mérite d’être poursuivi de manière absolue. Devant l’hyperchoix, les différentes options peuvent être simplement banalisées ».

Le journaliste Paul-André Comeau est professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ENAP), une constituante du réseau de l’Université du Québec. Il admet que le problème de la banalisation de l’information médiatique est crucial: « On en arrive à placer au même niveau les mêmes informations et à être capable de se faire une hiérarchie qui permet d’avoir une valeur derrière les événements ou les idées rapportées. La faute de cela est imputable à la multiplicité et a l’abondance des sources, mais aussi à une façon de traiter l’information et à placer à peu près tout sur le même plan. » Les exemples sont nombreux. Il suffit de regarder les actualités télévisées pour mesurer à quel point des faits secondaires sont traités comme étant des événements d’importance nationale.

Des pistes pour bien s’informer
Une façon de sortir de la banalisation face à la multitude d’informations est de se forcer, même si cela n’est pas toujours facile, à confronter les informations nord-américaines à la façon dont on les aborde ailleurs sur la planète. Il faut regarder, à l’égard des mêmes événements, comment on les traite différemment, comment on les situe dans un contexte différent et quelle perspective on leur donne. Cette façon de faire n’est pas miraculeuse, mais elle témoigne des valeurs et des cultures différentes. « Pour traiter notre relativisme, il faut provoquer nos valeurs avec d’autres valeurs », lance le spécialiste en information internationale.

Concrètement, comment bien s’informer? Sur le plan de l’actualité internationale, « on peut regarder toutes les émissions d’informations d’ici, mais je pense qu’il faut aller plus loin que cela. Pourquoi ne pas regarder quelques soirs par semaine The World TV Report de la BBC, émission diffusée sur différentes chaines dont News World? On se rend compte, dans ce bulletin en provenance de l’Angleterre, qu’il y a une hiérarchie dans la présentation des nouvelles internationales totalement différente de ce qu’on nous présente ici. On voit non seulement des événements, mais aussi des problèmes de sociétés, de continents et, également, de valeurs », dit-il. Il vante aussi les informations des bulletins de France, de Belgique et de Suisse présentés sur TV5. A ses étudiants, il recommande aussi Radio Vatican.

Du côté des médias écrits, il encourage la lecture du quotidien Le Devoir qui, selon lui, avec des moyens modestes, a une façon différente de s’attarder aux problèmes. Même s’il ne le considère pas encore comme un journal de référence, il remarque que La Presse fait des efforts remarquables pour élargir ses perspectives et donne un peu plus de lumière a son regard sur le monde.

Enfin, il affirme qu’il faut jeter un coup d’œil sur The Globe and Mail, propriété de BCÉ, qui, selon lui, le meilleur au pays. « C’est le seul journal canadien qui offre une perspective différente sur l’actualité d’ici. Voici un exemple: dans la semaine du 30 avril 2001, c’est le seul quotidien national qui a joué à la une la béatification de la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. Cette équipe a jugé que cela est un événement de société qui interpelle. Une femme qui, en 1850, fonde une communauté religieuse et qui dira a Mgr Bourget que dans les écoles de campagne il faut qu’il y ait des écoles mixtes par qu’il n’y a pas assez de monde... Il faut le faire! C’était audacieux pour l’époque! Ajoute l’homme de 61 ans aux cheveux blancs.

La vérité
Paul-André Comeau est un chercheur de vérité. D’ailleurs, n’est-ce pas l’importance de cette vérité que le pape Jean-Paul II rappelait, en 1993, dans sa lettre encyclique Veritatis Splendor traitant de certaines questions fondamentales de l’enseignement moral de l’Église? « S’il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l’obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu’elle est connue, d’y adhérer » A, écrivait-il. N’est-ce pas la pensée de l’apôtre Jean qui écrit dans son évangile: « Celui qui fait la vérité vient à la lumière? »

Qu’est-ce que la vérité? « C’est une situation idéale ou on est sûr de la réalité du fait, de l’explication et de la signification. Il y a donc très peu de vérités... Celle qui existent sont fondamentales et elles débouchent toutes sur des questions relativement simples, mais immenses (!), sur le sens de notre passage sur terre », explique Paul-André Comeau.

Toutefois, comment trouver la vérité? « C’est une démarche personnelle. La recherche de la vérité, c’est la volonté d’aller au-delà des apparences et d’accepter de mettre entre parenthèses le relativisme ou les recettes faciles. La vérité, c’est le début de l’absolu. Ce sont les quelques grandes certitudes qui peuvent nous surprendre et, dans certains cas, nous éblouir », ajoute-t-il.

C’est dans cette recherche de l’absolu qu’il souhaite que l’Église catholique se situe. A sa façon, il redit, sans le savoir, ce qu’un patron d’une salle de presse mentionnait, en 1992, au Comité des communications de l’AEQ: « Autrefois, on respectait celui qui possédait la vérité, maintenant on respecte celui qui la cherche... qui sait aussi faire part de ses doutes. »

Sortir du pessimisme
L’information médiatique sert de point de départ pour se dégager de ce pessimisme ou de ce marasme du relativisme. Cependant, elle ne peut servir de réponse. Elle amène à réfléchir aux questions de sens et à voir si l’une ou l’autre pourrait se rapprocher de la vérité.

« Je ne pense pas qu’une personne bien informée, qui a structuré ses schèmes de références, puisse être capable de répondre aux questions fondamentales. Il faut faire un pas au-delà et, là, c’est toute la démarche qui sépare l’humanisme de la croyance. Il y a tout un pont à franchir. Il n’est pas évident et il ne s’impose pas de soi », livre l’érudit.

Comment faire ce passage transcendantal? La question l’embarrasse un peu. Il réfléchir quelques secondes avant de tenter une réponse. Puis, après un long silence, il conclut ainsi: « Les certitudes d’hier semblent avoir été toutes évacuées... Certains vont le faire d’eux-mêmes par une démarche consciente, par une réflexion. Je pense que c’est par le contact avec des gens qui ont un message qui peut nous amener à franchir cette étape.

Voilà une voie d’avenir pour l’Église d’ici. Le professeur invité à l’ENAP va dans le sens des propos de la journaliste Denise Bombardier. Elle lançait aux évêques québécois, dans le cadre du colloque national sur l’Église et les communications sociales tenu au Séminaire Saint-Augustin, a Cap-Rouge, les 4, 5 et 6 juin 1992: « Vous êtes victimes de quelque chose qui est tout à fait à la mode et qui est le relativisme. Plus personne ne veut admettre qu’il faut hiérarchiser les valeurs. Plus personne ne veut admettre et ne veut dire à haute-voix qu’il y a des choses plus importantes que les autres, qu’il y a des choses plus fondamentales. Vous savez ce que cela donne, [...] ça donne des jeunes qui ne font plus de distinction entre Dieu. Mickey Mouse et un extra-terrestre [...]. Il faut que vous cessiez de ne pas oser. »

Pour P.A. Comeau, l’Église a joué un rôle prophétique lors du Concile Vatican II. Il fait remarquer qu’elle est la seule société internationale à être le réceptacle de valeurs, de pratiques et de croyances universelles et, aussi, par ses incarnations dans les régions, les pays et les sociétés, à être profondément enracinée. Il trouve cela fort intéressant parce qu’elle est capable de répondre à l’inquiétude des jeunes et des moins jeunes devant la tendance à la mondialisation et à la nécessité de se raccrocher à son terroir, a sa société, a ses valeurs plus locales.

« L’Église me semble à la convergence incroyable du cri du cœur et de l’inquiétude d’aujourd’hui. Contrairement à un certain pessimisme, l’Église a en main des éléments pour donner un nouveau souffle à la proclamation de son message et, surtout, dans sa tentative de rejoindre les gens parce qu’ils sont un peu déstabilisés par le relativisme et les problèmes rattachés à cela. Il est en mesure d’offrir des solutions sérieuses », croit-il profondément. Il encourage l’Église à prendre une place de plus en plus grande dans les médias, tout en se gardant de n’être qu’une voix parmi tant d’autres. « Son message doit rester un message fort! »

Ce discours incarné dans la société contemporaine pourrait bien aller jusqu’à susciter l’admiration. Comme le spécifiait l’auteur Guy Fournier aux Petits déjeuners Communication et société, le 10 février 1999: « Je ne pratique plus depuis longtemps, mais je ne suis pas un cas désespéré! Ça pourrait recommencer si notre Église forçait mon admiration en sortant de sa réclusion pour nous réapprendre ce qu’est le véritable héritage chrétien... »

Un passé garant de l’avenir
Cet héritage chrétien, Paul-André Comeau le connaît bien, lui qui est habité par une présence particulière, par des valeurs de sagesse. Ces propos le font sourire: il estime qu’il y a surtout en lui des valeurs d’inquiétude et d’imperfection.

« Je n’ai jamais la certitude d’avoir réussi et je n’ai pas la conviction d’avoir trouvé la réponse définitive a toutes les questions que je pose. La valeur à laquelle je me rattache, sur le plan professionnel et personnel, est la nécessité et le gout de toujours faire mieux la prochaine fois. C’est presque une obsession en moi. Je suis relativement réaliste et, lorsque je viens de faire quelque chose, je sais si cela a bien été ou le contraire et je sais qu’il y a toujours quelque chose à corriger. Je n’ai jamais été totalement satisfait de ce que j’ai fait. Cela m’amène à pouvoir recommencer en me disant que je pourrais faire mieux telle ou telle chose. Dans un sens, je suis probablement en recherche d’absolu. C’est l’héritage que j’ai reçu d’un professeur de l’externat classique », dit-il en émergeant d’un moment d’introspection; il relève que ce n’est pas tous les jours qu’on se fait questionner sur les valeurs fondamentales de la vie.

L’abbé Hectorien Chapdelaine, professeur au Collège Mgr Prince, de Granby, ville ou la famille de Paul-André Comeau s’établit lorsqu’il a 10 ans, a fortement influencé sa personnalité. Il n’a que des éloges à son égard: « Ce bonhomme qui n’avait pas fait des études au-delà de son grand séminaire, avait le don de nous provoquer et de nous obliger à être meilleurs. Il y avait chez lui une recherche de l’élitisme intellectuel. Je suis reconnaissant à ce prêtre - lorsque j’avais 13 et 14 ans – de m’avoir profondément marqué et de m’avoir incité à me remettre continuellement en question. »

Un chercher didactique
Sa carrière commence à titre de relève d’été à La Voix de l’Est, il passe ensuite au quotidien Le Devoir, puis a l’information internationale a la télévision francophone de la Société Radio-Canada, et, enfin, à la présidence de la Commission d’accès à l’information. C’est en revenant constamment sur son travail que le journaliste est devenu un véritable chercheur.

« Je suis un chercheur didactique. J’ai que ma recherche profite aux autres. Je ne pourrais pas vivre isolé. J’ai besoin de communiquer et de rencontrer des gens. [...] Depuis toujours, ce qui me fait le mieux vivre est de faire des choses significatives pour la société. J’ai toujours eu la prétention d’être, avec d’autres, un instrument de développement culturel et un éveilleur qui amène les gens à réfléchir », confie Paul-André Comeau. Jean-Paul II, le roi de la Cité du Vatican, ajouterait, sans aucun doute, ce qu’il écrivait en 1999: « Toute recherche humaine est, en fin de compte, une recherche de Dieu. »

Ce fils de banquier, né le 9 mars 1940, à Montréal, ne sait pas si c’est à cette recherche honnête et constante de la vérité qu’il doit son excellente réputation. De toute façon, cette question n’a pas grand intérêt pour lui.

Même s.il est flatté que sa renommée l’amène à ce qu’on le consulte publiquement, il importe pour lui qu’on comprenne bien qu’il s’est interrogé sur la pertinence de cette rencontre, qu’il essaie de comprendre et de présenter son état de la situation et ses hypothèses et, surtout, qu’il est à l’écoute.

« Je ne pense pas être très social, explique-t-il. Les cocktails, les rencontres sociales et tout cela, j’y vais parce qu’il faut y aller, mais ce n’est pas une partie de mon existence. Par contre, le contact interpersonnel, ou même par groupe au niveau des échanges d’idées, cela m’est très important. »

Fidèle malgré la distance
Sa tendresse envers sa femme et la fidélité qu’il lui voue ont une grande importance pour lui. Elle travaille en Europe et lui, à Montréal. Ils font la navette entre Montréal et Bruxelles depuis plusieurs années. Elle s’occupe de francisation auprès d’enfants et de réfugiés politiques, avec les Sœurs de l’Assomption. Son regard s’allume lorsqu’il est question d’elle, même après 35 ans.

C’est lors de ses études à Paris qu’il a rencontré cette complice de vie à qui il est très attaché. Même si leur mode de vie est particulier, il ne cache pas le bonheur qu’il éprouve lorsqu’il la retrouve quelques fois par années.

La vie malgré les épreuves
On dit familièrement que rien n’arrive pour rien dans la vie et que les épreuves son-là pour nous inciter à grandir. Paul-André Comeau en sait quelque chose. Il y a quelques années, il perdait son fils unique de 27 ans, un pédiatre voué à un brillant avenir.

Nul besoin de souligner qu’il est peu bavard sur le sujet tellement la peine que ce souvenir provoque en lui est toujours vivantes. Il y a des événements pénibles, impossibles à comprendre. Paul-André Comeau affirme que ce moment difficile l’a amené à réfléchir sur le sens de la vie. Il a compris que s’il était encore ici, c’était afin de continuer à s’améliorer et à partager ce qui l’habite.

Amenez-en des projets!
Il ne songe guère à la retraite. Des projets, il en a plein la tête dont celui de rédiger quelques ouvrages liés à ses cours. Dans un premier temps, il souhaite compléter une synthèse sur l’histoire du Québec, afin de mettre en lumière les ruptures et les lignes de fond de l’histoire d’ici depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiales (1939-1945). Il mijote aussi une réflexion sur l’évolution des valeurs dans la société québécoise.

Il n’y a rien de relatif pour Paul-André Comeau. Pour lui, tout ce qu’il entreprend mérite d’être poursuivi de manière absolue. Cette recherche n’est-elle pas un chemin de maturité spirituelles?

C’est par la diversité des opinions et la recherche constante de la vérité qu’il est possible de sortir de la morosité du relativisme contemporain. Sans être parfait, le roman de la vie de Paul-André Comeau est un témoignage vivant. A force de jouer à la chasse au trésor, il finira bien par le trouver!


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 73 à 81. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).

En ce 19 avril 2025


Hier,18 avril, premier jour du vote par anticipation au Canada, je suis allé voter, a Sainte-Julienne, près de chez moi. Et puis, je n'ai PAS voté pour le Parti libéral du Canada.

Veillée pascale


En ce 7e jour de ma montée pascale qui se terminera ce dimanche de Pâques, j'ai participé à la longue veillée pascale a l'église catholique de Saint-Jacques-de-Montcalm (20h a 22h), dans la région de Lanaudière.

Agenda

Accident sur la rue Denison Ouest, a Granby


Le 4 septembre 1986, un accident survient sur la rue Denison Ouest, a Granby. Derrière la caméra, Benoit Voyer capte quelques images du remorquage de L'Unité 7/24.

PORTRAIT: Jean-Guy Dubuc

Jean-Guy Dubuc

Jean-Guy Dubuc est conseil en communication et prêtre catholique. Deux fois par semaine, il signe des éditoriaux dans La Tribune (Sherbrooke), La Voix de l'Est (Granby) et Le Nouvelliste (Trois-Rivières). Après avoir enseigné la théologie à l'université, il a été éditorialiste à La Presse et éditeur à La Tribune et à La Voix de l'Est. Pour lui, sa présence dans les médias a été bien plus qu'un travail. Elle a été sa mission de vie, sa mission de prêtre, qui est celle de porter l'Évangile.

En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait: « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable [1].»

Article paru en mai 1999

Mission: homme de service

«Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile, ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie...», dit Jean-Guy Dubuc. Cet homme, dont peu de gens soupçonnent qu'il est un prêtre catholique, travaille depuis 40 ans à diffuser l'Évangile... à sa façon.

Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme. «Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile », lance-t-il spontanément.

Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les frères des Écoles chrétiennes que débute sa longue montée. « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9e année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. A la fin de la 6º année, j'ai dit à mon père: "Je ne veux pas aller au Mont Saint-Louis!" "Pourquoi?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre!"», raconte le futur éditorialiste en chef du journal La Presse et président-éditeur des quotidiens La Voix de l'Est et La Tribune.

« Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image(!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine».

Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8h 15 et finissaient à 18h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.

Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). «Chez nous, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, nous allions au salon et papa s'installait au piano...», se souvient-il fièrement, le regard illuminé.

À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. II achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.

Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs.

«C'est pour cela que vous êtes devenu prêtre?» La réponse fuse: «Surtout pas! J'ai d'ailleurs été un des premiers à ne pas vouloir porter la soutane!»

Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.

Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.

«Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au Concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain! Le Cardinal était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu», explique-t-il.

En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.

Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Ille. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Ille.

«Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année », raconte-t-il.

Participation au Concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'Université Grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le Concile Vatican II et de se retrouver auprès du Cardinal et de ses deux collaborateurs.

Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d' «Église»

«Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le Cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui », commente le sympathique intellectuel.

Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.

La décentralisation est apparue et, surtout, les notions «Église peuple de Dieu» et «sacerdoce au service du peuple de Dieu». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.

«Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque: il y avait une opposition entre la foi et la raison», constate-t-il.

À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.

Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'Université de Montréal. Ses sujets: la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient: l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.

En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.

Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.

Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse.

«J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message: martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Age, les arts de la Renaissance...», ajoute le prêtre séculier.

Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.

La Presse
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.

Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.

Il reste attaché aux Journaux Trans-Canada et signe chaque semaine des éditoriaux qui sont publiés dans La Tribune, Le Nouvelliste et La Voix de l'Est.

Il est maintenant devenu consultant en communication auprès de grandes entreprises et de dirigeants de notre société qui désirent insérer des valeurs humaines, sociales et spirituelles dans leurs interventions publiques.

Tant qu'il y a des projets, il y a de la vie. Tant qu'il pourra rendre service, Jean-Guy Dubuc persistera. Voilà un modèle de vie au service des autres.

_____________________________________________

1. «Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique», Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349.


Tiré de: Benoit Voyer. « Les Témoins de l’essentiel », éditions Logiques, une division de Québecor, 2005, pp. 95 à 101. Article paru initialement dans la Revue Sainte Anne. Le livre est conservé chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 204.4 V975t 2005).